Lara Croft : Tomb Raider - critique archéodébile

Geoffrey Crété | 20 octobre 2018 - MAJ : 07/11/2019 17:22
Geoffrey Crété | 20 octobre 2018 - MAJ : 07/11/2019 17:22

Dans la longue, longue liste des mauvaises adaptations de jeu vidéo, les Tomb Raider avec Angelina Jolie défendent leur place. Parfois vus avec un certain plaisir coupable et considérés comme d'amusants mauvais films, ils n'ont pas compris grand chose aux excellents jeux, et transposés la partie la plus superficielle de la saga. Et Lara Croft : Tomb Raider sorti en 2001 est probablement le plus mauvais des deux - même si depuis, Tomb Raider 2018 avec Alicia Vikander a remis les choses en perspective.

TOMB AILLEURS

Si Alicia Vikander est la Lara Croft moderne, athlétique et sensible dans Tomb Raider 2018, adapté des reboots sur console, Angelina Jolie est celle des origines : une aventurière arrogante et tête brûlée, aussi amusante et sûre d'elle que dans les premiers jeux. Elle n'est pas là pour être aimée et aimable, elle n'a pas peur de s'imposer et rire aux nez de ses adversaires, et prend un malin plaisir à s'embarquer dans des aventures, totalement maîtresse de son destin.

 

Photo Angelina JolieUne Lara Croft à l'ancienne

 

Lara Croft : Tomb Raider ne s'inspire d'aucun jeu, mais essaie d'en retrouver l'âme avec une histoire résolument fantastique, où l'héroïne part à la recherche d'une mystérieuse horloge mystique capable de contrôler le temps, convoitée par les Illuminati. Du Cambodge à la Sibérie, de l'alignement céleste à des statues qui prennent vie, du manoir attaqué par des sbires à la Tomb Raider II au père Croft qui hante l'héroïne, le film pioche dans la saga divers éléments, remixés pour donner lieu à un blockbuster à plus de 110 millions. Simon West (Les Ailes de l'enfer) réalise, sur un scénario écrit par Patrick Massett et John Zinman, venus de la série Friday Night Lights.

Et malgré le choix inspiré d'Angelina Jolie, parfaite puisque estampillée fantasme absolu à l'époque, en plus d'avoir gagné un Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour Une vie volée, ce Lara Croft : Tomb Raider est un joli ratage, aussi laid que grotesque, et qui n'a à peu près rien compris aux jeux.

 

Photo Angelina JolieAngelina Jolie, la seule bonne idée du film

 

LARA ET LES GARÇONS

Qu'est-ce que Tomb Raider à l'origine ? Avant d'être une marque collée partout et confondue avec une entrée sur YouPorn, c'est l'aventure, l'émerveillement, le silence, l'isolement, où la magie mystique et le danger (sur)naturel s'enchevêtrent pour plonger le joueur dans un univers incroyable, sans limites. C'est Lara Croft, héroïne coriace, effrontée, intrépide, increvable, solitaire, qui se fout de l'argent (puisqu'elle en a) et ne vit que pour les trésors de l'humanité et de la nature.

Pas grand chose à voir avec Lara Croft : Tomb Raider donc, qui commence avec Lara Croft qui combat un robot programmé pour son entraînement, dans un décor qui est véritablement en carton pâte, installé dans son manoir - quasiment un jumping the shark, d'emblée. Contraint par les obligations d'une telle superproduction, le film avance dans les territoires du blockbuster ordinaire, et ressemble plus à un mauvais mix entre Indiana Jones et James Bond que Tomb Raider.

 

Photo Daniel Craig, Angelina JolieLara Croft vs James Bond

 

L'héroïne solitaire se retrouve avec plein d'hommes dans ses pattes, avec Bryce et Hilary, et une sorte de Sydney Fox nommé Alex West et interprété par Daniel Craig avant James Bond justement. Sans oublier papa Croft incarné par Jon Voight (véritable père d'Angelina Jolie), qui rejoue un trauma originel que les jeux avaient intelligemment laissé en arrière-plan pour éviter ce drama consensuel. Et Iain Glen a beau être un solide acteur, ce grand méchant Manfred Powell est un antagoniste générique et oubliable. La solitude et l'aventure sont bien loin.

Ne reste alors plus qu'Angelina Jolie. Et l'actrice s'en sort avec les honneurs vu le scénario, qui lui donne notamment une ridicule scène de douche option cheveux jetés en arrière et bouche entrouverte - parité oblige, Daniel Craig a une scène équivalente. Dans l'action, dans l'humour, dans l'émotion, elle est impeccable, et porte en elle cette flamme d'impertinence légère propre à Lara Croft.

 

Photo Angelina JolieSi la fin de Tomb Raider II était revue et corrigée par Hollywood

 

L'ANGE DES MÉMÈRES

Ce qui frappe dans ce Lara Croft : Tomb Raider, c'est surtout sa mollesse. Seules trois ou quatre moments peuvent être qualifiées de scènes d'action, et à peu près aucune n'est digne de ce nom. Que l'attaque du manoir avec l'héroïne en pyjama de luxe soit le moment le plus mémorable d'un film d'aventure qui voyage de l'Asie à la Sibérie, en dit long sur l'incapacité de Simon West à être à la hauteur des jeux.

La scène centrale dans le temple cambodgien est particulièrement laide, fade et tristounette, que ce soit dans les effets pas très heureux, les ralentis immondes, la musique à côté de la plaque, ou tout simplement la construction et l'imagination. Véritable casse-cou et athlète, Lara Croft est ici réduite à une héroïne lambda, qui tire sur quelques pierres et sur une corde, et court un peu plus vite que ses adversaires, tout en gardant le sourire et deux mèches pour encadrer son visage dans les gros plans. Autant dire que personne n'a rien compris au personnage et aux jeux, qui offraient pourtant matière à de l'action folle et excitante.

 

Photo Angelina JolieQuand tu croises les producteurs qui ont validé ce scénario

 

Mais même sans penser aux jeux vidéo et en faisant le deuil de tout ce qu'un film Tomb Raider aurait pu être, ce blockbuster reste dénué de personnalité, d'énergie, et d'imagination.

Nine Inch Nails et Fatboy Slim ont beau être invoqués pour doper l'action ou les plans artificiels (inutile d'attendre la moindre musique atmosphérique et magique dans la lignée des jeux), Lara Croft : Tomb Raider est plus terne que le pire amas de pixels du premier jeu. Se souvenir que la même année sont sortis Le Seigneur des Anneaux : La Communauté de l'Anneau, Harry Potter à l'école des sorciers, et Le Retour de la momie, enfonce le clou dans le cercueil vieillot et moisi de cette adaptation.

 

 

Résumé

Même avec le sceau de la nostalgie et de l'amour des jeux, même avec Angelina Jolie qui tient avec malice et énergie le rôle, Lara Croft : Tomb Raider est mauvais : un mauvais film d'action, et un mauvais film adapté des jeux.

commentaires

Fraise
23/10/2019 à 11:19

J'ai été marquée par ce film quand j'étais gamine, j'avais adoré parce que Lara Croft était badass (j'avais pas le droit de jouer aux jeux vidéos donc bon je ne la connaissais pas en dehors du film), absolument tout le reste (scénario, justesse du jeu des acteurs, crédibilité, réalisme) m'était égal. J'en avais tellement marre des demoiselles en détresse et pas encore l'âge de regarder Buffy. C'est arrivé dans ma vie au bon moment. Je préfère ne pas le revoir, et en garder un bon souvenir.

Madolic
21/10/2019 à 10:55

Même Jolie je la trouvais pas terrible dans celui-là !
Je préfère largement le 2, l'actrice ne surjoue plus (la scène de la douche mon dieu qui se douche comme ça Mdr), Butler est plus raccord que Craig dans l'univers du nanar (Craig trop 1er degrè ce qui ajoute au ridicule) et le 2 assume son côté WTF pour devenir un plaisir coupable (et même la musique est plus sympa).
Bref le 1 c'était mauvais ahahah :p

Seb 57
21/10/2019 à 07:52

Fane du jeux vidéo. Étant plus jeune
Ses vrai que le film et limite
Mais il y a d autre .
Qui sont pas mieux .par exemple
( une course de voiture japonaise sur 400 m .
Ou on les voit changer 30 fois de vitesse.... ???????? )
Ça aussi ses limite ..
Bonne journée à tous

Andrew Van
20/10/2019 à 21:02

Au final le 2 est une bonne grosse kitcherie jouissive ou Angelina et ses ballons se baladent au 4 coins du monde sur un scénario prétexte (un peu comme les premiers jeux),

la musique est cool, en plus Gerard Butler est aussi mauvais que Miss Jolie. Tout est crétin (franchement la scène du requin c’est du grand délire, ou encore la moto sur la muraille de Chine… WTF), ça fait très années 80 (début 90).

Bref un plaisir coupable !

Geoffrey Crété - Rédaction
20/10/2019 à 20:19

@Andrew Van

MOI AUSSI
Mais on est une espèce rare

Andrew Van
20/10/2019 à 20:18

Charmant nanar ! Perso je préfère le 2 !

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