Critique : K 2000

Stéphane Argentin | 9 février 2005
Stéphane Argentin | 9 février 2005

Les exploits d'un chevalier solitaire dans un monde dangereux. Le chevalier et sa monture. Un héros des temps modernes, dernier recours des innocents, des sans espoirs, victimes d'un monde cruel et impitoyable…


Cette introduction en voix off et en ouverture de chaque épisode résume une fois encore assez bien la tendance justicière des fictions TV des années 80 (aux États-unis tout du moins). Il n'est pas bien difficile alors de voir en K 2000 rien moins qu'une réactualisation, jusqu'au coloris noir, du plus célèbre renard masqué Zorro et de son fidèle destrier Tornado. La série, dont le titre VO Knight Rider que l'on pourrait traduire par « le chevalier pilote » et qui souligne à lui seul cette remise au goût du jour, est à mettre au crédit d'un spécialiste de la justice télévisée, Glen A. Larson qui œuvra sur des fictions telles que Magnum, L'homme qui tombe à pic, Buck Rogers, Manimal… ainsi qu'une première petite incursion dans l'univers de la mécanique version bio quelques années auparavant avec L'homme qui valait trois milliards.


Un peu comme la génétique de nos jours (Bienvenue à Gattaca, X-Men…), ce type de combinaison homme – machine fut d'ailleurs très « tendance » au cours des années 70 / 80. Derrière l'écran tout d'abord avec un certain George Lucas qui révolutionna le tournage des films en inventant le célèbre « Motion Control » pour son Star Wars (1977). Devant l'écran ensuite où la machine au service de l'homme prend conscience de sa propre existence dans Blade Runner (Ridley Scott, 1982) ou bien se retourne contre son créateur dans Terminator (James Cameron, 1984). Ou bien encore dans le quotidien où l'on assiste à une montée en puissance de l'informatique au sens large et la grande période paranoïaque Reaganienne et le fameux programme « Guerre des étoiles » (un nom pareil, ça ne s'invente pas !) prodigieusement mise en images par John Badham dans Wargames en 1983, à qui l'on doit aussi la même année Tonnerre de feu, autre actioner / suspense dissimulant une intéressante étude sur l'intrusion des technologies dans notre vie de tous les jours.


Côté « mécaniques années 80 », la télévision connaîtra donc elle aussi son lot de productions aussi bien sur terre que dans les airs. Si Tonnerre de feu (Blue Thunder en VO), série dérivée du long-métrage ou bien encore Tonnerre mécanique (Street Hawk), version deux roues, ne survivront guère plus d'une dizaine d'épisodes, on notera la très bonne longévité de Supercopter (Airwolf : 4 saisons pour 80 épisodes) battu d'une courte tête par K 2000 (4 saisons pour 90 épisodes). Le succès auprès du public et cette distinction, la série la doit assurément à une divergence bien précise : le K.I.T.T. (abréviation de Knight Industry Two Thousand), l'ordinateur de bord de la célèbre Pontiac Trans Am noire, doté non seulement de la parole mais également d'un caractère bien trempé. Une machine mue par des émotions, des sentiments, un instinct de survie (le K.I.T.T. est programmé pour protéger ses occupants et lui-même, soit un petit air d'Asimov et de I, Robot) et capable de converser d'égal à égal avec son créateur, en l'occurrence l'homme ? Pourquoi pas ! D'autres films avant cela s'étaient déjà attelé à la tâche : Blade Runner à nouveau ou bien encore 2001 : l'odyssée de l'espace et son célèbre HAL-9000 et d'autres s'y attelleront encore par la suite (Terminator 2 ou encore I, robot justement).


Initialement réticent quant à l'utilité d'un tel dispositif à bord de son véhicule, Michael Knight, interprété par le charismatique David Hasselhoff encore intégralement vêtu à l'époque, ne pourra bientôt plus se passer des services de ce qui deviendra bien vite plus qu'une simple machine, au point que les deux seront en liaison permanente via la montre high-tech que Michael porte à son poignet. C'est probablement cette alchimie et cette complémentarité entre le K.I.T.T. (la machine) et son conducteur (l'homme) qui emporta les votes du public à l'époque et reste aujourd'hui encore parfaitement d'actualité. Les histoires pour leur part n'ont rien de totalement déplaisantes, à condition de se soumettre à cette vague redresseuse de torts en vogue dans les années 80 même si, au fil des épisodes, la répétitivité guette. Pour tenter d'y remédier, les auteurs chercheront à booster si abusivement les prouesses technologiques du véhicule qu'elles finiront par en devenir presque grotesques (le bolide filant à Mach 1 et stoppant sur place à l'aide d'aérofreins).


En attendant cette surenchère qui mettra définitivement un terme à la série K 2000, le chevalier noir et sa monture nous auront conduit avec entrain et humour sur les routes de leur épopée héroïque pendant un bon moment.

Résumé

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