Heat : critique qui donne chaud

Stéphane Argentin | 19 mars 2018 - MAJ : 27/03/2019 23:56
Stéphane Argentin | 19 mars 2018 - MAJ : 27/03/2019 23:56

N'y allons pas par quatre chemins : Heat est un pur joyau signé Michael Mann, une véritable perle noire, en un mot comme en cent, un chef d'oeuvre. Le genre de long-métrage comme il en existe une fois tous les cent ans. Et ça tombe plutôt bien puisqu'au moment de la sortie de Heat en 1995 (aux États-Unis, début 1996 en France), on célébrait très précisément le centenaire du cinéma.

IL FAIT TOUJOURS CHAUD

Dix ans plus tard, Heat n'a pas pris une ride, pour la simple et bonne raison qu'il est demeuré depuis la référence incontestée en matière de films policiers. Une référence à laquelle toutes les autres productions se voient désormais immédiatement comparées, quand elles ne cherchent à le copier ou bien à lui rendre hommage ; l'exemple le plus récent et flagrant mais néanmoins totalement avoué étant le 36, quai des Orfèvres d'Olivier Marchal.

 

photoNon ce n'est pas Jason

Si l'on souhaitait toutefois être médisant, on pourrait dire que son auteur, Michael Mann, à la fois producteur, scénariste et réalisateur, aura du s'y reprendre à deux fois avant de parvenir à une telle perfection cinématographique. En effet, six ans plus tôt, en 1989, il était à l'origine d'un téléfilm, nettement moins connu du grand public, nommé L.A. Takedown, qui proposait déjà, trait pour trait et pratiquement à la réplique près, le même contenu que Heat. Mais ce « brouillon » qui à lui seul dépasse déjà bien des long-métrages n'en diminue pas pour autant les innombrables qualités de la version définitive et aura, bien au contraire, permis à Michael Mann d'en peaufiner les moindres détails.

Dans Heat, il n'y a en effet pas une seule scène, une seule réplique, ni une image qui ne semblent avoir été conçues pour servir un dessein bien précis au coeur de cette véritable horlogerie suisse confectionnée par l'orfèvre qu'est Michael Mann. Et si la partie émergée de l'iceberg est ce face-à-face cinématographiquement anthologique entre Al Pacino et Robert De Niro, ces deux protagonistes ne prendraient assurément pas une telle épaisseur sans la présence des innombrables personnages secondaires.

 

photoDans la légende

 

BIENTÔT ON ENTRE DANS LA LÉGENDE

Il suffit pour s'en convaincre d'observer comment, en seulement deux ou trois courtes scènes judicieusement positionnées, Michael Mann parvient à nous décrire toute la détermination doublée d'une immense détresse du fraîchement libéré sur parole Donald Breedan, interprété par Dennis Haysbert (le futur Président David Palmer de la série 24 heures chrono). Bien qu'il tente par tous les moyens de s'intégrer au système, celui-ci va inexorablement le broyer, l'obligeant à réemprunter son chemin marginal et hautement risqué. Une marginalité en opposition au système qui constitue l'essence même de tous les personnages des films de Michael Mann, depuis Le solitaire interprété par James Caan jusqu'au Tom Cruise de Collateral en passant par le Russell Crowe de Révélations ou encore le Will Smith d'Ali.


Les deux protagonistes de Heat n'échappent pas à cette règle puisqu'on trouve d'un côté le flic et son troisième mariage qui bat de l'aile, et de l'autre, le voleur qui ne souhaite désormais plus qu'une chose, se ranger et partir pour les îles aux côtés d'Eady (Amy Brenneman, vu dans la première saison de la remarquable série NYPD Blue). Tous deux excellent toutefois tant et si bien dans leurs domaines respectifs régi par des règles et un code de conduite bien précis que leurs décisions et leurs actions échappent au commun des mortels. Il suffit là encore pour s'en convaincre d'observer la discussion homérique dans le café où tous les bruits environnants s'effacent peu à peu au fil de la conversation pour souligner la bulle au sein de laquelle vivent ces deux individus. Une bulle dans laquelle très peu peuvent pénétrer comme le démontre le cadrage au bord à bord de Michael Mann qui ne laisse apparaître aucune autre personne au sein de l'image (tout du moins distinctement).


photoRobert de Niro

 

S'il n'y avait en effet que les « simples » qualités narratives et la performance des acteurs derrière lesquels on sent planer l'ombre de Mann, Heat serait déjà un très bon long-métrage. Mais là où le film franchit définitivement la barrière séparant la grandeur de l'excellence, c'est bien grâce à sa mise en scène. Rares sont les cinéastes qui peuvent se targuer de maîtriser à ce point l'image dans toutes ses dimensions : largeur, hauteur, profondeur, couleurs… Il suffit là encore d'observer comment, dans Collateral, Michael Mann est parvenu à transcender un scénario timbre-poste par la seule force de sa mise en scène et l'allégorie dans laquelle il ne manque pas à chaque fois de faire basculer ses personnages.

 

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Résumé

Inutile donc de chercher la faille dans ce long-métrage de Michael Mann, Heat est tout simplement un diamant de la plus haute qualité. Et ce n'est que justice si le seul long-métrage et le seul cinéaste à ce jour qui soit parvenu à surpasser ce film sur le plan purement technique n'est autre que Michael Mann lui-même avec Collateral. C'est dire si l'on attend avec impatience la relecture d'une précédente « création » de Mann à l'aide des mêmes avancées numériques que dans Collateral : l'adaptation sur grand écran de la série télé Miami Vice.

commentaires

The Moon
24/03/2019 à 22:10

Et La Haine

The Moon
24/03/2019 à 22:09

Indémodable, une BO magnifique.
Autres pépites de 1995:
Kids de Larry Clark

Caracalla
24/03/2019 à 13:16

Merde ! Je viens juste de m'apercevoir que le personnage de Neil a fortement inspiré Michael de GTA V (coiffure, costard ...) ... C'était immanquable portant.

eroad
22/03/2019 à 18:41

Le maître étalon du film d'action et policier depuis les 90's.
Pour preuve, les rares metteurs en scène qui arrivent à bien digérer la précision du maître s'appellent Nolan (intro The dark night), Fuqua (Training day), Michaël R. Roskam (Le fidèle), Affleck (The town), Refn (Drive) et Christian Gudegast avec Criminal Squad dernièrement et n'osent justement ne rien faire de mieux que de l'honorer. Transcender cette saga urbaine et policière reste un miracle à venir.
Une belle cicatrice artistique aussi musicale côté soundtrack et score... et personnelle avec comme conséquence 3 albums dont Michael Mann a eu le 1er et John Carpenter le dernier. Autant bien choisir ses maîtres. Au public et au temps seuls de juger si c'est aussi bien digéré (https://elvinroadmusic.bandcamp.com/) mais à chacun son L.A. Takedown ;)
Les maîtres ont le puissant privilège d'inspirer à jamais les chanceux mortels que nous sommes.
Puisse Mann nous entendre pour continuer à encore sublimer l'image avec un grand I.

prometheus
21/03/2019 à 00:15

Insurpassable.

Dutch Schaefer
20/03/2019 à 18:26

Il y a des films qui arrivent comme ça un jour et puis qui ne partent plus jamais de votre rétine et de votre esprit!
Je me revois encore avec mon meilleur pote, allez voir ce "petit polar" (comme on avait dit avant de rentrer dans la salle...lol).
Puis lorsque nous sommes sorti de la projection, dehors il y avait une tempête de neige!
Dans la salle, il venait juste d'y avoir aussi, un cyclone qui a marqué à jamais mon esprit de cinéphile!

Rudy Mako
20/03/2019 à 18:03

Un film captivant ce heat. Mann a filmé cette scène de braquage, dont s'est inspiré 13 abs plus tard Nolan dans the Dark Knight

saiyuk
20/03/2019 à 10:59

le look de De Niro, le charisme animal et chien fou de Pacino, les faiblesses personnel de Kilmer..
et les seconds roles : Wes Studi, Natalie Portman, Tom Sizemore, Ashley Judd, William Fichtner, Danny Trejo, Ted Levine...
Putain de film, revu au hasard il y a peu sur C8 je crois....toujours aussi bon

L'Artiste
20/03/2019 à 08:21

Revu, il y a quelques mois. Toujours aussi bon.

Avec ma modeste expérience de cinéphile, j'ai eu une autre lecture des personnages. Ils sont tous "cassés", ont des failles émotionnelles profondes. Entre leurs vies d'hommes/femmes/enfant/professionnelles/criminelles... chacun tend au changement, mais échoue si ce n'est le "couple" de Pacino.

Gun fight inégalé. Casting aux petits oignons. Répliques cultes. Mise en scène de grande classe. Ce film est juste I-N-T-O-U-C-H-A-B-L-E

Faurefrc
20/03/2019 à 07:13

1995... c’etait aussi l’annee de la sortie de Casino. Bob de Niro a enchaîné 2 chefs d’oeuvre à la suite.

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