Au poste ! : critique en dégrisement

Simon Riaux | 18 août 2021
Simon Riaux | 18 août 2021

Au poste !, ce soir à 20h55 sur Arte.

Quentin Dupieux, alias Mr Oizo, a marqué (et retourné) les esprits avec Rubber, SteakWrong, Wrong Cops, ou encore Réalité. Qu'il se plonge clairement dans le cinéma français avec Au poste !, avec Benoît Poelvoorde Grégoire Ludig, était l'une des idées les plus excitantes qui soit. Et le résultat est à la hauteur.

ON RÉVEILLE PAS UN FLIC QUI DORT

Sous-genre parmi les plus sinistrés de la comédie française, la potacherie policière avait bien besoin d'un coup de fouet. Mais si on rit tant devant Au poste !, c'est justement parce que plutôt que de viser la parodie ou le pastiche, Quentin Dupieux maintient son cap habituel, préférant narrer avec un premier degré absolu un récit fou au sein d'un monde en plein dévissage quantique.

Les films du réalisateur ont toujours fonctionné comme autant de paratonnerres, captant l'énergie immanente qui transforme l'ordinaire en lumineuse apocalypse. De retour en France pour la première fois depuis Steak, cette mécanique de précision subit ici une logique (r)évolution. Car Au poste ! a des airs de retour à la maison - de fou - tant la palette chromatique a évolué. Tendant désormais vers un ensemble plus chaud, tandis que la caméra scrute un texte et des effets plus aboutis, mieux huilés.

En apparence, le cinéma de Dupieux donne l’impression de s’être assagi. On ne se perd plus dans les ruelles de Los Angeles, nul sapin intempestif ou chien fugueur ici. Jusque dans ses rebondissements, le métrage paraît plus posé, favorisant une interminable joute verbale, émaillée de quelques à côté frappadingues. Pourtant, il n’en est rien. Moins démonstratif que d’habitude, le cinéaste prend un plaisir fou à amasser les micro-sorties de route et dérapages successifs. L’univers d’Au Poste ! est résolument dément, mais tire sa force de la volonté de ne dévoiler son flagrant délire d’un piège pointilliste, qui poussera le spectateur à se demander qui, de lui ou des personnages, est vraiment cinglé. 

 

photo, Benoît Poelvoorde, Grégoire LudigBenoît Poelvoorde et Grégoire Ludig


LE SAMOURAÏLLE

Ce renouvellement mâtiné de retour aux sources se sent également dans le casting. On ne retrouvera pas les habitués du metteur en scène puisque le haut de l'affiche est tenu par Benoît PoelvoordeGrégoire Ludig et l'imperturbablement et létalement drôle Marc Fraize. Leur combinaison offre à Dupieux une partition plus douce, mais aussi plus cruelle, comme un moteur renouvelé, mais un moteur à explosion néanmoins. 

En effet, tourner en français semble avoir transformé subtilement, mais en profondeur, la technique du metteur en scène. Le tempo des dialogues s'en retrouve logiquement transformé, amenant son montage à épouser les répliques à rallonge de Poelvoorde, ou à adopter une scansion plus électrique dès que Ludig reprend la main. Laissant souvent ses acteurs dicter le ton, la mise en scène est débarrassée de toute pose, ne cherche plus l'absurde pour l'absurde, mais enregistre et constate son règne sur le monde. Un changement d'algorithme qui offre à Au poste ! une énergie curieuse, rafraîchissante et imprévisible.

Fort de ces atouts, l'artiste peut progressivement lâcher la bride à une fantaisie resserrée et débarrassée de certains de ses tics, pour un résultat exubérant, jubilatoire et plus tendre qu'à l'accoutumée. Et si l'ensemble aboutit bien sûr à un trip cosmique, plus qu'un cheveu sur la soupe, ce dernier se fait délicieuse mise en abîme, conclusion parfaite d'une proposition imparable, donnant à Au poste ! des airs de dinguerie de la maturité.

 

Affiche

Résumé

De retour en France, Quentin Dupieux se fait plus tendre, maître de ses effets et curieusement plus fou encore.

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Lecteurs

(3.1)

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commentaires
l'Indien zarbi à moitié a poil.
19/08/2021 à 10:46

Film génial et belle critique.

Starfox
19/08/2021 à 10:25

Non, rien d'étonnant, vous êtes passés à côté, c'est tout, ce n'est pas grave. Vous avez besoin de choses plus rationnels peut-être. Posez-vous la question...

Non moi le petit reproche que je fais à Au Poste, c'est le fait que le personnage de Ludig questionne les personnages sur les choses absurdes qu'il voit. Par exemple, quand il demande à l'inspecteur borgne "mais vous avez quoi à votre oeil" ou quand Poelvoorde expulse la fumée par la poitrine "vous avez de la fumée qui sort de votre poitrine".

Ca aurait mieux, à mon humble avis, qu'il ne s'étonne de rien et que l'action se poursuive "normalement" face à ces évènements décalés, un peu à la manière d'un ZAZ comme y'a un pilote dans l'avion.

Le personnage de Ludig apparait donc comme celui auquel on s'identifie, il est le plus rationnel puisqu'il questionne ouvertement les choses bizarres qu'il voit, et à un moment donné, il mange l'huitre avec la coquille. Donc il bascule lui même dans la loufoquerie, ce qui gâche un peu la "cohérence" du personnage.

A moins que ce ne soit le deuxième degré du troisième degré du premier degré du quatrième degré du etc...

Mais à la fin, quand le rideau s'ouvre, c'est à se pisser de rire. C'est une idée complètement dingue et géniale.

Et Poelvoorde est super dans le film. Il en fait des caisses mais c'est toujours très juste.

Quentin T.
19/08/2021 à 08:16

J'ai tenu 5 minutes, étonnant non?

Nico
18/08/2021 à 22:10

J' ai détesté , je l ai trouvé creux , vide et étonnamment ennuyeux pour un film aussi court

Mandébile
18/08/2021 à 18:06

Dupieux ou le cinéma français vain, creux et tellement surcôté. Le pendant branchaga de la comédie aux affiches bleues avec un titre jaune. Oh wait, l'affiche est bleue... mais avec des lettres blanches, tout va bien !

Dougie Jones
19/05/2020 à 09:19

J’ai tenu 20 mn ????

Sergio
18/05/2020 à 20:00

C parce que c Dupieux, c pour ça !

Ultron75
04/07/2018 à 14:32

Hey Dirty Harry, c'est un plagiat de l'affiche de Peur sur la ville avec Bébel exactement !!! J'adore !
++

Chuck
03/07/2018 à 22:21

@Stridy

Pareil, Steak est une pépite, du nectar filmique !
Je n'ai jamais rencontré qqun capable d'apprécier ce putain de Chef d'Oeuvre, c'est incroyablement frustrant de ne pas pouvoir partager avec d'autres potes ce délire absolu...

Chivers forever !

Geoffrey Crété - Rédaction
03/07/2018 à 19:54

@Stridy

Justement on reviendra sur Steak ce week-end ;)

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