Free Guy : critique Rigolo player One

Simon Riaux | 11 août 2021 - MAJ : 17/08/2021 11:24
Simon Riaux | 11 août 2021 - MAJ : 17/08/2021 11:24

Que se passe-t-il quand un employé de banque ravi de la crèche découvre que son monde est une illusion ? Voilà le point de départ pétaradant de Free Guy. Soit une exploration hollywoodienne de codes bien connus du jeu vidéo, qui donne l'occasion à Shawn Levy et Ryan Reynolds de revisiter la notion de bac à sable à grands coups d'éclats de rires.

SAME PLAYER SHOOT AGAIN

Dans un monde ouvert tout à fait virtuel, une intelligence artificielle s’éveille soudain à la conscience, et va, aux côtés d’une joueuse chevronnée, fédérer les siens pour sauver la bienveillance et la créativité. Une quête de sens menée au gré de folles scènes d’action et de poursuites endiablées, qui n’ira pas sans de grands bouleversements amoureux.

Ce postulat vous évoque une version passée au micro-ondes de Ready Player One ? Rien de bien étonnant. Non seulement le film est régulièrement copié quand il est question de virtualité ou de pop culture, mais un des deux co-scénaristes de Free GuyZak Penn, s'était chargé d'adapter le roman d'Ernest Cline pour Steven Spielberg.

 

photo, Ryan ReynoldsLa grande aventure d'ego

 

Et cela se sent de la première à la dernière image du film. Non seulement les passerelles thématiques abondent, mais on retrouve fréquemment au détour d'une scène d'action, du débarquement furibard de personnages, ou d'une référence plus ou moins tirée par les cheveux, une grande partie de la dynamique instaurée par le délire Spielberguien. Sauf que Penn et son acolyte Matt Lieberman ne bénéficient plus de matériau originel à adapter, et on sent bien que les mécaniques vidéoludiques leur échappent plus d'une fois. Coincé entre le désir d'attirer dans les salles les joueurs de GTA et les praticiens de Battle Royale et celui d'utiliser ces productions pour livrer un message à la moraline épaisse, l'ensemble joue souvent contre le récit et l'immersion du spectateur.

 

 

S'entendre dire que la bienveillance est une valeur sous-cotée dans une société ultra-libérale, pourquoi pas. Voir les joueurs portraiturés un peu vite en débiles légers que seuls des PNJ pourront éveiller à la conscience est autrement plus lassant. Tout comme le portrait d'un concepteur de jeu en crétin cynique (quand bien même Taika Waititi l'interprète délicieusement), manque cruellement de pertinence. Ces limites évidentes s'incarnent d'ailleurs dans le choix originel de faire du héros un PNJ s'éveillant soudain à l'artificialité du monde (ce qui n'est pas tout à fait sans rappeler l'ouverture de La Grande Aventure LEGO). Une pirouette narrative qui autorise tout aux scénaristes, et d'abord de s'affranchir du fonctionnement des jeux vidéo.

 

photo, Joe KeeryIls vivent dans une société

 

DAY OF THE DEADPOOL

Par conséquent, pour qui espérerait un divertissement qui plonge véritablement dans la philosophie vidéoludique, ou qui la traite à minima avec respect et connaissance de son sujet, Free Guy pourra agacer. Mais cette intrigue n'est pas tombée entre n'importe quelles mains, et celles de Shawn Levy sont des plus capables. Producteur très actif, mais aussi réalisateur polyvalent, on lui doit le très apprécié Real Steel. Déjà, il s'essayait à un univers qu'on qualifiera un peu rapidement de geek, où il injectait des ressorts humains éprouvés, des personnages plus charpentés que la moyenne hollywoodienne et un sens de la dramaturgie plutôt bien rôdé.

 

photo, Jodie Comer, Ryan ReynoldsTwo against the (virtual) world

 

On retrouve ces mêmes qualités dans le film qui nous intéresse, auxquelles s'ajoutent de véritables réussites en matière de comédie. Cette dernière repose en très grande partie sur l'abattage de Ryan Reynolds, qui propose une énième déclinaison de son personnage de candide proto-méta. Les allergiques à ses prestations post-Deadpool y demeureront insensibles, mais il s'exécute avec un soin et une maîtrise très contagieux. Il trouve une partenaire idéale en la personne de Jodie Comer, qui insuffle bien plus de vie qu'attendu à son personnage.

Aidé par quelques idées aussi cosmiquement débiles que réjouissantes, le duo se révèle d'une belle efficacité, grâce à une mise en scène faussement fonctionnelle, qui leur donne assez d'espace pour faire exister un couple de protagonistes souvent touchants. En parallèle, la jubilation avec laquelle Levy utilise plusieurs gimmicks absurdes (le surgissement d'un Dude réjouissant de connerie musculeuse) assure une belle réussite aux saillies hallucinées de l'ensemble. Finalement loin du trip décomplexé pour gamers, Free Guy s'impose comme une honnête comédie, dont la naïveté assumée n'est pas la moindre des joliesses.

 

Affiche officielle

Résumé

Malgré des influences pas toujours bien digérées et une vision du jeu vidéo loin d'être pertinente, Free Guy fonctionne plutôt bien quand il s'aventure pleinement du côté de la comédie pure.

Autre avis Geoffrey Crété
Y aura t-il un jour un vrai bon film malin sur les jeux vidéo ? L'espoir fait vivre. En attendant, il y a toujours ce petit machin sans conséquence, parfaitement gentillet et formaté, et gigantesque ode à la normalité hollywoodienne la plus chiante.
Autre avis Mathieu Jaborska
Free Guy donne l'impression d'avoir enfin compris les joueurs dans une première partie amusante, profitant du savoir-faire discret de Shawn Levy, avant de sombrer tristement dans les travers qu'il feint de dénoncer. Plus un sous-The Lego Movie qu'un sur-Ready Player One, en somme.
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Lecteurs

(3.2)

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commentaires
Kyle Reese
28/09/2021 à 00:23

oups mauvais lien:

Swoon:

https://www.youtube.com/watch?v=CCp_3zw-CxA&ab_channel=ChemicalBrothersVEVO

Kyle Reese
28/09/2021 à 00:20

Bien aimé que ce "gars libre", c'est peut être d'ailleurs le titre Québecois !
Alors oui ce n'est pas le film sur les jeux vidéos ultime loin de là, avec leurs règles balayés par les scénaristes, mais Ready Player One ne l'est pas non plus et quel film est vraiment arrivé a bien conceptualiser tout ça. Avalon de Mamoru Oshi peut être et encore (ce film est destiné aux futurs IA qui s'y reconnaitrons peut être). En mettant donc cela de coté on passe un bon moment devant ce film aux gags et à la mise en scène assez réjouissante, en tout cas très ludique. Certes on sourit surtout plus qu'on ne rit, mais Reynolds qui fait du Reynolds le fait très bien surtout pour ce type de personnage, sorte de Truman à la sauce virtuelle. Le cast est sympa, Taikiki est drôle et les 2 tourtereaux sont mignons tout plein. La trame est assez basique, le méchant concepteur qui a volé le programme originale... ça remonte à loin .. 1982 avec Tron premier du nom si je ne m'abuse. Mais passons, c'est coloré, gaie, gentille-ment décalé et méta, et j'ai bien aimé le petit message utopique de la bienveillance et de l'amour qui triomphent de la violence et de l'avidité. C'est naïf, c'est sur, sans doute un peu hypocrite ou schizophrénique au mieux de la part d'un studio mais à part ça c'est plutôt un bon blockbuster de l'été.

Et surtout: "just remember to fall in love, there's nothing else, there's nothing else"

Chemical Brothers: swoon

https://www.youtube.com/watch?v=xawShTKQH3A&ab_channel=KahDeh

Giorno Giovanna
27/09/2021 à 06:15

Une catastrophe à tout niveau, bien déçu par ce film sans queue ni tête..game over.

JeepersCreepers
12/08/2021 à 13:07

"Y aura t-il un jour un vrai bon film malin sur les jeux vidéo ?" Ready Player One ^^

Et sinon a voir. Mais Ryan Reynolds me sort par tout les trous que j'ai avec son humour et second degré permanent. D'ailleurs, comme une impression que depuis plusieurs années, il ne sais pas jouer autre chose que le gars relou qui balance des vannes toutes les 2 secondes.

Cinégood
12/08/2021 à 10:09

Free Guy ou quand GTA 5 se tranforme en Les Sims 4 !
Résumé ainsi, ça semble bien moyen, mais le film est une bonne surprise. Il fonctionne bien, il est plutôt drôle et les gamers, cible marketing du film, ne sont pas caressés dans le sens du poil. Il y a un côté méta dans ce film qui est intéressant.
Son message sous-jacent, bien qu'assez naïf, est bien plus actuel et pertinent que celui de The Suicide Squad et ses 4,5 étoiles d'EL. Les deux ont un côté défouloir, mais au final Free Guy contient plus de poil à gratter que TSS qui, bien que fun, se montre vide de sens comme la plupart des films de James Gunn (la petite critique sur l’ingérence US évoquée du bout des lèvres est vite balayée !).
A mes yeux, ces deux films sont des blockbusters de l'été sympas, qui méritent 3 étoiles, avec une mention spéciale pour Free Guy qui n'est ni une suite, ni une adaptation, rien que pour ça, allez-y, ceux qui râlent qu'il n'y a que des reboots/remakes... ;-)

Moijedis
12/08/2021 à 08:01

Ça m’a l’air éclaté au sol .

Kyle Reese
11/08/2021 à 20:24

@DirtyCop

Tant mieux, perso quand j’ai compris j’ai totalement décroché. Ça a fait pchittt dans mon esprit. Lol.

@DirtyCop
11/08/2021 à 20:01

Ah, ça me revient maintenant, je l'ai vu sur Netflix, c'était très sympa.

Kyle Reese
11/08/2021 à 19:24

@DirtyCop

Matthew McConaughey :)

DirtyCop
11/08/2021 à 17:07

@Kyle Reese, donne au moins le nom de l'acteur.

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