Slender Man : critique des yeux sans visage

Créé : 13 janvier 2019 - Geoffrey Crété

Post-production houleuse qui a vu le film remonté et charcuté selon la rumeur, succès remarquable au box-office américain, sortie annulée en France et arrivé directement en vidéo un peu partout ailleurs : Slender Man n'a pas eu une trajectoire classique. Tiré de la célèbre légende urbaine qui a notamment inspiré des jeux vidéo terrifiants, le film de Sylvain White avec Joey King vaut-il le détour ?

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UN CRI DANS LA NUIT

L'histoire derrière Slender Man est presque plus intéressante que le film lui-même. Conçu comme une parfaite opération vu la popularité du personnage monstrueux, il a été stoppé net avant sa sortie à cause de désaccords entre les producteurs et le distributeur Sony, à propos de la stratégie pour le vendre. Le débat autour d'une date de sortie qui aurait tenté de jouer avec la réalité (une agression sauvage qui a véritablement eu lieu quatre ans avant, avec deux adolescentes obsédées par Slender Man), n'a pas aidé.

Si bien que le film de Sylvain White a vu sa sortie repoussée, avec de grosses rumeurs autour d'un montage qui a dénaturé la chose, en édulcorant la violence et la noirceur de l'histoire. L'absence de plusieurs images de la première bande-annonce (un oeil crevé, une langue coupée, parmi beaucoup d'éléments) est comme souvent un bon indicateur. Malgré ça, et une promo plus que timorée, Slender Man a relativement bien marché outre-Atlantique, avec plus de de 51 millions engrangés, pour un budget estimé à 10.

En France, sa sortie en salles puis en vidéo ont été annulées. Finalement disponible grâce aux DVD et Blu-ray sortis un peu partout ailleurs, Slender Man se regarde donc comme un énième cas d'école. Pas sûr qu'il vaille beaucoup mieux que ça.

 

photo, Joey King En attente de l'info sur la date de sortie (ou pas)

 

OOGIE BOOGIE MAN

Slender Man est calibré pour les adolescents, et c'est évident à tous les niveaux. L'histoire va donc suivre un groupe d'amies qui n'ont visiblement jamais vu un film d'horreur, puisqu'elles vont regarder dans leur sous-sol une vidéo sponsorisée par le Slender Man, cette légende urbaine qui traîne dans les couloirs de leur lycée.

Après avoir vu en ligne un court-métrage expérimental qui ressemble à la suite de Ring avec cloches des enfers, branches secouées par le vent et triangle des illuminatis, elles sont assaillies de cauchemars. La disparition mystérieuse de l'une d'elles va leur confirmer que quelque chose cloche, et que cette cravate sans visage leur veut du mal.

Le reste sera une enfilade de scènes éculées, des recherches dans la bibliothèque inquiétante (avec une employée flippante, sans aucune raison) aux crises amicales autour du doute et de la paranoïa, en passant par les vidéos amateurs trouvées sur le web. Le film de Sylvain White avance sur des sentiers balisés, avec une alternance de scènes bavardes et de séquences d'angoisse pleines d'hallucinations et cauchemars, montées sur le tempo habituel du genre. Absolument rien de neuf ou excitant de ce côté donc : Slender Man a tout d'un pur produit cynique de studio, de copier-coller sans âme façonné par des producteurs.

 

photoJuste avant le premier drame

 

ESPRIT Y ES-TU ?

Mais dans cet océan de banalités et clichés, Slender Man offre quelques petites choses plus étincellantes. Dès que le film plonge dans l'angoisse tête la première, qu'un personnage est confronté à une manifestation du croquemitaine des forêts, il y a quelque chose à se mettre sous la dent pour quiconque aime le genre.

D'une ombre discrètement placée dans le cadre à un hors-champ omniprésent, Sylvain White utilise les outils sans génie certes, mais avec une efficacité parfois très prenante. La scène où Chloé observe sur son téléphone la venue absolument irréelle du Slender Man dans sa maison, son salon, son couloir, puis sa chambre, a quelque chose de diabolique dans sa gestion de l'intime et de l'espace. 

Le film semble ainsi régulièrement témoigner d'un réalisateur à la barre, friand de visions tordues, d'images soignées et d'ambiances délicieuses. L'utilisation de maquillages physiques dans plusieurs scènes est également un bon indicateur, qui laisse sans mal imaginer le fabuleux potentiel du projet. 

 

photoUn Slender Man mi-réussi mi-grotesque

 

Hélas, ces moments sont abîmés et écrasés par la lourdeur d'un film systématiquement remis sur le droit chemin du divertissement simplet et prêt à consommer. Le montage traduit par moment de vrais problèmes que personne n'aura pris la peine de camoufler, avec une gestion des personnages et des enjeux particulièrement floue dans la dernière partie. Et le talent de Joey King (Conjuring : les dossiers Warren, Le Rôle de ma vie) et Julia Goldani Telles (The Affair) n'y pourra rien.

La mythologie vertigineuse de ce boogeyman est tassée pour devenir parfaitement banale, et avec une absence à peu près totale de règles dans l'univers, Slender Man se retrouve capable de tout et n'importe quoi, selon les situations et les envies des scénaristes. Une tragédie vu les possibilités offertes. C'est à l'image d'une écriture molle et plate, qui ne caractérise quasi jamais ses personnages, et s'encombre d'éléments qui laissent la sensation d'être totalement dispensables.

Le climax achève définitivement Slender Man puisque malgré une volonté de rester dans une histoire noire sans aucune échappatoire, où la fatalité nourrit le sentiment diffus d'angoisse, le grand final vire à la mauvaise série B. Le soin apporté au design sonore, à certains effets et à la photo (signée Luca Del Puppo) jusque là, seront ensevelis sous une montagne de laideur sans impact, qui confirme que le film a été vidé de toute substance. Et vu la force d'un tel personnage, qui a de quoi nourrir un film d'horreur de premier ordre, la frustration n'en est que plus grande.

 

Affiche

Résumé

Slender Man a les défauts trop ordinaires d'un film impersonnel et façonné par des producteurs, censé plaire à tous et donc condamné à ne satisfaire personne. Reste que dans quelques scènes, avec des idées et ambiances réussies, il laisse penser qu'il y avait bien un réalisateur et un projet cohérents et intéressants à l'origine.

commentaires

Christophe Foltzer - Rédaction 13/01/2019 à 13:47

@pepe :
La web-série Marble Hornets, qui n'a rien à voir avec le film du même nom et dont nous devrions bientôt parler.

Axlysk 13/01/2019 à 13:27

De la merde se film quel déception

pepe 13/01/2019 à 13:23

Merci pour la critique.
Fan de cette légende, et de plusieurs mini jeux vidéos efficaces et surfant sur le mythe, connaîtriez vous un autre film sur le sujet à part ce navet et marble Hornets ?

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