Solo : A Star Wars Story - critique de Faucon Millésimé

Simon Riaux | 17 mai 2018 - MAJ : 21/11/2019 16:20
Simon Riaux | 17 mai 2018 - MAJ : 21/11/2019 16:20

Après le renvoi inattendu et ultra-violent de ses deux réalisateurs, Phil Lord et Chris Miller, on craignait une catastrophe industrielle. C'était sans compter sur la venue de Ron Howard, présenté par Lucasfilm comme un artisan messie venu redresser la barre. La sélection à Cannes hors-compétition a laissé espérer que Solo : A Star Wars Story ne serait peut-être pas le cataclysme redouté. Alors, Disney a-t-il sauvé les meubles ?

SOUS LES RATÉS, LA RAGE

Dès ses premières images, Solo : A Star Wars Story déraille. Ajout d'un texte succédant à "Far, Far Away", apparition absurde d'un titre mal calibré et propulsé à l'écran en dehors de tout contexte dramatique, brève poursuite trop sombre pour être lisible et trop molle pour aiguiser la curiosité... Pas de doute, le blockbuster qui nous arrive est un grand brûlé, dont les plaies n'ont pas fini de suppurer. Pour autant, rien n'a pu préparer le spectateur au désastre qui s'annonce.

 

Photo Emilia ClarkeUn grand moment d'acting

 

Commençons par le plus évident : Solo : A Star Wars Story est d'une laideur peu commune. Pas de cette mocheté sympa, qui transforme les nanars d'hier en pochardises cultes ou les petits enfants laids en chanteurs de variété syphillitiques. Non, Solo : A Star Wars Story arbore un néant esthétique auquel même les Marvel les plus indigents ne nous avaient pas habitués.

La photographie, signée Bradford Young, est désaturée, parfois étalonnée numériquement pour assombrir drastiquement les images, rendant la plupart des décors invisibles ou abscons. Les rares espaces visibles se retrouvent dès lors plongés dans des nappes quasi-pastels dénuées de toute texture, personnalité ou tessiture.

 

paul bettanySouriez pour la photo

 

Et ce n'est pas Ron Howard qui pourra y faire quoi que ce soit. Le metteur en scène déploie cette absence de style qui lui tient lieu de signature dans une grande partie de son oeuvre, se contentant du minimum syndical en matière d'efficacité narrative. Quoiqu'il en soit, on n'attendait pas de ce solide technicien qu'en plus de sauver le patient, il lui offre un ravalement de façade et un peeling des gonades.

En revanche, on est un peu plus surpris de voir Solo : A Star Wars Story se moquer à ce point du public en matière d'action. Deux malheureuses poursuites, une paire de fusillades... Et c'est marre.

 

photo, Alden EhrenreichHan, mais vraiment Solo

 

LE DER DES ETOILES

Voilà qui ne serait pas un problème si le métrage tenait sa promesse, à savoir nous dévoiler la genèse de personnages adorés, cultes parmi les cultes. Problème : Alden Ehrenreich ignore à l'évidence qu'il incarne Han Solo, et se croit dans un remake du Huitième jour. Ce n'est pas Donald Glover qui pourra l'aider, trop occupé à transformer Lando Calrissian en rescapé d'Austin Powers. La dignité (et la sensibilité des fans de Game of Thrones) rendent délicat la description de la performance d'Emilia Clarke, qui prouve néanmoins qu'elle est sans doute plus douée pour la chasse à la mangouste hermaphrodite que la comédie.

 

Photo Donald GloverSo groovy

 

Le ratage est si total que Disney va jusqu'à s'emmêler les pinceaux dans son agenda progressiste, faisant du personnage de Calrissian un fornicateur de droïdes un peu honteux (il fallait oser), et des luttes des minorités ainsi que de #MeToo une source de gags dont la chute se négocie à coups de lasers. Rien de bien surprenant quand le film fait dans sa conclusion un appel du pied aux fan de l'univers étendu, dont la laideur n'a d'égal que la grossièreté.

 

photoOui alors on ne dirait pas comme ça, mais il fait grand soleil là

 

On aura beau jeu de souligner que restent ici et là quelques bébêtes vraiment très réussies, curieusement Lovecraftiennes, que le thème musical de l'épisode claque quand même bien sa maman sur le postérieur, et que la première apparition de Chewie s'avère une très belle scène, formidablement mise en scène. Ces menues satisfactions ne feront pas oublier que si Solo : A Star Wars Story est moins tragiquement nul que Star Wars Épisode II : L'Attaque des clones, il est encore moins mémorable, à force d'accumuler les non-choix et les crachats à la face de l'héritage Lucasien.

 

Affiche

 

Résumé

En essayant de contrôler deux auteurs brillants perçus comme trop indépendants Disney a décapité un projet prometteur et offert aux fans un des pires Star Wars jamais vus.

Autre avis Geoffrey Crété
Ni le pire Star Wars du monde, ni le bon film victime du méchant monde, Solo : A Star Wars Story est un blockbuster bancal, où s'entrechoquent des idées excitantes et des scènes platement filmées et écrites. Un bon exemple d'un pur produit de studio.

Lecteurs

(2.9)

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commentaires

Flo
31/01/2020 à 13:03

« Solo » ? Ben alors c’est normal d’avoir un seul réalisateur… ????

Autant on emporte le vent… commencé par George Cukor, continué en grande partie par Victor Flemming, fini par Sam Wood (des bons)…
Laura, commencé par Rouben Mamoulian, repris à Zéro par Otto Preminger (des très bons)… 2 exemples de chef d’œuvres parmi des myriades ayant eu leurs réalisateurs changés en cours de route, par la volonté du producteur… Alors l’argument du « c’est un scandale, pauvres auteurs etc!!! » On peut s’assoir dessus un tantinet hein ? Et remercier un petit peu Lucasfilm de leur transparence…
Ça nous donne surtout une catégorie de films dit « impurs », avec des intermédiaires assez visibles, à l’opposé de ceux dits « purs » et sans présence apparente d’interventions cruciales dans la production, au point de se rapprocher bien plus d’un idéal cinématographique proche de celui des origines. Mais l’une comme l’autre des catégories sont aussi honorables, tant qu’il reste de la volonté dans leurs fabrications respectives.

Surtout avec un Ron Howard aux manettes, pas que professionnel assez régulier depuis des années, mais aussi ayant des rapports étroits avec George Lucas (un de ses acteurs principaux de American Graffiti, son choix pour Willow)… Et, sans compter ses quelques propres films fantastiques (un seul SF, Cocoon)… spécifiquement les genres Western/Hors-la -Loi, dans lesquel il a tourné (Du sang dans la poussière, Le Dernier des géants ) ou qu’il a réalisé (Les Disparues).
Ici avec une réalisation globalement basique et actuelle dans l’action, énergique par moments (gros plans sur yeux par exemple), Épique à un seul – forcément l’incroyable Raid de Kessel, osant même y lâcher une créature Lovecraftienne… Stupéfiant !
Sobre, l’homogénéité étant obligatoirement plus importante, due à la fréquence de sortie de ces films. Fréquence plus courte et donc plus « feuilletonnesque ». Avec, depuis le début de l’Ére Numérique, un mélange entre SF rétro et moderne, qu’on peut ici associer aux deux messieurs Kasdan présents au script: le père (« l’ancien ») et le fils.
Laisse néanmoins l’impression au pire, d’un film sous-exposé… Au mieux, de se rapprocher plus d’un classique noir et blanc ou bicolore, avec des teintes très intéressantes dans la photographie du talentueux Bradford Young, de plus en plus nuancées au fur et à mesure qu’on avance vers des environnements plus lumineux (comme pour le parcours personnel de Han). Et qui rendent le film un petit peu plus Unique. À bannir, la 3D, j’imagine.
Fonctionnel dans la narration, les détails historiques à placer étant facilement agencés… qui « La Fille » (il y a toujours une fille)… qui le nom de Solo, qui les potes, qui le Mentor, qui le pistolet, qui le vaisseau, qui le costume de Lando dans le VI (??) etc…
Avec de temps en temps quelques explications de contexte pour faire en sorte que ça ne soit pas trop gratuit – ainsi le Shoot First y a une certaine gravité.

Mais surtout le film a beau être un spin-off/prequel, il se pose toutefois dans de mêmes détails narratifs que les précédents films sortis.
En montrant des enfants esclaves et brutalisés, un peu comme ceux fermant les Derniers Jedi (et le détails des Dés)…
En nous montrant un Han qui rétroactivement, « matche » encore plus avec Luke, gamin qui veut fuir son milieu pour s’aventurer dans les étoiles…
Et surtout son Milieu Criminel, à base de Pirates et de Mafieux (surtout humains, pour éviter le cliché du méchant étranger), où tout n’est pas tout Blanc et tout Noir, où on ne peut échapper à l’idée de rejoindre une grande Cause (petit twist avec Enfys Nest)… Comme le faisait Rogue One du coté de la Rébellion.
Ou bien cette volonté principalement due à Kathleen Kennedy de mettre en avant des personnages de l’arrière plan de la saga… et notamment (plus) de femmes fortes.
Tout ça pour continuer à creuser un peu plus les détails de cet Univers.

Ainsi un Alden Ehrenreich, qui n’a pas encore fait grande chose de marquant, a facilement à voir avec le jeune Harrison Ford tant à l’époque l’acteur était encore neuf – et pas encore associé dans sa filmographie à l’idée d’un vieux mec strict et raide…
Dans une histoire façon « Rite de passage », il peut aussi bien passer pour un double de Ron Howard, volontaire et sympathique aventurier de l’âme humaine, un peu Robin des Bois, même si jamais d’un grand charisme ni l’homme au centre des grandes évolutions (cinéma pour Howard, galactiques pour Han)… Même en étant d’emblée un voyou débrouillard, le point de vue du spectateur lambda c’est lui, incroyable non..? Sauf que c’était bien le cas dans les premiers films, Han ayant toujours été très distancié de toutes ces histoires de Force et de combat pour la liberté qu’il y découvrait… Mais on peut se demander si ainsi, n’importe qui pourrait encore jouer Solo dans d’autres films.
Comme prévu Donald Glover rentre élégamment dans les atours chics et coolisissimes de Lando, les autres personnages sont des archétypes se révélant au moment opportun etc…
Comme prévu de la bromance avec Chewie;
Un peu de féminisme grave pour Qu’i Ra et (faussement) amusant pour L3-37;
Un Dryden Vos qui, même avec d’équivoques griffures sur le visage, a échappé aux blagues sur les chats que n’auraient pas manqué de faire Lord et Miller (bel et bien crédités au générique) sous sa précédente incarnation.

Tout ça pourrait n’être que ultra générique mais…
Mais dans tout les bons films, il faut toujours le rappeler, il y a beaucoup à piocher entre les lignes. En dehors des effets comiques, quelques soient leurs auteurs, qui sont bien sympa, voir étonnants (L3 qui Ne fait Pas pipi comme une fille…)…
On a une poignée de moments plus subtils, comme « c’est ça ton nom ? c’est trop long (merci de ne pas avoir rajouté dans la foulée « eh bien je t’appelerais « Chewie »)… un Dryden Vos qu’on découvre essoufflé d’avoir assassiné quelqu’un… ou ce que cachent les piques un peu infantiles entre L3 et Lando.

Tout ça suffira à mettre le film à un niveau un peu plus au dessus de la moyenne, mais grâce à l’univers Star Wars. En y mettant des instants un peu plus adultes (on y tue beaucoup de personnages principaux), voir mêmes sexués… Pas vraiment surprenant, très prévisible et peu inédit, mais pas honteux pour autant.

En fait, et puisque il y aura peu de chances d’avoir une suite, on devrait surtout prendre le film pour un dernier adieu à Han Solo… en douceur tant sa Fin dans le VII était abrupte.
Et ainsi, en restant bien divertissant, sans Jedi, Force ou même Empire omniprésent, de juste consolider la Légende d’un personnage cool dans une grande Saga.
Voilà ! ????

Abibak
10/08/2019 à 00:16

Sympa comme épisode de firefly, ah bon c'est star wars !

KEVIN DIOLES
29/07/2019 à 12:44

Lisant les critiques des revues ciné sur le film SOLO qui prévoyaient une déroute dans l'univers STAR WARS, j'ai voulu me faire ma propre opinion. J'ai été très déçu lors de la projection en salle cinéma .Devant moi domine,une image sombre d'une tonalité jaune chiasseuse. Je ne rentre pas dans l',intrigue du film ;Bref, je me lasse, à la limite de l'endormissement; Malgré cette impression, j'ai acheté le BLU-RAY. Je ne peux pas laissé tomber ce réalisateur RON HOWARD, que j'estime beaucoup. Mon home cinéma donne une nouvel chance à ce film. Et surprise ça marche. Le rendu à l'écran est d'une autre qualité,,une bande sonore aux multiples effets. Ouf! je plonge dans l'histoire. Une incroyable scène endiablée sur ce train du futur qui restera mémorable dans le cinéma. TRAITRISE-INTRIGUES SOMBRES- COURSES POUSUITE SONT AU RENDEZ VOUS. Avec le temps ,je souhaite que aventure trouve sa place dans cette saga . En la regardant sous différents angles et en oubliant surtout HARISSON FORD ce film peut bien vieillir. NOTE 7.5/10

Stridy
19/05/2019 à 15:54

Je pige vraiment pas comment on peut défoncer à ce point ce film.

C'est bien réalisé, lisible et l'histoire est sympa. Il y a des scènes vraiment fortes (le train, le vortex). Ok le casting est peut être pas idéal mais il y a pire.

Ça défonce largement les épisodes 7 et 8. Mais bon, le film était mort avant même que les gens le voient.

Respect à Howard d'avoir fait un aussi bon film dans tout ce bordel.

Il faut lui laisser carte blanche pour un prochain film.

Le Waw
18/05/2019 à 22:43

Un excellent Star Wars qui montre ce que je préfère dans la franchise à savoir l'univers étendu, son côté western, chasseurs de primes, contrebande, mafia. Si tout les Star Wars pouvaient être aussi raté. Tout simplement mon préféré avec les épisodes 5,6, 8 et Rogue One. Et Alden Ehrenreich est génial et apporte une candeur et une innocence au personnage de Solo qui romp nettement avec ce qu'il va devenir. Plus je le revois plus je l'aime.

aqualand
18/05/2019 à 18:35

très bonne surprise ce star wars, un vrai western galactique, j'adore

STEVE
18/05/2019 à 13:26

Que le film soit raté est une chose.

Cracher sur Ron Howard de la sorte montre une fois de plus de l'arrogance née de la frustration

General Coaster
18/05/2019 à 12:51

Le film ne démérite pas, mais il aurait fallu donner plus d'enjeux à l'histoire. Suivre une bande de hors-la-loi volant du carburant n'a logiquement pas attiré les foules. Le rattachement à l'univers SW n'est pas non plus assez marqué à mon sens.

Cmoi
18/05/2019 à 08:48

Comme je l'avais déjà dis précédemment, Solo est un chouette "petit" film de sf sans prétention… Par contre, si on le recontextualise dans la saga Star Wars, là, effectivement, c'est un naufrage! Vu le budget (c'est Disney, c'est quasi illimité), vu les ambitions (bordel, la génese de Solo, fallait un réal un peu couillu aux commandes, comme le perso qu'il raconte!), vu l'attente que cela suscitait (après Rogue One, que je trouve cinématiquement raté, mais dont j'apprécies néanmoins l'intention en l'intégrant à la saga) c'est complètement fou qu'on arrive encore à rater pareil boulevard! Le casting est calamiteux (@ écran large: à quand un article sur ces films ambitieux aux castings foireux? #Valérian...), les éléments scénaristiques censé nous rattacher à la saga sont pitoyables (Bon dieu, mais QUI a eu l'idée de cette intronisation de Chewie en se disant: "Chef, chef, je crois que j'ai une bonne idée", là!?.... Allez Hop, à fusillé avec des balles rouillées pour qu'il attrape le tétanos! ) et effectivement, comme le dit l'article, l'image est à ce point oubliable que mis a part l'attaque du train, j'ai du mal à me remémorer une scène complète du film (j'ai du le voir il y a 3 ou 4 mois…) . Bref, une vraie bouse Star Wars, mais en le décrochant du Mur Canon de Star Wars, justement, il reste un "chouette petit film" de sf, un genre de première réalisation pour un réal en devenir!... Comment ça, c'est Ron Howard?... Impossible...

Bof
18/05/2019 à 08:24

Film qui raconte du vide en essayant de placer du fan service sur tous les elements caractéristiques de han solo (si dans la trilogie initial il etait parti pisser en se la tenant de la main gauche, il nous aurait expliquer dans ce film qu’est c’est son mentor qui lui a apprit)

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