Gaston Lagaffe : critique qui sait pourquoi on n'a pas voulu lui montrer le film

Simon Riaux | 22 octobre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 22 octobre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Dans quelques siècles, quand les droïdes qui auront supplanté l’humanité étudieront la bande-dessinée franco-belge, ils regarderont probablement avec désolation leurs adaptations cinématographiques. Ce champ de ruines, qui aura choisi de grands emblèmes de la culture populaire comme agneaux sacrificiels destinés aux prime times de chaînes boulimiques, compte une nouvelle tombe : celle de Gaston Lagaffe, adapté par Pierre-François Martin-Laval, avec Théo Fernandez.

GAFFE AU NAVET ! 

Le doux dingue inventé par Franquin n’en est pas à sa première profanation. En 1981, Paul Boujenah réalisait Fais gaffe à la gaffe ! qui s’en inspirait déjà. Pétrifiant navet, le film témoignait cruellement des différences fondamentales qui opposent bande-dessinées et cinéma. On ignore si PEF alias Pierre-François Martin-Laval a pris connaissance de la chose, mais il joue malheureusement dans la même cour.

Il se heurte à la difficulté de mêler le rythme rapide du comic strip et celui d’une histoire au long cours. Gaston Lagaffe tente donc d’accoler à un récit convenu une batterie de happenings contenant les motifs de Franquin. Mais jamais les deux ne s’allient organiquement, transformant l’ensemble en un patchwork disharmonieux de sketchs grossiers. Ces derniers s’enchaînent sans la moindre notion de rythme ou de tempo, régulièrement défigurés par des effets spéciaux atroces, quand ce n’est pas carrément un mixage son déficient qui sabote les gags.

Ce ne sont pas non plus les personnages qui pourront sauver le métrage du fiasco. Gaston, écrit comme un héros de la start up nation au devenir de Youtubeur star n’est plus qu’un personnage secondaire (transformer un rêveur anar en obsédé du bio Macron-compatible, il fallait l’oser), qui laisse la place à Prunelle, que joue… Pierre-François Martin-Laval. C’est donc l’acteur-réalisateur qui prend les commandes de la narration, sitôt fini le générique qu’on jurerait sorti d’un numéro du Bigdil sous acides, dénaturant totalement le concept, et la dynamique de l’œuvre de Franquin.

 

PhotoLa légendaire voiture de Gaston

 

IDÉES NOIRES

Que PEF choisisse de phagocyter Gaston Lagaffe est agaçant, mais on se souvient que Alain Chabat ne faisait pas autre chose avec son excellent Astérix et Obélix : mission Cléopâtre. Le problème vient ici du fait que le metteur en scène n’a aucune idée de par où prendre le matériau d’origine, tout comme il est incapable de lui substituer un univers plus personnel.

 

Photo Théo FernandezEt oui, il y a un gag avec une vache qui pète

 

Citer, parfois avec maniaquerie, quelques cases de la bande-dessinée ou inventions du personnage principal ne suffit pas à garantir à l’ensemble une quelconque forme de cohérence esthétique. Des corps en mouvements, des accessoires bricolés et des couleurs criardes enregistrés par une caméra Arri Alexa ne pourront jamais traduire le rendu cartoonesque, fiévreux et enlevé de l’œuvre originale. L’affirmer est d’une banalité sans nom, mais Gaston Lagaffe s’entête pourtant à reproduire à l’écran des gestes qui échouent tous lamentablement sitôt qu’ils quittent leur berceau de papier.

Ce qui achève enfin de rendre le projet odieux n’est autre que son absolu manque de confiance en lui. Conscient peut-être d’avoir si peu à proposer au public de 2018, le métrage s’efforce de dragouiller une audience qu’il est persuadé de connaître. Références bio-écolo en pagaille, modernité greffée sans anesthésie et œillades aux youtubeurs dignes d’une Christine Boutin dopée au vin de messe un jour de Pentecôte, tout dans le film respire un opportunisme rance. Nul ne sait encore si le public se rendra en salles pour honorer ce Gaston Lagaffe, mais ce qui est sûr, c’est que les souvenirs de plusieurs générations de bédéphiles y ramperont pour mourir.

 

Affiche

Résumé

Un machin jamais drôle et techniquement honteux, qui plongera les amateurs de Franquin dans le désespoir et rayera durablement le cristallin des plus jeunes.

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commentaires
Numberz
24/10/2020 à 07:03

Heureusement ce film a été un sacré tremplin pour la carrière de theo Fernández.

Mokko
23/10/2020 à 17:14

Le film reprend assez bien tous les aspects des bd, je m'attendais a bien pire, j'ai passé un bon moment, un fan-service pas mauvais, le marsupilami était sympa aussi, après chacun ces gouts, la bd restera la meilleur des deux oeuvres.

sylvinception
23/10/2020 à 12:57

*Franquin, sorry...
(retour de karma ? lol)

sylvinception
23/10/2020 à 12:56

Oui ben robins des bois ou pas, ce film est une m*rde, en plus d'être une insulte à la mémoire de Frankin et à son personnage culte.

Miami81
23/10/2020 à 12:23

Ah là là.... vu hier pour la 1ère fois. En évacuant le jeu des acteurs, il n'est pas si mauvais que ça ce film, franchement, je l'ai regardé sans déplaisir. Je suis juste toujours étonné des budgets qui sont parfois alloués.... il y a des gars qui vendent vraiment bien leur projet ou des gars qui ont de l'argent à jeter par les fenêtres.
Après, j'ai lu quelques albums de l'œuvre originale, mais je ne suis pas un grand connaisseur de la BD.

RobinDesBois
23/10/2020 à 00:54

@phil06 merci ! Enfin quelqu'un qui aime et défend les Robins. Ils sont pour moi la meilleure troupe comique Française. Après on adhère ou pas à leurs délires mais moi ils m'ont fait pleurer de rire à l'époque comédie-canal+ et ont contribué à rendre mon adolescence moins morne. Et c'était pas seulement drôle c'était un vrai spectacle qu'il proposait à travers leurs sketchs: cascades, déguisements, décors (démolissable) , musique, galerie de personnage récurrents tous plus barrés les uns que les autres, humour loufoque et absurde insituable, pièces de théatres (la cape et l'épée), ils poussaient leurs délires à leur paroxysme jusqu'à atteindre un état d'exaltation.

Dirty Harry
14/08/2020 à 16:36

@ Beyond : je pense que la seule adaptation réussie de Gaston Lagaffe (en dehors des deux adaptations catastrophiques dont cette dernière vient rejoindre le précédent du frère de Boujenah) est le film "Libre et assoupi" : on y retrouve l'idée de la paresse poussée à son paroxysme mais sans les inventions (l'esprit et pas la lettre).

beyond
14/08/2020 à 12:52

Non mais à part Vincent Lacoste, qui pouvait jouer Lagaffe ? J'ai pas eu le courage de voir le film, donc je n'en dirai rien.

corle
14/08/2020 à 10:16

je suis pourtant un fin anlyste de film je ne comprend pas la haine et les critique negative envers ce film serieux.... je suis en plus très fan de la bad. JE trouve que PEF a fourni un gros effort dans le film jusqu'a recrerer les gestuelle des personnages, la voiture la gaphophone etc... vous dites que Prunelle est mis en avant.... vous pointer du doigt que PEF se met trop en avant avec sa triple casquette d'acteur scenariste real et que sais je encore, mais j'ai bien souvneir dans une BD en particulier que Prunelle etait presque le personnage principale et se heuretait continuellement aux gaffes de lagaffe, cette critique et plein d'autres sont a jeter à la poubelle. le film a certe des defaut mais je le trouve très tres fidele a la BD. 3.5/5 pour ma part

Phil06
13/08/2020 à 22:39

@Euh,
Les Robins des Bois sont une des meilleurs troupes que la comedie moderne ait pu avoir. PEF est très bon, mais on l’a mis dans une case dont il n’arrive plus a sortir (est-ce aussi une volonté de sa part?).
Marina Foïs est juste excellente, Rouve aussi, Barthelemy est très drôle et le reste de la troupe l’est tout aussi.
Ils avaient une bonne synergie ensemble. J’ai rigolé à l’epoque et j’en rigole encore aujourd’hui.

Je suis d’accord que quasi tous les films de PEF sont plats. Il s’essoufle c’est sûr. Mais de là a dire que son talent est nul et que son ancienne troupe l’est tout autant faut pas abuser non plus.
Les avis divergent, mais ne sois pas reducteur stp

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