Méandre : critique sans détour

Mathieu Jaborska | 25 mai 2021 - MAJ : 15/06/2021 17:56
Mathieu Jaborska | 25 mai 2021 - MAJ : 15/06/2021 17:56

La réouverture des salles ravit les amateurs de cinéma de genre. Après le très sympathique Le Dernier Voyage, c'est au tour d'un autre film de science-fiction, Méandre, de s'inviter sur les grands écrans. Une petite vague d'autant plus inattendue et bienvenue que la réalisation de Mathieu Turi (Hostile) joue sans sourciller la carte du huis-clos méchant à la Cube.

alone in the dark

Si le cinéma de Mathieu Turi apporte autant de fraicheur dans le paysage hexagonal, et que sa capacité à se frayer un chemin en salles force le respect, c'est parce qu'il aborde le fantastique et la science-fiction sans détour. En 2018, Hostile se réappropriait le genre post-apocalyptique avec beaucoup de maladresse, mais pas mal d'idées. En 2021, Méandre n'hésite pas, après une introduction sobre, à directement enfermer son héroïne dans une pièce de métal mystérieuse, puis à la faire évoluer le long de conduits truffés de pièges en tous genres, sans même lui accoler de partenaire.

Un postulat simplissime, rappelant forcément Cube et tous ses dérivés, aussi propice à l'économie de moyen qu'aventureux. Très vite privé de dialogues explicatifs, le film ne peut compter que sur sa mise en scène, la performance de son actrice Gaia Weiss et sa direction artistique, très solide. Un véritable saut dans le vide qui constitue finalement sa plus grande force. Car débarrassés de leurs potentielles échappatoires, le cinéaste et son équipe n'ont d'autre choix, à l'instar de leur personnage, que d'aller de l'avant et d'aborder frontalement une horreur très premier degré.

 

photoBon bah, y'a plus qu'à

 

Et le pari est tenu dans la première partie, grâce d'abord à Weiss, qui, dans un rôle difficile, s'engage physiquement. Son investissement crève l'écran, dès lors qu'elle doit se tortiller, ramper, se contorsionner, s'extraire de ce décor rivalisant avec les pires cauchemars des plus claustrophobes des spectateurs.

Capable de lui laisser de la place sans toutefois la laisser triompher du dispositif cruel autour d'elle, la mise en scène parvient également à ménager quelques véritables séquences de suspense. Certains plans, lors d'une scène en particulier, s'avèrent particulièrement anxiogènes. Et si l'ensemble ne peut pas rivaliser avec les meilleurs des huis-clos récents (Exit reste en tête), il ne manque pas de faire suffoquer à quelques reprises.

 

photoUne Turi, ce barbecue

 

Level design

En esquivant une narration classique pour se concentrer sur une dimension survivaliste pure, Turi contourne le principal défaut de son précédent essai qui s'embourbait quand il se laissait aller au flashback. Une fois cet aspect évacué, l'intelligence de ses références visuelles peut enfin s'épanouir au détour de quelques pièges particulièrement gratinés, de retournements de situation sadiques et d'effets gores très bien dosés. Un mélange qui divertit sans mal pendant la première moitié, au point de nous faire oublier les quelques incohérences du piège en question.

Léger, le long-métrage assume alors très vite sa première inspiration : le jeu vidéo. Si l'horreur actuelle aime se réapproprier des ambiances, des univers, des thématiques directement issues des plus grands succès de cet art, rares étaient les oeuvres à en extraire des mécaniques. Le cinéma d'action commence à prendre le pli, comme en témoignent les récents Boss Level et Hardcore Henry, mais peu sont les productions horrifiques à revendiquer l'influence des dispositifs de gameplay comme Méandre.

 

photo, Gaia WeissHud au poing

 

Une fois cette référence en tête, les différentes péripéties de Lisa n'apparaissent que plus ludiques, et le soin apporté à la temporalité des évènements plus amusant. Parfois assez malin quand il interroge les liens entre les deux médiums grâce à sa propre sobriété (les choix qui s'offrent au protagoniste, souvent binaires, rappellent presque les hilarantes premières minutes de The Stanley Parable), le scénario accentue de plus en plus le parallèle, au point de malmener la vraisemblance.

Un jeu presque théorique, qui se retrouve cependant amenuisé par une obsession du cadrage narratif. Dès les premières secondes, qui condamnent tragiquement le reste du récit, l'intrigue persiste à justifier l'expérience, à la placer dans un cadre de science-fiction. Et ainsi, la principale qualité de la chose se mue en son plus gros handicap.

 

photoDes sas très Alienesques

 

Déconfinement

Tout d'un coup, le parcours du combattant de Lisa laisse poindre un sous-texte déjà lourdement insinué par la séquence introductive. Alors que la première partie de Méandre décrypte avec malice les mécaniques de la progression vidéoludique, la deuxième ne peut s'empêcher de se rattacher à un parcours psychologique de plus en plus évident.

La thématique du deuil et son traditionnel chemin de croix ponctué d'étapes clés s'incrustent au prix de la rigueur et de la subtilité. Les décors s'ouvrent pour refléter la psyché de l'héroïne, finalement freinée par son corps et son esprit. Non pas que la métaphore soit impertinente, puisque le cheminement qu'elle implique va presque de pair avec certaines particularités du périple de Lisa. Mais sa manière de vampiriser les dernières étapes du parcours alourdit surtout un exercice de style de fait bien moins efficace, d'autant que les limites du budget réapparaissent logiquement à cette occasion.

 

photo, Gaia WeissCase départ

 

Les ultimes minutes du film achèvent d'asséner cette impression de trop-plein avec une surcouche émotionnelle héritée des pires ersatz de Cube. Heureusement que la méchanceté gorasse d'un des climax enchassés vient nous rappeler la générosité du long-métrage, prouvant qu'un final trop appuyé ne sera jamais assez bancal pour faire oublier une proposition de cinéma sincère et fière de ses références.

Passé le joli plan final, on ressort de la salle tout de même heureux d'être enfin (presque) déconfinés et satisfaits que malgré la grogne d'un public parfois peu réceptif et une industrie toujours aussi récalcitrante, il reste forcément des artistes assez passionnés et obstinés pour aller au bout de leurs idées, aussi incompatibles avec l'imaginaire collectif du cinéma français soient-elles.

 

Affiche

Résumé

Si Méandre a tendance à se faire parasiter par ses propres ambitions intimes, le ludisme de la proposition l'emporte.

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(3.2)

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commentaires
KriZtoF
29/05/2021 à 02:30

Je vais donner ma vision de ce film que je viens de voir, donc tout le reste de ce que je vais écrire sera du SPOIL !!!

Vous êtes prévenu, ne lisez la suite que si vous avez vu le film.

Donc, au début, elle se fait attaquer dans le véhicule et elle meurt (flashback dans le film, le sang puis la lumière blanche qui vient du ciel - la fameuse lumière au bout du tunnel que l'on voit dans les films). Pas d'histoire d'extraterrestres comme j'ai pu lire dans d'autres commentaires ailleurs.

Ensuite, tout son parcours est en fait son passage par le purgatoire (cela fait d'ailleurs penser au film "Kingdom Come").

C'est plus une épreuve psychologique que physique au final notamment sur le deuil de sa fille.

Et à la fin, une fois son parcours réussi, elle termine dans un paradis avec sa fille (d'où le pied rétabli, ce n'est pas une erreur comme certains le pensent).

Au moins, avec cette théorie, cela donne une cohérence que certains ne voyaient pas.

Sascha
28/05/2021 à 09:19

@Neigel : tu as la réponse lors d'un flashback au milieu du film

Sascha
27/05/2021 à 21:58

J'ai passé un bon moment. Je rejoins votre critique sur les étapes du deuil etc. Et même si ca passe un peu (beaucoup) avec les forceps, ca n'entache pas le film. Et j'aime bien ce final totalement à l'encontre sur reste du film. C'est poétique, ca ouvre plein d'idées et me fait un peu penser à Oxygène pour le coup.

Bref, j'ai bien aimé

Deck
27/05/2021 à 21:04

Quel énorme navet ce film, le manque de moyen n’excuse pas tout. Un film ne tiens pas juste à une idée, ou alors il faut qu'elle soit excellente...
C'est loin d’être le cas ici.

Negeil
26/05/2021 à 23:48

Je n’ai absolument rien compris au film. Qui l a mis dans ce piège ? On a aucune réponse à la fin du film.

Numberz
26/05/2021 à 06:31

Voilà, la ça m'intéresse plus qu'un requin avec Kad ou un jumpscare dans un lac.

À découvrir.

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