Qu'est-ce qu'on a encore fait au bon Dieu ? : critique Benecon

Simon Riaux | 15 janvier 2019 - MAJ : 06/02/2020 14:40
Simon Riaux | 15 janvier 2019 - MAJ : 06/02/2020 14:40
Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ? a atomisé le box-office français. On ne s'étonnera donc pas qu'une suite est également été commise, histoire d'enfoncer avidement les doigts dans la plaie purulente tripotée par Philippe de Chauveron avec autant de réussite.

DE QUI SE MOQUE-T-ON ?

 
Difficile d'écrire sur Qu'est-ce qu'on a encore fait au bon Dieu ? sans tomber dans le piège qu'il tend à ceux qui entendent en rendre compte. Comme le colossal succès dont il est la suite, comme À bras ouverts, comme Le Grand Partage, comme Epouse-moi mon pote et beaucoup d'autres, le film se présente en comédie du vivre ensemble, une tentative d'égratigner une bien-pensance qui menacerait de nous étouffer collectivement. 
 
 

photoChristian Clavier et Chantal Lauby tentent un nouveau hold-up des consciences

 

De ce mensonge initial découle une rhétorique bien huilée, selon laquelle on soutiendrait le cinéma populaire, ou l'appréhenderait avec un mépris moralisateur. "Dieu merci", le métrage de Philippe de Chauveron ne peut maintenir totalement cette fallacieuse équation. Tout d'abord, parce qu'il est la suite de Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ? dont la domination au box-office rappelle qu'il est plus dans l'air du temps qu'au coeur d'un dispositif subversif, ensuite parce que son budget et son casting l'assoient comme un investissement sécure plutôt qu'un geste provocateur, et enfin, parce que ses nouvelles cibles dévoilent sa nature profonde.
 
 

photo, Chantal Lauby, Christian ClavierUne certaine idée du vivre-ensemble

 

Dans le premier opus, nous apprenions qu'il était temps de libérer la parole raciste, tout simplement parce que le racisme habitant tout un chacun, la mise en commun de ces pensées négatives était préférable à leur censure. On pouvait voir, assez malhonnêtement, dans l'équivalence de ces racismes, une équivalence des personnages en somme.
 
Mais Qu'est-ce qu'on a encore fait au bon Dieu ?, s'il réserve quantité de piques aux communautés présentes dans le premier volet, cible désormais avec gourmandise les homosexuels et les migrants. Une communauté dont les membres se suicident toujours plus que le reste de la population et des individus dont il faut se lever de bonne heure pour soutenir que la société oppresse qui que ce soit en les protégeant.
 
Ainsi apparaît progressivement la logique du film : dresser une cartographie de la France dont le premier et unique liant demeure le plaisir de moquer, d'avilir et d'humilier. On pouvait juger le festival de clichés du précédent chapitre salement cohérent mais trop sot pour être véritablement toxique. La hargne et le cynisme laissent désormais place à la nigauderie.
 
 

photo, Medi Sadoun, Ary Abittan, Frédéric Chau, Noom DiawaraUnited Colors of Bande de cons

 

CROÛTE A L'EGOUT

Égout idéologique, Qu'est-ce qu'on a encore fait au bon Dieu ? est-il une bonne comédie ? La réponse tient une nouvelle fois dans la nature de l'objet, qui fait son possible pour s'inscrire dans la charte esthétique publicitaire des chaînes historiques hexagonales.
 
L'ensemble est donc rythmé à la manière d'une enfilade de sketchs atones, sans doute plus divertissants qu'un lavement au débouche-évier, mais aussi nettement plus long. Visuellement, on admirera la capacité de l'image et du découpage à se tenir loin de toute forme de style.
Seul motif de satisfaction un peu perverse : après une première partie poussive et mécanique, Christian Clavier paraît s'animer. Une lueur inquiète au fond du regard, l'acteur renoue fugacement avec les envolées De Funesques qui l'ont fait connaître, comme si soudain, la putrescence du projet et la décomposition avancée des dialogues le laissaient seuls en charge du projet.
 
 

Affiche

Résumé

Croûte idéologique rance, Qu'est-ce qu'on a encore fait au bon dieu ? est le digne successeur de son prédécesseur. Une certaine idée de la comédie, une certaine idée de la France, une certaine idée de l'intelligence. Pas la nôtre en tout cas.

Lecteurs

(2.1)

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commentaires

Cinépolitologue
17/01/2020 à 02:02

Simon Riaux devrait se lancer en politique en fait.

Stroodge
15/01/2020 à 21:55

cepheide, tu as entièrement raison.

Cette manie de voir du racisme partout est insupportable et dangereuse

Strapontin
15/01/2020 à 20:12

Cette critique a mis le doigt sur quelque chose qui me mettait très mal à l’aise. J’apprécie, car je pense que si l’on veut se divertir il y a quand même le choix et la qualité dans le cinéma.

Pulsion73
15/01/2020 à 19:26

j'ai vu et plutôt apprécié le 1er au cinéma ( m'attendais-je à bien pire ?) et mon avis s'est détérioré à la seconde vision lors d'une diffusion tv, ça avait déjà mal vieillit. Je n'ai pas vu le 2e du coup, manque de motvation. ^^

laurette26
18/02/2019 à 16:01

Pourquoi cette diatribe ? c'est une comédie sympatique, qui cassent les clichés, je trouve cette critique très violente et note que vous donnez à ce film la même note qu'au film All Inclusive, c'est dire qu'on doit la prendre au sérieux !

cepheide
14/02/2019 à 18:43

Je pense mais me trompe peut etre que vous etes completement a coté de la plaque. C est pas parce qu on rit des homo qu'on les hait, et rire des "races" ne fait pas des gens des racistes, bien au contraire.
Pour evoluer professionnellement dans un milieu tres musulman et africain, je peux vous dire que ce film est reçu comme une bonne grosse poilade qui parle à beaucoup.
detendez vous que diable, le mal n'est pas dans cette bobine.

nardo
09/02/2019 à 08:59

j'ai vu le premier opus et la bande annonce du second ,ceux qui aiment la réedition de navets seront comblés par la vacuité et la prévisibilité du propos ...Faire rire n'est pas chose aisée la bande n'annonce rien de bon ,un ratage ,dérapage,naufrage ? revoyez plus tot les films de joel seria

Truffaut
04/02/2019 à 00:03

Quelle violence cette critique ! Ça fait peur ! On peut ne pas aimer ce film, mais on ne peut honnêtement pas l’accabler d’autant de défauts. La mise en scène est classique pour de la comédie mais l’ecriture est de qualité, il y a bcp de situations et de dialogues drôles rien de comparable avec Max Pécas, qui n’a d’ailleurs jamais connu un succès comparable. Ce film est le sixième plus gros succès de tous les temps en France, il a cartonné à l’étranger, a été adapté au théâtre dans plusieurs pays mais ça serait juste une grosse merde ! Un peu de modération relèverait le niveau de cette critique.

Truffaut
03/02/2019 à 23:19

Critique affligeante ! Haineuse ! Parlez de ce que vous aimez, plutôt que de cracher avec mépris sur une comédie qui a amusé des millions de gens. Je déteste les critiques prétendent détenir la vérité, ne laissent subsister aucun doute. Au final, je me demande juste si c’est pas de la jalousie envers le succès ! Comme disait Audiard les ratés ne te rateront pas ! Ou encore Truffaut, les critiques sont des cinéastes ratés !

tenia
02/02/2019 à 19:58

Ce qui est formidable avec les films comme ça, ce sont les commentaires qui reviennent inlassablement d'un film à l'autre : "on veut juste mettre son cerveau en off", "c'est sûr que c'est pas du cinéma d'auteur hongrois sous-titré en brésilien", et l'ultra-prévisible "c'est forcément bien et vous êtes forcément nul et méprisant puisqu'à ma séance, tout le monde rigolait tout le temps".

Et personne pour se souvenir que les navets de Max Pécas faisaient eux aussi des millions d'entrées en France, alors que c'était nul comme pas permis, et se contentent aujourd'hui de servir de fond de catalogue de 2e partie de soirée à RTL9.

Donc continuez comme ça les gens, ne changez surtout pas, comme ça, le cinéma français ne changera pas non plus, ça nous réussit tellement bien.

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