Relic : critique qui en tremble encore

Simon Riaux | 29 septembre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 29 septembre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Depuis quelques années et l’avènement d’auteurs tels qu’Ari AsterJennifer Kent ou Robert Eggers, on sent frémir une nouvelle vague horrifique, volontiers sophistiquée, aux limites du cinéma arty, baptisée outre-Atlantique “Elevated Horror”. Avec son récit aux accents intimistes, le premier long-métrage de Natalie Erika JamesRelic, semble s’y inscrire, mais surprend par l’intelligence avec laquelle il convoque une peur organique irrépressible.

LA VIEILLE FILLE ET LA MORT

Accompagnée de sa fille Sam (Bella Heathcote), Kay (Emily Mortimer) s’installe temporairement chez Edna (Robyn Nevin), sa mère, très âgée et sur le point de perdre son autonomie. Mais son comportement erratique cache plus que le naufrage de la vieillesse.

Relic traite de fin de vie, et dès ses premières images, exhale un fumet de pourrissement saisissant. Comme Mister Babadook avant lui, le film explore une palette chromatique rarement présente dans le cinéma australien, optant pour une photographie claustrophobe, toute de ténèbres et couleurs sombres. Le spectateur se retrouve alors soudainement enseveli sous un tumulus de secrets et de non-dits, qui transpirent à chaque photogramme. 

 

photo, Robyn NevinCette grand-mère ne fait pas que des confitures

 

Durant son premier mouvement, le récit explore donc les ravages du silence sur un trio de femmes séparées par le temps et les secrets, prenant le temps de décortiquer les relations complexes qui ont maintenu cette famille à flot, avant de les immerger dans un puits de refoulement toxique. Toujours en marge du cadre, niché entre deux lignes de fuites, attendant son heure, une forme humanoïde apparaît, et perturbe progressivement jusqu’aux séquences les plus anodines. Que Kay tente d'aider sa mère dans des gestes du quotidien, ou que sa fille se laisse aller à rêvasser sur le porche de la vieille bicoque, le découpage et le montage jamais ne nous lâchent, nous laissant tout juste entrapercevoir que quelque chose rôde et érode, puissant et vénéneux.

Ces scènes du quotidien, la mise en scène décide de les contaminer d’un traumatisme ancien, dont on ne connaîtra jamais le fin mot. Et c’est là toute l’ambiguïté, le mystère, mais aussi l’effrayante beauté de Relic. Nos héroïnes sont progressivement infectées par un mal ancien, une présence qui infecte leur quotidien et menace de les empoisonner. Qui est vraiment cet être de souffrance, qui hante les personnages et paraît se rassasier de la peur qui monte, inexorablement ? Plutôt que d’y répondre, la réalisatrice développe une narration toute en sous-entendus, un piège ombrageux, qui se referme sur le public pour le précipiter vers un climax impressionnant. 

 

photo, Bella HeathcoteUne petite fille qui pourrait bien regretter sa bonne volonté

 

UN CRI DANS LA NUIT 

C’est là l’immense force du film : quitter soudain les rivages d’un cinéma chirurgical et cérébral, pour nous embarquer, une demi-heure durant, dans un dernier mouvement en forme de cauchemar paroxystique. Car si Natalie Erika James a précautionneusement bâti ce dédale mental et désespéré, c’est pour mieux en exploser brutalement toutes les conventions, et filmer un véritable opéra de terreur en démence. Cette fable de la décrépitude avec son petit nombre de personnages et son unité de lieu appelait pourtant une fin minimaliste, mais la réalisatrice sait comment contourner ces écueils et précipiter son trio de femmes en enfer. 

Ce dernier repose partiellement sur la peur extrêmement matérielle du climax, où les chairs se tordent, les os se rompent, dans un concert de putrescence irrespirable, qui alterne admirablement entre violences plein cadre et tension hors champ. Mais cette trouille terre-à-terre laisse aussi la place à d’authentiques vertiges poétiques, quand Relic embrasse tout à fait les craintes de ses personnages et les ravages de la démence qui les menace.

C'est alors tout le décor qui devient un terrain de jeu corrompu, piège redoutable où chacun projette ses terreurs les plus profondes et qui n'est pas sans rappeler le Grand Nulle Part du premier Silent Hill. Et il faut toute l’adresse de la cinéaste pour tenir simultanément les rênes de la suspension d’incrédulité, tout en assurant une véritable verve fantastique. 

 

photo, Emily Mortimer, Bella HeathcotePeur du noir ?

 

Ce qui achève enfin d’en faire un des (rares) chocs de flippe de l’année 2020, ce sont ses ultimes secondes, d’une grande sensibilité autant que d’une violence sourde. Avant de nous abandonner à la solitude d’une salle obscure, la caméra capture un instant suspendu, merveilleux et monstrueux, entre réconciliation et tragédie. 

À la faveur d’un épilogue hallucinant, le film déploie un spectre émotionnel inattendu, profond, qui lui permettent de réconcilier toutes ses thématiques, sa veine tragique, mais aussi un amour bouillonnant pour la body horror, qu'on a senti poindre ici et là, notamment lors de terribles flashbacks, mais dont on ne s'attendait pas à ce qu'il se déploie si intensément avant que les lumières se rallument.

 

Affiche française

Résumé

Drame familial, horreur intimiste puis monstrueux cauchemar, Relic est tout cela, grâce à l'écriture terriblement humaine et à la caméra sensible de Natalie Erika James. Avec ce premier long-métrage, elle impose une voix singulière, à suivre (en tremblant).

Autre avis Alexandre Janowiak
Rares sont les films aussi stressants et tendus que Relic. Surfant sur l'horreur familiale à la Hérédité, le premier film de Natalie Erika James raconte avec poésie l'appréhension quotidienne du dépérissement avant d'exploser dans un dernier tiers terrifiant, anxiogène et cauchemardesque. Saisissant.
Autre avis Geoffrey Crété
Relic frappe par son immense richesse, et la nature étonnante d'un cauchemar labyrinthique qui glace le sang, jusqu'à ses ultimes instants. Premier film foudroyant pour Natalie Erika James.
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Lecteurs

(3.2)

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commentaires
Bleek
29/11/2020 à 15:14

Le vrai et pur moment flippe de 2020 est "The Dark And The Wicked". J'ai trouvé ce Relic trop mou et pas suffisamment consistent pour réellement susciter la peur.

Newt
09/10/2020 à 13:13

"Nos héroïnes sont progressivement infectées par un mal ancien, une présence qui infecte leur quotidien et menace de les empoisonner. Qui est vraiment cet être de souffrance, qui hante les personnages et paraît se rassasier de la peur qui monte, inexorablement ? Plutôt que d’y répondre, la réalisatrice développe une narration toute en sous-entendus, un piège ombrageux, qui se referme sur le public pour le précipiter vers un climax impressionnant. "
Ben, elle y répond complétement et subtilement " spoiler" c'est pour moi, l'incarnation physique de la décrépitude justement, dévoilée et acceptée symboliquement à la toute fin. C'est notre dégout de cette décrépitude qui infecte la maison. Ce spectre inévitable qui nous hante plus ou moins. Effectivement le parallèle avec Mister Badabook est tout à fait judicieux, " spoiler " la metaphore du trauma de l'enfant incarné par un monstre grandissant. Très bon film indeed .

Je suis plutôt d'accord pour Relic mais pour Mister Babadook, il me parait assez clair que le monstre est davantage la représentation du désir d'infanticide de la mère que du trauma de l'enfant.

gotmej
09/10/2020 à 08:05

"Nos héroïnes sont progressivement infectées par un mal ancien, une présence qui infecte leur quotidien et menace de les empoisonner. Qui est vraiment cet être de souffrance, qui hante les personnages et paraît se rassasier de la peur qui monte, inexorablement ? Plutôt que d’y répondre, la réalisatrice développe une narration toute en sous-entendus, un piège ombrageux, qui se referme sur le public pour le précipiter vers un climax impressionnant. "
Ben, elle y répond complétement et subtilement " spoiler" c'est pour moi, l'incarnation physique de la décrépitude justement, dévoilée et acceptée symboliquement à la toute fin. C'est notre dégout de cette décrépitude qui infecte la maison. Ce spectre inévitable qui nous hante plus ou moins. Effectivement le parallèle avec Mister Badabook est tout à fait judicieux, " spoiler " la metaphore du trauma de l'enfant incarné par un monstre grandissant. Très bon film indeed .

Scheidas
08/10/2020 à 23:28

Je vais avoir des mots très dur, mais pour moi le moment le plus fort émotionnellement du film, c'est quand le générique de fin a commencé par: "En voyant le film légalement, vous avez soutenu et participé à la protection des emplois de :" suivi des crédits. Grâce à ça je n'ai pas eu l'impression de tant perdre mon temps.
Difficile de détester le film fait avec toutes les bonnes intentions du monde, mais quand on est ni ému ni effrayé une seule seconde, 1h30 c'est long.
Je suis pas rentré dedans, tant pis, c'est pas grave, ça arrive

Tonto
08/10/2020 à 21:33

@Nico1 Le problème n'est pas tant de trouver un film d'horreur qui sache ce qu'est la terreur, que de trouver un film d'horreur qui a du fond et qui manie la terreur aussi bien que la dimension psychologique.
Bien souvent, quand l'horreur devient psychologique, elle renonce à faire peur. Et je n'ai jamais compris pourquoi... (même si Babadook ou Relic gardent une certaine parts de frissons, plus ou moins efficaces)

Nico1
08/10/2020 à 20:22

Extrêmement déçu, malgré le talent des actrices, la beauté de la photo et la réalisation. Je me suis ennuyé ferme jusqu'à la fin, le dernier tiers du film est à mon sens trop vite expédié. Et puis la métaphore manque sacrément de subtilité. Je désespère d'avoir un film d'horreur qui sait ce que le mot terreur veut dire.

Tonto
08/10/2020 à 20:18

En tous cas, ça vaut clairement plus le détour que le dernier David Koepp (You should have left), qui essayait aussi de faire peur avec une maison irrationnelle, et qui ne réussissait à aller nulle part...

Tonto
08/10/2020 à 20:17

Bon, bah ça va, pas le film d'horreur le plus flippant du monde, mais effectivement, il a une jolie part de frissons. A mon sens, plus on avance dans le film, plus on comprend qu'on a plus aucune raison d'avoir peur, ce qui est un peu dommage (le problème de l'"elevated horror" - horrible expression - c'est qu'elle semble croire que le psychologique et l'horreur vraiment terrifiante ne peuvent s'accorder). Mais ça reste efficace, bien raconté et ça a du sens. Un film vraiment intéressant.
Perso, j'aurais davantage creusé la présence étrangère dans la maison, en la matérialisant plus, mais bon, c'est un choix.

En tous cas, ça vaut le détour.

Dario 2 Palma
08/10/2020 à 16:54

A part une fin (relativement) surprenante, on se croirait dans une production Blumhouse gériatrique avec frissons personnages effets son et lumière éculés, le tout porté par un rythme aussi trépidant qu'une visite de l'inspecteur Derrick à l'Ehpad..
Il y a trop de choses venus d' ailleurs, trop de poncifs pour que le film trouve sa propre identité, et le récit dilué et languissant laisse à penser que le format court-métrage aurait été plus approprié.

m@x
07/10/2020 à 08:05

film a ranger pour moi dans les films ou il se passe rien et il se regarde le nombril.
pour que finalement dans le derniers acte ils se passe quelque chose .
attendre les 2 tiers pour avancer...bof bof…
il y a pas d'horreur dans ce film…c'est un peux comme attendre un super cadeau a noel pendants des mois et se retrouver avec un kinder surprise a la fin.

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