La Reine des neiges 2 : critique qui fond dans la bouche

Simon Riaux | 18 décembre 2020
Simon Riaux | 18 décembre 2020

la Reine des neiges 2, ce soir à 21h05 sur Canal+.

À la sortie de La Reine des neiges, Disney Animation était parvenu presque miraculeusement à renouer avec la capacité du studio à fédérer toute une génération avec ses créations. Une synchronicité d’autant plus impressionnante que le film avait tout particulièrement enchanté les plus jeunes, qui lacérèrent les tympans de leurs parents en babillant à l’infini les paroles de « Libérée, délivrée ». Un succès planétaire et des records en cascades qui font de La Reine des neiges 2 un projet éminemment casse-gueule.

FRAU ZEN

Non seulement il paraît hautement improbable d’espérer reproduire à l’identique le succès du premier film, mais un élément corse encore le tableau : l’âge de son public. Les marmots de 2013 ont bien grandi, mais cette suite accueillera néanmoins des kilotonnes de salopiauds en culottes courtes, imbibés par les visionnages intempestifs de leurs grands frères et grandes sœurs. D’où le défi d’emballer à la fois une continuation fidèle à son modèle, mais tenue de le dépasser, qui a dû donner quelques cheveux blancs aux réalisateurs Chris Buck et Jennifer Lee.

 

photoUn scénario qui interroge la notion de mémoire et de transmission...

 

Ils s’en sortent pourtant admirablement, et parviennent à maintenir l’intégralité du récit dans une forme de funambulisme extrêmement adroit. Embrassant l’intolérable crétinerie d’Olaf d’un côté, ils lui permettent de l’autre de se livrer à quelques saillies méta bienvenues. Une évolution qu’on retrouve également du côté d’Anna, en plein doute, dont les atermoiements nourrissent idéalement le récit. Et à bien y regarder, si le style du métrage paraît de prime abord aussi froidement générique que son aîné, tout s’est affiné, des textures en passant par l’animation, jusqu’aux traits mêmes des personnages. Quelque chose de mélancolique s’est glissé dans ce monde, qui s’ouvre sur un automne faussement resplendissant, propice aux mutations qui s’annoncent.

Mais là où La Reine des neiges 2 surprend et marque beaucoup de points, c’est sur son désir assumé de proposer un trip visuel et sonore à peu près jamais vu chez Disney. Sans doute conscients de ne pouvoir cloner le volet précédent, les réalisateurs ont épousé avec délice et emphase les plus grotesques outrances de la pop musique européenne. D’une complainte amoureuse pastichant les clips de boys-band des années 90 à un grand numéro glacé évoquant un plateau de l’Eurovision arrosé de Mezcal, le film parasite son héritage norvégien pour mieux nous surprendre.

 

photoLe seul personnage Disney que tout le monde se réjouit de démembrer

 

FRANCHE-NEIGE

Et au-delà de ses saillies visuelles, La Reine des neiges 2 contient d’authentiques réussites plastiques. Parmi celles aperçues dans la bande-annonce, les séquences au cours desquelles Elsa marie ses pouvoirs à des esprits élémentaux occasionnent toujours de très belles trouvailles visuelles, bien plus incarnées que ce que proposait le premier.

Du coup, on n’en voudra pas au scénario de nous rejouer lors de son dernier acte certains éléments « gelés » et autres enjeux sacrificiels vus mille fois, pour la simple raison que ces derniers s’avèrent très travaillés visuellement et envisage toujours la mise en scène comme le premier vecteur d’émotion.

 

photoUne des séquences les plus intéressantes du film

 

On se souvient que La Reine des neiges avait également touché bien des spectateurs en proposant un récit basé non sur une quête héroïque classique ou sur la capacité d’une princesse générique à se faire passer la bague au doigt, mais grâce à un récit causant sororité et émancipation. Ces deux valeurs, traditionnellement éloignées du cahier des charges Disney sont toujours présentes, mais travaillées avec une finesse appréciable.

Sans verser dans nos fantasmes de social justice warriors avinés (non, Elsa ne prendra pas la tête d’une troupe d’Amazones lesbiennes décadentes, calmez-vous tout de suite), le récit sait aborder frontalement le cœur de ses personnages et les directions dans lesquelles ils les entraînent. Ainsi, les deux héroïnes se voient traitées à égalité, et avec un souci de sincérité, de gravité, qui fait plaisir à voir.

 

photoEurovision-neuro-big-bang

 

Pourtant, tout n’est pas rose au royaume de FrozenLa Reine des neiges 2 met trop longtemps à trouver ses marques durant sa première partie, qui aligne chansonnettes foireuses et conflits artificiels. De même, Olaf demeure une vibrante énigme, pour qui n’est pas fasciné au-delà du raisonnable par les conséquences du syndrome d’alcoolisation fœtale. De même, on pourra rester sceptique sur le progressisme forcené du film, qui alterne entre questionnement historique très bien vu et relativisme culturel frelaté.

C'est peut-être là le prix à payer pour voir la franchise croître et muter, mais il laisse ici et là quelques gouttes de sang dans la neige.

 

Affiche fr

Résumé

Malgré un début cahotant et de gros sabots, cette suite approfondit intelligemment le film original et offre quantité de très beaux moments et d'expérimentations stylistiques réjouissantes.

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Lecteurs

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commentaires
Ikea
24/12/2020 à 15:37

Je n'ai pas aimé ce film globalement. Il y a plusieurs éléments qui m'ont gêné, à commencer par les musiques, parfois au niveau des Titounis ("le printemps c'est chouette"), là où le premier se servait de ces moments pour exposer les conflits internes des personnages et s'intégrer globalement à l'histoire. Enfin, je me lasse un peu des productions de Disney se voulant progressistes mais sonnant comme un papy s'habillant avec un sweat fido dido, un bandana et un sac banane pour dire "vous faites bien ce que vous voulez les djeuns". C'est mercantile et fatigant, en plus d'avoir un gros train de retard. Les enfants méritent un peu mieux que ça (et ils l'ont : Rebelle ou Moana sont très bien par exemple).

Mais j'ai bien aimé Olaf dans celui-là par contre. Burlesque et un peu triste, parfois. Oui, je sais, c'est bizarre.

Olaf 1 grincheux 0
20/12/2020 à 09:36

En gros c’est n’est pas une suite au rabais direct to vidéo comme la Petite Sirène 2 et 3, Pocahontas 2 etc ! Ils ont pris leur temps et le résultat final sans être aussi bon que le premier est largement supérieur à ce qui se faisait avant ! Bravo donc

Fan d’Olaf et de Léa Seydoux
20/12/2020 à 09:20

Il est vrai que comme la plupart du temps la suite est un peu en retrait du premier opus et c’est le cas ici avec une entrée en matière un peu longuette histoire de se remettre dans le bain ; mais à la fin cette suite est d’un très bon niveau moins immédiate que le premier film, mais pas vraiment inférieure.
Et puis le spectacle est vraiment féerique

DjFab
19/12/2020 à 17:53

J'ai trouvé ce film vraiment bof comparé au premier ! Une suite commerciale inutile !

Ethan
19/12/2020 à 11:59

Moi je trouve que dans la Reine des neiges 2 le personnage d'Elsa est moins mise en valeur, on comprend mal son désir d'aller vivre dans une forêt comme une ermite. Ça n'a pas de sens surtout par rapport au 1er film où Anna était parti la rechercher.

Il manque vraiment une histoire d'amour. Au fond ils n'étaient pas décidé sur le choix à donner sur son attirance.

Au contraire, Anna est le seul personnage intéressant. La Reine des neiges 2, c'est elle

Léa et Olaf même combat
19/12/2020 à 09:38

Sérieusement Olaf il est drôle il est toujours le pitre qui fait contrepoint au sérieux des autres ; le décalage le gag c’est lui
Il est dans la même veine que Sébastien le crabe de la Petite Sirène et de Mushu le dragon de Mulan
Une vraie réussite et une véritable icône

Nick
16/07/2020 à 23:12

Chef d'oeuvre. Merci Disney! Un film fait avec le coeur qui m'a bcp touché. Que d'émotions et une fin hyper réussie. Les musiques et les chansons sont géniales. Sinon les gens qui ralent : pk vous infligez de tel film si c'est pas votre truc?

Au passage : le making of sur Disney+ est hyper intéressant !

Gp
19/05/2020 à 20:05

Roroc94m, La Reine des Neiges 1 et 2 sont visuellement plus réussie que Rebelle, Raiponce et Vaiana. Et ce dernier est loin d'être une réussite au niveau de l'histoire.

Gp
19/05/2020 à 20:04

Ratrar, vous êtes vraiment trop imbéciles. La Reine des Neiges est un merveilleux Disney, le meilleur même.

Flo
01/02/2020 à 10:06

Bon, déjà on peut préciser qu'il y a des codes super héroïques avec le personnage d’Elsa, la Reine des Neiges … et plus particulièrement de personnages Marvel comme Sue Storm, Jean Grey, Wanda Maximoff etc… Bref, toutes ces héroïnes qui ont des pouvoirs potentiellement sans limites, au point que la notion de Bien et de Mal (« je dis tant pis! » ???? ) n’a plus facilement cours. Et on pourrait même citer Magnéto dans cette liste… dans le 1er film, quand Elsa laisse enfin sortir toute sa puissance, non seulement elle se dégourdi à mort, avec un travail fabuleux sur la gestuelle et les mimiques faciales… Mais en plus, il n’est pas interdit d’avoir un peu « peur » de sa puissance arrogante. Surtout si c’est pour faire émerger un énorme château de glace, comme Magnéto ferait voler sans peine un stade ou le Golden Gate Bridge.
De quoi atténuer un peu la gêne pudique autour du morceau « Libéré/Délivré », qui reste tout de même un sacré morceau de cinéma.

Et pour sa suite, …OK, y a donc toujours le Jukebox semi parodique…
Mais aussi une tentative de faire un « Empire Contre Attaque »… pour enfants de moins de 10 ans d’aujourd’hui. C’est à dire avec des personnages suivant leur propre chemin au milieu de l’histoire, à leur risque et péril… mais sans que ça n’ait finalement des conséquences trop graves. Presque du même niveau que dans le film "Ralph 2.0" (dans lequel Elsa et Anna apparaissent aussi ???? ), mais en bien moins radical.
Reste que les moments à la Heroic Fantasy sont sympas, la Quête un peu écolo pareil (mais ils auraient gagné à la lier avec celle du film "Vayana", à cause de quelque points communs) et que Elsa est de plus en plus puissante, prend de plus en plus de poses super héroïques…
Et que, comme souvent insinué par beaucoup de gens depuis le premier film, est toujours une sorte d’Icone Gay. Mais comme peuvent l’être les chanteuses Cher et Madonna par exemple: sans être elles-mêmes Gay, mais en représentant toujours une sorte d’émancipation flamboyant, se fichant des qu’en dira-t-on et des regards suspicieux. Ce qui touche plus la sensibilité de la communauté gay, mais pas que…
Disons qu’ici, elle est surtout un Esprit libre, d’essence assez sensible et réservé (c’est son identité), communiant plus avec la Nature et la Magie qu’avec d’autres êtres. C’est déjà pas mal.

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