La Reine des neiges 2 : critique qui fond dans la bouche

Simon Riaux | 14 novembre 2019
Simon Riaux | 14 novembre 2019

À la sortie de La Reine des neiges, Disney Animation était parvenu presque miraculeusement à renouer avec la capacité du studio à fédérer toute une génération avec ses créations. Une synchronicité d’autant plus impressionnante que le film avait tout particulièrement enchanté les plus jeunes, qui lacérèrent les tympans de leurs parents en babillant à l’infini les paroles de « Libérée, délivrée ». Un succès planétaire et des records en cascades qui font de La Reine des neiges 2 un projet éminemment casse-gueule.

FRAU ZEN

Non seulement il paraît hautement improbable d’espérer reproduire à l’identique le succès du premier film, mais un élément corse encore le tableau : l’âge de son public. Les marmots de 2013 ont bien grandi, mais cette suite accueillera néanmoins des kilotonnes de salopiauds en culottes courtes, imbibés par les visionnages intempestifs de leurs grands frères et grandes sœurs. D’où le défi d’emballer à la fois une continuation fidèle à son modèle, mais tenue de le dépasser, qui a dû donner quelques cheveux blancs aux réalisateurs Chris Buck et Jennifer Lee.

 

photoUn scénario qui interroge la notion de mémoire et de transmission...

 

Ils s’en sortent pourtant admirablement, et parviennent à maintenir l’intégralité du récit dans une forme de funambulisme extrêmement adroit. Embrassant l’intolérable crétinerie d’Olaf d’un côté, ils lui permettent de l’autre de se livrer à quelques saillies méta bienvenues. Une évolution qu’on retrouve également du côté d’Anna, en plein doute, dont les atermoiements nourrissent idéalement le récit. Et à bien y regarder, si le style du métrage paraît de prime abord aussi froidement générique que son aîné, tout s’est affiné, des textures en passant par l’animation, jusqu’aux traits mêmes des personnages. Quelque chose de mélancolique s’est glissé dans ce monde, qui s’ouvre sur un automne faussement resplendissant, propice aux mutations qui s’annoncent.

Mais là où La Reine des neiges 2 surprend et marque beaucoup de points, c’est sur son désir assumé de proposer un trip visuel et sonore à peu près jamais vu chez Disney. Sans doute conscients de ne pouvoir cloner le volet précédent, les réalisateurs ont épousé avec délice et emphase les plus grotesques outrances de la pop musique européenne. D’une complainte amoureuse pastichant les clips de boys-band des années 90 à un grand numéro glacé évoquant un plateau de l’Eurovision arrosé de Mezcal, le film parasite son héritage norvégien pour mieux nous surprendre.

 

photoLe seul personnage Disney que tout le monde se réjouit de démembrer

 

FRANCHE-NEIGE

Et au-delà de ses saillies visuelles, La Reine des neiges 2 contient d’authentiques réussites plastiques. Parmi celles aperçues dans la bande-annonce, les séquences au cours desquelles Elsa marie ses pouvoirs à des esprits élémentaux occasionnent toujours de très belles trouvailles visuelles, bien plus incarnées que ce que proposait le premier.

Du coup, on n’en voudra pas au scénario de nous rejouer lors de son dernier acte certains éléments « gelés » et autres enjeux sacrificiels vus mille fois, pour la simple raison que ces derniers s’avèrent très travaillés visuellement et envisage toujours la mise en scène comme le premier vecteur d’émotion.

 

photoUne des séquences les plus intéressantes du film

 

On se souvient que La Reine des neiges avait également touché bien des spectateurs en proposant un récit basé non sur une quête héroïque classique ou sur la capacité d’une princesse générique à se faire passer la bague au doigt, mais grâce à un récit causant sororité et émancipation. Ces deux valeurs, traditionnellement éloignées du cahier des charges Disney sont toujours présentes, mais travaillées avec une finesse appréciable.

Sans verser dans nos fantasmes de social justice warriors avinés (non, Elsa ne prendra pas la tête d’une troupe d’Amazones lesbiennes décadentes, calmez-vous tout de suite), le récit sait aborder frontalement le cœur de ses personnages et les directions dans lesquelles ils les entraînent. Ainsi, les deux héroïnes se voient traitées à égalité, et avec un souci de sincérité, de gravité, qui fait plaisir à voir.

 

photoEurovision-neuro-big-bang

 

Pourtant, tout n’est pas rose au royaume de FrozenLa Reine des neiges 2 met trop longtemps à trouver ses marques durant sa première partie, qui aligne chansonnettes foireuses et conflits artificiels. De même, Olaf demeure une vibrante énigme, pour qui n’est pas fasciné au-delà du raisonnable par les conséquences du syndrome d’alcoolisation fœtale. De même, on pourra rester sceptique sur le progressisme forcené du film, qui alterne entre questionnement historique très bien vu et relativisme culturel frelaté.

C'est peut-être là le prix à payer pour voir la franchise croître et muter, mais il laisse ici et là quelques gouttes de sang dans la neige.

 

Affiche fr

Résumé

Malgré un début cahotant et de gros sabots, cette suite approfondit intelligemment le film original et offre quantité de très beaux moments et d'expérimentations stylistiques réjouissantes.

commentaires

Flo
01/02/2020 à 10:06

Bon, déjà on peut préciser qu'il y a des codes super héroïques avec le personnage d’Elsa, la Reine des Neiges … et plus particulièrement de personnages Marvel comme Sue Storm, Jean Grey, Wanda Maximoff etc… Bref, toutes ces héroïnes qui ont des pouvoirs potentiellement sans limites, au point que la notion de Bien et de Mal (« je dis tant pis! » ???? ) n’a plus facilement cours. Et on pourrait même citer Magnéto dans cette liste… dans le 1er film, quand Elsa laisse enfin sortir toute sa puissance, non seulement elle se dégourdi à mort, avec un travail fabuleux sur la gestuelle et les mimiques faciales… Mais en plus, il n’est pas interdit d’avoir un peu « peur » de sa puissance arrogante. Surtout si c’est pour faire émerger un énorme château de glace, comme Magnéto ferait voler sans peine un stade ou le Golden Gate Bridge.
De quoi atténuer un peu la gêne pudique autour du morceau « Libéré/Délivré », qui reste tout de même un sacré morceau de cinéma.

Et pour sa suite, …OK, y a donc toujours le Jukebox semi parodique…
Mais aussi une tentative de faire un « Empire Contre Attaque »… pour enfants de moins de 10 ans d’aujourd’hui. C’est à dire avec des personnages suivant leur propre chemin au milieu de l’histoire, à leur risque et péril… mais sans que ça n’ait finalement des conséquences trop graves. Presque du même niveau que dans le film "Ralph 2.0" (dans lequel Elsa et Anna apparaissent aussi ???? ), mais en bien moins radical.
Reste que les moments à la Heroic Fantasy sont sympas, la Quête un peu écolo pareil (mais ils auraient gagné à la lier avec celle du film "Vayana", à cause de quelque points communs) et que Elsa est de plus en plus puissante, prend de plus en plus de poses super héroïques…
Et que, comme souvent insinué par beaucoup de gens depuis le premier film, est toujours une sorte d’Icone Gay. Mais comme peuvent l’être les chanteuses Cher et Madonna par exemple: sans être elles-mêmes Gay, mais en représentant toujours une sorte d’émancipation flamboyant, se fichant des qu’en dira-t-on et des regards suspicieux. Ce qui touche plus la sensibilité de la communauté gay, mais pas que…
Disons qu’ici, elle est surtout un Esprit libre, d’essence assez sensible et réservé (c’est son identité), communiant plus avec la Nature et la Magie qu’avec d’autres êtres. C’est déjà pas mal.

Fan de Disney
26/01/2020 à 00:44

C'était un magnifique film ,mais s'il vous plaît arrêtez de vous battre avec un gamin, ce film mérite 4,5 étoiles et pour le coup, les enfants ont adoré.

Miami81
03/01/2020 à 23:34

Entierement d accord avec la critique. Que ce soit la lourdeur des chansons au debut, olaf qui horripile que les images d une beauté et d une fluidité incroyable. Vraiment bluffant à certains moments.

Arnaud (Le vrai)
02/12/2019 à 13:45

Rorov dit de la m.erde et tout le monde le sait sur ce site, rien de nouveau.
Cela Brucetheshark a raison, faut peut etre consulter un vrai specialiste ... la mythomanie est une maladie !!!

Sinon vu vendredi, et franchement je l'ai trouvé cool. Beau visuellement (pas au niveau des Pixar c'est sur mais largement au dessus des autres studios), pas mal de chansons mais pour le coup je les ai trouvé toutes sympas, une histoire interessante (pour repondre a Sebastien sans spoiler, le pitch de depart c'est des elements qui se dechainent sur Arendelle, et les deux soeurs vont vers le Nord du pays pour comprendre pourquoi les éléments sont veneres)

Un bon Disney quoi, pas exempt de reproches mais assez sympa. Je le trouve mieux que le premier (mais toujours derriere Raiponce et Vaiana)

Brad Majors
02/12/2019 à 10:24

Moi je dois quand même demander à Rorov ce q'est le passage gay friendly. Je l'ai vu hier et soit je suis totalement innocent, soit il m'est totalement passé là.

brucetheshark
17/11/2019 à 11:28

@Rorov94M, c'est pas grave de pas avoir de vie et d'être un peu seul et triste. Mais la section commentaire n'est pas un psy...

Simon Riaux - Rédaction
17/11/2019 à 01:19

De l'art de botter en touche.

Rorov94M
16/11/2019 à 19:57

C'est marrant,je vous fait souvent le même reproche...

Simon Riaux - Rédaction
16/11/2019 à 13:18

Je n'ai écrit nulle part que personne ne voyait les films avant nous.

Je remarque juste qu'une fois sur deux, vos opinions s'appuient sur des éléments inexacts ou purement absents des films dont vous causez.

Je trouve ça curieux, voilà tout.

Rorov94M
16/11/2019 à 05:14

EL Parce que vous pensez regarder les films avant tout le monde?!
Avec des avant 1ères presse qui n'en sont pas.
Réfléchissez un peu(si c'est possible)beaucoup de personnes dans ce métier voient les films avant vous.
Que vous n'aimiez pas mes avis,soit.
D'ailleurs je vois souvent aussi des films AVEC la presse ou autre.
Oui,je suis un privilégié et ça me va.

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