The Lodge : critique coup de boule de neige

Simon Riaux | 25 juillet 2020 - MAJ : 26/07/2020 12:18
Simon Riaux | 25 juillet 2020 - MAJ : 26/07/2020 12:18

Quoi de mieux pour racommoder une famille endeuillée et bouffée par les névroses, que d'enfermer deux enfants inconsolables avec leur nouvelle belle-mère ? Pas grand-chose, pour peu qu'on apprécie la cruauté et la perversion de l'horreur à l'Autrichienne. Bienvenue dans The Lodge, avec Riley Keough, disponible en DVD depuis le 15 juillet.

MORT D'HIVER

Un trio de personnages isolés, une demeure confortable à l’atmosphère glaciale, une météo hostile qui transforme progressivement une retraite familiale en enfer immaculé... Le moins que l’on puisse dire, c’est que The Lodge nous embarque en terrain connu. C’est d’ailleurs la limite essentielle de ce film d’horreur hivernal, qui paraît de prime abord bien trop familier, tant ses enjeux semblent entendus. Entre Shining et le dernier film de vacances de Michael Haneke, le récit peut laisser croire qu'il ne sait pas sur quel moignon danser.

Et si on croit d’abord visionner un film trop balisé, voire un peu vieillot, à l’heure où des propositions comme It Follows, The Witch ou encore Hérédité ont infusé un vent de putrescence nouvelle dans le genre, on réalise progressivement qu’il n’en est rien. Remarqués avec le cruel (et inutilement complaisant) Goodnight MommyVeronika Franz et Severin Fiala ont plus d’une corde à leur arc, et savent parfaitement où les décocher. Et si on croit d’abord avoir droit à une énième mise en abîme à base de maisons de poupées, le récit oblique soudain vers une angoisse beaucoup plus diffuse et existentielle. Après avoir établi combien chaque protagoniste du film garde d’horreur par devers lui, les dressant les uns contre les autres, alors que la solitude laisse poindre des gisements de cruauté insoupçonnables, le scénario comme la mise en scène agissent soudain de concert pour nous troubler. 

 

photoUne direction artistique particulièrement inquiétante

 

LA MORT A L'AUTRICHIENNE

La caméra du duo Autrichien, sans jouer les fausses contemplatrices de nos décalages pervers, sait manier la temporalité, étirer légèrement les séquences, pour en révéler les tensions ou possibles sorties de route. Dopée par un scénario à tiroirs, qui interroge en permanence la réalité qui se déploie à l’image, la mise en scène instille un doute continu sur la nature du film. D’accidents domestiques tordus en manipulations, on se demandera ainsi si le film lorgne vers le fantastique, explore un piège d’une perversion monstrueuse ou joue avec son spectateur comme ses protagonistes avec les malheureux animaux qu’ils rencontrent.

Et si The Lodge devient progressivement aussi immersif et redoutable, c’est parce que jusque dans son dernier acte, où la folie ronge chaque séquence, il détourne et déjoue les grandes figures de l’effroi en huis-clos. Alors que la dangerosité des actions, que la cruauté de tous puis finalement la violence des pulsions s’abattent sur cette famille désunie, le découpage se fait progressivement plus apaisé. Comme si l’abomination et la mort étaient les seules destinations pour les malheureux ainsi que le spectateur qui les accompagne, le métrage s’avance ainsi vers une combustion glacée, qui impressionne de précision et de méchanceté. 

 

Affiche US

Résumé

En apparence classique, The Lodge dévoile progressivement une cruauté raffiné, ainsi qu'un sens de l'effroi remarquable.

Autre avis Mathieu Jaborska
Un exercice de style certes parfois un peu trop appuyé, mais qui se joue avec malice (et pas mal de flippe) des faiblesses de ses protagonistes grâce à un huis clos glacial dans tous les sens du terme. Une expérience violente et minutieusement orchestrée, jusqu'à un dernier plan carrément génial.

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commentaires

Simon Riaux - Rédaction
29/07/2020 à 16:59

@sylvinception

"Jouer les intellos"...
Faut pas déconner non plus. C'est pas du registre familier, mais on est très loin d'une langue soutenue.

Si je joue les intellos, on n'est pas sortis du sable.

sylvinception
29/07/2020 à 16:49

C'est bon j'ai trouvé sur Google.
Cette propension à jouer les intellos devient quelque peu lassante...

sylvinception
29/07/2020 à 16:44

"combien chaque protagoniste du film garde d’horreur par devers lui"

Petit a) je ne parle pas le Français ?
Petit b) je ne parle pas le Riaux ?

(merci d'avance à celui ou celle qui pourra me traduire ça...)

Newt23
27/07/2020 à 10:25

@Simon

D'accord je vois, je comprends.
Merci de la réponse rapide ;)

Simon Riaux - Rédaction
26/07/2020 à 21:54

@Newt

Bonjour, et merci !

Ce n'est pas du tout le fruit d'une volonté, juste la conséquence de la situation actuelle, consécutive à la pandémie de Covid-19.

Activité partielle, donc moins de temps pour visionner de la part des membres de l'équipe et donc mécaniquement moins d'avis dispos. Moins de projos et donc moins de facilité pour voir les films à plusieurs.

Newt23
26/07/2020 à 19:51

J'ai très très envie de le voir et la critique de Simon est encore une fois excellente et donne l'eau à ma gueule d'assoiffé de genre.

Par contre, j'ai une petite question, pourquoi l'avis supplémentaire d'autres chroniqueurs que l'auteur de la critique est de moins en moins présent ? C'est une volonté du site d'éviter de mettre d'autres avis pour qu'on se concentre sur la critique principale ou c'est juste par oubli ?

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