Énorme : critique féconde

Simon Riaux | 31 août 2020 - MAJ : 31/08/2020 15:55
Simon Riaux | 31 août 2020 - MAJ : 31/08/2020 15:55

Sous-genre fréquemment synonyme de catastrophe artistique, la comédie de grossesse s’illustre ces jours-ci avec Énorme de Sophie Letourneur, qui en renouvelle les usages et bouscule les conventions.

GROSSE SURPRISE 

Dès ses premières séquences, le film étonne par son désir de prendre son spectateur à rebrousse-poil. Nous découvrons Marina Foïs et Jonathan Cohen, pianiste de renom accompagnée de son compagnon et fidèle assistant, tous deux en tournée. Plutôt que de jouer la partition comique attendue de ces deux réacteurs à blaguesle film les sort immédiatement de leur zone de confort, faisant d’eux un duo tout en malaise et contretemps. 

Non seulement la dynamique est inattendue, mais elle génère une étrangeté bienvenue. Un goût du décalage qui fera office de note d’intention, le récit se révélant particulièrement imprévisible. Centré autour de la grossesse du personnage de Foïs, déclenchée contre sa volonté par son partenaire de vie, le scénario dévisse progressivement vers un terrain particulièrement inconfortable, délaisse la drôlerie pour une tonalité plus grave et anxiogène, qui ne s’interdit jamais des saillies absurdes. 

 

photo, ÉnormeMarina n'a pas la foi

 

En effet, alors que cette grossesse indésirable avance, Sophie Letourneur propose une chronique singulièrement rêche et mal-aimable de ses conséquences au sein d’un couple qui collectionne les névroses comme d’autres les nains de jardin. Plus intéressant, l’intrigue donne beaucoup de place au cheminement de Frédérick, qui réalise scène après scène que cette naissance qu’il a orchestrée n’aura rien d’une sinécure pour sa compagne. Entre dépression et poil à gratter, la personnalité de l’oeuvre étonne et détonne. 

 

photo, ÉnormeCouvade post-moderne

 

PERMIS DE GROSSESSE  

Quand le métrage explore avec ses protagonistes cette situation, il invite le réel dans son dispositif avec une aisance étonnante. Dès lors que nos héros interagissent avec des professionnels de santé, Sophie Letourneur choisit de confronter ses deux comédiens avec d’authentiques praticiens, et de les immerger dans un cadre hospitalier véritable. Une idée qui permet d’apprécier la mise en scène, jusqu’alors assez pauvre, du film, et renouvelle grandement son intérêt. 

Filmé presque à la manière d’un documentaire, Énorme casse ainsi beaucoup des codes inhérents à la comédie de la maternité, et s’avère formidablement abrasif. Un dispositif qui ne fonctionne tout à fait que lors de la seconde moitié du récit, lorsque les conflits se font tout à fait jour et que le film traite frontalement des contradictions de ses personnages, comme des aspects les moins engageants de la grossesse. Lorsque fiction et réel s’affrontent, cette mise en place fonctionne et confère une grande singularité à l’ensemble. 

 

Affiche officielle

Résumé

Si la forme pas toujours engageante du film pourra rebuter, Énorme n'en demeure pas moins une proposition aussi inclassable que malicieusement malaisante, qui dynamite avec intelligence les représentations de la grossesse à l'écran.

Lecteurs

(4.0)

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commentaires

Fraise
04/09/2020 à 01:33

L'entrave à l’IVG c'est surtout 2 ans d’emprisonnement et 30.000 euros d’amende, hihi.

dédég
02/09/2020 à 18:36

nul et renul !!! comment peut on proposer un film pareil des documentaires sur l'accouchement ils en diffusent à la télé les figurants ont étaient recrutaient au coin de la rue ou quoi?ils faut arréter de se moquer du monde puffff j'ai perdu mon temps et mon argent

Davidbros
31/08/2020 à 17:33

Sinon blood machines qui a l'air pas mal pas trop mal distribué, étonnant !

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