Horse Girl : critique qui a mangé du cheval

Marion Barlet | 17 février 2020 - MAJ : 18/02/2020 10:56
Marion Barlet | 17 février 2020 - MAJ : 18/02/2020 10:56

Netflix joue la carte cinéma d'auteur (Marriage Story, The Irishman) et veut une grosse part du gâteau. La plateforme se lance dans cette branche et produit de grands noms comme des moins connus. C’est le cas de Jeff Baena, réalisateur de Horse Girl, qui cosigne le scénario avec son actrice principale Alison Brie. Le duo se reforme après Les Bonnes Sœurs, une comédie d’amour librement adaptée du Décameron de Boccace. Horse Girl est psychiatrique, audacieux et déstructuré, et notre critique contient quelques spoilers.

LE CLONE DE GRAND-MÈRE

Sarah (Alison Brie) est une jeune femme banale, qui s’habille mal et qu’on ne remarque pas. Les épaules par-dessus la tête pour se cacher du monde, elle se révèle rapidement aux prises avec la démence, héritée de sa grand-mère et transmise à sa mère. L'occasion est parfaite pour que le film bascule dans l'expérimental et que la folie serve de mise en forme à l'écran.

Elle souffre de somnambulisme et se réveille en des lieux improbables, griffe les murs et rêve d’individus qu’elle croise le lendemain. Ça sent le patrimoine génétique qui se réveille et qui va faire des siennes. Mais là où l’on attend une confusion propre au sujet vendu, on ne cesse d’être ramené à une rationalité exaspérante, avec un scénario ultra explicatif et une mise en scène qui nous prend par la main.

Les éléments se recoupent comme un puzzle à trois pièces, où le motif se dessine sans encombre. De la série qu’elle adore, Sarah déduit qu’elle est le clone de sa grand-mère, et d’un test ADN tiré d’une scène d’ouverture clichée, elle comprend qu’elle n’est qu’un duplicata d’extraterrestres. Au milieu de son chemin de croix, se dévoile son amour (platonique) pour une jument, Willow, qu’elle ne monte plus, mais qui l’obsède. Pourquoi ? Pour le symbolisme pardi ! Génétique, reproduction, race copiée, le cheval est l’instrument parfait pour mettre en relief son cas clinique. Tout n’est fait qu’à moitié, et tout est d’une clarté insupportable.

 

Photo Alison BrieElle a cette tête-là tout le film

 

LE CLOWN DU SPECTACLE

Horse Girl coche toutes les cases d’un film qui essaie de jouer avec les codes. Tous les ingrédients du drame sont présents et rythmés par un onirisme cahoteux, où l’on est censé prendre peur, mais où l’on reste sceptique. La lumière est abominable et alterne entre des scènes de nuits éclairées à l’ordinateur et des rêves surexposés, où se superpose une musique claudicante qui accompagne la terreur du personnage et nous laisse abasourdis. Rien n’est à sa place, mais au lieu d’être embarqué dans une expérience cinématographique, on reste scotché au geste démonstratif.

Le film n'exploite pas les qualités de sa matrice (failles temporelles et réalités divergentes) ni n'assume pas la débandade de son trop-plein. La scène d’ivresse est amusante avec Sarah qui se lâche et mélange la zumba et la danse cavalière, dans une robe ras la conscience. Mais le pathétique qui prend des airs WTF n'est pas tiré jusqu'au bout, comme le confirme la romance qui se conclut au cimetière avec le copain. 

 

Photo Alison BrieS.O.S scénario bonjour j'écoute ?

 

Les personnages secondaires ne déverrouillent rien, et en étant mal entourée, il est difficile pour Sarah d’être crédible. Les partenaires d'Alison Brie se débattent dans les stéréotypes de leurs personnages, qu'ils n'arrivent pas à faire communiquer. Sa colocataire (Debby Ryan) est une midinette prétentieuse flanquée d’un boyfriend en carton, et le pote de celui-ci charme Sarah avec des manières de grand dadais. Le point positif est que leur histoire d’amour trop rapide s’effondre aussi vite qu’elle a commencé.

Il n’y a aucune interaction entre l’héroïne et son entourage, et l’effet se transfère jusqu’à nous, qui restons en dehors de sa psyché, bloqués avec des seconds rôles sans relief. Rien ne nous accroche, alors qu’on aurait voulu plonger dans le délire. Le scénario éparpillé ne pouvait induire qu’une mise en scène qui s’étiole à mesure que l’originalité s’écrase sur elle-même. Le final sous drogue légère (deux marie-jeanne max) est le clown (ou clou) du spectacle, avec sa solution ouverte sur l'infini et fermée à notre émotion. 

 

photo, Alison Brie

Résumé

Le chassé-croisé symbolique-réaliste provoque un sucré-salé mal équilibré où l’on ressent l’absence de décision. Horse Girl frôle le kitsch sans s’y engouffrer, il flirte avec le mystère et n’a de cesse de lui donner une forme. Jeff Baena ne tranche jamais dans sa mise en scène et le scénario chimérique vire à la pulp fiction intellectualisante.

commentaires

lulu
22/03/2020 à 15:52

c est dommage de predre son temps a regarder cette "m...." .
c est dommage d'avoir dépenser de l'argent à produire du néant .....
enfin les americains n'ont pas fini de nous étonner ...... sauront ils un jour faire du vrai cinéma ....

lulu
22/03/2020 à 15:49

c est dommage de predre son temps a regarder cette "m...." .
c est dommage d'avoir dépenser de l'argent à produire du néant .....

Euh
17/02/2020 à 18:00

J'ai beau aimer Alison Brie, difficile de rester éveillé jusqu'au bout.

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