Solo : A Star Wars Story - critique de Faucon Millésimé

Simon Riaux | 17 mai 2018 - MAJ : 19/05/2019 17:54
Simon Riaux | 17 mai 2018 - MAJ : 19/05/2019 17:54

Après le renvoi inattendu et ultra-violent de ses deux réalisateurs, Phil Lord et Chris Miller, on craignait une catastrophe industrielle. C'était sans compter sur la venue de Ron Howard, présenté par Lucasfilm comme un artisan messie venu redresser la barre. La sélection à Cannes hors-compétition a laissé espérer que Solo : A Star Wars Story ne serait peut-être pas le cataclysme redouté. Alors, Disney a-t-il sauvé les meubles ?

SOUS LES RATÉS, LA RAGE

Dès ses premières images, Solo : A Star Wars Story déraille. Ajout d'un texte succédant à "Far, Far Away", apparition absurde d'un titre mal calibré et propulsé à l'écran en dehors de tout contexte dramatique, brève poursuite trop sombre pour être lisible et trop molle pour aiguiser la curiosité... Pas de doute, le blockbuster qui nous arrive est un grand brûlé, dont les plaies n'ont pas fini de suppurer. Pour autant, rien n'a pu préparer le spectateur au désastre qui s'annonce.

 

Photo Emilia ClarkeUn grand moment d'acting

 

Commençons par le plus évident : Solo : A Star Wars Story est d'une laideur peu commune. Pas de cette mocheté sympa, qui transforme les nanars d'hier en pochardises cultes ou les petits enfants laids en chanteurs de variété syphillitiques. Non, Solo : A Star Wars Story arbore un néant esthétique auquel même les Marvel les plus indigents ne nous avaient pas habitués.

La photographie, signée Bradford Young, est désaturée, parfois étalonnée numériquement pour assombrir drastiquement les images, rendant la plupart des décors invisibles ou abscons. Les rares espaces visibles se retrouvent dès lors plongés dans des nappes quasi-pastels dénuées de toute texture, personnalité ou tessiture.

paul bettanySouriez pour la photo

 

Et ce n'est pas Ron Howard qui pourra y faire quoi que ce soit. Le metteur en scène déploie cette absence de style qui lui tient lieu de signature dans une grande partie de son oeuvre, se contentant du minimum syndical en matière d'efficacité narrative. Quoiqu'il en soit, on n'attendait pas de ce solide technicien qu'en plus de sauver le patient, il lui offre un ravalement de façade et un peeling des gonades.

En revanche, on est un peu plus surpris de voir Solo : A Star Wars Story se moquer à ce point du public en matière d'action. Deux malheureuses poursuites, une paire de fusillades... Et c'est marre.

 

Photo Alden EhrenreichHan, mais vraiment Solo

 

LE DER DES ETOILES

Voilà qui ne serait pas un problème si le métrage tenait sa promesse, à savoir nous dévoiler la genèse de personnages adorés, cultes parmi les cultes. Problème : Alden Ehrenreich ignore à l'évidence qu'il incarne Han Solo, et se croit dans un remake du Huitième jour. Ce n'est pas Donald Glover qui pourra l'aider, trop occupé à transformer Lando Calrissian en rescapé d'Austin Powers. La dignité (et la sensibilité des fans de Game of Thrones) rendent délicat la description de la performance d'Emilia Clarke, qui prouve néanmoins qu'elle est sans doute plus douée pour la chasse à la mangouste hermaphrodite que la comédie.

 

photo, Donald GloverSo groovy

 

Le ratage est si total que Disney va jusqu'à s'emmêler les pinceaux dans son agenda progressiste, faisant du personnage de Calrissian un fornicateur de droïdes un peu honteux (il fallait oser), et des luttes des minorités ainsi que de #MeToo une source de gags dont la chute se négocie à coups de lasers. Rien de bien surprenant quand le film fait dans sa conclusion un appel du pied aux fan de l'univers étendu, dont la laideur n'a d'égal que la grossièreté.

 

photoOui alors on ne dirait pas comme ça, mais il fait grand soleil là

 

On aura beau jeu de souligner que restent ici et là quelques bébêtes vraiment très réussies, curieusement Lovecraftiennes, que le thème musical de l'épisode claque quand même bien sa maman sur le postérieur, et que la première apparition de Chewie s'avère une très belle scène, formidablement mise en scène. Ces menues satisfactions ne feront pas oublier que si Solo : A Star Wars Story est moins tragiquement nul que Star Wars Épisode II : L'Attaque des clones, il est encore moins mémorable, à force d'accumuler les non-choix et les crachats à la face de l'héritage Lucasien.

 

Affiche

 

Résumé

En essayant de contrôler deux auteurs brillants perçus comme trop indépendants Disney a décapité un projet prometteur et offert aux fans un des pires Star Wars jamais vus.

commentaires

Stridy
19/05/2019 à 15:54

Je pige vraiment pas comment on peut défoncer à ce point ce film.

C'est bien réalisé, lisible et l'histoire est sympa. Il y a des scènes vraiment fortes (le train, le vortex). Ok le casting est peut être pas idéal mais il y a pire.

Ça défonce largement les épisodes 7 et 8. Mais bon, le film était mort avant même que les gens le voient.

Respect à Howard d'avoir fait un aussi bon film dans tout ce bordel.

Il faut lui laisser carte blanche pour un prochain film.

Le Waw
18/05/2019 à 22:43

Un excellent Star Wars qui montre ce que je préfère dans la franchise à savoir l'univers étendu, son côté western, chasseurs de primes, contrebande, mafia. Si tout les Star Wars pouvaient être aussi raté. Tout simplement mon préféré avec les épisodes 5,6, 8 et Rogue One. Et Alden Ehrenreich est génial et apporte une candeur et une innocence au personnage de Solo qui romp nettement avec ce qu'il va devenir. Plus je le revois plus je l'aime.

aqualand
18/05/2019 à 18:35

très bonne surprise ce star wars, un vrai western galactique, j'adore

STEVE
18/05/2019 à 13:26

Que le film soit raté est une chose.

Cracher sur Ron Howard de la sorte montre une fois de plus de l'arrogance née de la frustration

General Coaster
18/05/2019 à 12:51

Le film ne démérite pas, mais il aurait fallu donner plus d'enjeux à l'histoire. Suivre une bande de hors-la-loi volant du carburant n'a logiquement pas attiré les foules. Le rattachement à l'univers SW n'est pas non plus assez marqué à mon sens.

Cmoi
18/05/2019 à 08:48

Comme je l'avais déjà dis précédemment, Solo est un chouette "petit" film de sf sans prétention… Par contre, si on le recontextualise dans la saga Star Wars, là, effectivement, c'est un naufrage! Vu le budget (c'est Disney, c'est quasi illimité), vu les ambitions (bordel, la génese de Solo, fallait un réal un peu couillu aux commandes, comme le perso qu'il raconte!), vu l'attente que cela suscitait (après Rogue One, que je trouve cinématiquement raté, mais dont j'apprécies néanmoins l'intention en l'intégrant à la saga) c'est complètement fou qu'on arrive encore à rater pareil boulevard! Le casting est calamiteux (@ écran large: à quand un article sur ces films ambitieux aux castings foireux? #Valérian...), les éléments scénaristiques censé nous rattacher à la saga sont pitoyables (Bon dieu, mais QUI a eu l'idée de cette intronisation de Chewie en se disant: "Chef, chef, je crois que j'ai une bonne idée", là!?.... Allez Hop, à fusillé avec des balles rouillées pour qu'il attrape le tétanos! ) et effectivement, comme le dit l'article, l'image est à ce point oubliable que mis a part l'attaque du train, j'ai du mal à me remémorer une scène complète du film (j'ai du le voir il y a 3 ou 4 mois…) . Bref, une vraie bouse Star Wars, mais en le décrochant du Mur Canon de Star Wars, justement, il reste un "chouette petit film" de sf, un genre de première réalisation pour un réal en devenir!... Comment ça, c'est Ron Howard?... Impossible...

Bof
18/05/2019 à 08:24

Film qui raconte du vide en essayant de placer du fan service sur tous les elements caractéristiques de han solo (si dans la trilogie initial il etait parti pisser en se la tenant de la main gauche, il nous aurait expliquer dans ce film qu’est c’est son mentor qui lui a apprit)

Babar77
17/05/2019 à 23:33

très bon film contrairement à ce que les critiques en disent.

Poulet
17/05/2019 à 22:44

La fin fait vraiment Z pour du Star Wars: le dénouement qui se passe… dans un salon, il fallait oser! J'avais l'impression d'être dans un vieux bis italien fauché de la fin des années 70. Et la confrontation dans le désert avec la bande de gentils pirates était aussi bien cheap: un bout de désert et quelques cosplayers, à croire qu'ils avaient invité Luigi Cozzi comme guest-director ou qu'ils ont voulu rendre hommage à Turkish Star Wars. C'était tellement surréaliste que ça m'a rendu le film plutôt sympathique. Un film étrange et malade mais finalement assez fun, bien rythmé, sans prétention, et de loin le plus Z des Star Wars. Je regrette qu'ils n'aient pas ajouté une version spéciale avec un filtre "image pourrie vieille VHS" sur le Blu-ray, je suis sûr que ça aurait eu son petit effet.

Olivier637
17/05/2019 à 21:27

Vraiment pas mal. Le seul truc décevant c est Paul bettany en méchant. Surtout quand on sait qui a la base ça devait être un aliène au design super cool.

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