Terminator 2 : Le Jugement dernier - critique terminée

Simon Riaux | 18 novembre 2019
Simon Riaux | 18 novembre 2019

Terminator 2 : Le Jugement dernier repasse ce soir sur TCM à 20h50

Film d’action adulé par plusieurs générations de spectateurs, vu comme une des rares suites égalant voire surpassant son modèle, Terminator 2 est parfois considéré comme la perfection du film typé blockbuster, et le plus abouti de James Cameron.

BLADE RUNNER 2029

Terminator premier du nom s’est imposé au fil des années comme un succès populaire, puis un pilier de la pop culture, certaines de ses répliques (jusqu’à son titre) se transformant en expressions consacrées. Avec un sens de l’épure qui n’appartient qu’à lui, son réalisateur était parvenu, pour un budget ridicule (6,4 millions de dollars) à rendre tangible une mythologie de science-fiction, devenue instantanément une des plus cinégéniques jamais imaginées, aux côtés de la saga Alien.

La première audace de Terminator 2, c’est d’oser révolutionner complètement son univers de l’intérieur. Après avoir créé l’image d’Arnold Schwarzenegger, à la fois tueur inarrêtable et croque-mitaine technologique terrifiant, il fait le choix presque kamikaze d’abattre cette idole pour en faire la figure positive de son récit. Même traitement pour Sarah Connor. Devenue une femme forte à l’issue du précédent volet, nous la retrouvons walkyrie psychotique enfermée à l’asile. Charismatique, magnétique, mais bien loin de l’ilot d’empathie qui offrait tant d’humanité à Terminator.

 

Photo Robert Patrick (I)Assassin de la police

 

Ce dispositif de retournement des valeurs initiales sera ensuite copié d’innombrables fois par Hollywood, y compris au sein de la franchise (coucou Terminator : Genisys), mais rarement avec une telle cohérence, une telle justesse dramaturgique. En apparence, Terminator 2 rejoue le western urbain et l’interminable poursuite de son aîné, mais en détourne chaque pion. Ainsi, James Cameron peut tout à fait boucler l’intrigue du métrage original. Il joue à la fois de la notion de boucle temporelle – c’est grâce aux restes du T-800 que Skynet a pu voir le jour – et du concept même de l’androïde, être qui peut être programmé à volonté, et donc se renouveler dans la continuité.

 

SON ET LUMIÈRE

Mais Terminator 2 n’est pas seulement une réflexion passionnante sur le recommencement ou son incarnation cinématographique. Artisan rompu à toutes les méthodes artisanales de l’école Corman, James Cameron sait comment décupler l’impact de ses effets. Cet art de la démerde rencontre ici le budget le plus important de son époque (en 1991, Terminator 2 est la plus grosse mise jamais ambitionnée par un studio) et le réalisateur livre un film d’action à la facture ahurissante. Les innombrables séquences d’action alternent entre cascades complexes, pyrotechnie invraisemblablement spectaculaire, combinés au gré de séquences d’action aussi nombreuses qu’amples.

 

Photo Linda HamiltonArme de destruction massive

 

Le sens de la mise en scène du cinéaste s’est encore aiguisé, et James Cameron enquille les plans iconiques, les images composées à la perfection, jusqu’à générer un sentiment d’ivresse intense. Ce qui frappe, à l'heure où les blockbusters s'efforcent de jouer la vélocité, de dynamiser chaque scène par un montage toujours plus nerveux, c'est comment l'action de Terminator 2 fait toujours le pari de la pesanteur.

Les mouvements pèsent, les masses broient ce qui leur résiste, et on assiste à la course ralentie, mais inarrêtable de locomotives laissant au public tout le temps d'anticiper le formidable choc qui l'attend. En témoigne la première confrontation entre Arnold Schwarzenegger et Robert Patrick, que le découpage et le montage dilatent à l'infini, comme si tout l'héritage du western se voyait ici condensé,  pour mieux exploser à l'écran en quelques impacts de fusil.

Une des signatures du metteur en scène est son art consommé de la montée en puissance. Resté célèbre pour la force irrésistible de ses triples climax emboîtés, l’artiste pousse ici le concept à un niveau de jubilation ahurissant. Tout le long d’une folle dernière demi-heure, il se livre ainsi à des expérimentations visuelles inédites à l’époque, tandis qu’il feint de rejouer la confrontation du précédent Terminator, conférant cette fois au sort du T-800 une déchirante valeur tragique. Peu de spectateurs sont sortis indemnes de cet exercice ultra-périlleux.

 

photo Terminator 2Tel droïde, tel fils

 

LE BEAU GESTE

Mais Terminator 2 n’est pas seulement une des plus éclatantes réussites de son auteur sur le strict plan du spectacle. Plus que jamais à même de dissimuler un cœur palpitant derrière ses bourrineries, toujours solidement ancré à ses personnages, le réalisateur utilise l’apparente simplicité de son script pour nous offrir des protagonistes éminemment romanesques. Tous sont mus par un principe évident, qui l’amène à se confronter aux autres. Cette logique, presque mathématique, décuple l’intensité des émotions charriées par le script.

Émotions que James Cameron manipule avec autant d’aisance que les shrapnels de plombs en fusion qui déchirent constamment l’image. On l’oublie souvent, mais Big Jim est un excellent directeur d’acteur, précis, chirurgical, toujours attentif à l’agencement des corps et à l’intensité du moindre geste. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’on en fait souvent le cinéaste du « Kairos », ce concept grec qui désigne un point de bascule, un instant T, toujours au centre de la dramaturgie de ses films.

 

J'ai pas pleuréUn doigt dans le culte

 

Les personnages y dépendent toujours d'un choix instinctif, d'un geste innocent, qui va les métamorphoser ou prendre une énorme importance symbolique. L'alliance abandonnée puis récupérée dans Abyss, une puce informatique dans Terminator... Nos protagonistes se muent en héros quand leurs passions anodines entrent en collision avec la marche du monde.

Le cinéaste parvient à capturer, toujours, ces moments d'électricité, ces choix irrévocables, où se joue l'avenir de chacun. Déguisé en lance-flammes filmique, James Cameron se fait chef d’orchestre minutieux de drames primaires et puissants, où se joue l’humanité de ses héros, et en définitive, celle de son public.

 

Affiche française

Résumé

Terminator 2 prolonge et repense toute la mythologie de son aîné. Métaphore d'un système hollywoodien dont elle montre autant les limites que l'infini potentiel, l'épopée sauvage de James Cameron demeure encore aujourd'hui un sommet du cinéma d'action.

Autre avis Alexandre Janowiak
Entre scènes d'action ahurissantes, récit captivant et aboutissements techniques, le film de James Cameron est sans aucun doute un des plus grands films de sa génération (et du cinéma tout court).
Autre avis Mathieu Jaborska
Techniquement révolutionnaire, T2 est en plus la suite idéale. En ajoutant aux scènes d'action qui ont fait du premier film un classique une couche émotionnelle simple mais efficace, Cameron marque définitivement l'histoire du cinéma populaire.

commentaires

Manontherun33
24/11/2019 à 09:06

T2 est un chef d'œuvre. Ici s arrête la saga pour moi. Un fin magnifique, un héroïsme "caméronesque". Il a définitivement lancé l'univers des blockbusters avec ce film. Le blockbuster ne se résume qu'à toujours plus. Cameron avait l'art subtil d'y ajouter un fond, une âme. La fin est a pleurer surtout avec le recul quand on voit les navets sans nom comme Avengers endgame et la mort d'Iron man pour en citer aucun

sylvinception
19/11/2019 à 10:32

Répulsion/attraction, le film est toujours aussi énorme, mais je ne peux m'empêcher de penser que le T800 version "nounou" est un énorme coup marketing (sans parler de "You could be mine"...) au vu de la popularité du chêne Autrichien. Le premier Terminator restera insurpassable.

Endor
18/11/2019 à 19:54

On aurait pu/du en rester là, sauf si Cameron avait eu envie de s'investir dans la guerre du futur. C'était un très beau prétexte à mettre en scène un héros (Connor), dans une atmosphère de grand climax (la fin du monde, inutile de faire un dessin), en montrant les exploits des résistants et le jeu d'échec de skynet, il y aurait eu de la place même pour Schwarzy, on aurait pu y voir comment le premier T800 est programmé pour le passé, comment le deuxième est capturé, comment Kyle est envoyé . En expliquant par exemple que le T1000 était un modèle expérimental et que le voyage dans le passé était difficile et risqué, cela aurait pu valorisé la justesse des deux premiers films, tout en montrant la guerre du futur comme un morceau de bravoure. Au lieu de ça on a eu le respectueux mais tiède T3, l'inabouti Renaissance, et deux désastres sans queue ni tête (genysis et Dark Fate) . Quel gâchis. Mais T2 porte en lui les relatifs échecs des suites : en introduisant de l'action, de l'humour,des "catch-phrase" en iconisant Schwarzenegger, dificile de faire des scénarios originaux ou de rester audacieux, poussant les suites à de vaines tentatives de changement de forme, de l'inutile à la parodie

Gemini
18/11/2019 à 19:43

T2 chef d'œuvre intemporel. Il est toujours aussi énorme ce film!

Marty
06/11/2019 à 23:23

Rorov94M > Y'a du vrai dans ce que tu dis, mais ce sont tous de moins bon films . Et ils ne resonnent presque plus aujourd'hui, contrairement a T2 .

Miami81
28/10/2019 à 09:41

Rorov94M, à défaut des veines, tu viens de m'ouvrir les yeux (au couteau). :D

Rorov94M
27/10/2019 à 18:10

Le même été(1991)sortait des films bien plus réussis et regorgeant de scènes ultra-spectaculaires:
DOUBLE IMPACT (où la gémellité est pour la 1ère fois crédible à l''écran),BACKDRAFT(dont les scènes pyrotechnique font la nique à T2)ROBIN DES BOIS(avec un sens du rythme initié par le grand Kevin Reynolds,dont Cameron aurait dû s'inspirer).
STAR TREK 6 est supérieur techniquement dans tout les domaines comparé à T2:vfx,sfx,direction artistique,montage(la scène d'apesanteur est ÉNORME !
Même NEW JACK CITY et BOYS IN THE HOOD avaient une meilleure bande originale!
J'ai mis mon gilet pare-balles,vous pouvez y aller...

prof west
27/10/2019 à 06:04

T1 en moins bon et version commercial

fil
27/10/2019 à 02:20

juste une reference,un classique voire un chef d oeuvre

Yoyo
26/10/2019 à 21:30

Jamais surpassé,jamais égalé,un film intemporel qui met une bonne raclée à tout les blockbusters qui l'on précède,le maître étalon.

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