Alita : Battle Angel - critique Panzer Kunst

Simon Riaux | 1 février 2019 - MAJ : 16/06/2019 11:39
Simon Riaux | 1 février 2019 - MAJ : 16/06/2019 11:39

Après une gestation homérique, le manga Gunnm de Yukito Kishiro est devenu le blockbuster Alita : Battle Angel, couvé par James Cameron et assisté dans son éclosion par Robert Rodriguez, avec en tête d'affiche Rosa SalazarChristoph WaltzJennifer ConnellyEd SkreinMahershala Ali et Keean Johnson. Première super-production de 2019, le film de science-fiction peut-il s'imposer comme l'ouverture d'une nouvelle franchise de premier plan à Hollywood ?

GHOST IN THE GUNNM

Voilà un projet éminemment casse-gueule. La fraîcheur de l'accueil (public et critique) réservé au récent Ghost in the Shell a rappelé combien il demeurait complexe de transposer de grandes oeuvres japonaises dans la lessiveuse hollywoodienne. Déjà en 2012, le four John Carter avait prouvé combien revenir à une création matricielle, pillée par la pop culture pendant des décennies, était risqué. Le film d'Andrew Stanton était passé pour vieillot, quand il adaptait avec respect une saga littéraire dont l'ADN avait notamment essaimé du côté de Star Wars.

Et sur le papier, c'est bien ce genre de simplification et de paradoxes artistico-temporels qui menaçaient Alita : Battle Angel. Greffe culturelle délicate, menacée d'anachronisme, que ses années de development hell pourraient avoir vidée de sa substance, l'aventure qui nous attend n'est pas sans risques.

Or, c'est justement là que la présence derrière la caméra de Robert Rodriguez, fumiste notoire plus connu pour s'adosser à de glorieux concepts que pour les transcender, fait mouche. Tout d'abord, parce qu'il transvase l'univers cyberpunk chimiquement pur du manga de Yukito Kishiro dans un décor hybride, aux airs de "barrio" multicolore. Entre Mexique et cybernétique tokyoïte, le monde de Gunnm échappe au piège du sentiment de déjà vu, et peut épouser parfaitement les affects de son héroïne Gally/Alita, qui s'éveille au monde avec appétit et innocence.

 

photo, Rosa SalazarUne cité dominée par la poussière et le métal

 

Fort d'une direction artistique somptueuse, qui marie avec opulence décors physiques et incrustations vertigineuses, le blockbuster s'ouvre ainsi sur l'éveil d'une protagoniste idéalement incarnée par Rosa Salazar, dont les immenses yeux font bien sûr écho à son aînée de papier. Et cet alignement des planètes permet au récit de nous ramener progressivement vers la noirceur et les ténèbres du matériaux original, dans un pas de deux entre Rodriguez et Cameron très bien tenu esthétiquement.

Car c'est là l'impeccable réussite d'Alita : Battle Angel, à savoir une alliance de candeur et de brutalité cinétique et cinégénique. Alors que s'emballe le scénario, multipliant jusqu'à l'ivresse les joutes, démembrements sauvages et combats ultra-violents, c'est bien son humanité qu'Alita porte haut. Dans une cité cauchemardesque, où la frontière entre vie et machine s'estompe toujours un peu plus, c'est paradoxalement en se reconnectant à son moi de machine que l'héroïne peut saisir son humanité.

Cette équation au coeur de Gunnm se retrouve préservée dans le blockbuster. Soutenu par les équipes de James Cameron, le réalisateur de Planète Terreur se fait une joie de citer et reproduire les cases emblématiques du manga. Heureusement, le réalisateur a nettement progressé depuis le rigide Sin City, et dose intelligemment citation, inspiration et reprise, tout en y injectant ici et là de grosses doses de série B (on pense notamment au sort d'un personnage secondaire digne d'un bon vieux Roger Corman des familles).

 

photo, Rosa Salazar, James Cameron, Robert RodriguezT'as de gros yeux tu sais

 

WAY OF THE GUNNM

Le film s'impose par conséquent comme un blockbuster d'une richesse extrême, dont la moindre image est saturée d'accessoires, de couleurs, de perspectives et de détails relevant d'un perfectionnisme invraisemblable. Ce tourbillon esthétique s'énerve durant la dernière heure du métrage, qui enfile les morceaux de bravoure et séquences d'action avec une énergie qui évoque très justement les bouffées d'adrénalines provoquées par la lecture de l'oeuvre originale, émaillée de joutes à rallonge jubilatoires.

Ainsi, le spectateur se retrouve régulièrement à genoux durant le dernier acte, quand chaque baston se révèle plus ample, sèche, violente que la précédente, et qu'il craint à chaque hémorragie massive d'un androïde de voir le générique débuter à la manière d'une sanction. À l'heure des photocopies d'univers franchisés au douceâtre parfum de savon, on n'avait pas ressenti pareil engagement physique et romanesque au sein d'une super-production depuis trop longtemps.

Ainsi, il faut voir la caméra embrasser le corps brûlant de rage d'Alita, alors qu'elle se fraie un chemin sanguinolent à travers une déchiqueteuse, avant de s'élancer sur la piste du motorball. Et il faut vivre le climax émotionnel aussi épuré que romantique aux abords de Zalem, afin de saisir toute l'ampleur du projet.

 

photo, Rosa Salazar Alita vs Zapan, la rencontre tant attendue

 

GROSDRIGUEZ

Malheureusement, cette furie digne d'une grosse montée de Panzer Kunst se paie au prix fort. Pour un enchaînement stroboscopique de délires bio-mécaniques, il faut d'abord en passer par une exposition longuette, aussi épaisse qu'une mayonnaise au cheddar, où Rodriguez rappelle qu'il a bien du mal à sortir de la pure logique d'illustration.

Pendant près d'une demi-heure, et en dépit d'une luxuriance de décors et d'ambiance roborative, il confie son héroïne aux bons soins du docteur Waltz, qui n'a pas grand-chose d'autre à faire que de sourire mollement en récitant la notice Wikipedia dédiée au lore de Gunnm.

 

photo, Christoph Waltz Papa Waltz est là pour vous tenir la main 

 

En résulte une amorce souvent fade et parfois d'une grande lourdeur, où on peine à trouver la trace d'un auteur, d'un point de vue. Cette mollesse introductive se marie en outre au désir de faire entrer au forceps plusieurs arcs narratifs du manga, afin de s'assurer que le film offre une photographie la plus ample possible de cet univers. C'est grâce à cette boulimie que la dernière heure peut nous offrir un incroyable feu d'artifice, mais sa mise en place s'avère parfois dangereusement linéaire et maladroite.

Au final Alita : Battle Angel n'est jamais le blasphème redouté, mais n'est pas non plus l'adaptation de James Cameron longtemps fantasmée. Il faudra se contenter de cette proposition, imparfaite mais régulièrement euphorisante, qui fait du film un blockbuster respectueux et à la générosité débordante. Une sorte de visite accélérée d'un des chef d'oeuvres du cyberpunk, emmenée par un guide pas toujours très fin, mais empli d'amour pour sa mission.

 

Affiche française

Résumé

Blockbuster esthétiquement ambitieux et violemment épique, Alita : Battle Angel est un bel hommage à l'âge d'or du cyberpunk, qui se perd parfois en bavardages indigestes.

Autre avis Christophe Foltzer
C'est joli mais c'est long. L'histoire est respectée et les trahisons intelligentes. Mais le film manque énormément de personnalité et se plie trop aux contingences d'une future franchise pour vraiment se démarquer et trouver son identité.

commentaires

prof west
14/07/2019 à 13:41

Perso pas accroché je préfère le japanimé , c'est beau parfois , mais c'est vraiment sans ame et d'un froid glaciale .

Rimk
11/07/2019 à 22:07

Alors désolé j'ai jamais lu le manga mais le film il déchire ! En espérant la suite

Cleym10#7943
20/03/2019 à 23:05

Jai sur-kiffe les effets speciaux.
Lhistoire globalement bien retrancrite.
On retrouve bien emotionnellement ce que gally ressent.
Vu la richesse du Manga il ont reussi leur defi.
Jespere quil y aura un deuxieme.

Chonrei
09/03/2019 à 23:20

Une magnifique adaptation du manga. Gally, Zapan, Makaku et les autres sont parfaits ! Le réalisateur a pris certaines libertés avec le manga comme une violence atténuée, le Panzer Kunst modifié, ce n'est plus Makaku qui vole le Cutter mais Hugo,... Mais le résultat final est magnifique !

Ludwig Van
03/03/2019 à 08:59

Vu hier soir. J'ai vécu un cauchemar tellement c'était nul.
Pareil que pour Ready Player One : un film impeccable au niveau technique ne fait pas un bon film.
Aucun enjeu, aucune tension dramatique, acteurs sous exploités, dialogues ridicules, direction artistique qui va du mouais à la gerbe et musique oubliable.
Pour faire cours Alita est un très mauvais blockbuster (on est à des années lumières d'un Mad Max Fury Road par exemple), et on est plus en presence sur ce film du Robert Rodriguez de l'affreux Machete 2 que de Desperado.

Ah et j'oubliais: les phases de motorball sont bien plus impressionnantes et violentes dans le Rollerball original de 1975 que dans ce film à plus de 170 millions de dollars. Échec total.

triste
27/02/2019 à 02:19

@ Hasgarn j'ai pas vu Pocahontas, mais il est claire que avatar est une grosse copie de danse avec les loups en 3D

triste
27/02/2019 à 02:04

triste 30 ans d'attente, pour ne pas voir du panzer kunst, un corp de berserker sans ame sans placema, sans raisonnance electromagnétique, sans Verschlag, des gros méchant tout petit , un makaku ridicule, un desti nova qui dirige zalem et la décharge lui qui à quité zalem comme ido pour assouvir ça follie, les planche du motorball de la bd sont bien plus juissif que dans le film. dark angel était plus proche de l'univers

prometheus56
26/02/2019 à 16:24

Film vu hier en 2D. Difficile pour moi de faire court aujourd'hui étant donné que j'ai découvert le manga dès sa parution dans les années 90 (et que j'ai honteusement revendu il y a quelques années pour quelques dizaines d'euros, avant de le récupérer numériquement ouf). Gunnm fut pour moi une vraie claque visuelle et graphique, ultra violente, ultra dynamique, et terriblement addictive. Pendant des années, j'ai suivi avec impatience chaque tome, lisant et relisant inlassablement les volumes précédents pour ne pas en perdre le fil.
Découvrir aujourd'hui, en 2019, à l'âge de 43 ans, son adaptation hollywoodienne est donc un évènement très personnel pour moi (bien plus que ne l'était la découverte de l'adaptation de Ghost in the shell pour être honnête).
Bien évidemment, je me doutais que l'adaptation US ferait un certain nombre de concessions, mais j'avais aussi un peu l'espoir que Robert Rodrigues réussisse l'impossible. Pour preuve : les adaptations de Sin City qu'il a réalisé, mais aussi celles de 300 et de Watchmen par Snyder.
Au final, je suis donc inévitablement partagé. Visuellement, le film va de bof (les décors, les plans sur Zalem) à irréprochables (les corps de cybrog, le visage de Gally/Alita). Le casting est globalement honnête, au sens où les acteurs choisis ont un certain charisme, sans pour autant trop dépareiller des personnages issus du manga. Les scènes d'actions sont globalement bien fichues et relativement lisibles, avec une certaine fidélité à Gunnm.
En revanche, la réalisation n'a absolument aucune ampleur dans les scènes calmes et de transition (les flashbacks sont horriblement amenés...), c'est d'une platitude assommante. Niveau intrigue, que dire... : le film déballe un enchaînement de scènes et de personnages qui apparaissent et se croisent en un temps record, contraints par un format particulièrement casse gueule puisqu'il s'agit de faire tenir une très grande part de Gunnm (9 volumes, des milliers de pages) en moins de 2h. Pour preuve, le motorball qui a lui seul, pourrait faire l'objet d'un film entier sans problème et qui là, se trouve exposé et traité en 15 min à tout casser.
Pour autant, j'imagine que pour un non connaisseur, le divertissement et le spectacle sont au rdv. Mais à titre personnel, j'ai surtout vu un film aseptisé, propre sur lui et hyper raccourci et ne laissant qu'entrevoir que trop brièvement ce qu'un "vrai" film sur Gunnm aurait pu donner.
A présent, j'ai extrêmement peur des différents projets d'adaptation qui sont à l'étude depuis un bon moment aux US concernant Akira ou Macross pour ne citer qu'eux.
En conclusion : bien essayé... mais non !

Kaladar
25/02/2019 à 14:30

J'avoue que je suis plutôt dubitatif après lecture de cette critique. Le film n'a tout simplement pas comprit l'œuvre de base. Une bonne adaptation ne consiste pas à reproduire case par cas ou ligne par ligne, mais à saisir un esprit. On ne retrouve dans ce film rien de l'univers de Gumn, qui est avant tout une contre-utopie violente, pour ne pas dire cauchemardesque. On y marchande des organes et les habitants habitent littéralement dans une poubelle. C'est un endroit dans lequel personne ne voudrait vivre tant il n'offre ni perspective, ni espoir, ni rédemption, ni rien du tout au final. Le film est très lumineux, éclairé comme une ville d’Amérique latine ou les couleurs sont chaleureuses. On y trouve des beaux fruits et de magnifique tablette de chocolat, alors que des gamins peuvent s’amuser dans la rue à pratiquer leur sport préféré…

Les personnages sont tous aseptisés comme il se doit dans la grande lessiveuse hollywoodienne : Gally n’est qu’une adolescente transit, Yugo s’assagit et révèle son bon fond bien plat comme son physique de latin lover ultra lisse le laissait présager. Ido n’a pas de coté sombre il n’est qu’un bon papa qui projette sa pauvre fille décédée sur la petite cyborg… Je n’aborderai même pas le cas de Makaku.

Le rapport au corps dérangeant et malsain de Gumn est complètement évacué pour que le film puisse-t-être vu par le public familial perfusé aux productions disney/marvel.

Pour moi ce film est tout simplement symptomatique du cinéma grand publique actuel, conçu pour l’idée que l’on se fait de ce qui est supportable pour les 10-13 ans c’est-à-dire sans violence, sans vrai questionnement, sans message sur notre monde, sans rien d’autre que des SFX propres et des personnages ultra monolithiques. J’espère, mais je ne fais pas d’illusion, que l’on aura des films qui nous challengent et nous marquent, plutôt qu’une énième itération édulcorée d’une quête du héros vue et revue.

louloute
23/02/2019 à 15:11

j'ai trouvé ce film vraiment super, le décor est ouf, les effets spéciaux sont juste magnifique.
Alita est juste incroyable, je suis fan de son personnage. Elle est physiquement trop adorable et d'un autre cotés c'est une vraiment combattante. les combats sont fascinants a regarder.
Dommage que X est survécu la première fois et pas la deuxième.

j'espère sincèrement qu'il y aura une suite pour voir Alita monter a Salem et battre Nova !!!

Bref, j'ai trouvé se film incroyable !!

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