World Trade Center : critique sous les décombres

Mise à jour : 22/01/2019 11:13 - Créé : 14 janvier 2018 - Flore Geffroy

Après World Trade Center, on ne peut que se demander où est donc passé Oliver Stone le polémique, le politique, l'agitateur ? La journée du 11 septembre 2001 a-t-elle impressionnée le réalisateur de JFK au point d'abandonner ce qui fait sa signature depuis des lustres ? 

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LE MONDE EST STONE

Ce n'est pas que World Trade Center déçoive ou soit mauvais. Non. C'est plutôt qu'il y manque une touche personnelle, une vision disons plus engagée, qui donne plus matière à réflexion. Vol 93, premier film à « parler » du 11 septembre, était, en ce sens, parfait d'équilibre. Sans vedette, sans pathos, il reconstituait l'horreur du jour qui a fait brutalement basculer le monde dans l'ère des incertitudes. Il pointait les manquements d'une administration dépassée par des événements inimaginables. Il donnait à voir et à penser, uniquement à partir de faits.

 

photoNicolas Cage avec une moustache


Avec World Trade CenterOliver Stone tente de raconter la grande histoire par la petite histoire. Les faits sont tirés bien évidemment de la réalité : comment deux flics new-yorkais se sont retrouvés enterrés 22 heures durant sous les décombres des tours et ont lutté pour leur survie… jusqu'à leur sauvetage in extremis.

Pendant deux heures, la caméra navigue entre les scènes sous terre et le suivi des familles des flics. Les scènes sous les décombres sont sans aucun doute les plus réussies. De Nicolas Cage moustachu (John McLoughlin), on ne voit qu'un gros plan sombre, dont seuls les yeux luisants disent toute la désespérance et l'espoir à la fois de tenir encore et encore dans la poussière et la ferraille. Michael Peña enlève cependant le morceau en Will Jemeno. Il est bouleversant et crédible.

 

photoConcours de moustache

DEUX FLICS À NEW-YORK

C'est donc la narration d'une survie incroyable, avec deux hommes devenus héros malgré eux. Et c'est justement là où le bât blesse quelque peu. Car on ne s'attaque pas à deux héros, à deux miraculés. On leur doit le respect absolu. L'admiration, même. Ils sont tout d'un bloc bien lisse : forcément bons pères, bons époux, bons camarades, bons flics. Les flash-backs sont là pour qu'on ne rate rien de la vie ordinaire de ces gens devenus extraordinaires. C'est insistant, parfois trop. L'émotion est là. Souvent. Mais elle s'impose presque en force plus qu'elle ne s'insinue, qu'elle ne gagne subrepticement les tripes.

On comprend le parti pris d'Oliver Stone. L'histoire était trop belle, une goutte d'optimisme dans un océan de barbarie. Et les vingt premières minutes du film happent réellement. Tout est suggéré plus que montré : l'ombre néfaste de l'avion sur un building juste avant de s'emplafonner dans la deuxième tour du Word Trade Center ; le « ploc » lourd et morbide des corps qui s'écrasent. Il y a toujours, bien sûr, ces images glaçantes auxquelles il est impossible de s'habituer : l'épaisse fumée noire, le nuage de poussière suffocante lorsque les tours s'effondrent, la silhouette fantômatique des tours terrassées…. Vues, revues, elles portent cependant le même chaos et la même destruction.

 

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Résumé

Alors qu'avec Vol 93, on était saisi, on reste ici simple spectateur, conscient que ce qui se joue là n'est rien d'autre qu'un spectacle, une fiction. Et que le genre même génère une certaine distance que n'abolissent pas ses côtés carré, propre et maîtrisé. On attendra donc encore LE film sur le 11 septembre 2001, celui qui saura lier la petite histoire à la grande, l'émotion et la réflexion, la fiction et le documentaire.

commentaires

Bob nims 15/01/2019 à 01:43

Nic cage !!!!!

Number6 14/01/2019 à 21:33

J'avais plutôt apprécié le film avec Adam Sandler sur le post 11 septembre. Très touchant. Et l'amour de Robert "thebest" Zemeckis pour les twins tower dans l'excellent The walk est franchement touchant.

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