Willy's Wonderland : critique qui fait marrer Cage

Mathieu Jaborska | 4 mars 2021 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Mathieu Jaborska | 4 mars 2021 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Dernier rejeton de la Cagesploitation avant Prisoners of the Ghostland et The Unbearable Weight of Massive TalentWilly's Wonderland joue la carte de la comédie d'horreur décomplexée. Mis sur le devant de la scène grâce à ses similitudes avec la saga de jeux vidéo Five Nights at Freddy's, il vient de sortir en VOD aux États-Unis, où il a récolté des critiques mitigées. Une réception somme toute logique.

Cage ou pas Cage ?

Ces dernières années, Nicolas Cage a passé une nouvelle étape dans sa carrière complètement anarchiste. Laissant discrètement derrière lui les pires zéderies auxquelles il a été contraint de participer pour financer un train de vie aussi disproportionné que sa personnalité, il se contente désormais de se jouer lui-même, flattant un public – une secte – entièrement dévoué à son génie. Il crée ainsi un nouvel espace-temps cinématographique, dans lequel sa folie communicative devient un argument de vente, un moteur narratif, voire un sujet d’étude.

Willy’s Wonderland, produit par l’acteur, se réclame évidemment de cette mouvance, au point de faire de son personnage un non-personnage, un véhicule pour son air halluciné. Il faut voir comment le réalisateur Kevin Lewis, avec la complicité du scénariste G.O. Parsons, donne dans l’iconisation brute, et ce dès les premiers plans sur le héros, nous laissant progressivement découvrir sa nouvelle incarnation capillaire.

 

photoParce qu'il le vaut bien

 

Protagoniste balèze, mutique et mystérieux, le concierge se voudrait une version rigolarde de l’archétype à la Sergio Leone, celui de l’homme sans nom, qui cache une violence intérieure sous un vernis à ne pas craqueler, sous peine d’en subir les conséquences. Les conséquences, ici, se concrétisent par une baston contre une armée d’animatroniques possédées, se repaissant goulûment des pauvres étrangers venus nettoyer leur parc, le fameux Willy’s Wonderland.

Sauf que contrairement aux sombres pistoleros incarnés par Clint Eastwood, Charles Bronson ou même Ryan Gosling, pour citer un exemple plus récent, le concierge ne laisse poindre aucun indice à propos du violent conflit qui sommeille en lui, ou d’un passé qu’on devine tragique. Il reste placide, défouraille du bestiau mécanique à la force de ses bras et d’une sous-marque de Monster Drink.

 

photoT'as d'beaux yeux, tu sais

 

On est là, quoi

Et malgré toute cette énergie déployée à caricaturer sa légende, le film ne parvient à la toucher que du bout des doigts. Car si transformer Cage en machine à tuer des machines peut sembler appétissant à première vue, l’idée montre vite ses limites dans l’exécution. L’acteur s’épanouit en effet bien plus dans les rôles expressifs, dans lesquels il peut déchaîner la puissance de son improvisation sauvage.

Tout l’inverse du concierge de Willy’s Wonderland, autorisé à desserrer les dents uniquement lors de ses innombrables parties de flipper. Confier un rôle principal au roi de la roue libre sans lui accorder la moindre réplique à déclamer d’un ton illuminé (le héros ne parle jamais, lui économisant l’apprentissage du texte) relève du gâchis pur et dur, qu’importe l’amour que le réalisateur et le scénariste portent manifestement à son charisme.

 

photo, Nicolas CageLe flipper, seul exutoire

 

Les précédentes Cageries, même quand elles faisaient du comédien une brute, lui laissaient largement le temps de s’exprimer. On se souvient forcément des dérapages de Mandy, ou même de Jiu Jitsu, pourtant loin d’être fameux, où la brièveté de son apparition était contrebalancée par un look improbable et quelques répliques bien senties. Rien de tout ça dans ce long-métrage, frustrant pour les fans de l’acteur (dont nous faisons partie, comment avez-vous deviné?) auxquels il était pourtant dédié. Dommage, car le personnage en lui-même, presque programmé pour accomplir l’absurde travail confié, s’avère amusant dans l’idée.

Ainsi, l’omniprésence de Cage, dont les rituels occupent une place certaine, fait vite sombrer le récit dans une mécanique assez schématique, surtout au niveau des personnages secondaires, tous destinés à l’abattoir, sauf le héros et sa protégée un peu trop vite adoptée. La gestion de l’espace illisible, le bestiaire trop peu détaillé, ou même la narration forcée de recourir à deux longs flashbacks pour raconter une histoire d’une bêtise assumée en pâtissent forcément. À force de trop miser sur un Nic Cage effacé, dont on ne ratera aucun jet de canette, le film se prend un peu les pieds dans le tapis. Un tapis pourtant bien rigolo.

 

photo, Nicolas CageThe Neon Demon(s)

 

Casimir : Final wars

Car ces défauts sont à l’image du reste du film, très honnête et même parfois attendrissant, mais persistant à singer ses meilleures idées. Le style de Lewis se revendique très clairement de Sam Raimi, avec son expressionnisme potache et son propre Bruce Campbell. D’où un sur-découpage permanent, jouant de ses innombrables inserts et de ses angles improbables pour donner un cachet amusant au tout.

Une démarche sincère et indéniablement rafraîchissante qui n’admet pas comme excuse un budget limité. Elle travaille au maximum ce qu’elle a, d’un décor certes difficile à appréhender, mais vite rehaussé par les trouvailles esthétiques du directeur de la photographie David Newbert à des antagonistes bien pensés pour éviter tant que faire se peut le recours au CGI, et dont les trognes morbides demandent de se faire éclater par la rage de Cage.

Mais encore une fois, Lewis s’empêtre un peu dans ses effets de style, les multipliant bien trop vite sans pour autant jouir du sens du mouvement de son modèle. À force de confondre vitesse et précipitation, Willy’s Wonderland gâche son principal intérêt, à savoir les bastons contre l’armée d’animatroniques lesquels sont complètement déformés par un manque de chorégraphies gênant et une prolifération frénétique des plans débullés.

 

photo, Nicolas CageHigh Five

 

D’autant que contrairement à Raimi, le cinéaste ne varie pas tant que ça les conditions des affrontements, ni même les capacités des belligérants. Et ce n’est pas la débilité affichée, complètement absurde, de la troupe d’adolescents, qui parvient à arracher le film d'une certaine redondance, que quelques giclées de sang génériques n'évitent pas particulièrement non plus.

Pleine de bonnes intentions, la comédie d’horreur se vide constamment un chargeur dans le pied en concrétisant de travers ses plus belles audaces. Finalement, peut-être le script de Parsons, à l’origine du projet (celui a qui a réussi à attirer l’attention de Cage), a-t-il souffert de la présence de la star, intimant par sa seule présence une surenchère parfois nocive. Les aspirants à la Cagesploitation devraient-ils faire attention à ne pas se faire dévorer par son aura presque mystique ? Nul doute que The Unbearable Weight of Massive Talent nous éclairera sur ce point.

 

Affiche

Résumé

Mû par de véritables ambitions stylistiques et un amour sincère pour son acteur principal, Willy's Wonderland ne cesse de se tirer dans les pattes pour finalement ressembler à un festival de fausses bonnes idées.

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commentaires
Tuk
17/04/2021 à 04:00

Simple et original, ca fait plaisir de voir qu'il y a encore de bon petit film !

Nekrofage
17/04/2021 à 00:42

Je viens juste de le matter et je trouve le film assez cool ! :D
Avec un scénario assez original, les perso sont pas trop nian nian

Trac
05/03/2021 à 19:41

Curieux de connaître le montant des cachets touché par Nic Cage pour jouer dans autant de navets ....

Navet
04/03/2021 à 17:45

ça partait d'une bonne idée et au final c'est encore une gros navet

Bob nims
04/03/2021 à 15:47

I am in cage!!!!!

Mushy
04/03/2021 à 15:23

Jolie jeux de mot !
Si seulement Justice league avait eu Cage comme batman , on en serait déjà au Justice league 12 !

Uleertel
04/03/2021 à 15:21

Ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie ! N'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?

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