I Am Mother : critique moulinex

Simon Riaux | 10 juin 2019 - MAJ : 10/06/2019 15:41
Simon Riaux | 10 juin 2019 - MAJ : 10/06/2019 15:41

Au fil des mois, Netflix s’est fait une spécialité d’acheter et d’agglomérer séries B horrifiques et productions de SF luttant pour atteindre le grand écran. I Am Mother de Grant Sputore avec Rose Byrne et Hilary Swank appartient à la seconde catégorie, mais fait-il mieux que le tout venant de ce catalogue qui a encore beaucoup de mal à élever son jeu ?

I AM NETFLIX

Il y a quelques années, le scénario de I Am Mother figurait en bonne place sur la légendaire Black List Hollywoodienne, rassemblement des scripts les plus en vue de l’industrie, trop provocateurs, complexes ou risqués pour que les grands studios osent faire plus que les zyeuter avec intérêt. Ce sont les Australiens de Screen et Hercules Film qui ont finalement mis la main sur le récit concocté par Michael Lloyd Green, et mis en scène par Grant Sputore, dont c’est la première mise en scène de long-métrage après un début de carrière dans la publicité.

I Am Mother nous place dans un bunker habité par un androïde, une adolescente et des centaines d’embryons. Après un cataclysme qui a provoqué la quasi-extinction de l’espèce humaine, le robot est la cheville d’un programme de sauvetage visant à faire de la jeune fille l’avenir de son espèce. Huis clos, métaphore de la caverne, récit dystopique… C’est une convention du genre, le point de départ est un mensonge, que notre héroïne va devoir percer à jour.

 

photoTelle mère, telle fille

 

Malheureusement, au fur et à mesure que progresse le récit, on s’étonne progressivement de l’infinie lenteur avec laquelle Sputore aborde son intrigue, elle-même pas franchement véloce en termes d’écriture. Chaque articulation de ce récit, tout sauf original, est ainsi longuement décortiquée devant la caméra, jusqu’à ce qu’un élément perturbateur interprété par Hilary Swank pointe le bout de sa truffe, après une interminable demi-heure.

Alors que le spectateur fait reposer sur ce potentiel élément de surprise ses derniers espoirs de voir le script prendre une direction étonnante, il doit se rendre à l’évidence : I Am Mother n’a aucune idée de comment apporter quelques variations à sa partition et préfère nous rejouer un air connu à l’identique.

 

I AM TROP VIEUX POUR CES CONNERIES

Dans des genres aussi marqués et codifiés que l’anticipation, le récit post-apocalyptique ou la science-fiction en général, respecter ses classiques peut toujours être l’occasion d’un bel exercice de style, et d’un travail de la nuance. C’était le positionnement de Ex Machina, qui brillait sans révolutionner son domaine, se contentant de revisiter l’écrin du conte philosophique tel qu’établi par Villiers de l’Isle Adam dans L’Eve Future.

 

photoUne maman qui déborde d'amour

 

On espère donc rapidement que Grant Sputore va nous en mettre plein les mirettes et proposer une vision, au sens strict du terme. Et si le cinéaste peut adresser de vibrants remerciements aux équipes de Weta Digital qui ont conçu I Am Mother, on ne comprend jamais pourquoi il s’est lancé dans l’aventure. Son découpage est lisible, sa mise en image presque toujours propre, mais strictement rien, jamais, ne vient nous étonner la rétine.

À la manière d’un bain tiède I Am Mother déploie donc son programme attendu sans coup férir, sans idées, sans surprises, sans âme et sans cœur. On sera bien en peine de trouver là-dedans quoi que ce soit de détestable. Mais à bien y réfléchir, il n’y a là rien à aimer non plus, rien à suivre ou à redécouvrir. Production qui se voudrait maline et adressée aux amateurs du genre, elle ne bénéficie ni de la roublardise politique d’un Moon ni des expérimentations d’un Annihilation. Il ne s’agit là que d’un énième baquet d’eau tiède édité par Netflix, tentant grossièrement de dragouiller les amateurs de série B créative.

 

Affiche

Résumé

Film d'une tiédeur infinie, I Am Mother est un bidon de lessive jamais haïssable, mais dont la mollesse et la timidité empêchent le spectateur de trouver un quelconque motif de satisfaction.

commentaires

Shadow
21/06/2019 à 21:52

TéléFilm bien sympa. Un bon téléfilm à la Netflix.

Wendy
21/06/2019 à 01:33

Ce film est une très belle découverte. Il nous pousse a nous remettre en question et a faire appel à notre imagination afin d'interpréter l'histoire à notre idée, il nous laisse le choix. Pour moi, c'est un chef d'oeuvre.
La critique plus haut est dur et pour moi fausse, quel dommage qu'un critique puisse se faire une telle idée d'un film si moraliste... Visiblement l'humain est aussi bête que le film nous le laisse entendre...

Rom
15/06/2019 à 12:35

Très bon film. Très philosophique. Et c'est claire que cette oeuvre ne s'adresse pas à tout le monde. Si vous ne comprenez pas la dernière scène, chercher des explications sur internet pour vous aider dans la compréhension. Ce film est génial.
Une IA qui à compris que dans un monde d'humains toxique et débile tu peux pas élever une gosse comme il faut sinon la toxicité vas la bouffer. PUTAIN, MERCI.

anna
12/06/2019 à 22:54

Je suis d'accord avec la critique, le film est peu étonnant, on s'attend à presque toutes les scènes et il n'y aucune surprise. De plus, on ne comprend pas bien pourquoi le robot ment à sa "fille" par rapport à la toxicité du monde, y'en a-t-il une une à un moment donné dans l'histoire du monde ? Était-ce nécessaire de le mentionner ? A la fin du film, même la femme a menti à la fille et on ne comprend pas vraiment l'intérêt de tout ces mensonges, si ce n'est pour protéger la fille.
Cependant, ce film a des ressources notamment dans la dimension philosophique. J'enlève donc complètement l'aspect cinématographique, il est vrai que ce film aurait sûrement bien mieux fonctionner un roman d'anticipation. On y trouve donc énormément de question quant à l'homme et la machine: la machine peut-elle totalement remplacer l'homme ? peut-elle vraiment ressentir les choses ? On pense au début du film que oui, il y a sûrement un moyen. Mais on progresse finalement vers un non catégorique en voyant la fin. Il y a malgré tout quelque chose qui plane au dessus de la machine comme une sorte de supériorité qui la dirige car même si celle-ci est tuée par la fille, elle revient pour tuer la femme sans aucune raison apparente (alors qu'une machine exécute toujours un ordre, un code et ne peut pas réellement prendre d'initiative aussi cruelle).

Yoyo
12/06/2019 à 15:00

je trouve aussi la critique sévère
Le film est beau à regarder et le dénouement prend corps sans grosse longueur (ce qui est appréciable)

L’action reste prévisible mais en rafraîchissant un peu le genre

A regarder !!!

Chait
12/06/2019 à 09:41

Je ne suis pas du tout d'accord avec vous, j'ai été très content de se film compliqué!
SPOIL ....
Je vais vous donner MON AVIS.
Cela commence avec une musique magnifique et une bande son soigné toute au long du film. On voit un robot qui se surnomme mère et qui élève une petite fille (née sous éprouvette) d'une manière très équilibré. En effet, la fille, qui est apparemment la seule fille et humaine sur terre, va faire du sport, de la dance, être éduqué et instruite... Qui plus ai, le robot va lui apporter un cadre sécurisant mais aussi et c'est la que le bas blesse, peu d'amour que se soit pour elle ou pour les être venant de l’extérieur... car pour le robot, tous ce qui est dehors est infecté et toxik. Cela passe par des sentiments et des émotions qu'uniquement les humains peuvent ressentir et transmettre (par exemple l'amour). Cela se voit particulièrement au niveau de la scène ou il y a une première perturbation avec une souris et ou l'on voit la dureté de la dite mère robot qui va la jeter au four. Ou encore, la scène ou cette dernière va offrir un pyjama pour l’anniversaire de la fille car elle en avait besoin... sans penser ce que "sa fille" voudrait vraiment.. Ou encore celle ou elle propose un autre repas à "sa fille" en pensant que sa pourrait améliorer les choses... (On peut dire que la dite mère a une vision matérialiste et simpliste) Bref, la fille grandit et vit dans un environnement serte sécurisant mais froid, protocolaire ou toute est calculé d'avance et ou rien n'est laissé au hasard... (la fameuse image en psycho de la prison doré)

La seconde perturbation vient d'une femme venant de l’extérieur et ou la fille se laisse tenter de rentrer car elle se trouve avoir une vrai question identitaire. Cette dernière (croyante, car on l'a voit prier en situation de danger) lui explique que le monde extérieur n'est pas toxik comme la mère robot dit mais qu'il y a plutôt un affrontement homme / machine qui s'y déroule. La commence alors pour la fille (et nous spectateur) un terrible dilemme ou il va falloir qu'elle fasse un choix, qui croire et qui suivre? et surtout une attirance identitaire se fait sentir car cette femme se trouve être une humaine! Grace á certaines preuves, elle se rendra compte qu'elle est manipulé depuis le début par "sa mère robot". En effet, deux expériences avant elle ont échoué et elle retrouve des cendres de ces dernières...

Effrayé et sous le choc elle décide de partir contre le grès de la robot à l’extérieur avec sa nouvelle "amie". C'est alors qu'elle va se rendre compte que son amie est seule... Elle lui avait menti, et cela se comprend en mon sens car cette dernière avait comprit que entre vivre dans un espace épuré avec une vision sectaire et un endroit naturel (à voir la scène magnifique ou la fille découvre la mer!) ou l'on vit avec tous les dangers que cela comporte, de façon simpliste et parmi "les siens" (entre même espèce, avec les mêmes valeurs...) il n'y a pas photo! Mais au delà de sa, il en va de la survie de l'espèce humaine et du sens selon lequel on veut l’éduquer... et par qui l'on veut se faire commander (dans le film, un monde dominé par les machines). Je suppose que la fille va décider de privilégier la survie de l’espèce humaine libre plutôt que d'attendre que les humains libres disparaissent pour de bon... On comprends que le monde est alors très mathématique (à l'image des handroides) que l'on veut une société parfaite (textuellement dit par la "mere" robot) et que l'on supprime ceux qui ne veulent pas si soumettre...Pour ma part, il y aura un abandon en demi mesure de l'adulescente qui deviendra adulte lors de ce choix, car elle laisse une figurine en carton d'un chien, symbole de la fidélité, en faisant comprendre qu'elle va poursuivre son combat!

La fille va alors revenir dans son entre pour affronter les machines, sa dite mère et lui sous entend un deal ou l'on comprend vite qu'elle ne le respectera pas, lors de la dernière scène et le regard de "tueur" et déterminé, du combat à la fois philanthrope, identitaire et pour la liberté, qu'elle va maintenant commencer!...

Simon Riaux - Rédaction
11/06/2019 à 18:47

@Chris
En effet Chris, c'est une affaire personnelle et subjective. Et c'est tellement une évidence, qu'il semble parfaitement inutile de le répéter à beaucoup d'êtres humains.

Ensuite, oui, j'ai un drôle de goût, mais ça n'a rien à voir avec mon métier plutôt avec une hygiène déficiente.

Chris
11/06/2019 à 18:41

@Simon Riaux, ce n'est pas parce que vous n'avez pas aimé que ce film est une nullité, c'est un peu comme quelqu'un qui va dire d'un plat, c'est dégueulasse, alors que c'est une question de goût. Mais vous êtes habitué à descendre de très bons films et à en encensé de très mauvais, pour un critique cinéma vous avez de drôle de goûts, je l'ai remarqué à plusieurs reprises déjà.

Simon Riaux - Rédaction
11/06/2019 à 17:43

@Blason
Le problème, c'est que c'est toujours une question de point de vue.

Par exemple, je me trouve extrêmement doux et mesuré par rapport à la nullité du machin.

Blason
11/06/2019 à 17:08

Je suis content de pas lire les critiques de ecran large avant de regarder ce film parce que je serais passé à coté d'une petite merveille.

Je ne sais pas si ils sont blasé de voir de films toutes les semaines mais ils devrait apporté un peu plus de nuances, dans leurs critiques.

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