Nous finirons ensemble : critique Avengers Endogame

Simon Riaux | 27 mars 2022
Simon Riaux | 27 mars 2022

Nous finirons ensemble, ce soir à 21h05 sur W9.

Presque une décennie après le colossal succès des Petits MouchoirsGuillaume Canet retrouve sa galerie de personnages - incarnés par Marion CotillardGilles LelloucheLaurent LafitteFrançois CluzetValérie BonnetonBenoît Magimel et consorts - pour un nouvel été de poilades sensibles, dont on nous murmure qu’elles composeraient une suite plus dure que l'épisode précédent. Attention les yeux avec Nous finirons ensemble.

COMTE EN BANQUE

On n’y peut rien, parfois, on ressemble à ce qu’on est. Et dans le cas qui nous intéresse ici, la transparence du titre interpelle. D’aucuns s’étaient gaussés de la dimension masturbatoire de ces Petits Mouchoirs, gros bourgeois ivres d’eux-mêmes et désireux de laisser mourir loin d’eux un ami encombrant. Ceux-là auront bien du mal à retenir leur fou-rire devant l’affiche du nouveau Guillaume Canet, avec son parterre de « stars » éparpillées façon Avengers, de part et d’autre de ces quelques mots : Nous finirons ensemble.

On croirait l’intitulé d’une partie fine un peu honteuse, et à bien des égards, l’objet filmique façonné par Guillaume Canet n’a pas d’autres ambitions. Il sera en effet question d’une collection de salopards, peine-à-jouir soucieux de balancer enfin la purée, mais surtout de se finir ensemble.

Dès l’ouverture du récit, une effraction amicale qui se voudrait acide, tragi-comique et malaisante, le spectateur ne sait sur quel pied danser. Non pas que le cinéaste ait atteint ses objectifs en immortalisant une troupe de bourgeois « so french » dont il dit vouloir réaliser un portrait au vitriol, mais justement parce qu’il rate tout ce qu’il entreprend.

 

photo, François CluzetOn vous conseille d'entrer dans la salle dans le même état

 

SOUS LES PAVÉS DES HUÎTRES

On aura souvent glosé sur l’artificialité des Petits Mouchoirs, son ostréiculteur trop terroir pour être honnête, la cosmique bêtise de ses personnages la longueur déraisonnable de la playlist iPod du réalisateur, mais il demeure indiscutable que d’un strict point de vue technique, l’ensemble se tenait.

Les scènes humoristiques s’articulaient autour d’un tempo comique, Canet savait capturer un dialogue en sortant du champ-contrechamp, et sa gestion de l’espace faisait souvent preuve d’une certaine élégance.

 

photo, François CluzetFrançois Cluzet et un tuyau d'arrosage

 

Mystérieusement, toutes ces qualités ont ici disparu, remplacées par un montage atone et une photo baveuse. Le premier effet, c’est le sentiment d’aplat qui s’abat sur le récit, les innombrables péripéties qui le parsèment échouant à trouver une dynamique, une saveur, alors que les séquences les plus anodines se muent en indigeste pâté de répliques arythmiques. Le constat est encore plus alarmant avec les nombreuses scènes « dramatiques », ou « kidénonse », poussant le film entre l’autoparodie et la gueule de bois pure.

Comme absent à lui-même, Canet ne peut gérer sa note d’intention funambule, à savoir l’importance du collectif quand on est une sacrée bande de connards. Pire, malgré la dimension chorale de son histoire, le métrage semble hanté par un unique point de vue : celui du mâle blanc rotant son rosé entre deux massages prostatiques.

Un angle qui domine rapidement tous ceux qu'appelait pourtant ce récit à plusieurs voix, et qui pousse le film dans une improbable relâche, laquelle tue dans l'oeuf chaque embryon de dramaturgie.

 

photo, Gilles Lellouche Gilles Lellouche, avec des chaussures

 

FINITIONS MANUELLES

Nous finirons ensemble en vient ainsi à jouer contre lui-même, dressant une cartographie de la bourgeoisie française involontaire (ou à tout le moins bien plus glauque que le film ne l’entend initialement). Rien ne nous est épargné.

De la fascination absolue pour le pognon et la possession – qui vient légitimer toutes les ignominies du personnage interprété par Gilles Lellouche - en passant par la nécessité de ne jamais se priver de niquer des frangines, en passant par la légitimité de ne jamais prendre « non » pour une réponse valable quand il est question de copulation avinée, Nous finirons ensemble rend compte d’un certain état moral des « élites françaises", de l'entropie ravageant ses classes moyennes supérieures, beaufisées par leur propre sentiment de puissance.

Ce n'est pas pour rien qu'on y rit autour d'une tentative de suicide ratée, qu'on écarte les inquiétudes matérielles de nos héros, ou que la principale problématique de l'intrigue (une histoire de banqueroute) se voit littéralement résolue à coup de méthode Coué.

 

photo, José Garcia José Garcia, avec un sourire

 

Pendant ce temps, le pauvre José Garcia répand ses gamètes au hasard du décor, les protagonistes de cette histoire ont chevillé au corps ce principe que décortiquait implacablement François Bégaudeau dans L'Histoire de ta Bêtise : le bourgeois a chevillé au corps la connaissance (honteuse) de son statut, la conviction qu'il pourra s'affranchir des limites morales et matérielles qui limitent ses semblables. Dès lors, jamais un problème ne peut entraver la bande à Marion Cotillard et Laurent Lafitte, tous gazeux, la matérialité n'ayant de prise sur aucun d'eux.

Pourtant, ce produit où on victimise systématiquement le besogneux, le simple, la « grosse », pour finir par asséner des clichés incroyablement malaisants sur l’homosexualité, a peut-être une vertu cachée. Dans quelques années, quand on se demandera comment la société française a pu se fracturer au point d’opposer des Gilets Jaunes asphyxiés par un régime endogame, ce film éblouira. Il rappellera avec éclat l’incurie et l’obscénité de son époque, et plus particulièrement de ceux qui croyaient qu’ils auraient encore le temps de se finir ensemble.

 

Affiche

Résumé

Nous finirons ensemble veut croquer des personnages attachants car imparfaits, mais sa mise en scène déficiente le transforme en pensum bourgeois et daté. Il suffira de projeter le film à un contingent solide de Gilets Jaunes un samedi matin pour en finir avec la Macronie avant l'apéro.

Autre avis Alexandre Janowiak
Guillaume Canet et sa clique finiront peut-être ensemble, mais sans cinéma et sans nous.
Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.

Lecteurs

(3.2)

Votre note ?

commentaires
Neji
29/03/2022 à 01:17

Moi ils ont fini par me les briser depuis bien longtemps cette suite et affligeante.

Tout en restant le plus factuel possible ce n'est plus du cinéma mais du téléfilm.
Alors oui c'est un bon petit téléfilm pour l'EHPAD avant la sieste de 16h.

Bipbip
28/03/2022 à 15:35

Rien qu'en supprimant le personnage de Laurent Lafitte, le film gagnerait en qualité. En deux films sont personnage est passé de gentil relou à inutile et caricatural.
Et en même temps, sans être aussi virulent que la critique, il faut bien reconnaitre que le film est raté. Autant, j'ai aimé les Petits mouchoirs, autant celui-là est mal foutu, mal écrit.
On pouvait s'attacher à l'acteur un peu raté et dragueur, au gars qui découvre son homosexualité, au gars qui veut a tellement voulu réussir qu'il est devenu désagréable.
là, c'est les illusions perdues sans l'émotion et le côté attachant. Valérie Bonneton n'est pas assez présente et José Garcia ne sert à rien.
Pourtant l'idée est très bonne de voir l'évolution des liens d'amitié dans le temps qui se tendent et se distendent, mais c'est mal fait...

youl
28/03/2022 à 09:22

Il est clair que Mr Riaux ne votera pas Macron lol.
Qq'un qui cite Bégaudeau pour casser du bourgeois, je prend !
G.Canet est l'archétype du sécessionniste bourgeois qui plane au dessus du monde. N'oublions pas, il y a qq années monsieur nous a fait un burnout parcequ'il travaillait trop et qu'il était perfectionniste, donc il est forcément méritant lol

Morcar
28/03/2022 à 09:21

Personnellement, j'ai beaucoup aimé ce film, comme le premier, à tel point d'avoir acheté le boitier avec les deux BluRay. Je sais que certains l'ont moins aimé que le premier, et je peux le comprendre, mais de là à le casser comme le fait Simon, je trouve que c'est quand même un peu dur.
Les personnages ont évolué de manière cohérente par rapport au premier volet, leur écriture est juste, leur interprétation est faite avec sincérité, et la mise en scène est réussie. C'est typiquement le film de potes/bandes auquel on accroche ou pas. Mais ne pas accrocher est une chose, le descendre comme ici...

Bourge de là !
27/03/2022 à 20:30

Simon Riaux ne voit pas la même bourgeoisie que moi ! Ahahaha

Bipbip
13/10/2021 à 14:43

Clairement le film est moins bien que Les petits mouchoirs, mais, et je constate que je ne suis pas le seul, la critique est d'une violence qui n'en a aucune nécessité. Son auteur s'est fait plaisir à défoncer un film alors que j'ai lu des critiques d'autres films ou séries qui ont eu le droit à une grande indulgence.
Du coup, comme c'est toujours le cas lorsqu'on est dans l'excès, on passe à côté des vrais problèmes du films: cette volonté d'osciller entre des choses graves et le guignolesque représenté par le personnage de Laurent Laffite qui devient caricature.
Non, l'auteur de la critique préfère parler bourgeoisie et gilet jaune. Bref, faire du hors sujet

Simon Riaux - Rédaction
13/10/2021 à 13:49

@In the book for love

Evidemment pas, les oeuvres que vous citez n'étant plus l'objet de publications critiques depuis bien longtemps, mais d'analyses, de discussions, de mises en perspective historique. Ce qui est nécessaire, noble et tout ce qu'on veut, mais assez éloigné d'une pratique critique.

Evidemment pas, puisque les oeuvres que vous citez, le cycle Arthurien étant un assez bon exemple, sont plusieurs fois tombées en désuétude, pour être redécouvertes. Même ces grands totems connaissent une appréciation changeante, et parfois chutent. Chapelin et Voltaire en sont des exemples frappants. Le premier a été célébré des siècles durant comme le plus grand dramaturge français, le second étudié pour ses pièces en vers, pendant plusieurs siècles également. Le premier a pour ainsi dire totalement disparu, le second est désormais vénéré pour ses contes philosophiques (longtemps méprisés) quand son théâtre est aujourd'hui considéré comme quantité négligeable.
A nouveau, point de permanence, et nulle objectivité.

Si une critique objective devait être une réalité qui mérite qu'on s'y attarde sur la base de ce type de piliers culturels, elle en concernerait si peu qu'il n'y aurait pour ainsi dire, pas d'exercice critique. Ou encore une fois, à ne l'envisager que sous l'angle d'une forme de curation muséifiée de la culture. Soit la mort cérébrale de la dite culture.

In the book for love
13/10/2021 à 13:36

@Simon Riaux
Toujours pas d’accord
La lecture de l’appareil critique (dans la Pléiade sorry je suis bourgeois) de Kessel (aucun rapport avec le raid de Han Solo), Shakespeare, ou encore plus loin de nous du Cycle du roi Arthur; permet de se rendre compte que le temps passant l’œuvre devient un chef d’œuvre pour des raisons objectives décrites dans ces introductions et que sans méconnaître les défauts , les qualités l’emportent et que le recul ne rend le constat que plus aveuglant
Les mêmes conclusions s’appliquent évidemment à la musique au cinéma etc.

BZH Punisher
13/10/2021 à 13:03

La critique du film est vraiment affligeante...
La notation film est ridicule...
Ecranlarge perd en crédibilité avec ce genre de critique...

Simon Riaux - Rédaction
13/10/2021 à 12:06

@Top ten

La valeur d'une "critique" qui émanerait du consensus général serait pratiquement nulle. Enregistrer le consensus n'étant ni un exercice critique, ni un exercice en soi (jusqu'à preuve du contraire, si ce consensus existe, alors il n'y a aucune forme d'intérêt ou de valeur ajoutée à en produire une captation molle).

Ensuite, une somme de sensibilités, fussent-elles enregistrées objectivement, n'a rien d'objectif. C'est un amas de subjectivités. Concordantes, mais objectives en rien.

De même, les fameux consensus dont vous parlez sont infiniment limités dans le temps et l'espace, ce qui accentue encore la stérilité de l'entreprise.

Pour prendre une pratique sur laquelle on a un chouïa plus de recul que le cinéma, à savoir la littérature, votre démonstration vole instantanément en éclats. En un siècle, non seulement les "classiques" ont changé du tout au tout, mais aussi l'angle selon lesquels ils sont perçus.

Bref, la critique objective, ou neutre ou impartiale, c'est un miroir aux alouettes et un pur mirage théorique.

Plus
votre commentaire