6 Underground : critique des Avengers selon Bay

Geoffrey Crété | 13 décembre 2019 - MAJ : 13/12/2019 16:53
Geoffrey Crété | 13 décembre 2019 - MAJ : 13/12/2019 16:53

C'est l'histoire d'un milliardaire, d'une espionne, d'un sportif, d'un soldat, d'une docteur et d'un tueur à gages. Et ce n'est pas une blague (quoique) : c'est le nouveau Michael Bay. Pour sa première collaboration avec Netflix, le réalisateur de Rock, Bad Boys et Transformers réunit Ryan Reynolds, Mélanie Laurent, Corey Hawkins, Manuel Garcia-Rulfo, Ben Hardy et Adria Arjona, qui forment les 6 Underground, un groupe de rebelles kamikazes déterminés à sauver le monde des grands méchants.

ILS SONT LIIIIBRES MIKE

Voir un Michael Bay sur Netflix peut sembler absurde vu les dimensions cinématographiques de son cinéma de destruction-explosion-pyrotechnie massive. Et avec son budget de 150 millions, 6 Underground n'a rien d'un petit No Pain No Gain, et se place sans problème aux côtés des autres blockbusters du réalisateur. Pendant plus de deux heures, il y a donc des tôles froissées, des immeubles rayés, des voitures broyées, des cadavres empilés par dizaines, des douilles laissées par centaines, et Bay laisse dans le sillage de ses héros l'habituel chaos urbain.

Un peu comme le cinéaste, cette bande de rebelles a les plein-pouvoirs et des billets verts plein les poches pour parvenir à un objectif. Celui de Michael Bay est d'assembler un énième film de bourrin où tout part en flammes et en morceaux, celui du club des six est de sauver le monde. Autour d'un milliardaire en quête de justice, sorte d'alter ego tordu du réalisateur-producteur, il y a ainsi un groupe à la Ocean's Eleven, considérés comme morts et donc totalement libres. Et chaque pierre compte dans l'édifice de la surenchère. Pour conduire, pour séduire, pour courir, pour grimper, pour s'infiltrer, pour surveiller, pour sauver, il y a toujours quelqu'un, comme un croisement entre les Avengers et Mission : Impossible.

Du moins, c'est l'idée et l'espoir. Sauf que ce 6 Underground se révèle finalement très bavard, très premier degré dès qu'il s'agit de présenter ces personnages censés appeler une franchise dispensable, et comble très mal ces deux heures entre les grosses, bruyantes et irrésistibles scènes d'action.

 

photoS-Club presque Seven

 

BARAKA A L'ITALIENNE

Tout commence pourtant sur les chapeaux de roue. Dans une cacophonie qui crée miraculeusement une certaine harmonie du chaos, Michael Bay mélange les temporalités, télescope ses héros dans une réjouissante et interminable scène d'action, cherche autant le rire que la larme, et laisse derrière lui un nuage de fureur. Les rues de Florence deviennent le théâtre d'un ballet de destruction et d'étincelles qui donne le tournis à mesure que s'empilent les cascades, les cadavres, et les pierres et bolides broyés.

Michael Bay a rarement été extrême et généreux que dans cette intro, qui use et abuse des effets de montage, surdécoupage d'absolument tous les mouvements, et prend un malin plaisir à compiler tous les clichés de son cinéma. Du ralenti sur une belle figurante dans la rue, à des échoppes qui explosent comme si c'était des boutiques de feu d'artifice minées, en passant par les répliques qui fusent pour dédramatiser la poursuite, 6 Underground laisse alors rêver d'un festival parfait pour tout amateur du genre.

 

photoImage proprement inédite chez Michael Bay

 

Surtout qu'avec des nonnes qui font des doigts d'honneur, des passants renversés, des voitures coupées en deux, des pigeons au ralenti comme dans une parodie de John Woo, une blague sur la taille des membres virils, et des chiots et un bébé sauvés in extremis, il y a de quoi s'occuper dans ce joyeux cirque.

Ce n'est pas la seule scène mémorable du film, puisque Bay retrouve cette même énergie dans un décor de penthouse, où la fusillade classique est dopée par l'utilisation inattendue d'une piscine qui transforme la scène en attraction. L'idée d'un aimant magique parfaitement absurde dynamise un climax sinon plus sage, tandis que quelques images par-ci par-là (des dents accrochées à un collier) provoquent des pics d'énergie et plaisir.

Après deux derniers Transformers qui s'écroulaient sous le poids de la saturation jusqu'à devenir aussi lourds qu'illisibles, et perdre leur raison même d'exister et êtres vus, Michael Bay renoue donc avec sa formule la plus bête et pas méchante dans 6 Underground.

 

photo, Ryan ReynoldsRare image de Ryan Reynolds sérieux dans le film

 

 ̶B̶A̶D̶  GOOD BOYS

Le problème, c'est qu'entre ces scènes d'action certes longues et bruyantes, mais finalement intercalées comme dans n'importe quel blockbuster (début, milieu et fin en gros), il y a tout un film à occuper. C'est là que Michael Bay ne sait pas trop quoi faire du scénario de Paul Wernick et Rhett Reese, le duo derrière Bienvenue à Zombieland, Deadpool et Life : Origine Inconnue. 6 Underground a beau jouer la carte de l'autodérision, avec un personnage qui cite des répliques de film ou se moque de la BO, ou encore des clins d'oeil à Batman et Star Wars, tout est désespérément premier degré et niais autour des héros.

L'odieux milliardaire qui cherche son âme après avoir vu des enfants tués par un dictateur, le tueur à gages qui cherche son âme après avoir commis des horreurs et vu leur reflet dans les yeux d'une môme, l'idéaliste agent de la CIA qui veut agir pour le bien et non plus obéir à des ordres cyniques... C'est tellement grotesque, ordinaire, et superficiel, que la présence de ces scènes pour donner un peu d'épaisseur aux personnages les rend plus idiots qu'autre chose. Si Mélanie Laurent écope du rôle le moins nul puisqu'il est assumé comme frappé et sans psychologie profonde, celui de Ryan Reynolds est risible quand son humanité digne d'une sitcom est révélée.

 

photo, Mélanie LaurentMélanie Laurent a l'un des rôles les moins nuls

 

Et si tout ce beau monde part en croisade démocratique contre un méchant dictateur, c'est bien évidemment au nom d'une justice autoproclamée qui semble aussi absurde que celle des gouvernements que ces bad boys critiquent ("Fuck the governments, I'm gonna do it myself !"). Inutile néanmoins d'attendre de la finesse ou de l'esprit d'un film qui, après une heure, utilise encore une voix off pour énoncer le concept de l'histoire, pourtant répété en boucle dès le départ.

C'est d'autant plus dommage que cette niaiserie maladroite contraste avec une violence frontale, bien plus présente que dans la plupart des films de Michael Bay. Corps balancés dans les airs, oeil qui pend d'un nerf optique, dents arrachées, tête explosée, chair déchiquetée, et même ce qui ressemble à un hommage à Destination finale 2 : les dommages collatéraux des 6 Underground sont aussi spectaculaires que douteux, et même l'humour ne peut effacer cet attrait étonnant pour le sang. Là est peut-être le grand intérêt de Netflix pour le cinéaste.

S'il avait passé le plus clair de son temps à détruire les terrasses, les voitures, les immeubles, les méchants et la suspension d'incrédulité, 6 Underground aurait certainement été un shoot de plaisir radical et réjouissant, rappelant les belles heures grotesques d'un Bad Boys II (Rated R à l'époque) par exemple. Dommage qu'il prenne très souvent la pose un peu ridicule d'un vrai film avec ses personnages en carton, qui feraient mieux de tirer que de causer.

 

Affiche française

Résumé

Dans l'action, les étincelles et les cascades, 6 Underground est particulièrement amusant et rappelle le bon vieux talent obscène et gratuit de Michael Bay en la matière. Dommage qu'il y ait un long film bavard, bête et presque sérieux tout autour.

commentaires

Dutch Schaefer
19/12/2019 à 10:01

Du Michael Bay sans tortiller du cul! Ni plus ni moins!
Vu hier soir, et en toute franchise j'ai passé un très moment devant ce film décérébré et assumé en tant que tel!
On sait dès le départ ce que l'on va consommer! (Bagnoles rutilantes, étincelles, vannes à la con, ralentis en cascade...) Ah si une nouveauté: pas mal de sang, c'est assez rare pour le souligner chez Bay! Peut être le fait d'être trankillou chez Netflix, qui laisse les mains libres (???)
Sinon, perso, je déteste le foie de veau, et bien lorsque l'on m'en propose, je n'y touche pas!
C'est pareil avec les films de Bay! Si on aime pas, on ne regarde pas!

Mota
18/12/2019 à 11:43

J'ai dû m'y reprendre trois fois pour terminer le film...
En même temps, quand on connaît un peu le réal', on sait à quoi s'attendre. En effet, c'est un film de Michael Bay pour les fans de Michael Bay ! Pour les autres, passez votre chemin!!!
Ou alors, pour rendre la chose plus sympa, transformez-le en jeu à boire ! Par exemple, un shot à chaque blague foireuse sous le ceinture ou à chaque référence à des films bien meilleurs (attention : ce jeu peut entraîner un coma éthylique très rapide !)

Miami81
17/12/2019 à 08:58

Moins bon que Rock et The island, meilleur que toute la saga transformers, le film se situe à mon avis juste au dessus des deux Bad boys parce qu'il y a un peu moins de blagues lourdes.
Niveau images, Bay a toutefois été mieux inspiré qu'ici. A part le fait de détruire tous les plateaux où il tourne, on a un peu de mal à retrouver son style habituel : ses lents mouvements au soleil couchant, ses ralentis en contre plongée autour des personnages, ses travelings au cadrage millimétré.
Il y a même un petit côté Michael Mann à la fin de la scène du yacht.

Alyon
16/12/2019 à 14:35

3 étoiles ? Sérieux ? quand on voit l'effet de ce film sur Nicky22, il faut prévenir que le "cinéma" de Mr Bay est dangereux pour le cerveau non ?

SubuTexMex
16/12/2019 à 13:14

Du pur Michael Bay, décérébré,fun, un film popcorn devant lequel on passe du bon temps...puis on passe a autre chose une fois le générique de fin entamé.

Pat
16/12/2019 à 11:29

Bourrin et efficace, tout à fait divertissant le temps que ça dure et niveau bavardage ça l'est bien moins que Hobb & Shaw.

bob 57
16/12/2019 à 09:29

Honnêtement, j'ai tenu 20 minutes. C'es très treèeeeees lourd, Ryan Reynolds me sort par les yeux à faire son Deadpool beau gosse dans tout ses films. Dès qu'il y a du dialogue c'est incroyablement gênant ( et je regarde en V.O, on en parle des blagues de la poursuites du début, sur la blague de la taille du sexe de la statue de David, sérieux.. ). J'irais jamais au bout, et c'est rare.

maxleresistant
15/12/2019 à 23:44

Film sympa mais la Real et le montage font mal a la tête putain.
Les scènes d'actions sont cool quand meme, dommage que ça s'arrête jamais, et que le film est effectivement très con con

Madolic
15/12/2019 à 19:25

Autant je suis assez friand du gore pulp mais là c'était très malaisant car justifié par le fait que c'est pour la "bonne cause" et que les perso sont tous des héros au final et non des anti-héros comme on a voulu nous le vendre.
Par contre la réalisation est très prenante même si les faux raccords sont légion !
Et ça manque de chorégraphie dans les combats Melanie Laurent & l'acteur qui joue le tueur à gages ne sont pas crédibles dans les scènes d'action, même si pour la première c'est la seule membre du casting qui respire vraiment la classe et ne donne pas envie de la gifler à chaque réplique.

Cléa
15/12/2019 à 17:51

Un sommet de crétinerie. Scènes d'action illisibles, machisme ringard, Humour beauf, montage épileptique, personnages sans consistance, le tout sous une avalanche de clichés.
Ouais, un "nouveau sommet" pour Michael Bay (qui était pourtant remonté dans mon estime avec 13 Hours ou No Pain No Gain)

Plus

votre commentaire