Bacurau : critique qui tire dans le tas

Simon Riaux | 23 septembre 2019 - MAJ : 23/09/2019 18:05
Simon Riaux | 23 septembre 2019 - MAJ : 23/09/2019 18:05

Récompensé du Prix du Jury lors du dernier Festival de Cannes, Bacurau de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles, porté par Udo Kier et Sonia Braga, fait parler la poudre au gré d'une aventure politique qui mêle avec gourmandise jeu de massacre, western et science-fiction.

ANARCHIE DO BRAZIL

Quand la population de Bacurau découvre que son village a disparu des cartes et documents officiels, les habitants de cette zone enclavée du Nordeste Brésilien comprennent qu’ils vont devoir défendre chèrement leur terre. De ce point de départ qui évoque forcément l’actualité du Brésil, on pouvait s’attendre à ce que le réalisateur Kleber Mendonça Filho (ici allié à Juliano Dornelles) tire un drame trempé dans le chaudron politique et social de son pays, comme il le fit avec Les Bruits de Recife et Aquarius. Mais, pour politique qu’il soit, Bacurau se chauffe d’un autre bois.

Dès son ouverture où progresse tant bien que mal un camion zigzaguant, le film semble annoncer sa sortie de route. Et une vingtaine de minutes plus tard, le récit va littéralement exploser sous les yeux du spectateur, pour mieux l’emmener sur un chemin sinueux et décapant, qui ira du western, en passant par le pur revenge movie, sans oublier un détour par la science-fiction. L’énergie déployée par le duo de metteurs en scène – et leurs comédiens- est telle qu’on a rapidement le sentiment d’assister à une rencontre improbable entre John Carpenter et Richard Kelly, comme si Assaut et New-York 1997 copulaient frénétiquement avec Southland Tales.

 

photo, Udo KierUn Udo Kier en grande forme

 

Désireux toujours de surprendre le public, Bacurau prend progressivement des allures de cartoon cinéphile et cinéphage, comme en témoigne la présence d’Udo Kier, meneur de la horde sauvage qui s’en prend à la communauté isolée du métrage. Charriant avec lui l’héritage d’une filmographie éclatante et bizarroïde, il insuffle par endroit une présence délicieuse, permettant au récit de tenir le curieux grand écart entre pamphlet politique et frénésie d’exploitation.

 

photoBienvenue à Bacurau

 

TIENS, VOILÀ DU CHAOS

Paradoxalement, c’est aussi cette folie qui amène le film sur un terrain politique audacieux. En représentant la violence comme une possible issue aux conflits qui rongent le Brésil et menacent jusqu’à son âme. La démence qui fait s’entrechoquer des assassins armés d’une petite soucoupe volante, et des villageois a beau être terrible, elle se fait aussi réminiscence historique.

Si les hommes et femmes de Bacurau épousent le combat, acceptent que la survie ne puisse passer que par une impitoyable lutte à mort, c’est aussi parce que le film leur permet de retrouver le sens des affrontements d’hier, des révoltes passées, et dessine la lutte collective comme l’unique modalité acceptable de l’affrontement.

 

photoAux armes, citoyens

 

C’est parce que la population de Bacurau combat ensemble, combat pour son bien collectif, contre les représentants d’un système entropique et individualiste, que le métrage parvient à réunir avec tant d’énergie, autant de facette et d’électricité. Quitte parfois à se développer en tout sens, à peiner un peu à maintenir un fil cohérent, tant chaque séquence, jusqu’au jeu de massacre final, paraît conçue pour consacrer sa fièvre de cinéma et d’appel à la résistance.

Le résultat est un spectaculaire bordel, spectaculaire, mais incroyablement stimulant, un western azimuté qui sent bon la poudre et le sang.

 

Affiche

Résumé

Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles relisent La Porte du paradis pour en faire un western cartoon arrosé de LSD avec Bacurau. Frénétique et schizophrène, le résultat est une des belles trouvailles du Festival de Cannes, aussi fou que stimulant.

Autre avis Lino Cassinat
Commentaire politique acide - et à l'acide - sur un Brésil qui part en vrille autant que western jubilatoire, Bacurau est un trip mortel et vivifiant... mais qui finit par trébucher un peu sèchement sa mise en scène à l'instinct. On voudrait l'adorer, mais certains dérapages non contrôlés dans le scénario et le montage viennent abîmer le plaisir...
Autre avis Alexandre Janowiak
Étrange exercice que Bacurau, sorte d'OVNI mêlant le western à la critique sociale et politique en passant par l'horreur, le fantastique et la SF. Si le film se nourrit de séquences jubilatoires (dont son climax), son montage bancal et sa narration parfois trop hasardeuse font décrocher à plusieurs reprises.

commentaires

FredDoBrasil
23/09/2019 à 21:22

Le cinéma brésilien nous apporte enfin de belles choses depuis quelques années. Pas certain que cela puisse durer.

MystereK
23/09/2019 à 19:38

Un de mes films préférés de cette année !

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