La chute de Nicolas Cage : d'acteur de génie à auto-parodie dingo

La Rédaction | 29 novembre 2020
La Rédaction | 29 novembre 2020

De son vrai nom Nicolas Kim Coppola, Nicolas Cage a su largement s'éloigner de sa famille prestigieuse, grâce à son pseudonyme d'une part (le nom Cage est une référence au héros Marvel Luke Cage), et sa carrière d'autre part, aux antipodes des filmographies des respectés Francis Ford Coppola et sa fille Sofia Coppola. Indéniablement cinéphile et contre-exemple flagrant de l'hégémonie de l'actor studio à Hollywood, il a trimballé son jeu outré dans des dizaines de longs-métrages, du plus anonyme des films indépendants au plus boursoufflé des blockbusters.

Qu'il magnifie un nanar ou serve un chef-d'œuvre, il n'a cessé de changer de ton, d'échelle, de degré de réalité, pour faire de tous ses personnages une même entité : lui-même. Son cas est si intrigant dans un Hollywood où sa folie pure est apparue de plus en plus comme une anomalie qu'on a décidé de revenir sur sa carrière, perpétuel parcours de montagnes russes tout de même soumis à de grandes périodes. Car le comédien a désormais sa propre religion. Et on mourrait d'envie de lui consacrer une messe.

 

photo, Nicolas CageEt pour notre critique de Jiu Jitsu, c'est ici

 

un fou chez les auteurs (1982-1992)

Pour qui a survolé la carrière de Nicolas Cage et en particulier la première décade de sa carrière sur grand écran, il est de bon ton de voir dans le grandiose Sailor et Lula un sommet de la folie Cagienne. Pourtant, et en dépit d’une partition mémorable, qui sert idéalement un des plus grands films de David Lynch, son personnage de "rockœur" enamouré est au diapason du film, bien plus qu’un adjuvant de démence. 

En effet, pendant près de 10 ans, Cage s’est évertué à traverser les films à la manière d’un tourbillon. Fou, inarrêtable, presque absurde, rendant chacune de ses apparitions presque instantanément inoubliables. C’est qu’il doit se faire un prénom. Hollywood est peuplé d’enfants de stars, de descendants de directeurs de castings et autres techniciens bien intégrés au sein du milieu hollywoodien, pour qui mettre le pied dans la porte est un tantinet plus facile que bien des aspirants comédiens. Mais en ce qui concerne le jeune homme qui nous intéresse, l’héritage familial est trop lourd à porter. 

Nicolas Cage n’est autre que Nicolas Kim Coppola, neveu de Francis Ford Coppola, pape incontestable du Nouvel Hollywood, parrain du celluloïd devant lequel on ne peut manquer de se prosterner. Quand Nicolas entame sa carrière, son oncle a remporté la Palme d’Or pour Apocalypse Now seulement deux ans plus tôt, se couvrant de gloire quand on craignait de le voir exploser en vol, après avoir enchaîné pas moins de trois chefs d’oeuvres, à savoir les deux premiers Parrain et Conversation secrète. 

 

 
Un Nicolas en Cage

 

Et encore, c’est tonton qui lui a offert un de ses premiers rôles identifiés, dans le plastiquement renversant Rusty James. Nicolas y est excellent, et on sent, à ses yeux chassieux guettant sans cesse les débordements de ses camarades, que le jeune artiste est là comme le lait sur le feu. Et il va se porter à ébullition peu de temps après, se métamorphosant en principe actif, sorte de mélange de diable de Tasmanie et de Droopy, qui explose à l’écran et révèle la folie inhérente aux histoires qui l’accueille. 

Il pourrait n’être qu’un bellâtre en carton dans Peggy Sue s'est mariée, mais administre une dose d’absurdité folle au personnage de Charlie Bodellqui paraît toujours sur le point de dévisser, trop jeune et trop vieux à la fois, étonnamment sensuel en dépit d’un violent déficit neuronal. Et que dire d’Arizona Junior ? On pourrait presque dire que c’est son talent qui révèlera les frères Cohen, réalisateurs alors remarqués d’une poignée de cinéphiles grâce à Sang pour sang - Blood simple, dont la caméra jubile soudain, aux frontières du cartoon, au contact d’un Cage moustachu et en apesanteur, qui assène au récit accélérations et soudaines nappes de zen.  

 

photo, Nicolas CageCage a les dents longues

 

Le tourbillon est à ce point irrésistible et brillant qu'il en transformerait presque des faiseurs en auteur. C'est le cas de Robert Bierman avec Embrasse-moi vampire, dans lequel il joue un pubard azimuté, qui se persuade progressivement qu'une suceuse de sang va le transformer en créature de la nuit. Le film pourrait être plus qu'anodin, s'il n'était pas transfiguré par Cage, dont absolument chaque sursaut de folie laisse à penser que nous assistons à un récit biscornu et audacieux. Le fou qui révélait les auteurs est presque devenu un auteur à lui seul, ne reste plus à un grand metteur en scène à se saisir de cette énergie pour la façonner. Et c'est bien ce que fera David Lynch.

En cela, Sailor et Lula n’est pas un sommet de la carrière frappadingue de l’acteur, mais plutôt la première tentative réussie d’un cinéaste cherchant à dompter ce curieux animal.  Dès lors, le fou devra trouver une autre corde à son arc. La démence électrique lui a souri et offert une aura ? Qu’adviendra-t-il de cette dernière s’il la rôtit aux flammes du cinéma d’action ? 

 

photo, Nicolas CageStyle de malade

 

Dans la Cage de l'action (1993-1998)

Dans les années qui suivent, l’artiste n’abandonne pas son amour de la performance azimutée, pas plus qu’il ne se départ du ton traînant qui fait déjà sa marque. Mais en 1993, avec Red Rock West de John Dahl (qui fait ici ses armes avant de mettre en scène Last Seduction), il va s’essayer à une hybridation des genres annonciatrices d’une nouvelle ère. Entre l'ADN de film noir du projet ou encore la bizarrerie qui provient directement du jeu de Cage, se glissent des interstices d'action, une poignée de coups de feu et de cascades en voiture. Et de manière assez inattendue, ces figures imposées piratent le comédien autant qu'il phagocyte leur dynamique. Quand ce grand échalas à la voix duveteuse bastonne, la baston étonne.

Cette curieuse trouvaille alchimique va maturer, jusqu'à exploser le temps d'un triptyque ahurissant, qui va momentanément transformer l'artiste en un des gros bras les plus en vue, mais aussi les plus atypiques d'Hollywood. Quand sortent coup sur coup RockLes Ailes de l'enfer et Volte/Face, l'image de Cage se transforme et le cerveau du public fond de bonheur. Sa silhouette dégingandée va trouver là un terreau incroyable, imprimer la pellicule tout autant qu'elle imprimera en lui une dimension nouvelle, qu'il ne cessera plus de revisiter par la suite. Et cet enchaînement pyrotechnique, ce trio d'oeuvres spectaculaires est d'autant plus frappant que l'acteur paraît les traverser dans un geste unique, avec une cohérence qui pourrait presque servir de métaphore à l'ensemble de sa carrière.

 

photo RockToi aussi, tu la vois, la fumée verte

 

Avec RockMichael Bay va solidifier son style, en établir les fondamentaux, exactement comme il va se saisir de l'anatomie hésitante de Nicolas Cage pour progressivement en faire un héros d'action, et sous nos yeux, le geek de la chimie se raffermit progressivement, pour réussir à flinguer du commando renégat, jusqu'au climax du film, qui lui offre une pose simultanément inoubliable, surpuissante, mais également aux antipodes des attendus du genre, alors que le personnage tente dans un geste désespéré d'empêcher le bombardement d'Alcatraz. Il sort de ce baptême du feu remonté à bloc, prêt pour l'orgie de testostérone qui fera de lui un meme éternel.

Qui n'a jamais passé de trop longues minutes devant le gif de Nicolas, cheveux aux vents, biceps caressés par la brise a raté quelque chose, qui ne pourra jamais plus être expérimenté. Les Ailes de l'enfer de Simon West n'est ni un grand film ni un film d'action, mais la facilité déconcertante avec laquelle le comédien s'y impose demeure encore aujourd'hui une leçon de charme musculeux à peu près imparable. Qu'il s'agisse de s'élancer au milieu des flammes ou de tenir la dragée haute à tout un casting de trognes de haut vol, la mue est achevée. Ne reste plus qu'à la saupoudrer de folie typiquement Cagienne pour faire de sa persona d'action un pur mutant. Ce sera chose faite avec Volte/Face.

 

 

 

Sommet de la phase américaine de John Woo, le film d'action et de science-fiction est une synthèse vertigineuse d'influences hétéroclites. On échange d'identité comme dans un Philip K. Dick cocaïné, on se dézingue vol planant dans des déluges de colombes comme dans The Killer et on ne renâcle jamais devant un peu de cassage de véhicules de luxe, comme dans tout film d'action ricain qui se respecte. Un tourbillon qui frise parfois l'absurde, mais regorge de scènes géniales, de défis techniques insensés, d'envolées mélodiques démentes et offre à Cage le terrain de jeu fumant dont il ne pouvait faire que rêver. Jouer deux rôles aux antipodes, nous inviter à un pas de deux entre le Tintin sous Prozac de ses débuts et le démon de minuit qui louvoie toujours derrière cette innocente façade. Le résultat est un coup de tonnerre aussi réjouissant que définitif, dont jamais plus il ne parviendra à retrouver l'essence.

Bien sûr, l'acteur se frottera encore de nombreuses fois au cinéma d'action, mais plus jamais avec la même aisance, plus jamais avec la même ambition. En témoigne, dès 2000, la timidité de 60 secondes chrono, où il paraît sans cesse s'endormir au volant d'un spectacle trop propre sur lui. La Cage de l'action ne peut plus le retenir, mais elle en aura fait un monstre nouveau.

 

photo Volte/Face"Alors moi tu sais, la drogue, ça me fait rien tu vois"

 

Les derniers films d'auteur (1999-2003)

Nicolas Cage a reçu le Graal hollywoodien pour Leaving Las Vegas en 1996, et l'effet Oscar est arrivé quelques années après, avec Brian De Palma, Martin Scorsese, Ridley Scott et Spike Jonze. Mais le mouvement était amorcé dès 1998, dans les bras de Meg Ryan pour La Cité des anges : ce remake larmoyant des Ailes du désir de Wim Wenders donnait déjà une vague idée des envies auteurisantes de l'acteur, pour le meilleur ou pour le pire. À l'époque, Nicolas Cage expliquait qu'il cherchait depuis un moment un film de ce type, pour sortir de son récent tunnel d'action, et surtout rappeler qu'il pouvait exister en toute sobriété à l'image.

À l'aube de l'an 2000, la machine Nicolas Cage redémarre ainsi de plus belle, avec une envie spectaculaire de bouffer du septième art en enchaînant plusieurs gros coups. Toujours attiré par ce cinéma qui l'a vu naître, mais désormais au sommet de la chaîne alimentaire, il accède à l'équation totale des grands rôles et grands cinéastes - et parfois les deux en même temps. Pile électrique de Snake Eyes pour De Palma, âme meurtrie de À tombeau ouvert de Scorsese, corps doublé dans Adaptation de Spike Jonze : la marionnette Cage renaît des cendres d'une période de pyrotechnie et plaisir simple.

 

Photo Nicolas CageUn fauve en Cage

 

Enchaîner 8 millimètres, 60 secondes chrono, Capitaine Corelli, Windtalkers : Les messagers du vent et Les Associés peut sembler chaotique, mais en façade seulement. Car en réalité, chaque projet est une pierre dans un édifice hollywoodien de blason redoré. Avant d'être une petite catastrophe industrielle, 8 millimètres était le nouveau projet brûlant d'Andrew Kevin Walker, le scénariste superstar de Seven - qui a fini par publiquement renier ce que Joel Schumacher en avait fait. Avant d'être un doux navet pour un dimanche pluvieux, Family Man était une volonté pas très fine de refaire La Vie est belle de Frank Capra, avec Nicolas Cage à la place de James Stewart.

Avant d'être un joli bide, le mélodrame Capitaine Corelli avec Penelope Cruz était un potentiel produit à Oscar, concocté par le réalisateur de Shakespeare in Love (7 Oscars deux ans avant pour rappel). Même chose pour le film de guerre Windtalkers, ses retrouvailles avec John Woo, soldées par un énorme échec - en partie parce que sa sortie a été repoussée suite au 11 septembre, mais également parce que le studio a lourdement remonté le film.

 

photo, Nicolas CageLes messages dans le vent du fiasco

 

C'est justement à cette époque que Nicolas Cage suit le chemin tracé par tant d'autres acteurs désireux de contrôler leur carrière, en fondant sa boîte de production Saturn Films. Au milieu des films des autres, il s'ouvre un boulevard, comme acteur (Family Man, et plus tard Lord of War, The Wicker Man, Next et compagnie), mais également comme réalisateur.

En 2004, il filme ainsi James Franco dans Sonny, l'histoire d'un gigolo qui essaie de sortir du bordel géré par sa chère maman, en Nouvelle-Orléans. Un petit film à petit budget (4 millions), qui se vautre très largement, à tel point que Nicolas Cage n'a pas retenté l'exercice de la réalisation depuis.

Et pourtant, ce premier essai derrière la caméra a un réel sens dans cette riche période, placée sous le signe des héros qui vacillent et des illusions perdues. Sonny, c'est l'histoire d'un garçon qui rêve, mais échoue, et termine la tête écrasée dans le mur d'une guerre perdue entre l'argent et l'amour. Snake Eyes, c'est l'histoire d'un homme dont le monde entier s'écroule, alors qu'il pensait le maîtriser sans effort. Family Man, c'est le récit d'une existence entière qui s'effondre, avec la solitude derrière l'écran de fumée du succès.

 

Photo Nicolas CageSOS Détresse Amitié bonjour

 

Écrit par Paul Taxi Driver Schrader, A tombeau ouvert est précisément le cauchemar sans fin d'un homme hanté par les fantômes de ses échecs, dans un New York insomniaque et ténébreux. Sur l'autre face du continent américain (Hollywood), il y a Adaptation, où l'acteur interprète des jumeaux scénaristes, l'un étant l'incarnation vivante et évidente des ratés de l'autre. Ce miroir déformé est d'abord celui du scénariste Charlie Kaufman, mais il n'est pas étranger à Nicolas Cage, étonnant dans la peau de deux losers chauves et bedonnants. Ce film halluciné de Spike Jonze lui offrira une nomination aux Oscars.

Dernier sorti de cette période, Les Associés de Ridley Scott fonctionne sur la même note. Il y incarne un parfait escroc et loser, terrifié par les gens et la saleté, en proie aux crises de panique et autres névroses. Sam Rockwell est son acolyte, et Alison Lohman, sa fille sortie de nulle part. Gesticuler, parler, sautiller : la partition est facile pour un acteur à l'énergie si dévastatrice, qui semble souvent frôler la surchauffe à l'écran, mais le rôle est en léger décalage. Comme si Family Man, Snake Eyes et Adaptation se rejoignaient pour recomposer l'acteur, dans toute sa démesure touchante et étrange.

 

photo, Nicolas CageNicolas et Cage

 

la dérive hollywodienne (2004-2008)

Il est difficile de se faire une place à Hollywood, et il est encore plus difficile de la garder. Au début des années 2000, l'industrie change, et les licences sont de moins en moins menées par de grands cinéastes. L'acteur s'engage donc dans une franchise qui va paradoxalement le faire connaître auprès d'une nouvelle frange du public, mais qui va aussi le couper pour un certain temps des grands rôles. Parce que l'industrie américaine repère vite les comédiens adeptes du cachetonage, et n'hésite pas à les exploiter pour tout et n'importe quoi.

Benjamin Gates et le trésor des Templiers est un bon coup pour Disney, mais un mauvais pour Nicolas Cage. En effet, l'attachement que beaucoup portent à ce sous-Indiana Jones un peu stupide tient énormément à la présence de l'acteur, qui fait de son mieux pour rythmer un jeu de piste pour enfant avec ses réactions bien à lui. Loin d'être désagréable, mais plus molle qu'une limace en décomposition, cette aventure devait relancer sa carrière. Elle sera le premier clou du cercueil.

 

photo, Nicolas Cage, Diane KrugerUne sacrée carte de visite

 

Car ces dérives et les quelques bides au box-office l'enferment dans des productions toutes plus bancales les unes que les autres. Hollywood était un véritable champ de mines au début des années 2000, et Cage a pris soin de sauter sur le maximum d'entre elles. Surtout que le succès relatif (plus de 347 millions de dollars de recette pour 100 millions de budget) du premier opus des Benjamin Gates a convaincu pas mal de producteurs que ce comédien oscarisé au CV démentiel pouvait sauver de la noyade tous leurs scénarios foireux.

Passe encore la suite de Benjamin Gates, logique. Mais entre deux succès d'estime mérités (le très apprécié Lord of WarThe Weather Man), il s'engage dans quelques rejetons thunés qui ne rencontreront ni leur public ni la critique. Si l'atrocement patriotique World Trade Center est un peu à part, Ghost Rider symbolise bien le genre de projets où cabotine l'acteur. Tout repose sur lui, au point que les séquences d'effets spéciaux s'avèrent très très rares. Seule reste l'image d'un Cage qui s'embrase au ralenti. Sublime.

 

photo, Nicolas CageNico appuie sur le champignon

 

Le comédien devient progressivement moins une tête d'affiche qu'une plus-value inespérée, quand ce n'est pas carrément le garant du fun sans génie. Next et Prédictions, chacun dans leur coin, sont des objets bien fades échappant de justesse aux tréfonds de l'oubli grâce à sa performance, parvenant même à teinter d'humanité le faux film catastrophe d'Alex Proyas, un autre champion de l'instabilité.

Une autre caractéristique de l'acteur apparait au cours de cette période. Alors qu'Internet se développe, Nicolas Cage devient un meme, la star d'un mouvement comique viral, qui va certes prêcher la bonne parole, mais aussi miner sa crédibilité et l'empêcher de sortir un peu du trou des blockbusters hésitants.

 

photo, Nicolas CagePrédictions, un échec artistique prévisible

 

Un niveau d'iconisation supplémentaire qui trouve sa source dans quelques-uns de ses travaux précédents, mais surtout dans le remake de The Wicker Man, peut-être une de ses oeuvres les plus délirantes (il croyait au projet), où il dézingue un chef-d'oeuvre de subtilité à grands coups de réactions disproportionnées. La célèbre scène de torture à l'abeille est peut-être un tournant dans sa carrière : le moment où l'acteur est devenu objet comique.

Une descente aux enfers à laquelle il n'est pas complètement étranger : sa firme Saturn Films a produit beaucoup de ces pantalonnades au budget confortable, comme les Benjamin GatesL'Apprenti sorcier, Next ou même le fameux The Wicker Man, en plus de quelques succès d'estime comme The Wrestler, succès auquel il ne contribue pas en tant que membre du casting. Comme on va le voir dans la prochaine partie, Cage s'est parfois délibérément engagé dans des projets catastrophiques, faute de mieux...

 

photo Nicolas Cage"Not the beeeees"

 

Faut bien manger (2009-2016)

L'acteur a toujours eu tendance à lorgner, de temps à autre, sur la série B, voire sur le Z pur et dur. Il n'est pas aussi prolifique juste parce qu'il aime son travail. Cage assume amasser des centaines d'objets. Il collectionne les collections. Ajoutez à ça un train de vie démentiel, trois mariages qui se sont soldés en divorces et bien plus encore : il faut bien payer les factures. Dans un entretien au Monde livré à l'occasion de la sortie de Joe, il est revenu sur cette période longue trouvant son épicentre dans les sept ans qui séparent les années 2009 et 2016. Loin de s'inquiéter d'éventuelles clauses de confidentialité, il y évoquait avec son franc-parler habituel certaines oeuvres qu'il n'essaie même pas de défendre.

« Vous vous souvenez de Bangkok DangerousLe Dernier des TempliersHell Driver 3D ? Le Pacte ? Effraction ? Bien sûr que non ! Qui va se souvenir de telles merdes ? [...] Je me demande si le tournant n'a pas été Ghost Rider, un motard vendant son âme au diable. Une merde encore, qui avait le mérite de dire quelque chose de moi, avant que je traverse, plus tard, ma propre filmographie en fantôme. »

Si en effet Ghost Rider est peut-être un point de non-retour, il ne marquait pas encore le début de la période la plus sombre pour l'acteur. Parce que le film Marvel avait pour lui une production au moins hollywoodienne. Bangkok Dangerous, Hell Driver, mais aussi Ghost Rider : L'Esprit de vengeance (déjà bien plus Z que son prédécesseur), ou même Croisades, où il côtoie un Hayden Christensen lui aussi au fond du trou, sont autant de jobs alimentaires remarquablement débiles.

 

photoHell Driver, un sous-Ghost Rider. Oui, ça existe.

 

Vêtu de perruques de plus en plus abracadabrantesques, il joue au mieux le mentor, au pire le déglingo bourrin. Dans ce dernier cas, il en vient à parodier sa performance dans Ghost Rider. Il fallait le faire. Mais l'acteur est bien le seul à regretter ces frasques. Parce que du point de vue d'un cinéphile déviant, tous ces DTV bas de gamme ont en fait gagné un intérêt à sa présence. Que serait Le Dernier des templiers sans son air à la fois grave et halluciné ? Comment survivre à l'atroce répétitivité des jumpscares de Pay the Ghost sans son visage rayonnant de folie en guise de fil rouge ? Les mauvais films n'enfoncent pas Nicolas Cage, c'est lui qui les élève.

La preuve : au sein de cette terrible période, il a participé à quelques très bons films, faisant honneur à l'imprévisibilité de sa filmographie. Kick-Ass et Joe misent sur son air vieillissant avec maestria, tandis que quelques grands cinéastes en quête de trognes uniques ont continué à faire appel à ses services. Mal aimé, le Dog Eat Dog de Paul Schrader vaut cependant encore le coup d'oeil. Car malgré (ou grâce à ?) ces accidents de parcours, on continue à l'aimer d'un amour sincère.

 

Photo Nicolas CageLa moustache, toujours un bon choix

 

Cage joue Cage (2017-Maintenant)

Après une longue dérive hollywoodienne où l’acteur s’est façonné une légende à son nom dans de mauvais films, Nicolas Cage se retrouve depuis quelque temps dans ce que l’on pourrait voir comme une méga crise identitaire. Un délire purement méta, où l’acteur, conscient d’être devenu un meme vivant, rejoue les rôles emblématiques de sa filmographie pour les élever au rang d’œuvres d’art. L’exemple le plus parlant de cette nouvelle ère dans la carrière de l’acteur, où Cage joue littéralement Cage, est sans aucun doute le trip sous acides Mandy. Dans le film de Panos Cosmatos, l’acteur joue une caricature de bûcheron, vivant dans une maison isolée avec sa promise, Mandy, jusqu’au jour où cette dernière est assassinée par une secte, présentée comme un ersatz des disciples de Charles Manson.

À partir de ce postulat de revenge movie somme toute assez classique, Cosmatos filme Cage dans un pur délire où ce dernier compose un personnage à part entière, en mixant les faciès de ses memes avec ses rôles les plus iconiques dans le cinéma Z. Le tout en proposant une interprétation solide et, par moment, plutôt émouvante qui nous rappelle au passage que l’acteur dramatique a encore de beaux jours devant lui. Ainsi, Cage traverse ce délire psyché comme un fantôme traversant sa filmographie, pour reprendre ses mots, notamment en rejouant son personnage de Ghost Rider au milieu des visions hallucinées du réalisateur.

 

photo, Nicolas CageLe Cage post-dérive hollywoodienne, dans Mandy

 

Depuis Mandy, Cage semble donc parcourir de nouveau sa filmographie, comme un disque rayé qui ne cesse de se répéter, rejouant sans cesse son propre rôle, celui d’un acteur dont le cabotinage est devenu sa marque de fabrique, voir sa propre légende. Même lorsqu’il apparait dans le Snowden d’Oliver Stone, l’acteur semble rejouer une caricature de lui-même, dans laquelle il ne semble pas prendre autant de plaisir que dans la série Z fauchée. Peu de temps avant Mandy, Cage avait retrouvé Brian Taylor, après Ghost Rider : L'Esprit de vengeance, dans la comédie d’horreur Mom and Dad, où il jouait un père pris d’une frénésie meurtrière qui tente de tuer ses enfants. Une nouvelle occasion en or pour ce dernier de lâcher des punchlines délirantes et des gueules à memes comme lui seul sait le faire.

Cette recette forgée durant sa dérive, sublimée chez Cosmatos, il l’a appliqué de nouveau dans The Color Out of Space, adaptation du roman éponyme d’H.P. Lovecraft par Richard Stanley, produit par SpectreVision, la société de production de l'acteur Elijah Wood, déjà producteur… de Mandy, évidemment.

Un autre trip purement sensoriel, qui emprunte au The Thing de John Carpenter, dans lequel l’acteur délivre une performance dingue, une de ses meilleures après Mandy, où il multiplie les ruptures de ton avec une aisance folle, mais où surtout, il trait des alpagas (oui, vous avez bien lu !). Le mélange entre l’acteur barré et celui de composition, entre Dr Cage et Mister Cage, prend tout son sens dans ce film, qui finit d’ancrer l’acteur dans cette nouvelle ère qui semble marquer un point de non-retour dans sa filmographie.

 

photo, Nicolas Cage, Joely RichardsonUn Cage en paix avec sa carrière, dans The Color Out of Space 

 

En effet, alors qu’il est récemment parti défoncer de l’Alien aux côtés de Tony Jaa dans la série B d’action Jiu Jitsu, et qu’il va se bastonner prochainement dans un parc d’attractions avec Willy's Wonderland, l’un des prochains projets sur le CV de l’acteur semble définitivement achever cette transition dans sa carrière.

Avec The Unbearable Weight of Massive Talent, Nicolas Cage jouera Nicolas Cage, littéralement. Une version has been de lui-même, au point mort sur le plan créatif et financièrement ruiné, qui accepte de participer à l’anniversaire d’un fan milliardaire pour un million de dollars, avant que tout cela ne tourne mal, bien évidemment. Désormais, Cage assume pleinement de jouer Cage dans sa filmographie, c’est acté.

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commentaires

Marvelleux
01/12/2020 à 00:46

Nicolas Cage dans Kick Ass, magique !

Mojorisin
30/11/2020 à 15:41

Très bel article sur Nicolas Cage. Comme d'autres, j'aime beaucoup "Les mauvais films n'enfoncent pas Nicolas Cage, c'est lui qui les élève." Clap clap clap

sylvinception
30/11/2020 à 14:54

"Lord of war" restera pour moi un de ses tous meilleurs rôles.

Miami81
30/11/2020 à 12:16

Excellente rétrospective. Je pense aussi que Ghost Rider le mauvais tournant de sa carrière. Mais peut-être était-il déjà black listé au yeux des producteurs.
Mention spéciale toutefois à la voix française si caractéristique de Nicolas Cage qui le rend si sympathique.

SebSeb
30/11/2020 à 12:12

Bonjour,
Quel travail pour écrire cet article !
Bravo car c'est bien fait.

Fred_NTH
30/11/2020 à 11:23

"Les mauvais films n'enfoncent pas Nicolas Cage, c'est lui qui les élève."
Je n'aurais pas dit mieux.

Bob nims
29/11/2020 à 21:29

Vive le grand Nic !!
Vivement prisonners of the gosthland la bombe qui va sortir

Fan de Nic
29/11/2020 à 20:15

Vous oubliez l apprenti sorcier et code 211 :-)
Trêve de plaisanterie, primo très bonne synthèse de la carrière de Nic donc déjà merci de le remettre à l'honneur.
Quelques mots mais une thèse ne suffirait pas : Ce type est un génie, totalement passionné par son art. Oui sa carrière a basculé, mais je préfère le voir dans des Z atypiques que dans des comédies gerontophiles comme De Niro, ou de repeter toujours le même schéma ad nauseam comme Cruise.
Ce qui distingue Nic de ses collègues de sa génération, c'est son amour du cinéma son amour du métier d'acteur, son grain de folie.. Et oui sa capacité à rendre potable d'infame Z par sa seule présence.
En fait Cage est un des rares acteurs à me donner encore envie d'aimer le cinéma, qui est entrain de mourir lentement à l'heure du streaming.
Ce type est un génie cabossé comme le fut Cimino comme réalisateur. Un génie cabossé mais un pur génie tout de même.
Carrière rare, très très rare. D'autres acteurs ont produit des magnifiques performances, mais peut on dire d'eux qu' ils sont réellement et totalement investis, passionnés par leur métier... prendre n'importe quels premiers de la classes qui se sont succédés ces 20 dernières années, lesquels auront vraiment imprimé le cinéma et la pellicule de leur aura. À part un acteur mythique comme Christian Bale, non je ne vois pas. Ces géants se comptent sur les doigts d'une main par décennie. Cage en fait parti, honneur à lui !

Totoro
29/11/2020 à 20:10

Il était fabuleux dans la suite de "Bad Lieutenant" réalisée par Werner Herzog !

alulu
29/11/2020 à 19:27

Il va nous faire une travolta et en mieux. Un seul film avec les Cohen. La vie n'est qu'une injustice, Ladykillers ou O'Brother aurait eu plus de gueule avec Cage.

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