Mary et la fleur de la sorcière : critique à l'école des sorciers

Christophe Foltzer | 20 février 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Christophe Foltzer | 20 février 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Ayant fait ses armes au célèbre studio Ghibli, Hiromasa Yonebayashi tente de prendre son envol depuis deux films et d'imposer son style dans un monde de l'animation en pleine recherche de lui-même. Mary et la fleur de la sorcière marque-t-il la naissance d'un nouveau visage incontournable ?

L'animation japonaise est dans une situation assez délicate en ce moment lorsque l'on parle de longs-métrages. Qu'on ne s'y trompe pas, elle n'est pas en crise, les projets se multiplient mais elle se cherche clairement un successeur. Si Hayao Miyazaki prépare un nouveau film, il parait évident que ce sera son dernier (encore que, ça fait 3 fois qu'il nous fait le coup de la retraite) et la "jeune" génération se bat pour prendre sa place.

Même s'il s'agit surtout d'un argument marketing, plusieurs réalisateurs tentent aujourd'hui de reprendre et de s'approprier cette formule qui a fait ses preuves : Mamoru Hosoda, Makoto Shinkai... Mais il faut aussi y ajouter le nom de Hiromasa Yonebayashi.

 

PhotoMary et la fleur de la sorcière donc...

 

MARY POTTER

Et c'est peut-être lui qui représente le successeur le plus naturel du Maître, puisqu'il est issu de son studio Ghibli, pour lequel il avait réalisé le très bon Arrietty : le petit monde des chapardeurs. Ayant pris son indépendance, il était ensuite allé réaliser Souvenirs de Marnie, un deuxième essai quelque peu déceptif, toujours magnifique sur la forme bien qu'un peu vide sur le fond et au rythme très irrégulier. Autant dire que son prochain projet ne devait pas se planter.

Comme dans pas mal de films du même genre, ce nouvel effort nous raconte l'histoire de Mary, gamine de 11 ans, qui vient de déménager à la campagne et qui s'ennuie ferme. Elle trouve une plante étrange dans la forêt, la fameuse Fleur de la Sorcière, qui lui donne des pouvoirs magiques et la transporte dans les airs jusqu'à l'école de magie d'Endor où elle est quasiment accueillie en héroïne. Là, elle va devoir se faire sa place, convaincre qu'elle est bel et bien une sorcière, à mesure qu'elle va découvrir que l'établissement cache un secret des plus sombres.

 

Photo

 

Fidèle à une formule qui a fait ses preuves, Mary et la fleur de la sorcière remplit parfaitement son cahier des charges en mettant en scène ses incontournables arguments : gamine paumée à la Chihiro, univers mystérieux, humour, magie et aventure, tout se passerait comme dans le meilleur des mondes si, encore une fois, Hiromasa Yonebayashi ne montrait pas très vite ses limites de conteur. En effet, et c'est d'autant plus étonnant que le film est une nouvelle fois adapté d'un livre pour enfants anglais (The Little Broomstick de Mary Stewart), le long-métrage pêche par un manque évident de rigueur scénaristique.

 

L'AVENTURE D'ENDOR

En effet, pendant toute sa durée, nous avons la désagréable impression qu'il cherche ce qu'il va bien pouvoir nous raconter, passant d'un postulat à un autre, tentant le genre de la comédie fantastique de quartier douce-amère pour bifurquer violemment vers le récit d'aventure sans aucune vraie préparation, Mary et la fleur de la sorcière se perd fort logiquement en chemin. Un manque d'une structure d'autant plus impardonnable qu'il s'appuye sur un matériau de base pré-existant. Mais on y sent surtout la volonté du réalisateur de reproduire la formule Ghibli (au sein de sa propre firme, le Studio Ponoc, qui va jusqu'à pasticher le logo de Ghibli), au détriment de l'oeuvre qu'il essaye de construire comme pour convaincre les spectateurs que le vrai successeur, c'est lui et personne d'autre.

 

Photo

 

En découle un déséquilibre particulièrement gênant et une histoire fourre-tout un peu vaine, même dans ses moments les plus spectaculaires qui ne sont au final guère surprenants puisque déjà vus ailleurs. Cette volonté de copie se voit d'emblée dans la forme du film, reprenant à la lettre le character-design et la mise en scène propres au Studio Ghibli. Alors certes, c'est très joli, impressionant par moments, mais il n'y a rien de vraiment neuf là-dedans. D'autant que le film traite de thèmes particulièrement sombres qui ne le destinent par forcément à un très jeune public. Contrairement à ce que l'on vous vendra, Mary et la fleur de la sorcière ne s'adresse pas aux tout petits puisqu'il nous cause quand même, et de façon assez brutale, de torture animale dans quelques séquences qui peuvent fortement marquer les esprits les plus jeunes.

Ceci dit, Mary et la fleur de la sorcière n'est pas non plus un mauvais film. Il comporte suffisamment de moments divertissants pour faire passer la pilule. Seulement, avec tout le talent de l'équipe et une histoire pareille, on s'attendait à autre chose qu'à une copie carbone d'un film de Miyazaki, la maturité et la profondeur en moins. Autant dire que le réalisateur n'aura pas le droit à l'erreur pour son prochain métrage.

 

Résumé

Déséquilibré et ne sachant pas vraiment ce qu'il veut raconter, Mary et la fleur de la sorcière nous réserve cependant quelques très beaux moments et saura plaire au public le moins exigeant. Le fan averti s'énervera par contre de cet entêtement qu'a le réalisateur de vouloir copier son ancien Maître alors qu'il ne s'intéresse, au fond, pas du tout aux mêmes thématiques.

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