Nous finirons ensemble : critique Avengers Endogame

Simon Riaux | 1 mai 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 1 mai 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Presque une décennie après le colossal succès des Petits MouchoirsGuillaume Canet retrouve sa galerie de personnages - incarnés par Marion CotillardGilles LelloucheLaurent LafitteFrançois CluzetValérie BonnetonBenoît Magimel et consorts - pour un nouvel été de poilades sensibles, dont on nous murmure qu’elles composeraient une suite plus dure que l'épisode précédent. Attention les yeux avec Nous finirons ensemble.

COMTE EN BANQUE

On n’y peut rien, parfois, on ressemble à ce qu’on est. Et dans le cas qui nous intéresse ici, la transparence du titre interpelle. D’aucuns s’étaient gaussés de la dimension masturbatoire de ces Petits Mouchoirs, gros bourgeois ivres d’eux-mêmes et désireux de laisser mourir loin d’eux un ami encombrant. Ceux-là auront bien du mal à retenir leur fou-rire devant l’affiche du nouveau Guillaume Canet, avec son parterre de « stars » éparpillées façon Avengers, de part et d’autre de ces quelques mots : Nous finirons ensemble.

On croirait l’intitulé d’une partie fine un peu honteuse, et à bien des égards, l’objet filmique façonné par Guillaume Canet n’a pas d’autres ambitions. Il sera en effet question d’une collection de salopards, peine-à-jouir soucieux de balancer enfin la purée, mais surtout de se finir ensemble.

Dès l’ouverture du récit, une effraction amicale qui se voudrait acide, tragi-comique et malaisante, le spectateur ne sait sur quel pied danser. Non pas que le cinéaste ait atteint ses objectifs en immortalisant une troupe de bourgeois « so french » dont il dit vouloir réaliser un portrait au vitriol, mais justement parce qu’il rate tout ce qu’il entreprend.

 

photo, François CluzetOn vous conseille d'entrer dans la salle dans le même état

 

SOUS LES PAVÉS DES HUÎTRES

On aura souvent glosé sur l’artificialité des Petits Mouchoirs, son ostréiculteur trop terroir pour être honnête, la cosmique bêtise de ses personnages la longueur déraisonnable de la playlist iPod du réalisateur, mais il demeure indiscutable que d’un strict point de vue technique, l’ensemble se tenait.

Les scènes humoristiques s’articulaient autour d’un tempo comique, Canet savait capturer un dialogue en sortant du champ-contrechamp, et sa gestion de l’espace faisait souvent preuve d’une certaine élégance.

 

photo, François CluzetFrançois Cluzet et un tuyau d'arrosage

 

Mystérieusement, toutes ces qualités ont ici disparu, remplacées par un montage atone et une photo baveuse. Le premier effet, c’est le sentiment d’aplat qui s’abat sur le récit, les innombrables péripéties qui le parsèment échouant à trouver une dynamique, une saveur, alors que les séquences les plus anodines se muent en indigeste pâté de répliques arythmiques. Le constat est encore plus alarmant avec les nombreuses scènes « dramatiques », ou « kidénonse », poussant le film entre l’auto-parodie et la gueule de bois pure.

Comme absent à lui-même, Canet ne peut gérer sa note d’intention funambule, à savoir l’importance du collectif quand on est une sacrée bande de connards. Pire, malgré la dimension chorale de son histoire, le métrage semble hanté par un unique point de vue : celui du mâle blanc rotant son rosé entre deux massages prostatiques.

Un angle qui domine rapidement tous ceux qu'appelait pourtant ce récit à plusieurs voix, et qui pousse le film dans une improbable relâche, laquelle tue dans l'oeuf chaque embryon de dramaturgie.

 

photo, Gilles Lellouche Gilles Lellouche, avec des chaussures

 

FINITIONS MANUELLES

Nous finirons ensemble en vient ainsi à jouer contre lui-même, dressant une cartographie de la bourgeoisie française involontaire (ou à tout le moins bien plus glauque que le film ne l’entend initialement). Rien ne nous est épargné.

De la fascination absolue pour le pognon et la possession – qui vient légitimer toutes les ignominies du personnages interprété par Gilles Lellouche - en passant par la nécessité de ne jamais se priver de niquer des frangines, en passant par la légitimité de ne jamais prendre « non » pour une réponse valable quand il est question de copulation avinée, Nous finirons ensemble rend compte d’un certain état moral des « élites françaises", de l'entropie ravageant ses classes moyennes supérieures, beaufisées par leur propre sentiment de puissance.

 

photo, José Garcia José Garcia, avec un sourire

 

Ce n'est pas pour rien qu'on y rit autour d'une tentative de suicide ratée, qu'on écarte les inquiétudes matérielles de nos héros, ou que la principale problématique de l'intrigue (une histoire de banqueroute) se voit littéralement résolu à coup de méthode Coué.

Pendant ce temps, le pauvre José Garcia répand ses gamètes au hasard du décor, les protagonistes de cette histoire ont chevillé au corps ce principe que décortiquait implacablement François Bégaudeau dans L'Histoire de ta Bêtise : le bourgeois a chevillé au corps la connaissance (honteuse) de son statut, la conviction qu'il pourra s'affranchir des limites morales et matérielles qui limitent ses semblables. Dès lors, jamais un problème ne peut entraver la bande à Marion Cotillard et Laurent Lafitte, tous gazeux, la matérialité n'ayant de prise sur aucun d'eux.

Pourtant, ce produit où on victimise systématiquement le besogneux, le simple, la « grosse », pour finir par asséner des clichés incroyablement malaisants sur l’homosexualité, a peut-être une vertu cachée. Dans quelques années, quand on se demandera comment la société française a pu se fracturer au point d’opposer des Gilets Jaunes asphyxiés par un régime endogame, ce film éblouira. Il rappellera avec éclat l’incurie et l’obscénité de son époque, et plus particulièrement de ceux qui croyaient qu’ils auraient encore le temps de se finir ensemble.

 

Affiche

Résumé

La suite des Petits Mouchoirs voudrait croquer des personnages attachants car imparfaits, mais sa mise en scène déficiente transforme Nous finirons ensemble en pensum bourgeois et daté. Il suffira de projeter le film à un contingent solide de Gilets Jaunes un samedi matin pour en finir avec la Macronie avant l'apéro.

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Lecteurs

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commentaires
cepheide
01/10/2019 à 07:55

Dommage de être pollué par ses propres convictions politiques pour analyser un film.

Cinecitta
11/09/2019 à 16:31

Merci pour le mordant et la pertinence de cette critique. Celle-ci (et non le film) est un pur chef d’œuvre. Je suis absolument d'accord avec votre lecture socio-politique du "boboisme" plus plus. Il y a en effet matière à analyse pour les ethnologues, les sociologues. Ces acteurs (ce mot est inapproprié pour José Garcia), imbus d'eux-même sont en effet représentatifs de cette caste beaufisée par l'argent, qui ne brille ni par son inventivité, ni son génie. Elle surnage grâce à l’extraordinaire nivellement par le bas auquel nous assistons depuis plusieurs décennies. Cet appauvrissement intellectuel des masses, donne à ces bourgeois l'impression de briller, alors qu'ils se complaisent dans la médiocrité intellectuelle. Le plus grave c'est la complicité dont ils bénéficient au sein des rédactions, normalement chargées d'éclairer les lecteurs. Le niveau de connivence auquel nous assistons est à vomir. Cela discrédite toute critique, car les gens ne sont plus dupes. Le dernier Tarantino en est un bel exemple. Je n'ai lu que des critiques dithyrambiques, alors que j'ai quitté la salle au bout d'une heure. Bonjour tristesse

robespier
04/09/2019 à 23:46

rien à redire, si ce n'est qu'avec une critique pareille, Ils vont l'avoir leur terreur....

Dubowski
04/09/2019 à 11:47

J'ai aimé lire votre critique: drôle, bien sentie, politique... pour ma part, j'ai été attéré par la nullité formelle de cette bouse: aucune intrigue nulle part, aucun enjeu.
Tout semble se passer dans une zone blanche et neutre, une sorte de matrice où naitraient des personnages évanescents, sans réel passé ni futur, sans réels affects. Un empilage de mini-intrigues aussi vite résolues qu'elles apparaissent.
Les dialogues sont d'une nullité confondante. Les acteurs en surjeu permanent, même François Cluzet m'a paru par moments insupportable.
Les soi-disant gags sont consternants (machin-chose suspendu à son piquet à huitre, tellement nul comme scène que j'ai eu honte). Réalisation de téléfilm fauché.

E G S
01/06/2019 à 09:15

Critique débile qui se veut percutante, comme s'il suffisait de vitupérer contre les bourgeois et d'en appeler à leur liquidation par les gilets jaunes pour éclairer le lecteur.

vavache
10/05/2019 à 10:02

Cette critique est un chef d'oeuvre, j'approuve en tous points. Je suis partie avant la fin.

gpf
10/05/2019 à 07:03

Au diable toutes ces remarques négatives, j ai passé un excellent moment avec une bande de potes ou on peut se retrouver facilement .....drôle, émouvant, tout est la.
C est la vie quoi!!!!

Claude Sautet
09/05/2019 à 15:58

Nul, à en mourir. Je suis partie avant la fin.

neith
08/05/2019 à 20:05

Très bon film jeux d acteurs admirables beaucoup de messages sur l amitié merci aux acteurs et à monsieur Canet pour ce très bon film

jackie
08/05/2019 à 10:35

Je n'ai pas vraiment aimé ce film et je n'ai pas ri non plus ( sauf dans quelques séquences avec Valérie Bruneton ) !! une bande de bobos parisiens et nantis se retrouvent dans une superbe villa loué par l'un d'eux ! l'argent est au rendez-vous ( bateaux .... saut en parachute ..)!! langage assez "cru" et vulgaire en début de film avec cigarettes et boissons au rendez-vous et Cluzet en fait presque trop ( je le préfère dans "en solitaire" par exemple) ! je n'ai ressenti aucune émotion sauf peut-être dans la dernière partie lors du sauvetage en mer ! les réflexions , sentiments sur la vie en général , manquent de profondeur et ne touchent pas vraiment le coeur ! je n'avais pas spécialement aimé les "petits mouchoirs" mais là ,dans le contexte social actuel, ce film m'a paru lourd et la traduction d'un monde qui en ignore complètement un autre ,celui d'une classe moyenne laborieuse à bout de souffle !

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