Pinocchio critique presque humaine

Simon Riaux | 5 mai 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 5 mai 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

En 2015, Tale of Tales avait décontenancé une partie de la presse et des spectateurs, surpris de voir le réalisateur de Gomorra investir la forme du conte. Une forme qu’il revisite à nouveau à l’occasion de Pinocchio, privé de sortie cinéma en France pour cause de pandémie, et disponible depuis le 4 mai sur Amazon Prime Video

TÊTE DE BOIS 

Forme inépuisable et sans cesse revisitée, le conte n’est pourtant pas une des entités ou réceptacles favoris du cinéma, tant ses avatars ont souvent surpris, voire pris les spectateurs à rebrousse-poil. La dernière incursion de Matteo Garrone dans le genre en témoignait parfaitement, et l’histoire du 7e Art est pleine de ces créations ancrées dans des mythes originels, que leur époque reçoit parfois mal, La Nuit du chasseur demeurant peut-être l’exemple le plus frappant. 

Or, Pinocchio est un pur conte. C’est peut-être ce qui surprendra le plus, et le rend, en dépit du plaisir immédiat qu’il procure, pas toujours évident à appréhender. En effet, si Tale of Tales s’adressait directement aux adultes, en leur proposant de parcourir un monde où l’émerveillement ne dissimulait pas bien longtemps une corruption terrible des âmes, la nouvelle proposition du metteur en scène renoue avec la magie funambule propres aux contes, à savoir générer une passerelle entre l’enchantement enfantin et les ténèbres alentours. 

 

photo, Roberto BenigniUn très émouvant Roberto Benigni

 

Pour ce faire, Garrone se réapproprie le récit de Carlo Collodi, comme pour mieux nous faire oublier la mainmise de Disney sur tout un pan de la culture européenne. À la manière de Gepetto, interprété par un Roberto Benigni qu’on n’avait pas connu aussi touchant depuis des lustres, il soigne chaque aspect du récit pour lui insuffler la vie. Il marie les techniques (maquillages, retouches numériques, jeux de perspectives et lumière) pour aboutir à une forme à la fois artisanale et luxuriante, créer un espace propre à l’imagination.  

 

photoRere image de rédacteur répondant poliment aux commentaires des lecteurs

 

FILM CONTE DOUBLE 

Et comme dans Tale of tales, c’est à nouveau un miracle qui se produit, tant l’artiste atteint un fascinant point d’équilibre entre la cruauté de son style propre, la rudesse avec laquelle il capture le trouble des petits quand on les piétine, avec une magie évidemment Fellinienne, alliée à un amour des textures, des matières et de leur bouillonnement qui n’est pas sans évoquer le Gilliam du Baron de Munchausen. Et c’est justement parce que ce Pinocchio croit dur comme fer dans son récit, qu’il ne tire jamais le spectateur par la manche pour souligner une métaphore, ni ne fait pénétrer le réel au forceps dans son intrigue ou sa mise en scène, que le film entre en résonnance avec celui qui le regarde. 

On pourra apprécier un splendide livre d’images, aussi évocateur que régénérateur. Le métrage fonctionne également comme une continuation de Dogman, le toiletteur pour chien de son précédent film transfiguré dans cette figure d’enfant fragile et toujours prompt à être perdu, tordu, manipulé au gré des passions mauvaises de ceux qui l’accompagnent. On pourra enfin, y voir une sorte d’évocation testamentaire d’une certaine Europe, dont les idéaux ne semblent plus bons qu’à être foulés aux pieds par quiconque espère en tirer avantage. Tour à tour sophistiqué et limpide, Pinocchio est d’une richesse inattendue, inépuisable, comme les trésors enfouis de l’enfance.  

 

Affiche française

Résumé

Justement parce qu'il assume de n'être qu'un conte avant tout, ce Pinocchio parvient à renouer avec un émerveillement rare et précieux.

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Lecteurs

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commentaires
Kyle Reese
15/11/2020 à 20:10

Très jolie film, à l'image très soigné, très poétique avec un hommage aux spectacles vivant avec grimages ou sans.
Une lumière parfois sublime, un Pinocchio qui semble plus proche du conte original, bien plus terre à terre moins fantasmagorique. La critique a tout dit, un petit bémol peut être au niveau de la longueur métrage un peu difficile pour les plus jeunes. Benigni est parfait. Une belle réussite artistique que l'arrivée du covid et du confinement à sans doute gâché. Mais avec le temps je suis certain que le film trouvera un plus large public grâce aux écoles par exemple.
Tient ça me donne envie de revoir une autre réussite qui convoque la fée bleu, AI, la plus incroyable ré-interprétation du conte par Spielberg qui me fait un effet incroyable à chaque fois.

GuillaumeMT
24/05/2020 à 19:12

petite question écran large je voie sur vos critique note de nos lecteurs. Mais on ne peux pas voter alors elles viennent de où ces notes ?

Ded
08/05/2020 à 10:31

Le métrage, filmé à hauteur d'enfant, gagne en poésie ce qu'il perd en technologie numérique. Et tant pis si les personnages anthropomorphes sont dans l'ensemble assez laids (le thon !), j'ai été embarqué pendant 125 mn sans voir le temps passer. Mais il est vrai que malgré mon âge avancé, je garde toujours en réserve mes yeux d'enfant...

[)@r|{
06/05/2020 à 20:15

Bella recensione che fa venire voglia di vedere il film.

TreeeesGrandNez
06/05/2020 à 18:55

Alors la pour la premiere fois, je dois applaudir la critiqur de Monsieur simon riaux.
D habitude, ce critique est sans interet, je zappe des que je vois son nom, mais cette fois ci, il faut saluer le talent et la plume.
Ou alors.... Mon nez s allonge enormement, comme pinochio, parce que je ment, que je n ai pas lu cette critique. Oui, en fait c est plutot ca. Simon rien ou riaux, c est pareil :)

Lili Jae
06/05/2020 à 16:42

J'ai bien aimé le film malgré quelques maladresses scénaristiques. Il faut noter que les effets spéciaux sont réussis et quel plaisir de revoir Roberto Begnigni au cinéma!!!! C'est une bonne surprise d'Amazon prime contrairement à d'autres films que je ne citerai pas qui sont pour ma part mauvais...

Ninja
05/05/2020 à 23:06

Dans le livre il prend feu en se branlant...

Rorov94
05/05/2020 à 20:29

Adaptation de dégueulasse!
Après la mafia qui veut lui faire la peau suite à GOMORRA, Garone va avoir sa tête mise à prix par les ébénistes et les marionnettiste!
La version Comencini est foireuse,ce qui était pourri avant le reste après...
Seule la version NEW LINE par Steve Barron avec Martin Landau reste valable et aboutie techniquement,le film n'a pas pris une ride.

Nico1
05/05/2020 à 17:52

J invite les curieux à lire le roman originel de Carlo Collodi, je pense que beaucoup seraient surpris de la teneur du texte et de la manière dont il se termine. Pinocchio n'est qu'un pantin pourri gâté.

Karlito
05/05/2020 à 17:24

À redécouvrir, le Pinocchio de Comencini :)

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