Alita : Battle Angel - critique Panzer Kunst

Simon Riaux | 1 février 2019 - MAJ : 20/10/2019 20:16
Simon Riaux | 1 février 2019 - MAJ : 20/10/2019 20:16

Après une gestation homérique, le manga Gunnm de Yukito Kishiro est devenu le blockbuster Alita : Battle Angel, couvé par James Cameron et assisté dans son éclosion par Robert Rodriguez, avec en tête d'affiche Rosa SalazarChristoph WaltzJennifer ConnellyEd SkreinMahershala Ali et Keean Johnson. Première super-production de 2019, le film de science-fiction peut-il s'imposer comme l'ouverture d'une nouvelle franchise de premier plan à Hollywood ?

GHOST IN THE GUNNM

Voilà un projet éminemment casse-gueule. La fraîcheur de l'accueil (public et critique) réservé au récent Ghost in the Shell a rappelé combien il demeurait complexe de transposer de grandes oeuvres japonaises dans la lessiveuse hollywoodienne. Déjà en 2012, le four John Carter avait prouvé combien revenir à une création matricielle, pillée par la pop culture pendant des décennies, était risqué. Le film d'Andrew Stanton était passé pour vieillot, quand il adaptait avec respect une saga littéraire dont l'ADN avait notamment essaimé du côté de Star Wars.

Et sur le papier, c'est bien ce genre de simplification et de paradoxes artistico-temporels qui menaçaient Alita : Battle Angel. Greffe culturelle délicate, menacée d'anachronisme, que ses années de development hell pourraient avoir vidée de sa substance, l'aventure qui nous attend n'est pas sans risques.

Or, c'est justement là que la présence derrière la caméra de Robert Rodriguez, fumiste notoire plus connu pour s'adosser à de glorieux concepts que pour les transcender, fait mouche. Tout d'abord, parce qu'il transvase l'univers cyberpunk chimiquement pur du manga de Yukito Kishiro dans un décor hybride, aux airs de "barrio" multicolore. Entre Mexique et cybernétique tokyoïte, le monde de Gunnm échappe au piège du sentiment de déjà vu, et peut épouser parfaitement les affects de son héroïne Gally/Alita, qui s'éveille au monde avec appétit et innocence.

 

photo, Rosa SalazarUne cité dominée par la poussière et le métal

 

Fort d'une direction artistique somptueuse, qui marie avec opulence décors physiques et incrustations vertigineuses, le blockbuster s'ouvre ainsi sur l'éveil d'une protagoniste idéalement incarnée par Rosa Salazar, dont les immenses yeux font bien sûr écho à son aînée de papier. Et cet alignement des planètes permet au récit de nous ramener progressivement vers la noirceur et les ténèbres du matériaux original, dans un pas de deux entre Rodriguez et Cameron très bien tenu esthétiquement.

Car c'est là l'impeccable réussite d'Alita : Battle Angel, à savoir une alliance de candeur et de brutalité cinétique et cinégénique. Alors que s'emballe le scénario, multipliant jusqu'à l'ivresse les joutes, démembrements sauvages et combats ultra-violents, c'est bien son humanité qu'Alita porte haut. Dans une cité cauchemardesque, où la frontière entre vie et machine s'estompe toujours un peu plus, c'est paradoxalement en se reconnectant à son moi de machine que l'héroïne peut saisir son humanité.

Cette équation au coeur de Gunnm se retrouve préservée dans le blockbuster. Soutenu par les équipes de James Cameron, le réalisateur de Planète Terreur se fait une joie de citer et reproduire les cases emblématiques du manga. Heureusement, le réalisateur a nettement progressé depuis le rigide Sin City, et dose intelligemment citation, inspiration et reprise, tout en y injectant ici et là de grosses doses de série B (on pense notamment au sort d'un personnage secondaire digne d'un bon vieux Roger Corman des familles).

 

photo, Rosa Salazar, James Cameron, Robert RodriguezT'as de gros yeux tu sais

 

WAY OF THE GUNNM

Le film s'impose par conséquent comme un blockbuster d'une richesse extrême, dont la moindre image est saturée d'accessoires, de couleurs, de perspectives et de détails relevant d'un perfectionnisme invraisemblable. Ce tourbillon esthétique s'énerve durant la dernière heure du métrage, qui enfile les morceaux de bravoure et séquences d'action avec une énergie qui évoque très justement les bouffées d'adrénalines provoquées par la lecture de l'oeuvre originale, émaillée de joutes à rallonge jubilatoires.

Ainsi, le spectateur se retrouve régulièrement à genoux durant le dernier acte, quand chaque baston se révèle plus ample, sèche, violente que la précédente, et qu'il craint à chaque hémorragie massive d'un androïde de voir le générique débuter à la manière d'une sanction. À l'heure des photocopies d'univers franchisés au douceâtre parfum de savon, on n'avait pas ressenti pareil engagement physique et romanesque au sein d'une super-production depuis trop longtemps.

Ainsi, il faut voir la caméra embrasser le corps brûlant de rage d'Alita, alors qu'elle se fraie un chemin sanguinolent à travers une déchiqueteuse, avant de s'élancer sur la piste du motorball. Et il faut vivre le climax émotionnel aussi épuré que romantique aux abords de Zalem, afin de saisir toute l'ampleur du projet.

 

photo, Rosa Salazar Alita vs Zapan, la rencontre tant attendue

 

GROSDRIGUEZ

Malheureusement, cette furie digne d'une grosse montée de Panzer Kunst se paie au prix fort. Pour un enchaînement stroboscopique de délires bio-mécaniques, il faut d'abord en passer par une exposition longuette, aussi épaisse qu'une mayonnaise au cheddar, où Rodriguez rappelle qu'il a bien du mal à sortir de la pure logique d'illustration.

Pendant près d'une demi-heure, et en dépit d'une luxuriance de décors et d'ambiance roborative, il confie son héroïne aux bons soins du docteur Waltz, qui n'a pas grand-chose d'autre à faire que de sourire mollement en récitant la notice Wikipedia dédiée au lore de Gunnm.

 

photo, Christoph Waltz Papa Waltz est là pour vous tenir la main 

 

En résulte une amorce souvent fade et parfois d'une grande lourdeur, où on peine à trouver la trace d'un auteur, d'un point de vue. Cette mollesse introductive se marie en outre au désir de faire entrer au forceps plusieurs arcs narratifs du manga, afin de s'assurer que le film offre une photographie la plus ample possible de cet univers. C'est grâce à cette boulimie que la dernière heure peut nous offrir un incroyable feu d'artifice, mais sa mise en place s'avère parfois dangereusement linéaire et maladroite.

Au final Alita : Battle Angel n'est jamais le blasphème redouté, mais n'est pas non plus l'adaptation de James Cameron longtemps fantasmée. Il faudra se contenter de cette proposition, imparfaite mais régulièrement euphorisante, qui fait du film un blockbuster respectueux et à la générosité débordante. Une sorte de visite accélérée d'un des chef d'oeuvres du cyberpunk, emmenée par un guide pas toujours très fin, mais empli d'amour pour sa mission.

 

Affiche française

Résumé

Blockbuster esthétiquement ambitieux et violemment épique, Alita : Battle Angel est un bel hommage à l'âge d'or du cyberpunk, qui se perd parfois en bavardages indigestes.

Autre avis Christophe Foltzer
C'est joli mais c'est long. L'histoire est respectée et les trahisons intelligentes. Mais le film manque énormément de personnalité et se plie trop aux contingences d'une future franchise pour vraiment se démarquer et trouver son identité.
Autre avis Geoffrey Crété
Alita : Battle Angel est ambitieux, et lorsqu'il s'emballe, le film offre quelques belles sensations. Mais tout est plombé par une écriture sans finesse, qui casse toute émotion, freine les thématiques passionnantes, et empêche l'univers de prendre vie.

commentaires

Minearne
22/08/2019 à 17:52

C'est un film à grand spectacle, sans âme, un déballage d'effets spéciaux, c'est très bien fait, c'est beau, aussi plat que beau !
Le manga de base était intimiste, violent, sombre, il racontait une histoire, il venait chercher une émotion, il faisait réfléchir, makaku se battait pour exister, jashugan voulait vivre, zapan était simplement un gars qui voulait faire son taff, et gally cherchait sa place là dedans...
Bref Cameron et Rodriguez ont adaptés l'anime dégueulasse des années 90 au lieu de se baser sur le manga papier(les américains ne doivent pas aimer lire je suppose) la preuve, le retour du docteur shiren et makaku qui redevient gourioushika... Bref encore une fois ce film est un showroom d'effets spéciaux sans aucune portée artistique et une déception absolue. Engager des scénaristes compétants pour les adaptations ne seraient pas un luxe...

Lui-même
21/08/2019 à 01:12

J avais très peur en apprenant qu un film sur gunmm sortait. Encore plus peur quand j ai vu Cameron et Rodriguez. J ai vraiment pas accroché à avatar ( même si le type ne se résume pas à ça) et pour moi Rodriguez = 2nd degré complètement barré et donc loin de l esprit du manga.
Bah j ai adoré. D abord j ai grincé des dents par rapport aux libertés prises avec l histoire originale et ensuite j ai juste apprécié le spectacle.
Ça condense beaucoup mais ça se tient et paraît prometteur pour la suite si suite il y a.
Ça aurait pu durer au moins 30 min de plus histoire de développer un peu le motorball, creuser un peu la fin de yugo mais en même temps ils ont quand même eu droit à deux heures pour adapter un manga certes culte mais assez risqué pour le marché du blockbuster.
Quand je repense au désastre Babylon AD (adaptation de Babylon babies de dantec que si t as pas lu le bouquin tu comprends rien et que si tu l as lu t as juste envie de te sacrifier en mata t le film...) que kassovitz voulait faire depuis des années mais qui s est vu imposer un format 1h20 et vin diesel... Bref j en ai encore mal au bide pour lui.
Pour revenir à alita c est un bon film en lui même, bien dosé et qui en met plein la vue. Cerise sur le gâteau on sent en le voyant que Cameron est fan de gunmm car les entorses scenaristiques qu il fait au manga sont intelligentes et montrent qu il en a saisi les tenants et aboutissants.
J espère que Cameron fera du avatar 2 3 4 5 6... Bien rentable et aura l autorisation de Mickey pour faire une suite.

KEVIN DIOLES
29/07/2019 à 10:03

On passe un agréable moment dans ce futur .Beaucoup de créations dans la partie technique, une histoire qui vous attache aux personnages. De l'action aux effets spéciaux très bien géré. Bref, un film ou on ne s'ennuie pas. Pour tous les fans de cinéma, une production à ne pas manquer.MA NOTE: 9/10

David caron
27/07/2019 à 22:20

Je vient de le voir ciné chez moi je doit reconnaître que c'était bien sympathique dans l ensemble ainsi que les décor la petite histoire d amour en tout cas j'ai passé un petit moment agréable avec allita

prof west
14/07/2019 à 13:41

Perso pas accroché je préfère le japanimé , c'est beau parfois , mais c'est vraiment sans ame et d'un froid glaciale .

Rimk
11/07/2019 à 22:07

Alors désolé j'ai jamais lu le manga mais le film il déchire ! En espérant la suite

Cleym10#7943
20/03/2019 à 23:05

Jai sur-kiffe les effets speciaux.
Lhistoire globalement bien retrancrite.
On retrouve bien emotionnellement ce que gally ressent.
Vu la richesse du Manga il ont reussi leur defi.
Jespere quil y aura un deuxieme.

Chonrei
09/03/2019 à 23:20

Une magnifique adaptation du manga. Gally, Zapan, Makaku et les autres sont parfaits ! Le réalisateur a pris certaines libertés avec le manga comme une violence atténuée, le Panzer Kunst modifié, ce n'est plus Makaku qui vole le Cutter mais Hugo,... Mais le résultat final est magnifique !

Ludwig Van
03/03/2019 à 08:59

Vu hier soir. J'ai vécu un cauchemar tellement c'était nul.
Pareil que pour Ready Player One : un film impeccable au niveau technique ne fait pas un bon film.
Aucun enjeu, aucune tension dramatique, acteurs sous exploités, dialogues ridicules, direction artistique qui va du mouais à la gerbe et musique oubliable.
Pour faire cours Alita est un très mauvais blockbuster (on est à des années lumières d'un Mad Max Fury Road par exemple), et on est plus en presence sur ce film du Robert Rodriguez de l'affreux Machete 2 que de Desperado.

Ah et j'oubliais: les phases de motorball sont bien plus impressionnantes et violentes dans le Rollerball original de 1975 que dans ce film à plus de 170 millions de dollars. Échec total.

triste
27/02/2019 à 02:19

@ Hasgarn j'ai pas vu Pocahontas, mais il est claire que avatar est une grosse copie de danse avec les loups en 3D

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