Mandibules : critique qui mouche à bière

Simon Riaux | 19 mai 2021
Simon Riaux | 19 mai 2021

Privé de sortie par une crise sanitaire mondiale, Mandibules de Quentin Dupieux pointe enfin le bout de ses antennes. Il y sera question de l’amitié indéfectible entre deux compères aux cerveaux modestes, mais créatifs, d’un quiproquo vacancier, et d’une mouche, encombrante, mais riche de promesses et de lendemains qui chantent.

MANDINULES ?

Scénariste, réalisateur, chef opérateur, monteur et musicien (quoiqu’il laisse ici la place à Metronomy) aussi versatile que vibrionnant, Quentin Dupieux ne reste jamais bien longtemps loin des salles obscures. Et quand il nous revient avec une proposition presque aussi bizarroïde que son Rubber, accompagné du duo du Palmashow (Grégoire Ludig était déjà un des atouts de Au poste !), on se réjouit forcément de faire quelques brasses dans le cerveau imbibé d’absurdie du réalisateur. 

Et c’est peut-être ce qui limite dans un premier temps la réussite de Mandibules. Jusqu’à présent, le rythme soutenu des explorations filmiques de Dupieux l’amenait certes à proposer des histoires ramassées, se terminant volontiers en queue de poisson, mais ils composaient autant de pirouettes intranquilles toutes uniques, chacune explorant un aspect singulier de son univers. Quand on découvre Manu et Jean-Gab, c’est malheureusement le déjà vu qui s’installe. Ce qui ne sonne pas faux sonne familier, et précisément, la force du vertige propre à l'auteur, c'est précisément son unicité.

 

photo, Grégoire Ludig, David MarsaisDeux insultes à Darwin

 

Cette diction traînante, qui rappelle par endroit la folie douce de Steak, cette photo presque cotonneuse, ces joutes nonchalantes nous sont trop familières. Et exception faite de l’insecte surréaliste qui surgit au creux de l’intrigue comme un bubon dans la soupe, on jurerait que Dupieux se désintéresse - un peu – de ce qu’il capture.

On se demande si le metteur en scène n’est pas lassé de la langue française, tant la souplesse déconnante avec laquelle il s’amuse des accents toniques paraît émoussée. L'alchimie entre David Marsais et Gregoire Ludig a quelque chose de forcé, de contrainte, qui alourdit terriblement le film durant sa première demi-heure. 

 

photoC'est à boire qu'il nous faut

 

1001 PATTES

Et soudain, l’improbable couple de turbo-teubés nous entraîne aux abords d’une villa louée par une autre engeance, plus bourgeoise et retorse, d’intenses abrutis. Alors Mandibules croque enfin son sujet. À la faveur d’une bicyclette licorne, d’une blonde pas physionomiste pour deux sous, nos deux compères se retrouvent invités dans une demeure où presque personne ne veut d’eux, et où la mouche géante qu’ils dressent à braquer des banques n’est pas exactement la bienvenue. 

 

photo, Adèle ExarchopoulosVous n'êtes pas prêts

 

Adieu la mélopée en duo, le métrage bascule dans quelque chose d’inédit pour son auteur, à savoir un récit choral, ou plutôt l’atomisation de ce dernier. Sous ses faux airs de comédie estivale réalisée entre deux têtes dans une piscine, l’ensemble devient invraisemblablement acide et drôle. C’est là que ressurgit tout le plaisir à la fois adolescent, faussement superficiel et toujours musical de la distorsion des mots. La partition hilarante d’Adèle Exarchopoulos en est la parfaite illustration. Absolument rien ne lui résiste et qu'elle tente de dire un mot de sa recette de paupiette, de piéger un adversaire récalcitrant, ou passe pour une psychopathe finie auprès de ses amis, elle est le détonateur qu'attendait tout ce petit monde pour s'envoyer en l'air.

Insupportable victime d’un accident de ski, qui semble lui avoir dérobé aussi bien la pudeur et la bienveillance qu’une diction correcte, elle dynamite à toute vitesse à peu près tout ce qui restait de rationnel à Mandibules. Et comme souvent chez Dupieux, la dissonance des sons précède celle des chairs. Son conte azimuté renoue alors avec la démence rigolarde qu’on lui connaît et peut, de nouveau, surprendre, surgir, et nous laisser sur les rotules, entre hémorragie des zygomatiques et rêverie insectoïde.

 

Affiche officielle

Résumé

Après une première moitié laborieuse, où la petite musique tarée de Dupieux peine à trouver sa cadence, le film s'éveille soudain quand sa dimension chorale vire au concerto pour tronçonneuse.

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commentaires
Bob-Bob
06/06/2021 à 11:37

pour tout ceux qui disent que le film est nul... je pense que c'est quelque part le but de Dupieux. Ça fait partie de sa démarche d'artiste pour nous faire comprendre quelque chose. En cela, il se rapproche pas mal de l'art contemporain. Voici une vidéo qui m'a fait comprendre cela : https://youtu.be/8g2HhfNALd4

Iuta
24/05/2021 à 21:15

Adèle Exarchopoulos Excellente.
Pour le reste, un grand néant. J’ai eu du mal à rester jusqu’à la fin.

Bzzzz
20/05/2021 à 18:00

Très déçu alors que j'aime beaucoup Quentin Dupieux et en particulier ses 3 films américains.
Les gars du Palmashow jouent bizarrement (mal). On dirait des impros mal maitrisées (la mouche est bien meilleure).
India Hair est toujours aussi bien !
Pour le reste, je trouve ça un peu paresseux, un peu mal fichu (est-ce que l'objectif était de ne faire qu'une prise parce que certaines sequences avaient l'air ratées?)
Sinon, c'est amusant (parfois), pas trop chiant et surtout pas trop long

Zul
20/05/2021 à 10:19

C'est nul... Même pas médiocre. Il n'y a que Adèle Exarchopoulos qui prête à sourire dans sa prestation folle.
On se demande même comment un script de ce genre a pu être financé.
Ce n'est pas drôle, ni dramatique, ni rien en faite... c'est du néant.
Néanmoins, la réalisation n'est pas mauvaise, on sent le réal qui à de l’expérience.
C'est dommage car ça aurait pu être vraiment terriblement barré mais ça tombe à plat.
Tout est dans la B.A finalement.

moky99
20/05/2021 à 08:37

Pour moi c'est le moins réussi des Dupieux... Seuls bons moments, les instants de folie d'Adèle Exarchopoulos.

thierry A
19/05/2021 à 22:07

Rien vu de lui depuis Rubber, donc plutôt étranger à son style. Mais j'aimais le concept et avais envie de voir ce que ça donnait.
Pour résumer, il y a deux (bonnes) idées et ça pisse pas plus loin.
Certes, c'est mollement attachant au bout d'un moment, (à l'image de la photo) mais je m'attendais à une fin plus folle, énorme ou wtf, mais non. Pas de budget et pas d'ambition.
C'est peut-être habituel dans sa filmo, mais perso, sur ce film je trouve cela carrément dommage.

captp
19/05/2021 à 18:42

Un bon Quentin Dupieux.
Effectivement le duo sonne ...bizarrement. mais finalement on s'y fait et on rerentre dans son univers comme chez un pote qu'on à pas vu depuis longtemps .
Bordel Adèle Exarchopoulos est juste géniale j'en ai chialé de rire, c'est presque dommage de pas l'avoir plus exploité. :)

Rodolphe
19/05/2021 à 17:15

Crtitique juste et inspirée. C'était taureau cool.

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