Play : critique fan de footage

Simon Riaux | 1 janvier 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 1 janvier 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Le 1er janvier est traditionnellement réservé aux gueules de bois carabinées, aux artères bouchées et aux intestins encombrés. Une fois n'est pas coutume, le premier mercredi de 2020 est l'occasion d'un coup de coeur cinématographique, pour une année qui ne pourrait pas mieux commencer. Let's Play !

GOONIES VERS LE FUTUR

Pour sympathique qu'il soit, le duo Anthony Marciano/Max Boublil nous a arraché quelques sourires, sans jamais nous bouleverser la rétine. C'est donc sans à priori, mais sans irrépressible enthousiasme que l'on découvre Play, comédie romantique aux ambitions générationnelles assaisonnées de found footage. On aurait tort néanmoins de cantonner ce récit amoureux à ses airs de petit malin. Dès les premières images, forcément évocatrices, de deux parents offrant une caméra numérique à leur rejeton, une note d'intention chaleureuse maline se dessine. Sous nos yeux, Alain Chabat et Noémie Lvovsky observent avec tendresse un môme faisant ses premiers pas de metteur en scène. Scruté par le parrain de l'humour frenchy et une des plus brillantes égéries de son pendant auteurisant, le jeune Max apparaît biberonné aux influences contradictoires et typiques de la cinématographie hexagonale.

 

photo, Alain Chabat, Noémie LvovskyObjectif pas si Nul

 

Et cette double influence n'aura de cesse de nourrir et d'enrichir un récit balisé mais efficace. On se demande rapidement pourquoi l'image, le découpage semblent aussi puissamment émouvants, ce qui peut, après plusieurs décénnies de longs-métrages déguisés en captations improvisées, nous surprendre encore. A l'évidence le travail de l'image est minutieux, chaque époque bénéficiant d'un travail rigoureux, qu'on passe de la caméra DV ou au smartphone, mais c'est bien dans le travail du son que se niche un savoir-faire renversant. Pressions d'un doigt mal-assuré sur une touche, tension grandissante alors qu'une paume moite enserre un objectif... La prise de vue n'avait pas été pensée comme un langage à part entière une source d'émotions diégétique depuis longtemps, peut-être depuis la Tarnation de Jonathan Caouette.

 

photo, Arthur Perier-Pillu, Malik ZidiJoie des bonnes soirées

 

Ainsi, sous ses airs de bluette étalée sur trois décennies, au-delà de son statut de film de potes, Play fonctionne comme une capsule temporelle jouissant d'une maîtrise technique et narrative aboutie. Jamais le dispositif du faux film amateur n'est pris en défaut, pas plus qu'il ne fonctionne comme un cache-misère protégeant ses auteurs d'une certaine exigence plastique. A bien y regarder, l'ensemble des séquences qui composent le film s'avère mieux rythmé et composé avec plus d'attention que quantité de propositions "traditionnelles" découvertes tous les ans en France. Cette richesse, qui ne se veut pas démonstrative, et ne s'inquiète pas de rouler des mécaniques, constitue le premier point fort de l'oeuvre, qui sous couvert de proposer une récréation nostalgique, s'évertue brillamment à transcender cette dernière.

 

TEENS EMOUVANTS

Bien sûr, Play n'échappe pas à son statut de conte romantique attendu, et cède même lors de son dernier tiers à des ficelles qu'on pourra trouver grossières, en tout cas beaucoup plus classiques et larmoyantes que ses trouvailles formelles. Mais si le film peut s'autoriser ces facilités dans sa dernière ligne droite, c'est parce qu'il a accompli préalablement un excellent travail sur ses personnages. On taxe souvent les productions hexagonales de se complaire dans des pensums verbeux, la proposition de Marciano et Boublil vient une fois encore rappeler combien le cinéma français est plus varié et imprévisible que le disent les esprits chagrins.

 

photoBoyhood 2.0

 

Dans la direction de ses jeunes comédiens, le film marque des points, trouvant un point d'équilibre idéal entre les teens movie américains dont on sent qu'il puise une belle inspiration, et une tradition peut-être plus ambiguë et mélancolique, toute européenne. Au-delà de l'écriture, ciselée, de ces protagonistes sortant à contre-coeur de l'enfance, c'est leur humanité qui frappe. Elle touche tout autant quand les adultes entrent en scène, notamment grâce aux partitions de Boublil et Alice Isaaz, tous deux trop souvent perçus ou cantonnés à des stéréotypes ronflants. Leur alchimie est évidente, et la finesse de leur interprétation les autorise à ré-enchanter pas mal de clichés et à souvent dépasser les rebondissements d'une intrigue qui, sans leur talent, risqueait de ronronner.

 

affiche

Résumé

En dépit d'un récit très classique, Play surprend et émeut. Grâce à ses acteurs, tous impeccables, mais surtout sa mise en scène, intelligente et évocatrice, le film ouvre l'année 2020 de fort belle manière. 

Autre avis Geoffrey Crété
Une belle petite surprise, et un très beau film générationnel qui se cache derrière des airs un peu benêts. Malin, touchant et irrésistible, Play a de quoi marcher dans les pas de Cédric Klapisch et son Auberge espagnole.
Autre avis Alexandre Janowiak
Malgré un concept qui s'essouffle plusieurs fois et une émotion un peu trop fabriquée (notamment dans son dernier acte), Play est une belle surprise. Plus difficile à concevoir qu'il n'en a l'air, le film est jalonné de bonnes idées et évoque quelques thématiques avec une jolie tendresse et une nostalgie attachante. A voir !
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Lecteurs

(4.6)

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commentaires
Dutch Schaefer
05/01/2020 à 10:26

Mon premier grand plaisir de ce début d'année!
Je me suis pas mal identifié au personnage et à sa bande.
De plus, habituellement je n'apprécie que très moyennement le style found footage !
Mais, là la façon de raconter cette histoire (rembobinée...) par le prisme d'un camescope puis enfin d'un portable, j'ai adoré!
Pour résumer, la très belle surprise de 2020 qui commence bien!

Gummo
05/01/2020 à 00:58

Mal joué. Aucune émotion. Je suis parti avant la fin ce qui ne m'était pas arrivé depuis...me souviens plus. 1998 peut-être. Je ne comprends absolument toutes les critiques positives sur tous les médias. J ai dû me tromper de salle. Revoyez Le Péril Jeune et comparez !


04/01/2020 à 20:05

Je rejoins les avis de Simon Riaux et Geoffrey Crété, Play est une jolie surprise.
Quelques défauts (notamment sa fin, longue et attendue), mais le film se montre résolument malin pour interroger ce rapport à l'image, qui met à distance son personnage des évènements qu'il filme en direct.
Et il y a vraiment d'excellents comédiens (je pense notamment aux jeunes acteurs, incroyables). C'est drôle, c'est enlevé, nostalgique mais dosé.

Simon Riaux - Rédaction
04/01/2020 à 13:15

@STEVE

Pas d'inquiétude, ça arrive aux meilleurs.

STEVE
04/01/2020 à 10:20

Première fois je crois que je suis d'accord avec Riaux

Legrandtimquisestprispouruntoast
04/01/2020 à 02:01

Je l'ai vu le 1er janvier et je pense déjà le revoir. Je ne sais pas si c'est la nostalgie qui parle (musique, souvenirs partagés, situations vécues... ) mais il y a quelque chose formidablement attachant et émouvant dans ce film. Et sans prétention.

N'étant pas spécialement fan de Max Boublil, je l'ai trouvé efficace et juste dans son rôle.... Mais celle qui porte vraiment le film, c'est Alice Isaaz. A l'époque dans "La crème de la crème", je trouvais qu'elle crevait l'écran, ici c'est encore le cas.

Seb cinema
03/01/2020 à 20:34

C'est le pire que j'ai vu depuis des années !!!!!!

Sharko
02/01/2020 à 23:16

La critique est positive mais sortir le film un 1er janvier et en période de gréve va le rendre invisible.

Simon Riaux - Rédaction
02/01/2020 à 15:59

@Madolic

Il joue plusieurs années dans la trentaine.

Madolic
02/01/2020 à 15:56

Il est censé avoir quel âge Boublil dans le film ?
Non parce qu'il fait pas moins de 30 ans faut arrêter ^^

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