Barbaque : critique qui charcute du vegan

Alexandre Janowiak | 26 octobre 2021 - MAJ : 27/10/2021 10:46
Alexandre Janowiak | 26 octobre 2021 - MAJ : 27/10/2021 10:46

Après ses deux longs-métrages co-réalisés avec Thomas Ngijol, Fabrice Éboué livrait son premier film solo avec CoExister en 2017. Déterminé à continuer de s'amuser avec le politiquement correct, c'est ainsi qu'il revient à la réalisation, toujours seul, avec sa comédie Barbaquepour mieux charcuter le petit monde des vegans et de la "bienpensance" aux côtés de Marina Foïs.

L'HOMME EST UN LOUP POUR LE VEGAN

Fabrice Eboué a toujours eu une fascination pour les films de serial killer et globalement pour les tueurs en série. Le nom de son premier spectacle, Faites entrer Fabrice Eboué, était d'ailleurs sans équivoque, pastichant le titre de l'émission culte de Christophe Hondelatte (qui fait son apparition dans Barbaque dans une émission parodique). Et s'il a mis du temps à réaliser un long-métrage meurtrier, c'est surtout parce qu'il aime la comédie, loin de la dramaturgie accolée quasi-systématiquement au thriller.

Barbaque signe donc l'aboutissement d'un de ses rêves : coupler son humour politiquement incorrect avec son désir de violence et de gore. En racontant l'histoire de Vincent et Sophie, deux bouchers dont le commerce est saccagé par des militants vegans et qui vont finir par redorer leur boutique en vendant, par inadvertance, la viande d'un vegan qu'ils avaient tué accidentellement (ouais ils sont très maladroits), Fabrice Eboué s'amuse donc comme un petit gosse. Et le public aussi !

 

Photo Marina Foïs, Fabrice ÉbouéEt là, c'est le drame

 

Largement influencé par C'est arrivé près de chez vous (référence ad vitam aeternam d’Éboué) et également de Fargo (pour son duo de meurtrier loufoque, mais pas tout à fait sur la même longueur d'onde), Barbaque est un vrai plaisir. Parce qu'en alliant la violence du thriller avec l'humour trash et sans concession d'une parodie, Fabrice Eboué livre une comédie barrée, souvent hilarante et régulièrement mordante. C'est bien simple, le long-métrage n'a pas beaucoup de limites et ne se prive pas de taper sur tout le monde (juif, gros, blanc, noir, riche...).

Évidemment, dans cette liste, ce sont les vegans qui sont en haut du panier puisqu'ils sont au centre de l'intrigue. Et d'ailleurs, quel soulagement de constater que les vannes qui leur sont consacrées sont bien mieux dosées que le vieux sketch tout pété que l'humoriste avait joué au Montreux Festival en 2019 (même si le personnage du beau-fils dans le film est toujours bien trop caricatural).

Jamais gratuit, mais jouant en permanence avec l'immoralité et un cynisme jubilatoire, l'humour du métrage est donc brillamment amené. D'autant plus qu'habilement, Fabrice Eboué renvoie la balle aux deux camps, mettant sur un même pied d'égalité l'extrémisme idiot des bouffeurs de soja et l'égoïsme agaçant des bourreaux d'animaux, s'évitant ainsi l'aliénation d'un camp. 

 

Photo Fabrice Éboué, Marina FoïsHunt gangsta

 

SAIGNANT, À POINT... TROP CUIT

Et s'il continue à être aussi décomplexé humoristiquement parlant, Fabrice Eboué s'en donne à coeur joie dans son exploration du thriller de serial killer. Il joue ainsi à fond la carte de la violence avec une flopée de meurtres, voire celle du gore avec les hectolitres de sang giclant sur les personnages, pour rendre la chasse aux vegans plus crades et vicieuses. Autant dire que les morts s'enchaînent à une vitesse record. Peut-être même un peu trop.

Si Eboué partage avec joie son énergie et son désir de pointer du doigt la "dictature morale contemporaine" ou ladite bien-pensance du politiquement correct, son film manque de son côté de saveur. Comme si le bon vegan tué avec vigueur n'avait finalement pas été suffisamment salé ou légèrement trop cuit pour que les spectateurs s'en délectent. Car les morts ont beau être nombreuses, les mises à mort, elles, manquent tristement d'inventivité ou simplement d'exhaustivité.

Exception faite d'une petite situation sanglante derrière un canapé ou celle d'un obèse cardiaque pourchassé comme un sanglier en pleine forêt (on ne t'oubliera pas Winnie), la chasse est fainéante. Au fur et à mesure, la parodie entre sarcasme et horreur s'enfonce dans sa propre auto-caricature. Elle finit par tourner en rond et se transformer en simple compilation d'un schéma narratif simpliste : tuer, vendre, tuer, avoir peur de se faire choper, vendre, tuer...

 

Photo Marina Foïs, Fabrice ÉbouéUn couple qui retrouve le sourire

 

Ce manque de rigueur sur le scénario se ressent évidemment dans l'intrigue globale. Alors que tout part d'une action militante de vegans extrémistes, le récit oublie, peu à peu, son point de départ au fil des pérégrinations de son duo Eboué-Foïs. Du moins, jusqu'à son grand final complètement rushé. Il arrive tellement soudainement et ses enjeux ont tellement été abandonnés au cours du voyage que la résolution semble presque sortie d'un autre film - bien moins original et audacieux.

Et c'est dommage, car au milieu de cette difficulté à orchestrer toutes ses envies de cinéma, Fabrice Eboué avait une belle idée : se servir de sa parodie meurtrière pour renouveler le genre de la comédie romantique. En relançant l'amour de ce couple en perdition à travers les horreurs qu'ils commettent (que la sadique Marina Foïs demande surtout), il s'amuse admirablement des codes éculés du genre.

Mieux, il réussit à offrir une certaine tendresse à son couple de psychopathes, voire à laisser le public rentrer en empathie avec eux, amenant une réflexion maline sur nos ressentis et nos éthiques. Et à l'heure où la comédie française ne cesse de brosser tout le monde dans le sens du poil (surtout son public), c'est déjà ça.

 

Affiche française

 

Résumé

Barbaque manque de rythme et de tenue, mais se révèle une parodie mordante et décomplexée du thriller de serial killer et de la comédie romantique entre sarcasme, horreur et saillies gores bienvenues.

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(3.8)

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commentaires
Marc
16/11/2021 à 12:55

J'au vu Barbaque drôle grinçant .
Tout le film est dans la bande annonce ! une envie de vegan ;)

Gnuk
28/10/2021 à 08:28

Je trouve certaines remarques un peu dures envers le cinéma français qui, je pense, a fait preuve d'une grande diversité, que ce soit dans la comédie ou d'autres genres ces dernières années. Je pense à des films comme Mandibule, Teddy, L'origine du monde, Cette musique ne joue pour personne ... (cette liste est loin d'avoir un dixième des films français à voir au cinéma cette année)

Bernard
27/10/2021 à 18:15

Contrairement à la bande annonce, votre critique donne envie d'aller voir ce film. Parce que le resucé du sketch lourd sur les veguants casse pas des briques. Là, on a la sensation qu'il y a plus que ça.

Mokuren
27/10/2021 à 15:19

Vu que les Végans passent leur temps à insulter tout le monde, ils peuvent bien encaisser un petit film d'horreur ! Vous m'avez peut-être convaincue de me déplacer pour aller voir un film français, tiens ! :)

Boddicker
27/10/2021 à 14:46

A voir plutôt Motel Hell ou nuits de cauchemar, une perle de 1980.
Cheers.

Rorov94M
27/10/2021 à 01:27

Un must!

Bond
27/10/2021 à 00:00

Vu ce soir en avant première , une bouffée d’air frais dans ce monde du politiquement correct

Flash
26/10/2021 à 18:35

Le genre de film qui arrive à point nommé dans cette période ou les frileux s’expriment à tord et à travers.
Et même si ce Barbaque est sans doute loin d’être parfait j’irai le voir, il faut encourager la prise de risque dans le tas de crottins qu’est la comédie Française.

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