Calvaire : Critique

Julien Welter | 8 mars 2005
Julien Welter | 8 mars 2005

Il vaut mieux parfois aimer un film pour ses qualités que le détester pour ses défauts disait Henri Langlois. S'il ne convainc pas complètement, le premier long-métrage de Fabrice Du Welz reste une petite bombe dans la production francophone qu'il faut apprendre à aimer au risque de passer à côté de la première œuvre d'un grand cinéaste à venir.

À ranger dans la catégorie objets étranges aux côtés des films de Lucile Hadzihalilovic ou Marina De Van, ce survival horror des Vosges réussit à s'accaparer un genre sans pour autant perdre une identité dans des considérations narratives hollywoodiennes. Série B donc, mais d'auteur. Dans un univers ringardos tendance Les Deschiens, le réalisateur installe une trame simple et sans surprise que le titre à lui seul résume très bien. De l'hospitalité poussive au pétage de plomb total, c'est le calvaire annoncé que va subir le chanteur itinérant Marc Stevens. Cet artiste de maison de gériatrie va avec son hôte affable et dérangé endurer les sévices propres aux régions reculées des États-Unis. On se souvient en effet de Misery dans le rapport commun à l'art ou de Delivrance notamment, grâce à ce cri animal qui transperce l'écran.

 

 

Bien qu'inscrit dans cette veine, le réalisateur ne force toutefois pas la ressemblance et préfère tracer un chemin plus hasardeux vers l'étrange et la répugnance, en tout cas très loin de la frayeur. Dans cette recherche d'une voie nouvelle, il perd quelques spectateurs notamment à cause d'un manque de rythme ou de tension mais gagne en singularité. Il installe une poésie unique à ce genre de film en dépeignant ce paysage d'hommes lancés dans une recherche barbare de l'amour. Une vraie beauté même lorsque l'on voit Jackie Berroyer en comique reclus, lancer quelques blagues de ses vieilles années de succès à un Laurent Lucas médusé. Et cette idée d'un monde sans femme et sans amour qui surplombe ce survival, ne serait rien sans le talent du réalisateur qu'il prouve au cours de quelques scènes totalement à part. Un plan-séquence qui se balade en survol d'une fusillade à un viol puis à une escapade, le tout baigné dans une maison rouge : une pure beauté façon Hong-Kong. Une poursuite au ralenti dans la neige : on se dit qu'il pourrait tourner le plus beau des westerns dans la neige. Peut-être rien que pour cela, l'homme démontre sa valeur et nous enjoint désormais à suivre au plus près chacun de ses pas cinématographiques.

 

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