Queens : critique des reines du showping

Geoffrey Crété | 14 octobre 2019 - MAJ : 14/10/2019 14:19
Geoffrey Crété | 14 octobre 2019 - MAJ : 14/10/2019 14:19

Jennifer Lopez en strip-teaseuse qui arnaque des hommes riches et bêtes dans un film appelé Queens, ressemble à une mauvaise blague. Surtout avec une promo qui a largement misé sur le physique des actrices. Pourtant, le film de Lorene Scafaria  (Jusqu’à ce que la fin du monde nous sépare) n'a rien à voir avec ça. Porté par un buzz positif depuis sa présentation à Toronto, la comédie dramatique avec Constance Wu est une bonne surprise.

STRIP-COUP DE POKER 

Il y a eu Les Veuves de Steve McQueen, où une bande de femmes reprenait les affaires tordues de leurs maris mafieux pour s'en sortir. Il y a eu Les Baronnes, avec à peu près la même histoire, mais époque seventies, et qui est passé totalement inaperçu. Il y a désormais Queens, la version moderne tendance MTV : en pleine crise financière de 2007, des strip-teaseuses de New York montent un plan pour arnaquer les hommes, et notamment les traders, de leur club déserté.

Une improbable histoire vraie, racontée par la journaliste Jessica Pressler dans le magazine New York en 2015, et qui aurait pu donner dans le mauvais film d'arnaque provoc. Mais derrière, il y a Lorene Scafaria, réalisatrice et scénariste de Jusqu’à ce que la fin du monde nous sépare, et qui avait co-écrit Une nuit à New York. Et il y a Annapurna Pictures, la société de Megan Ellison qui soutient des réalisateurs comme Paul Thomas AndersonTodd SolondzRichard Linklater ou Wes Anderson, et accompagne des cinéastes prometteurs comme Ana Lily Amirpour. Avec Jennifer Lopez et Constance Wu dans les premiers rôles, il y a là une équation trop étrange pour ne pas attiser la curiosité.

"L'Amérique c'est un gigantesque club de strip-tease. Certains jettent les billets et les autres dansent", lâche le personnage incarné par J-Lo. Et le film est précisément aussi drôle, subtil, déconcertant et intrigant que cette réplique, oscillant entre des parenthèses dignes d'un mauvais clip de rap et un drame social qui sonde l'american dream qui s'est envolé.

 

photo, Jennifer Lopez, Constance Wu, Lili ReinhartQuatre strip-teaseuses et un enterrement 

 

STEAL BRIGHT LIKE A DIAMOND

Queens est à l'image de ses héroïnes : il y a bien quelque chose derrière la plastique affichée et décorée de paillettes sous les projecteurs de la salle de spectacle (qu'il soit celui du strip-tease ou du cinéma), mais il faut avoir envie d'y croire, et passer outre la façade clinquante. La première apparition de Jennifer Lopez ne ment pas sur la marchandise : la scène ressemble à ses mauvais clips, entièrement dédiés à son corps, et qu'elle se roule dans des billets en string sous les yeux de mâles surexcités et blindés est presque parodique vu son statut.

C'est l'un des nombreux signaux contradictoires envoyés par le film. Les ralentis sur les seins, les fesses, les lèvres pulpeuses et les crinières effet coiffé décoiffé donnent des airs de défilé de mode ridicule qui exploite tristement les corps, mais le scénario revient sans cesse vers le coeur de ces femmes combatives pour en faire des personnages riches. Le fossé est immense, souvent déstabilisant et parfois grotesque, mais c'est un sacré numéro d'équilibriste qui participe à l'identité de Queens.

Scénariste et réalisatrice, Lorene Scafaria semble avoir parfaitement intégré que la vitrine est aussi importante que ce qu'elle cache. Son film est comme le club de strip-tease, et il faut attirer les clients. Plutôt que de lutter contre cette imagerie, elle l'intègre totalement dans sa mise en scène, souvent très léchée, et ne renie pas les corps qu'elle filme et dont elle nourrit l'aura. Comme les personnages, elle n'en a pas honte. Mais elle ne les habille pas simplement de bijoux clinquants et fourrures, et fissure ces belles poupées pour en faire des héroïnes complexes.

 

photo, Jennifer Lopez Une carrière à Hollywood : métaphore

 

J-LO ET C-WU

Queens est moins un film de groupe qu'un film de duo. Keke PalmerLili ReinhartCardi BJulia Stiles et les autres sont quasiment des figurantes derrière Constance Wu et Jennifer Lopez, les deux visages charismatiques et forts de cette arnaque. Révélée dans la série Bienvenue chez les Huang et vue dans le succès-surprise Crazy Rich Asians, la première est excellente dans l'archétype de l'héroïne embarquée presque malgré elle, qui sert de point d'entrée au spectateur.

Mais la vraie tornade est Jennifer Lopez. La chanteuse avait déjà prouvé ses talents d'actrice dans Hors d'atteinte de Steven Soderbergh ou U Turn - Ici commence l'enfer d'Oliver Stone, la surprise n'est donc pas totale. Mais parce qu'elle a un rôle ambigu et un discours cynique sur l'american dream qui ne peuvent que jouer de son image, elle donne à son personnage une dimension supplémentaire. Qu'elle y aille à fond pour incarner cette suprême de pouffe, donne des couleurs parfois sensationnelles au film.

 

photo, Jennifer Lopez, Constance Wu Femmes en cage : édition 2019

 

Et si ce numéro de Jenny from the Block est si beau face à Constance Wu, c'est parce que Queens reste bien accroché au principal : la relation de ces deux femmes. Au-delà du show, il y a leur amitié, et ce lien fort et insolite qui sera sali par les billets et les doses de drogue versées dans les whiskys. C'est bien sûr une idée simple, et le scénario est prévisible puisque construit dans le cadre du film d'arnaque classique, mais Lorene Scafaria l'aborde avec générosité et sobriété. Elle offre régulièrement des moments inattendus, bien écrits, parfois très touchants, parfois très drôles - comme sur le carrelage de la cuisine.

Queens a beau rester dans les clous du genre, respecter les codes sans rien bouleverser de la formule, et compter sur des émotions souvent faciles, c'est emballé avec savoir, finesse et énergie. Et le talent des actrices permet de camoufler les baisses de rythme et scènes trop attendues.

 

Affiche française

Résumé

Sous ses airs de canaille provoc de bas étage, Queens est une belle petite surprise, qui détourne les armes de l'ennemi pour arriver à son but et surprendre. Constance Wu et surtout Jennifer Lopez mènent la danse avec brio, et permettent au film de ne pas trop souffrir de son côté classique et archi-codé.

commentaires

emilie
15/10/2019 à 20:03

J’aimerais beaucoup le voir mais aucune salle aux alentours de Dijon ne le projette, c’est dingue non ?

Boobsologue
15/10/2019 à 14:15

Très bon film.

J-Net
14/10/2019 à 23:58

"L'Amérique c'est un gigantesque club de strip-tease. Certains jettent les billets et les autres dansent"

J'aime bien cette phrase.

Gaidon
14/10/2019 à 20:59

Tout pour attirer le mâle blanc, hétérosexuel, de + 50 ans

Tom’s
14/10/2019 à 17:57

Cool moi qui pensais à une démo de la bomba latina pour dire je suis bonnnnnne à 50ans !!! Vu les images du défiler Versace ou elle apparaît à la fin impressionnante c’est vrai. Hier soir je suis tombé sur « PLus Jamais » ridicule, elle as mal géré sa carriere dès qu’elle est passé bankable elle as enchaîné les navets /flop : Plus jamais/ Angel eyes /gigli ect.

Flash
14/10/2019 à 15:32

Mouais, à la limite pour voir le gros boule de JLO.

Madolic
14/10/2019 à 14:41

Je l'attendais cette critique !
Au vu des BA j'en attendais vraiment pas grand chose et au final le retour critique est vraiment intriguant.
A mettre dans la bucket list donc ^^

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