Rampage - Hors de contrôle : critique cosmo-bourrine

Simon Riaux | 23 avril 2018
Simon Riaux | 23 avril 2018

Des monstres géants ? Des quartiers entiers réduits en poussière ? Un Dwayne Johnson aussi subtil qu’un deltoïde massé à la créatine ? Pas de doute, les beaux jours sont de retour et l’heure des blockbusters de destruction massive a sonné !

 

GOGOLZILLA

Sur la papier, Rampage - Hors de contrôle avait tout du produit emballé à la va comme je te pousse, répondant aux désidératas d’une industrie hollywoodienne en quête de marques estampillées 80’s. D’où cette adaptation de derrière les fagots qui entend transformer en blockbuster le jeu de destruction éponyme, au principe sommaire et à l’intrigue embryonnaire, plus ou moins tombé dans l’oubli. Contre toute attente, cette ode à la rupture d’anévrisme apocalyptique vaut bien mieux que sa genèse, et s’impose comme un condensé de plaisir brut et candide.

 

PhotoDuel de balèzes

 

La réussite de l’ensemble tient essentiellement au travail accompli par Brad Peyton, propulsé maître d’œuvre après avoir emballé San Andreas, condensé de destruction porn plutôt bien reçu et couronné de succès au box-office. On retrouve ici la rigueur qui présidait à son précédent film, dans lequel officiait déjà Dwayne JohnsonNon seulement Rampage multiplie les séquences extrêmement spectaculaires, sans même atteindre la barre des deux heures de métrage, mais il a la bonne idée de soigner tout particulièrement ces accès de furie opératique.

 

Photo Joe Manganiello"Ya comme un loup"

 

Aussi démesurée ou ravageuse que soit l’action, elle demeure toujours impeccablement lisible. Mieux encore, chaque scène déchaînant à l’écran le chaos animalier nous offre une succession de plans composés avec grand soin, où se côtoient des jeux d’échelle jubilatoires et quantité de clins d’oeil allant de Gorgo, Le Monstre des temps Perdus, à King Kong ou Godzilla.

Peyton était manifestement le candidat parfait pour le projet ainsi qu'en témoigne l'excellente facture etchnique de l'ensemble. A l'heure où la fabrication accélérée de super-blockbusters est synonyme d'effets spéciaux grossièrement finalisés, on apprécie la finesse de l'ensemble des effets et le soin apporté dans le rendu des monstres.

 

PhotoDe la nécessité d'avoir une bonne assurance

 

BREAKING DWAYNE

Rampage - Hors de contrôle marque certes des points quand on y ravage un zoo, pulvérise un avion ou piétine Chicago, mais le métrage surprend également dans la gestion de son ton, beaucoup moins aseptisé qu’attendu. Etonnamment violent pour une production PG-13, les membres arrachés y pleuvent, quand les tripes de cartoonesques seconds rôles ne repeignent pas le décor. Le film touche de la griffe le style décomplexé d’un certain cinéma de divertissement, où les sursauts graphiques cohabitaient avec une adrénaline bon enfant.

On trouve ici et là de pures saillies horrifiques, qui s’accommodent idéalement d’autres passages beaucoup plus lumineux et pop-corn, notamment lors des apparitions de Malin Akerman, parfaite en diabolique capitaliste branchée manipulation génétique. Le travail de la photo n’est pas étranger à cette réussite, Jaron Presant composant une lumière mordorée qui habillent avec élégance les structures et textures que la narration se complait à tordre ou exploser.

 

Photo Dwayne JohnsonLe meilleur acteur du film est situé à gauche de l'image

 

Seule véritable déception de ce donut fourré à la grenade, la prestation de Dwayne Johnson, qui apparaît de moins en moins convaincant au fur et à mesure qu’il s’entête à décliner un personnage unique aussi fonctionnel que fadasse. On comprend que la star veut dupliquer la recette d’un Schwarzenegger, qui avait su trouver une persona surplombant tous ses personnages jusqu’à devenir une marque.

Mais là où son illustre prédécesseur était défini par des attributs spécifiques, c’est en négatif que se conçoit le héros Johnsonien. Héros sans âge, héros sans conviction, héros sans trauma, héros sans sexe (au point de reléguer littéralement les plaisanteries en dessous de la ceinture à son acolyte simiesque), il n’est qu’un playmobil gonflé aux hormones de yack carnivore, totalement désincarné, incapable d’apposer une quelconque âme dans un blockbuster qui se passerait très bien de lui.

 

Affiche française

Résumé

Peu importe que Dwayne Johnson livre ici une prestation en pilote automatique, le réalisateur de San Andreas dirige avec son giga-gorille, son loup-garou et son panzer-croco avec un appétit pour la destruction qui fait plaisir à voir.

commentaires

MANUtheFOX
27/06/2018 à 04:03

Je suis d'accord à 100% avec l'objectivité et l'appréciation critique de EL. Il me paraît effectivement impossible de juger des millions de films sur une échelle de 1 à 5 !! Je considère donc, qu'en allant voir ce type de cinéma, purement esthétique et divertissant, on attend pas forcément un scénario alambiqué mais plutôt de passer un bon moment de divertissement, comme faire du grand 8, par exemple. Le film était bluffant en matière d'FX, et les 1H30 passent très vite... Pour les intellos notoires, dirigez vous plutôt sur du David Lynch, et des sites dédiés aux gens qui n'aime pas la détente mais la réflexion. Donc, bilan : Excellent divertissement, et très bonnes critiques et observations des chroniqueurs d'écran Large...

Geoffrey Crété - Rédaction
03/05/2018 à 17:14

@drocmerej

C'est précisément pour ces raisons (la limite de classer et hiérarchiser les films selon leur nature, le rapport qu'on a au réalisateur, au genre, etc) que nous n'avons aucun plafond de verre pour aucun film, et donc zéro honte pour nos notes et choix ;)

drocmerej
03/05/2018 à 17:03

@la rédaction.
Merci pour votre réponse qui me convient parfaitement.
C'est plutôt tout à votre honneur de ne pas limiter vos notes en fonction du genre (terme à manier avec des pincettes, puisque vous savez comme moi qu'un film de Spielberg par exemple est bien souvent un film d'auteur et un blockbuster à la fois).
Non je ne veux pas comparer Fellini à Boon. Et pourtant en y réfléchissant... C'est tout aussi difficile de séparer complètement que de rapprocher des films comme disons Le Pigeon, Tueurs de Dames et Bienvenue chez les Ch'tis. Cela reste des films que les spectateurs vont voir pour rire (mais deux d'entre eux sont considérés comme intelligents).
Cela me fait penser à la scène du film "divorce à l'italienne" dans lequel on assiste à une projection de la Dolce Vita qui ne semble alors pas être du tout un film réservé à une élite de cinéphile.
Les pièces de Shakespeare et Molière étaient aussi pour le peuple (pour tout le monde pourrait-on dire) à la base.
Cloisonner et hiérarchiser me semble donc impossible et inutile.
Et oui vous avez raison, ce qui compte dans une critique ce sont les mots. La notation répond un peu au diktat du bref. Très peu de critiques s'en passent ( la revue Positif le fait encore mais c'est un autre ...genre). Promis je vous lis.
Amitiés.

Sallah
03/05/2018 à 11:03

@(bad) ass man

Je pense que Thoret n'aurait pas pris la peine de commenter comme un ado ici, et aurait plutôt été parler sur la critique du docu Nous sommes l'humanité. On a hâte de t'y voir, histoire de donner ton clic et tes commentaires là-bas, plutôt qu'ici. Niveau cohérence.

badass man
03/05/2018 à 10:54

Comme le dit jean batiste thoret,le cinéma est mort,à cause de gens comme vous qui vont voir en masse ce genre de films (et marvel et co)et aiment le caca...

Geoffrey Crété - Rédaction
03/05/2018 à 10:27

@drocmerej

On n'aura jamais "honte" de quoi que ce soit.

Une note n'est pas un indice de comparaison absolu, qui permet de mettre tous les films (peu importe leur genre, leur époque) sur le même niveau. C'est un petit outil dont le but est à la base de simplifier la lecture, et donc de malheureusement simplifier un avis pour le lecteur qui souhaite avoir une idée de l'opinion. En aucun cas il ne saurait être utilisé pour résumer une critique et un avis argumenté.

Par ailleurs, il semble bien évident qu'on ne peut pas mettre sur le même niveau Rampage et The Rider. Ces films n'ont absolument pas les mêmes ambitions ou intentions ; donc, le spectateur qui ira le voir n'aura pas les mêmes attentes ; et donc, nos critiques s'alignent sur le genre et le principe du film, pour expliquer alors si c'est réussi.

On refuse de plafonner les notes de ce que certains considéreraient comme des films "bêtes", pour les empêcher de passer au-dessus de films qui seraient considérés comme plus nobles, par principe de qui serait une bonne cinéphilie, polie et gentille.

Le 3,5 de Rampage ne signifie absolument pas la même chose que le 3,5 de Hostiles (les critiques et mots employés sont assez explicites pour ceux qui lisent les textes), tout simplement parce que les films n'ont rien à voir, le public qui ira aura des envies bien différentes, et donc la satisfaction, le plaisir, le bonheur, seront de nature très différente. On prend en compte ce que le film EST, ce que le film veut être, là où il veut se placer dans la constellation du cinéma et des genres.

Et jamais on n'ira bloquer un blockbuster sous une certaine note pour le punir de ce qu'il est à la base, par principe, pas plus qu'on ne s'empêchera de mettre une note très basse à un film d'auteur parce que politiquement ou sur le papier, c'est bien, respectable, et coche toutes les cases d'une cinéphilie classe.

Donc on peut conclure en vous disant que vous faîtes bien comme vous voulez, et si vous voulez réfléchir à une comparaison entre Fellini et Dany Boon, c'est bien votre droit. Ici, on ne le fera probablement jamais, et qu'ils puissent un jour partager une même note ne signifie absolument pas que c'est le cas. Encore une fois : la note n'est qu'un outil dont l'existence et importance a été forcée par la consommation désormais très rapide des articles. Le vrai argument reste nos critiques, nos mots.

drocmerej
03/05/2018 à 01:02

@la rédaction

Non mais sérieux les gars de EL ? Je partage l'avis de ceux qui s'interrogent sur vos notes.
En revanche, je comparerais plutôt ce 3.5 avec d'autres 3.5 données récemment à
Dans la brume, The rider, Hostiles, La fête est finie, Les garçons sauvages.

Vos critiques louent bien-sûr les qualités de ces films, et de manière argumentées. Mais peut-on prendre en compte de la même manière la capacité d'un film à divertir et seulement divertir (qualité qu'a pour vous Rampage) avec d'autres capacités comme celles de surprendre, d'offrir un spectacle singulier ou pousser le spectateur à ...réfléchir (qualités prêtées aux autres films) ?

Un de mes films cultes est Jack Frost (le film d'horreur parodique, qui bénéficie d'une VF vraiment drôle, d'ailleurs mon DVD n'offre pas la VO, pardon pour la digression). Je l'ai vu dix fois mais je ne lui attribuerais pas la même note pour autant qu'à la Dolce Vita (que je n'ai vue qu'une fois), ou même disons qu'à Sunchaser (prototype du film d'un grand réal mais reconnu comme un peu raté).

Donc deux questions :
N'avez-vous pas honte d'attribuer la même note à un joli western moderne crépusculaire et à un joli spectacle divertissant mais sans cervelle ?
Dois-je revoir complètement la classification de ma dvdbluraythèque et mettre Casablanca à côté de Raid dingue (j'aime bien les deux !) ?

eric
24/04/2018 à 23:31

Désolé les points (? ) erreur de frappe

eric
24/04/2018 à 23:30

@ecranlarge , effectivement.... Cest peu être cet engouement a chaque projet de d.j qui m'a fait dire que vous êtes très indulgent avec ses films ( qui honnêtement surtout les derniers flirt avec des nanars z ... Et je suis un pro Fast and furious ( lol) donc pas un anti the rock au passage... Mais je trouve qu'il tombe vraiment dans la médiocrité cinématographique bien Sur... En tout cas cool d'avoir pu échanger avec vous ????

F4RR4LL
24/04/2018 à 14:39

Merde. J’aurais adore voir schwarzy dans ce genre de rôle. On les retourne façon Christophe plummer avec schwarzy à la place de rock sans rien changer au scénario et ça passe crème.
Idem pour san andreas. Dommage

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