Halloween Kills : critique qui rote ses boyaux

Simon Riaux | 20 octobre 2021 - MAJ : 20/10/2021 18:12
Simon Riaux | 20 octobre 2021 - MAJ : 20/10/2021 18:12

Avec Halloween 2018, David Gordon Green proposait une relecture soignée de John Carpenter. Dans Halloween Kills, il exécute un saut périlleux à la viande. En effet, pour profiter de ce menu fort peu vegan, il convient de prendre son titre au pied de la lettre.

HALLO WIN

Il est désormais établi et bien connu Michael Myers est une figure du mal absolu, d'une horreur irréfragable, qui n'a pas à s'inquiéter des assauts de ceux qui l'affrontent pour survivre et bâtir sa cathédrale meurtrière. Mais jusqu'à aujourd'hui, le film original était finalement le seul à proposer une réflexion passant par la matière même de sa mise en scène. Le reste de la saga à l'évidente exception des deux opus signés Rob Zombie se sera contenté de capitaliser sur le personnage. David Gordon Green se propose de reprendre cette équation pour mieux jouer avec.

 

photoLa porte ouverte à toutes les fenêtres

 

Le tueur a toujours été ce prédateur unique, déchirant les chairs de son couteau. Dans Halloween Kills, si Michael Myers demeure le premier agent de la grande Faucheuse, il faut bien entendre que c'est désormais Halloween qui tue. Soit une célébration, une communion, un élément charnière du collectif américain, qui se voit tout à fait contaminé par le bouillonnement meurtrier d'un héros négatif mû par un pur désir de mort. L'ange exterminateur va donc, dès l'ouverture du récit, en forme de splendide flashback, s'amuser à retourner comme un gant plusieurs fondamentaux du slasher.

Progressivement, et comme l'annonçait l'un des derniers plans du précédent chapitre, ce sont les victimes d'hier, les survivants, qui vont se muer, consciemment ou non, en bourreaux. Or, le réalisateur du Prince du Texas sait capter, par un subtil jeu de tension entre découpage et montage, les déraillements de l'American Way of Life. Et sentir inexorablement les rescapés des massacres de Myers être gagnés par la rage, une rage absurde et inextinguible, est aussi inédit au sein de la saga que puissant thématiquement. Myers s'est tout à fait dissous dans sa petite cité, et dans le coeur de ses habitants.

 

photoPomper les pompiers

 

VIVE LA VIANDE

Là où le métrage se paie le luxe d'être franchement imprévisible, c'est qu'en dépit de ce penchant théorique indiscutable, il se paie le luxe de la marier avec une résurrection miraculeuse de l'esprit crado-mongolo de tout un pan du cinéma des années 80. On se souvient en effet que, dans le sillage de Stranger Things, quantité de productions aux petits pieds tentèrent de convaincre le public qu'il suffisait de trois néons et de mauvais remix pour donner corps à la légèreté de cette décennie devenue hameçon à nostalgie. En réalité, l'esprit des productions de l'époque tient bien plus dans leur goût pour l'outrance, la démesure, l'immédiate satisfaction du spectateur, leur absence de sur-moi provoquant des bisseries jubilatoires.

Et c'est précisément ce avec quoi renoue Halloween Kills, qui multiplie les mises à mort à base de latex, les mutilations supra-gores et gaguesques, un plaisir vertigineux dans la mise en place de séances d'équarrissage dont la cruauté n'a d'égal que la profusion de trouvailles salissantes. Gordon Green prend un plaisir contagieux à mettre en place ces morceaux de découpes sauvages, les orchestrant comme autant de mini-courts-métrages, de déviations sur des figures identifiées du genre, d'expérimentations à la brutalité ou à la perversion saisissantes. On tient tout simplement là quelques-uns des meurtres les plus créatifs et revigorants éparpillés à l'écran depuis l'apparition du monstrueux personnage.

 

photo, Jamie Lee Curtis, Judy Greer, Andi MatichakDes dangers de la sororité

 

Jonglant toujours divinement entre suspense, plaisir, frissons, exagérations radicales, Green est probablement l'artisan le plus extravagant de la franchise. Renouant avec la grâce funambule des bisseries d'hier, il livre un authentique film d'exploitation, qui prend tous les risques. Soit une démarche proche de Malignant, quand bien même les ingrédients s'avèrent ici beaucoup mieux dosés que chez Wan. Moins kamikaze, plus maître de ses effets et généreux, l'auteur se débat à chaque scène pour embrasser le total héritage de la saga, se reconnecter à sa dimension la plus surréaliste et généreuse.

 

photoUne petite ville tranquille

 

STEAK TER-TER

Malheureusement, cette attitude d'acrobate psychotique ne va pas sans quelques incompatibilités et fausses notes. Le désir de représenter une communauté ivre de sauvagerie et prête à tous les sacrilèges pour affronter sa peur - quand elle se contente d'assumer sa barbarie - a beau être passionnant, cette note d'intention n'est jamais miscible avec la verve B du reste du film. Difficile de passer sans accroc d'un jeu de démembrements chez deux vieillards, puis à quelques arrachages de boyaux et autres réjouissances, quand elles s'intercalent avec des respirations en forme de pensum vaguement sociétal.

De même, l'idée de donner corps aux seconds couteaux de jadis était plaisante, et le premier tiers du film laisse à croire que la démarche sera accomplie avec une certaine grâce. Mais le résultat est tantôt anecdotique, tantôt bourrin, et on ne sait finalement pas bien si Halloween Kills cède ici aux sirènes du fan service, ou s'égare un peu en nous proposant des exécutions de vieilles têtes passées par la franchise, le tout dans un festival gorasse plutôt fendard, mais qui tourne à vide.

À vouloir être tous les films d'horreur en un, du festival de l'éventration à l'exploration méta d'une icône, cette chanson de gestes (brutaux) est condamnée à laisser quelques plumes ici et là, à se prendre les pieds dans son tapis de tripes. Mais pour ces quelques chutes, on ne compte plus les éjaculats vermillons qui illuminent un écran qui n'en demandait pas tant. 

 

Affiche US

Résumé

Généreux jusqu'à l'excès, ultra-violent jusqu'à l'orgasme régressif, Halloween Kills est une authentique bisserie, une ode au régime carné. Le film paie ses glorieuses outrances de plusieurs faux-pas et fausses notes, mais elles valent bien le plaisir déviant et régressif qui nous est offert sur un plateau fumant.

Autre avis Alexandre Janowiak
Halloween Kills est un sacré carnage aux mises à mort sanglantes, graphiques et parfois très amusantes. Dommage qu'il soit aussi un gros épisode de transition paresseux et complètement idiot, avec un maximum de fan-service et une Laurie Strode quasi-absente.
Autre avis Geoffrey Crété
Halloween 2018 était sur des rails trop tranquilles ? Halloween Kills déraille pour retrouver le goût du vieux sang dans un cauchemar old school, qui piétine malheureusement tout (les personnages, la tension, la thématique, le rythme) pour un spectacle régressif.
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Lecteurs

(2.5)

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commentaires
Spidy
10/11/2021 à 06:06

Vraiment pas aimé, un mauvais jeu d'acteurs et d'actrices, couplé à des répliques d'une nullité affligeante. Le tout sur un final expéditif et incohérent. Reste quelques scènes sympa avec une musique prenante. En gros c'est un beau grand rattage pour moi.

Trashyboy2
09/11/2021 à 22:23

Une mise en scène lourdingue pour présenter le retour des survivants de 1978, des personnages insupportables, des situations et dialogues grotesques, des incohérences scénaristiques (on en parle de la mère qui laisse sa fille seule après ce qu'elles ont vécu, et du comment il arrive là sans être vu?) bref, une déception à la hauteur des attentes générées par le précédent opus. Et ce malgré quelques mises à mort réjouissantes.

En espérant un final qui relève la barre.

Michael mayers
05/11/2021 à 03:40

Il faut savoir en 2018 je tue pas assez film nul.
Je me rattrape et vous en dites du mal tous des haineux .....
Je raconte un peu plus mon histoire personnelle et vous en rigoler ..........je reviens l'année prochaine pour vos com haineux ......

pc
24/10/2021 à 13:32

Une bouse absolue sans queue ni tête. Un scénario si on peut appeler ça comme ça d une rare débilité. Ce film n à aucu sens. Dernière fois que je plonge du côté de Haddonfield. Stop.

Dario 2 Palma
23/10/2021 à 11:28

David Gordon Green fait pire que son précédent opus, incroyable!
Beaucoup de morts certes mais on s'en moque un peu au final, tellement ils sont expédiés, sans tentative d'élaborer un suspens et une tension autour de ces exécutions, malgré les bruitages et les quelques éclaboussures qui tentent laborieusement de compenser l'ineptie du reste...il faut dire que le récit éclaté, décousu et incohérent n'aide vraiment pas, avec une galerie de personnages inconsistants et/ou grotesques, et un Jason...euh Michael Myers qui ne fait plus peur, indestructible comme le Terminator et Donald Pleasance, et qui reviendra donc l'an prochain faire coucou aux plus courageux d'entre nous! :)

Mr.X
23/10/2021 à 07:38

Quelle déception ! Étant un fan absolu de la franchise je suis forcé, une fois de plus, de vénérer et de me limiter aux deux premiers épisodes (1978/1982) qui sont tellement mais tellement mieux… Nous avons ici une daube absolue bourrée de carnages, de scènes inutiles (de mauvais goût qui plus est) ainsi que de répliques à la con d’une niaiserie à souhait. Bref je ne comprends pas comment il est possible de faire des merdes pareilles de nos jours c’est énervant et frustrant.

Akitrash
22/10/2021 à 06:57

J'avoue, il va me falloir un second visionnage!

real
21/10/2021 à 19:42

Plus viandard, plus rageux, plus bis...suis-je le seul à l'avoir trouvé meilleur que Halloween 2018 (car moins figé et prétentieux)?

galetas
20/10/2021 à 19:48

Je suis dubitatif: "HALLOWEEN 6 " et "HALLOWEEN RESURECTION" sont déjà des mètres-étalons en matière de ringardise dans la saga.
Impossible de les surpasser dans leur crasse.

Dardevil
20/10/2021 à 18:37

+1 Davmey

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