Double World : critique du blockbuster de l'été sur Netflix

Mathieu Jaborska | 4 août 2020
Mathieu Jaborska | 4 août 2020

Les amateurs de cinéma spectaculaire sont bien en peine. Cette période, au coeur de l'été, est censée être le moment où toutes les majors américaines déversent leur flot de blockbusters super chers dans les multiplexes, pour une nouvelle bataille dans la guerre perpétuelle qui anime Hollywood depuis des décennies. La trêve inédite causée par la pandémie qui fait rage un peu partout nous prive de ces réjouissances pourtant annoncées depuis des mois voire des années. Heureusement, Netflix pense à nous et nous permet de savourer sur petit écran Double World, une authentique super-production chinoise signée Teddy Chan, avec le chanteur Henry Lau en tête d'affiche.

BOUM BOUM BOUM

Mis à part GreenlandTenet et Les Nouveaux mutants, Double World est bien une des seules grosses productions à sortir officiellement en France cet été. Bien sûr, son budget (estimé à environ 43 millions de dollars par Variety) ne tient pas la comparaison avec les mastodontes américains, mais tout, de sa conception à son esthétique, le place dans cette catégorie.

Inspirée du MMORPG très populaire Zhengtu, cette épopée devait régaler le public chinois, friand de ce genre de gourmandise très très sucrée. Composée, toujours selon Variety, de 80% d’effets spéciaux numériques, elle était programmée pour une sortie salles, avant que le coronavirus ne lui fasse la nique. Il n’y a en effet rien de bien réel dans ces 110 minutes au moins aussi chargées en CGI que le climax des dernières productions Marvel.

 

photoLe poil soyeux et les crocs pointus

 

Le casting aussi ne fait pas dans la dentelle. À sa tête, on trouve Henry Lau, célèbre membre d’un boys-band coréen et beau-gosse ténébreux par excellence. Ses collègues sont quant à eux dotés d’une filmographie longue comme le bras, témoignant d’une carrière riche, en Chine, mais aussi parfois à Hollywood. Bref, que des visages reconnaissables, probablement grassement payés et dans des rôles très identifiés.

Esthétiquement, Double World déborde de partout, exhibant en permanence des décors parfois somptueux (surtout dans la première partie) et toujours artificiels. Quiconque aura vu le diptyque Chasseur de monstres saura que les blockbusters chinois de fantasy n’ont pas tendance à lésiner sur ce genre d’environnements. Ici, en dépit de la relative pauvreté de l’univers déployé, les décors permettent vraiment de souligner avec superbe son ampleur. Et même si certaines incrustations ne fonctionnent pas toujours, force est de constater leur excellente facture technique, donnant vraiment l’impression – une fois de plus – de s’immerger dans une aventure aussi calibrée que satisfaisante.

 

photo, Henry LauQuelques décors en dur sympathiques également

 

Narrativement, c’est la même tambouille. Le trio de personnages principaux balaie le spectre du héros classique de cinéma grand public, du grand bourrin en quête de vengeance au jeune premier qui doit apprendre la vie, en passant par la gamine bien plus coriace qu’elle n’en a l’air. Les trois compères se retrouvent donc dans une sorte de tournoi pour sauver leur tribu, tournoi où se trame un complot déterminant l’avenir de leurs peuples. Parfois un peu laborieuse, l’intrigue fait tout pour rester sur ses rails malgré la multiplication des enjeux, pas très clairs il faut l’avouer.

Très, voire trop mécanique, elle trimballe comme prévu les protagonistes de séquences d’action en séquences d’action, où ils doivent affronter moult forces extérieures, mécaniques et animales.

 

photoSmaug weed everyday

 

DECEPTION POINT

C’est là que l’amateur de frasques visuelles déchante un peu, car la narration se force à rentrer dans un carcan qui ne lui sied guère, et les scènes de bravoure en font autant. Chaque séquence s’articule autour d’une de ces forces extérieures, rendue possible par la dimension fantastique du récit. Mais là où les meilleures productions du genre se servent de ce type d’élément pour mettre en valeur les prouesses physiques de ses héros grâce à une mise en scène virevoltante, Double World se consacre d'abord au dispositif (qui va de la grosse bouboule au serpent géant). La réalisation s’envole donc régulièrement pour en fait ne jamais vraiment décoller, s’attardant quand même beaucoup sur des personnages secondaires et sans trop d’intérêt.

Certaines séquences au fort potentiel déçoivent donc grandement, la faute à un traitement de l’action encore une fois trop crispé, manquant vraiment de folie dans un univers qui autorisait pourtant tous les excès. Teddy Chan et son équipe se risquent à l'excentricité quelques rares fois, à l’occasion d’un vol en parapente ou d’une attaque de scorpion. Mais les saillies, parfois étrangement violentes, qui filent à l’écran telle une étoile filante trop rapide, ne suffisent pas à rassasier nos envies de délires graphiques et de chorégraphies survoltées.

 

photo, Luxia JiangUn arc narratif moyennement tendu

 

Heureusement que la narration brille enfin dans le dernier acte, inauguré avec une surprise à laquelle on ne s’attend pas. Une surprise qui démultiplie les enjeux de la confrontation finale et teinte d’une noirceur inattendue les relations entre les personnages. Voilà qui huile un peu les mécaniques grippées de l’exercice, et lui permet l’espace de quelques scènes de se démarquer de sa multiple concurrence.

Reste que les dernières minutes ne suivent pas tant que ça, minimisant une des meilleures idées de caractérisation du film au profit d’une conclusion qui, à l’image du long-métrage, gâche son potentiel émotionnel et spectaculaire.

Forcément, désavantagé par une vision trop limitée des sorties du genre en Chine, le spectateur occidental ne peut s’empêcher de se demander ce que le grand Tsui Hark aurait fait d’une telle histoire. Classique, mais fun, l’idée d’une rencontre entre complotisme guerrier et battle royale sans répit (quelle humiliation pour les perdants) dans un monde de fantasy laissait entrevoir un régal baroque. On se contentera d’un divertissement balisé et inégal.

Double World est disponible sur Netflix depuis le 25 juillet 2020 sur Netflix

 

Affiche officielle

Résumé

Si Double World se permet quelques coups d'éclat narratifs et visuels, il n'en demeure pas moins un divertissement beaucoup trop balisé pour son propre bien. L'expérience est instantanément oubliable, mais remplit sans problèmes nos narines de drogués aux blockbusters botoxés.

Lecteurs

(3.5)

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commentaires

Ethanhunt
08/08/2020 à 07:36

Il est dispo sur netflix mais il est en mandarin sous titré français!!! Je peux mème pas le regarder c est génial!!!

Pam Sy
05/08/2020 à 08:02

"Smaug weed everyday" cette réplique vaut de l'or !!!!!

Dredd*
05/08/2020 à 00:08

Vous pouvez au moins dire de quoi parle le film ?

Ken
04/08/2020 à 13:41

bof

Geoffrey Crété - Rédaction
04/08/2020 à 13:27

@oss-sans-disquette

Vu ce qu'on a écrit sur The Old Guard, et vu qu'on a pas encore vu Project Power...

oss-sans-disquette
04/08/2020 à 13:10

Faudrait se mettre d'acord sur LE blockbuster de l'été au départ on parlait de The Old Guard et récemment on parlait aussi de Project Power...

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