Les Misérables : critique qui passe la BAC

Simon Riaux | 18 mai 2019 - MAJ : 04/02/2020 17:33
Simon Riaux | 18 mai 2019 - MAJ : 04/02/2020 17:33

Pour son premier long-métrage de fiction, le réalisateur Ladj Ly se penche sur la vie d'une Cité, bouleversée par l'enregistrement d'une bavure policière. Honoré du Prix du Jury au dernier Festival de Cannes, Les Misérables débarque enfin sur les écrans français.

KIDS ARE NOT ALL RIGHT

À Montfermeil des enfants jouent en plein soleil, équipés de pistolets à eau. Quand approche une ronde de police, ils se dissimulent et attendent patiemment l’arrivée des fonctionnaires, inconscient de l’embuscade humide qui se prépare. Lorsque les mômes surgissent pour les arroser, c’est d’abord la joie naïve de la surprise qui envahit l’écran, les mines ahuries des uns, les sourires des autres, puis soudain, le geste plus du tout innocent d’un pré-ado qui, fixant les flics, barre sa gorge de son indexe.

 

photoAvant le feu...

 

La séquence dure une poignée de secondes, mais parvient à capturer la violence des paradoxes qui sous-tendent la Cité, la banalité d’existences capables de basculer à tout moment dans l’affrontement. Fort de son expérience de lanceur d’alerte (il filma en 2008 une bavure policière qui devait secouer Montfermeil) Ladj Ly ne fait pas des Misérables une démonstration académique, mais le produit de tensions avant tout physiques, organiques. Ce qui s’entrechoque à l’image ce sont d’abord des corps, des rapports de domination et de territorialité.

Des policiers, sur le point de céder au coup de force, qui enragent et enflamment un territoire qui se refuse depuis longtemps à eux, un corps collectif atomisé, dont les membres sont portés à ébullition par la misère et les agents d’un État démissionnaire, mais pyromane. Tous ces shrapnels épars, le cinéaste parvient à les rassembler pour mieux leur donner corps. À l’image de ce drone par lequel l’étincelle se fait incendie, sa mise en scène rassemble différents régimes d’images, sait tirer parti d’un tournage qu’on devine prompt à user simultanément de plusieurs caméras. Et malgré cette polyphonie visuelle, Les Misérables s’impose comme une leçon de découpage, d’assemblage et de grammaire cinématographique.

 

photoDes flics au bord de la crise de nerfs

 

LES HAINES

Œuvre riche et maîtrisée, la première réalisation de fiction de Ladj Ly évite les écueils d’un cinéma social péremptoire ou déconnecté des exigences d’un cinéma ambitieux. Les Misérables s’inscrit dans la tradition d’un pur cinéma de genre, et propose un polar politique toujours soucieux de son impact, de son efficacité.

Le sentiment d’assister à un croisement entre les créations de Friedkin, de Lumet ou de Boisset (pour ce qui est de la perception aiguë des frictions hexagonales) grandit aussi bien lors des scènes de confrontation que lors des séquences intimes, où les protagonistes côtoient leurs points de rupture.

 

photoUne image travaillée...

 

Enfin, ce qui achève d’emporter le morceau pour le spectateur un peu méfiant vis-à-vis des productions primées à Cannes et estampillées « sociales », c’est la maîtrise inattendue de la parole. Ce n’est pas par hasard que le film s’intitule Les Misérables, et contre toute attente, l’œuvre adopte et accueille avec réussite l’héritage de Victor Hugo si évidemment revendiqué.

Le métrage développe avec réussite l’oralité, poussant certains échanges aux limites de la déclamation, dans un rapport au verbe totalement hugolien. Non seulement Ladj Ly parvient miraculeusement à ne jamais sombrer dans la théâtralité, mais il embrasse ainsi un leg artistique que bien peu d’artistes osent revendiquer et magnifier à l’heure actuelle.

 

Affiche

Résumé

Film de genre en ébullition, réquisitoire politique et coup de poing plastique, Les Misérables impose Ladj Ly comme un des metteurs en scène les plus prometteurs de son époque.

Autre avis Geoffrey Crété
Les ficelles sont connues, mais Ladj Ly les utilise avec vivacité et intelligence. Et il signe l'une des fins de film les plus fortes, puissantes et évocatrices de l'année, qui résonne longtemps en tête.

Lecteurs

(3.7)

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commentaires

Raptor
21/04/2020 à 00:31

***ATTENTION SPOILERS***

La Haine est 100 fois mieux réalisé et interprété que ce film, malgré un fond similaire. Je pense que Les Misérables est une très bonne comédie et voici pourquoi : au début du film, on apprend de la bouche d'un flic que les frères musulmans sont des mecs bien car ils "nettoient" la cité de ses dealers et on peut voir cette même communauté (les frères musulmans) expliquer aux jeunes de la cité que c'est important d'être respectueux de tout un chacun. C'est déjà drôle, mais le meilleur reste à venir. Plus tard, on voit des flics tellement pourris qu'après avoir défiguré un gosse (la fameuse bavure), non seulement ils préfèrent le confier à des dealers (complices de la police) au lieu de l'amener à l'hôpital (le temps d'aller faire disparaître les preuves de la bavure, normal) mais en plus ils en remettent une couche en amenant le gosse défiguré se faire traumatiser par des gitans (véridique). Il faut le voir pour le croire. Poilant. Des flics agressifs et violents cela ne me dérange pas en soi, à partir du moment où les mecs en face le sont tout autant (façon Dobermann de Houssin dans un registre second degré ou Too Old To Die Young de NWR dans un registre plus sérieux), le chaos et la désolation du monde dépeint plongeant les uns et les autres dans une haine réciproque. Mais ici, et contrairement à ce que prétendent de nombreux critiques qui louent la "neutralité" du traitement et l'absence de "clichés" du film, il n'y a aucune impartialité car le seul crime commis par un résident de la cité au sein du film (le crime qui va provoquer un effet domino menant à la bavure puis au chaos dans la cité), c'est le vol d'un lionceau dans un cirque par un enfant !?? Wait... What ?! Pas un viol en réunion, pas un innocent séquestré et torturé dans une cave par une bande, pas un refus d'obtempérer de la part d'un dealer récalcitrant, non !!! Un vol de lionceau !!! Du coup, l'attitude des flics parait totalement injustifiée et disproportionnée par rapport au crime et à leur environnement direct : tout le monde a l'air plutôt sympa et prêt à discuter dans cette cité sauf quand on les provoque ou qu'on les agresse, évidemment ! Dès lors, il parait évident que ces policiers sont bel et bien des fachos ! Sauf un, le nouveau. Ce nouveau flic gentil et humaniste qui, après seulement 24h de boulot, vient donner des leçons de morale aux deux autres flics avec qui il doit faire équipe, en leur expliquant qu'à force d'être méchants la seule chose qu'ils gagnent c'est que les gens des cités ont peur de la police ! Et moi qui croyais que dans la réalité, c'était au contraire les flics qui entraient dans ce genre de cités la peur au ventre, mais quel naïf je fais... A croire les articles concernant la police que je lis dans la presse officielle ! Cerise sur le gâteau, cette citation de Victor Hugo à la fin du film... Juste après une scène où les jeunes de banlieue font preuve de violence en réaction à la bavure policière, la scène s'achevant d'ailleurs sur une incertitude totale quand à la suite des événements contrairement à ce que prétend le commentaire de Flo qui devait ne pas être dans son état normal pendant la projection du film, cette citation vient donc rejeter entièrement la faute sur la société/le système en déresponsabilisant totalement les individus dans leurs choix et dans leurs actes, aussi violents puissent-ils être : "Il n'y a ni mauvaises herbes ni mauvais hommes. Il n'y a que de mauvais cultivateurs." J'ai beaucoup ri. Assurément la comédie française de l'année !
Pour un film sérieux et mille fois plus intelligent sur la banlieue, je vous recommande l'excellent Dheepan de Jacques Audiard. Ciao...

Flo
14/02/2020 à 14:25

Comme pour "Parasite": Propos Social qui fait bien (du coup, aucune récompenses pour des films comme ceux de Malick ou de Tarantino).
Et donc petit effet limité pour ce film (mais c'est le quasi 1er de Ladj Ly), le même que pour "Parasite": il n'y a qu'une seule dimension filmée, celle des gens "de la rue", un peu aisés ou pas, et en fait tous vu au même niveau. Le film n'essaie pas de faire avancer le tracas mondial en désignant ceux qui pourraient arranger les choses. Non pas les politiques (car les conflits entre les personnages sont déjà eux-mêmes politiques)... mais ceux qui possèdent la majorité des richesses, et ne les redistribuent pas assez.
Ça obligerait à aller les rechercher dans des paradis fiscaux, ou bien à boycotter les stars de cinéma ou de Sport (de Foot surtout)...
Et ça demande peut-être plus d'énergie à canaliser, là où les conflits internes sont plus faciles. Rappelez -vous "Snowpiercer", du même Bon Joon-ho Et d'une BD française: on y remontait la piste jusqu'aux "1%", en changeant l'Axe des Classes Sociales, passant de la Verticalité à l'Horizontalité. C'était plus osé et radical.

De plus, au delà de parler à des Classes ordinaires plutôt sensibles et intelligentes...
Des gens d'Extrême Droite ou Gauche peuvent eux aussi se réapproprier le film, en n'y gardant que ce qui les arrangent: après tout, le seul flic blanc et beauf du film, c'est le plus drôle du lot, le plus viril, celui qui se torture le moins par rapport à tous les autres personnages... Qui sont majoritairement tous des gens de couleurs et énervés (à cause de la chaleur aussi, mais on n'insiste très vite plus du tout là dessus).
Du coup, Ladj Ly a potentiellement ouvert la voie à ces Factions Extrêmes... bien que étrangement muettes jusque là (quand on connait leur opportunisme forcené).

Peut-être que "Les Misérables" aurait dû être l'équivalent de "Attack the Block" de Joe Cornish: un Pur Divertissement de Genre, pour faire passer un message social en biais par un langage plus visuel et ludique. Au lieu de se contenter comme références de "Training Day" (qui a un peu vieilli) et d'un peu de John Carpenter à la fin.
Hélas, la pure SF d'action, c'est pas assez cartésien pour la France, dommage..

Petit bonus: « Les Misérables » utilise aussi des petits codes super héroïques:
Au début du film, le jeune Issa (entre autre) porte le drapeau français comme une cape de super-héros, avec un côté glorieux au milieu de la foule… mais ensuite, la bande-son grondante souligne bien que cette liesse fébrile et triomphante n’est pas faite pour durer, que des choses dures vont surgir.
À la fin, la séquence s’inverse: Issa est défiguré et habillé de noir, froidement violent comme un super-vilain, fédérant une autre foule en quête de vengeance… mais ensuite, il suspend son geste meurtrier en faisant face à la seule personne ayant eu un peu de compassion pour lui, et tout le monde de se mettre à cogiter plutôt qu’à se battre de manière inconsidérée… ce qui souligne que bien que la violence finit toujours par retomber dès le moment où il y a une touche d’empathie.
On peut dire que c’est un fin moins ambigüe qu’on ne le croirait, plus positive et moraliste…
Comme dans les histoires super héroïques, où un clou finit toujours par en chasser un autre.

YoyoMaster
25/12/2019 à 00:31

Un film en noir et blanc

Flash
23/11/2019 à 09:39

nikos182@ "Facho" est devenu malheureusement l'argument à la mode sur les réseaux sociaux lors de discussions qui opposent des personnes, celui qui sort le mot"facho" en premier, histoire de montrer que lui est un type bien alors que c'est souvent le plus "teubé".

nikos182
22/11/2019 à 21:24

@Mysterek
Consequence direct de ceux qui utilisent l''insulte ultimes et abject "facho", là on peut parler d'ignominie quand on sait ce qu'a été le fascisme dans notre histoire.
Moi quelqu'un qui ose me dire sa en face je lui pète les dents parce que ca me blesse énormément!! (par respect pour le combat de mes ancêtres entre autre)
Brainac et bien d'autres dans ce fil de discussion n'oseraient jamais dire ca les yeux dans les yeux tellement ils n'ont pas de c***, ils se protègent derrière leur profil internet. grand bien leur face mais faut pas s'etonner que ca se retourne contre eux

MystereK
22/11/2019 à 20:45

Est ce que certains d'entre vous n'ont pas un pu oublié qu'on est sur une site de cinéma ? Donez vous vos 06 et insultez vous sur Whatapp.

nikos182
22/11/2019 à 20:03

"Dans le cas de mantes la jolie" "dans le cas" les mots ont un sens que vous ne maîtrisez pas ! désolé pour vous
De toute façon n'importe qui passe sur cette page et lis notre discussion verra tout de suite qui a raison et qui a torti sur le sujet et verra de toute manière votre mauvaise foi , je suis pas trop inquiet de ce côté là ^^

brainiac
22/11/2019 à 19:56

@nikos182

Ce qui ne change rien, strictement rien à son appel à faciliter la violence policière. Elle utilise Mantes la Jolie comme un exemple pour dire "il faut qu'ils puissent tirer" dans des situations ou manifestement ils ne peuvent pas. Et quand je dis CP je suis sympa.

nikos182
22/11/2019 à 19:53

mais vous êtes teubé elle dit juste avant "dans le cas du GUET APENT de Mantes le jolie d'une 100AINE DE PERSONNE"
vous coupez les phrases ET vous êtes d'une mauvaise foi tellement visible que ca en est risible

Brainiac
22/11/2019 à 19:48

@nikos182

Vu le nombre de radiations et condamnations de policiers, on peut même dire qu'elle est sa complice.

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