The Laundromat : critique lessivée

Simon Riaux | 13 octobre 2019 - MAJ : 13/10/2019 15:18
Simon Riaux | 13 octobre 2019 - MAJ : 13/10/2019 15:18

Après un High Flying Bird qui mettait un sacré coup de boule aux mécaniques économiques et politiques qui règnent sur le basket aux États-Unis, Steven Soderbergh, le metteur en scène le plus prolifique du cinéma américain, se penche, toujours sous la bannière Netflix, sur une des plus explosives affaires de fraude fiscale de ces dernières décennies avec The Laundromat : L'affaire des Panama Papers. L'occasion de marier son art du film choral et du brûlot politique.

MACHINE À FILMER

Alors qu’il enchaîne les films à un rythme plus que soutenu - qui se souvient que Steven Soderbergh annonça sa retraite en 2015 quittant alors le cinéma pour s’essayer avec succès à la fiction sérielle (The Knick) -, le cinéaste revient rapidement à son médium de prédilection, désormais tout à fait affranchi des studios traditionnels et de leurs modes de distribution, repensant son modus operandi.

Et si le réalisateur n’a pas attendu Logan Lucky pour se pencher sur les potentialités du numérique ou chatouiller le corps social américain, ces principes ont pris une tout autre ampleur à l’occasion de son retour aux affaires.

 

photo, Gary Oldman, Antonio BanderasDeux fiscs de lutte

 

À ce titre, The Laundromat et sa satire consacrée aux affaires révélées par l’affaire dite des Panama Papers est peut-être la proposition filmique la plus politiquement proche du brûlot de son auteur, ainsi que sa recherche formelle la plus radicale. Théâtralité, mise en abîme, image dans l’image, dézingage de 4e mur…

Le cinéaste fait feu de tout bois, au gré des ruptures de ton d’un récit qui multiplie les points de vue et les personnages. Ici, deux avocats véreux, totalement déconnectés du monde qui les entoure, s'efforcent de démontrer combien leur entreprise est logique, leurs motivations banalement humaines, dévoilant malgré eux l'étendue de leur corruption ainsi que de leur nocivité.

Plutôt que de narrer comment la firme Mossack Fonseca a vu ses activités frauduleuses dévoilées au grand jour, The Laundromat s’amuse à donner la parole aux auteurs de ce redoutable écosystème de fraude fiscale, tout en donnant la parole à leurs complices et victimes. Tragédie bouffonne dans laquelle les salopards se défendent d’un rictus, le récit donne l’occasion au réalisateur d’enfermer son spectateur dans une lessiveuse cauchemardesque, où les valeurs morales sont renversées, au même titre que tous les principes économiques rationnels.

 

photo, Meryl Streep, Jeffrey WrightMeryl Streep et Jeffrey Wright

 

FISC FUCKING

Malheureusement, là où High Flying Bird mêlait avec génie le fond et la forme, jouant avec l’image « téléphonique », s’interrogeant plastiquement sur la possibilité de représenter un univers toujours plus rapide et libéral, Steven Soderbergh semble rapidement un peu dépassé les infinies possibilités qu’offrent son thème et le script de Scott Z. Burns.

Partant dans tous les sens, cette dénonciation acide ne laisse pas toujours le temps à la caméra de trouver le style propre à chaque segment, tandis que certaines sous-intrigues donnent plus le sentiment de piétiner, illustrant mollement le sujet au lieu de le transcender.

 

photo, Meryl StreepMieux vaut ne pas chercher Meryl Streep

 

Dès qu’il essaie de nous faire sentir la matérialité du crime (qui jouit des actions de Mossack Fonseca et comment désagrègent-elles une société dont elles cannibalisent les valeurs collectives ?), le metteur en scène paraît en décalage, presque atone.

Plus étonnant, lui qu'on sait parfaitement capable de doper sa narration à coups d'ellipses et de soubresauts de montage patine ici dans au moins deux de ses segments (dont une interminable sous-intrigue adultérine), quand il ne se répète pas tout simplement. Bien sûr, il est loin d’avoir perdu tout son mordant, et même quand il s’égare le temps d’un vaudeville financier un peu balourd, l’artiste a encore suffisamment de sève pour distiller quelques images marquantes.

Malgré le faux rythme et le sentiment d’inachevé qui pointent ici et là, The Laundromat révèle quantité de surprises assez étourdissantes, et laisse penser que Steven Soderbergh ne demande finalement qu’à embrasser une veine surréaliste qui sied parfaitement à son découpage composite. En témoigne la dernière demi-heure du métrage, où il assume de transformer son intrigue en pur discours politique, tout en faisant de son décor une agora autant qu’une scène, toute entière livrée à la veulerie du duo Banderas-Oldman, ainsi qu’à la fougue transformiste de Meryl Streep. Cette nouvelle proposition du réalisateur n'est donc pas sa plus harmonieuse et maîtrisée, mais compte parmi ses plus étonnantes et engagées.

 

Affiche

Résumé

Steven Soderbergh paraît tourner à vide quand il illustre le quotidien des personnages satellites à l'affaire, mais retrouve une énergie contagieuse quand il embrasse un ton plus surréaliste et acide.

commentaires

Tom’s
14/10/2019 à 17:36

Merci @Alexandre Janowiak pour cette précision, elle revient enfin dans l’actu ciné /série, en attendant Basic instinct 3 !!! : )

Alexandre Janowiak - Rédaction
14/10/2019 à 10:47

@tom's

son rôle est tellement mineur et peu signifiant qu'il n'y a pas grand-chose à dire sur sa prestation de 2 minutes et 27 secondes (à tout casser).

tom's
14/10/2019 à 00:00

Et concernant Sharon Stone pas un mot pour elle? Positif bien sûr. Après Mosaic c'est leur deuxieme collab' ensemble merci a lui lol

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