Tu mourras à 20 ans : critique condamnée

Christophe Foltzer | 12 février 2020 - MAJ : 12/02/2020 15:00
Christophe Foltzer | 12 février 2020 - MAJ : 12/02/2020 15:00

Le cinéma africain n'est malheureusement pas chose courante dans notre industrie, le cinéma soudanais encore moins. Alors quand l'un de ses représentants arrive dans nos salles, on ne peut que s'y intéresser. Surtout quand il s'agit de Tu mourras à 20 ans d'Amjad Abu Alala.

COMBATTRE LE FUTUR

Dans un petit village du Soudan, très ancré dans la religion, nait le jeune Muzamil. Lorsque sa mère le présente au chef religieux local, pour qu'il lui donne sa bénédiction, l'homme lui prédit un sombre destin : il mourra le jour de ses 20 ans. Une malédiction immédiatement intégrée par la communauté qui accueille le garçon avec cette empreinte funeste et l'éduquera en ce sens. Mais alors que Muzamil a 19 ans, il se dit qu'au fond, il n'a pas très envie de mourir comme on le lui a promis.

 

Tu mourras à 20 ansMuzamil, pas super d'accord

 

Par son point de départ atypique, Tu mourras à 20 ans, d'Amjad Abu Alala, intrigue énormément. Il est en effet difficile d'imaginer, pour nous, spectateurs français, comment un village entier peut se rassembler derrière ce sombre présage. Une difficulté que contourne admirablement le réalisateur en traitant justement l'événement comme la nouvelle la plus naturelle qui soit. Ce qui rend son propos encore plus terrible et implacable.

Ce travail sur la communauté et son repli idéologique est évidemment au coeur du scénario, mais Amjad Abu Alala a l'intelligence de ne jamais s'y attaquer frontalement, préférant l'indiquer par les actions de son protagoniste principal, le jeune Muzamil. C'est en effet à travers ses yeux que tout se passe, qu'il s'agisse de la funeste échéance ou de son besoin obsessionnel d'intégration, plombé par une apathie contextuelle qui peut le rendre énervant pour certains.

 

Tu mourras à 20 ansCompter les jours

 

SOMBRE DESTIN

Pourtant, aussi effacé soit-il de sa propre histoire, Muzamil est bien au coeur du récit, il en est le moteur, à son insu. On remarque aussi qu'au final, le film suit une structure plutôt classique, ce qui n'est pas un mal en soi, mais qui laisse peu de surprises quant à son issue. Néanmoins, il faut reconnaitre que la pilule passe d'autant mieux que ses personnages sont très bien travaillés. Qu'il s'agisse de Muzamil, donc, ou encore de sa mère, détruite par cette mort programmée que pourtant elle encourage, ou Suleiman, le vieux caméraman alcoolique marginal vecteur d'ouverture pour notre jeune héros.

Mais c'est dans son discours implicite que Tu mourras à 20 ans convainc le plus, dans cette peinture acide de la société soudanaise rurale, totalement dévouée à la religion, aux croyances anciennes et aux rituels, prête à sacrifier l'un d'entre eux pour ne pas remettre en question ses fondements. On en arrive alors à un conflit interne jamais mis en avant, mais toujours présent, où chacun se révolte contre sa condition pour, au final, l'embrasser parce que tout le monde a été éduqué dans ce seul objectif.

 

Tu mourras à 20 ansUne amitié complexe et dangereuse pour la communauté

 

TERRES LUMINEUSES

D'un point de vue formel, le film est beau, très beau même. Le réalisateur compose une série de tableaux saisissants faisant la part belle à une certaine poésie naturaliste rafraichissante qui impacte durablement la rétine. De même, dans son rythme, le film laisse la part belle aux silences, aux respirations, à la contemplation même parfois, ce qui lui donne un cachet relativement unique.

Pourtant, tout n'est pas parfait dans  Tu mourras à 20 ans et le film paye régulièrement son parti-pris. Le récit a en effet tendance à s'enliser dans sa seconde partie, même si elle est parsemée de séquences saisissantes (celle du cimetière par exemple) qui cachent mal les limites du propos cependant. En effet, Tu mourras à 20 ans a des choses passionnantes à raconter, mais étire son histoire plus que de raison, se piégeant lui-même dans sa volonté picturale et poétique. En résulte alors un ventre mou conséquent qui peut en faire décrocher certains.

Néanmoins, il faut saluer l'effort, car il est de qualité. Si la forme pêche un peu, le fond, lui, est béton et le propos implacable. Tout en restant à hauteur d'adolescent et profondément humain, Tu mourras à 20 ans propose une lecture saisissante de l'enfermement communautaire et de l'individualisme impossible. On espère que d'autres films arriveront bientôt parce qu'avec des représentants pareils, le cinéma africain a de beaux jours devant lui.

 

Affiche officielle

Résumé

Très fort dans ce qu'il raconte, Tu mourras à 20 ans pêche un peu plus dans sa forme, inégale. Il n'en reste pas moins un film profond, saisissant et touchant, à découvrir.

commentaires

Kolby
12/02/2020 à 13:33

Avec tout ce que vous dites de bien pour le film, je m'étonne de voir un 3 comme note...
Juste pour dire que votre critique est à 90% positif pour note de 3

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