Black Panther : critique blackout

Geoffrey Crété | 20 septembre 2020 - MAJ : 21/09/2020 15:22
Geoffrey Crété | 20 septembre 2020 - MAJ : 21/09/2020 15:22

Avant Avengers : Infinity War, il y a Black Panther de Ryan Coogler, première aventure solo du super-héros incarné par Chadwick Boseman. Après son apparition dans Captain America : Civil War, T'Challa de Wakanda débarque donc dans un film très attendu, notamment pour le symbole qu'il sera dans le contexte social et politique de 2018 aux Etats-Unis. Et le rendez-vous semble plus que manqué.

MÉTAL NOIR

DC a marqué un point avec Wonder Woman, leur premier film de super-héroïne, réalisé par une femme, dont le succès phénoménal en salles résonne encore aujourd'hui. En face, Marvel a enfin décidé de dégaîner Captain Marvel (prévu pour 2019), mais a orchestré un autre coup : Black Panther, premier super-héros noir du MCU, avec un réalisateur noir (Ryan Coogler) et un casting dans le même sens. Comme Wonder Woman, la panthère noire vit d'ailleurs derrière un champ d'invisibilité, qui sert autant à protéger son monde qu'à disparaître aux yeux des autres.

Apparu pour la première fois dans Captain America : Civil War, le prince T'Challa incarné par Chadwick Boseman a donc droit à son tour à une origin story, qui lève le voile sur le mystérieux royaume du Wakanda, gardé secret depuis des siècles en Afrique grâce au fameux vibranium (le métal utilisé pour créer le bouclier de Captain America), qui a permis à son peuple de créer toutes sortes de technologiques incroyables.

Black Panther serait donc un événement sur le papier, une date dans l'histoire moderne du super-héros, et la dernière étape avant la sortie d'Avengers : Infinity War en avril prochain. Mais c'est surtout l'un des films les plus ratés de l'univers Marvel.

 

Photo Chadwick BosemanNoir c'est noir

 

LA PANTHÈRE RONFLE

Black Panther donne la désagréable impression d'un produit vieillot et vide, particulièrement laid et mou, et d'une ringardise navrante. Après les trips spatiaux des Gardiens de la Galaxie Vol. 2 et Thor : Ragnarok, la renaissance teen movie de Spider-Man : Homecoming et les dimensions magiques de Doctor Strange, le film de Ryan Coogler renvoie aux heures les plus sombres du MCU. A une époque où, par excès de confiance ou pur cynisme même pas camouflé derrière un bel emballage, des Iron Man 2 ou Thor : Le monde des ténèbres arrivaient.

La première aventure de la panthère noire est l'un des Marvel les plus soporifiques, et la pire origin story d'un univers de plus en plus grand. Ici, il n'y a même pas le second degré d'un Thor ou d'un Ant-Man, ou l'ambition visuelle d'un Doctor Strange, pour masquer les limites d'un scénario calibré à l'extrême, qui ressemble à un interminable (2h30) couloir de dialogues et péripéties téléphonés. Il n'y a qu'une vilaine entreprise très fragile, qui ne trouve à aucun moment son identité entre le pseudo-discours politique, l'univers coloré et magique, l'aspect guerrier, et la naissance d'un super-héros voué à devenir une pièce importante des Avengers.

 

Photo Chadwick BosemanChadwick Boseman, maillon faible du MCU ?

 

Il y a en revanche une poignée de scènes d'action aussi laides que peu inventives, avec des images de synthèse très mal gérées, des chorégraphies trop classiques et un manque d'imagination désolant vu que le Wakanda est doté d'une technologie de pure science-fiction. Il y a des personnages désincarnés, du T'Challa monolithique aux figures parentales grotesques, en passant par des seconds rôles sous-écrits au point d'être régulièrement rangés au niveau des figurants. Il y a des acteurs embarrassants (Chadwick Boseman, Forest Whitaker) ou embarrassés, peu servis par une écriture d'une platitude affolante.

Même l'humour, pièce maîtresse de la formule Marvel et éternelle bouée de sauvetage des films, est un échec spectaculaire. En abaissant ce curseur pour laisser la place au super-héros politisé, puisque noir, le film se retrouve à ouvrir les vannes lors de courtes parenthèses parfaitement artificielles, notamment avec la pauvre Letitia Wright qui incarne la version Wakanda du M de James Bond. Au détour d'un gros plan sur des orteils, d'un gag en pleine bataille ou d'une réplique censée humaniser le héros, la gêne est réelle.

 

Photo Lupita Nyong'o, Danai GuriraDanai Gurira (à gauche) tire son épingle du jeu

 

LES GRIFFES DE L'ENNUI 

Autre problème : le discours qui se veut sérieux de Black Panther. S'il est évident que l'intrigue tente de mettre en scène de manière simplette une double vision du monde tendance Martin Luther King et Malcolm X, le point de vue est à la fois grossier et étrangement confus. Killmonger est présenté comme un homme blessé, rejété par sa communauté après que son père ait été tué par son oncle, et qui souhaite partager la richesse du Wakanda avec le reste du monde. Parce qu'il a grandi aux Etats-Unis après avoir été délaissé dans un quartier défavorisé, il a développé une soif de justice et un désir d'aider les plus démunis avec la puissance de son pays - lequel est parfaitement replié sur lui-même.

La gentille (et finalement insignifiante) Nakia (Lupita Nyong'o), celle que T'Challa aime, tient le même discours noble au début du film. Il faudra donc que Killmonger, incarné par Michael B. Jordan, vire au méchant destructeur en deux scènes excessives, avec l'habituel plan de domination du monde, pour rentrer dans les clous. Ou comment transformer un discours intéressant sur la lutte des classes et l'interventionnisme, en programme de blockbuster ordinaire. 

 

Photo Michael B. JordanUn antagoniste moins vide que d'habitude, au début du moins

 

D'autant que le spectacle est si peu assuré que le spectateur aura tout le loisir de somnoler ou s'interroger sur ce machin sans saveur. Black Panther a beau avoir un arsenal technologiquement fou, il n'y aura qu'une version high-tech du pilotage à distance ou quelques secousses supersoniques pour agrémenter les poursuites. Présenté comme un lieu extraordinaire, le Wakanda se résumera à quelques plans très larges sur les immeubles de la ville, un rail de métro moderne, des fleurs fluorescentes ou quelques rhinocéros sortis de l'esprit de Guy Ritchie.

Le climax du film, sur une grande pelouse décorée d'un morceau de béton et trois rochers, est à ce titre parmi les plus mous du MCU. Malgré la magie et la technologie omniprésentes, l'univers de Black Panther n'est pas palpable et manque cruellement d'imagination.

Sur cette triste et monotone scène de théâtre, seuls Andy Serkis et Danai Gurira parviennent à exister. Le maître de la performance capture incarne avec un plaisir régressif et communicatif ce grand méchant de comics, qui apporte sans mal quelques couleurs aux scènes. Et en générale de la garde royale, l'actrice de The Walking Dead tire son épingle du jeu grâce à un beau charisme, qui apporte notamment à ses scènes d'action une dimension plus bestiale et guerrière bienvenue. En quelques scènes, côté action ou humour (lors de l'amusante scène du casino), elle brille. De très maigres éléments qui ne peuvent sauver Black Panther de son statut à peu près instantané de joli ratage industriel.

 

Affiche

Résumé

Ennuyeux, plombé par un manque d'imagination, une intrigue molle et de vilaines images de synthèse, Black Panther est probablement l'un des pires Marvel depuis belle lurette.

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.

Lecteurs

(3.3)

Votre note ?

commentaires

Wakandais
25/09/2020 à 08:26

L'article est bien trop subjectif. Vous vous disiez : « écrivons une critique négative » avant même d'analyser le film et de prendre la plume.

Jyn2
23/09/2020 à 13:19

Les commentaires me désole...

Autant ceux qui n'ont pas aimez pour la trame du film et les effets speciaux etc. Vos arguments sont largement explicites et se tiennent.

Les autres que vos enfants, vos grands parents etc n'aient pas aimez...Ne fait pas foix de bonnes paroles. Ils n'ont pas la science infuse. Ne vous en sentez pas stupidement flatté !

EL je trouve votre articles très dur ! Et pas très objectifs !

Évidemment j'ai aimé le film, mais je comprends aussi pourquoi certains n'ont pas aimés.

Il y a de très bons acteurs pour ma part. Pour ceux qui ne connaissent rien à l'Afrique, il y a eu un véritable travail de recherche documentez-vous. Les effets spéciaux auraient pu certes être beaucoup mieux. Ryan Coogler n'est pas non plus un réalisateur des plus connu et il n'a certainement pas eu le même budget que les autres réalisateurs.
Je note que beaucoup soulignent que le dernier Thor était mieux, ce qui signifie que les 2 premiers volets étaient des navets donc ? Donc la comparaisons n'est pas folle...(pour avoir vu thor les 3 m'ont endormi mais c'est mon avis). D'autres juge que BP est un film pour enfant. Mais les Gardiens de la Galaxie se résume à quoi d'après-vous? C'est complètement marketter pour les enfants ! Et j'ai adoré les gardiens de la galaxie !

Trouvez de vrais arguments svp !

Pour l'argument de la couleur (qui ressort beaucoup trop à mon goût !). Faut pas se mentir beaucoup ne veulent pas voir d'acteurs ou de casting à fort pourcentage noir. Sauf que c'est exactement comment a été construit la BD ! Dommage pour vous.

Mais je me doute que tout le monde n'est pas si étroit d'esprit ! Il y en a qui n'aime juste pas le film en lui mm et c'est votre droit, on est pas obligé d'aimer et ce peut importe la couleur du casting !

Mais personne n'a dit qu'il fallait aimé le film juste pcq il y avait un casting noir. Là ce genre de commentaire est totalement raciste ! Et inacceptable.

Si ce film Marvel ne se resume qu'à la couleur, vous êtes donc passez à côté de beaucoup de messages bien plus important !

Je reprends l'exemple de Captain America (qui est mon personnage préféré des MCU d'ailleurs) pour moi le msg derrière le héro est très claire ! Ça couleur ne rentre même pas en compte! Penchez-vous sur les BD d'abord ça vous aidera à faire des commentaires plus construits et à respecter le travail et le message des créateurs d'origines.

À bon entendeur...

Jokjc
22/09/2020 à 12:43

2 étoiles...?
L'un des pires films du MCU ?
Et vous mettez Thor et les IR 2 et 3 en négatif ?

Désolé encore une incompréhension
Acteurs, BO et design au top.
Le scénario est en effet pas assez étoffé mais pour une origine story, il se débrouille bien.
3,5!

Rouge carré
22/09/2020 à 08:25

Kyle Reese bah ça ne change absolument pas mon com si?
Glowy c’est quoi le rapport à part de la condescendance?
J’ai passé les 30 ans donc bon.
Et même si j’avais 9 ans, j’aurai forcément des goûts inférieurs aux tiens vieille couille ?

Caracalla
21/09/2020 à 23:29

La pire partie de ce film c'est quand tout le monde nous apprenait, sans ménagement ou vérification (c'est vrai c'est pas comme s'il existait un outil réunissant la plupart des connaissances humaines à porter de mains ...) que c'était le premier Film de Super-Héro Black.

Je suis sûr que Wesley Snipes et Michael Jai White seraient d'un autre avis.

Et je suis d'accord avec Ecran Large, pour un film qui s'appelle "Black Panther" ça reste gentillet en terme discours. Mais vu que pour beaucoup prendre la posture de l'engagement est largement suffisant pour être porter au pinacle. Pourquoi se fouler, quand il suffit de faire comme si.

Wonder Woman et Black Panther ont des classements Rotten Tomatoes assez inquiétants.
Qui a dit Progressisme Marketing ?

Eddie Felson
21/09/2020 à 22:11

Un bon Marvel mais aussi une oeuvre témoin de son époque. Un vrai bon film. C’est déjà ça.

Glowy
21/09/2020 à 12:00

@Rouge carré du coup pour toi c'est carré blanc.... mais tu ne dois pas avoir connu cette époque....

Particule Generator
21/09/2020 à 11:11

vu le budget, ils auraient pu avoir des CGI au top!
des decors laids
le Wakanda Africain restera a jamais un delir de Science fiction,de nos jour c'est plutor rempli de shit holes

Kyle Reese
21/09/2020 à 11:10

@Rouge Carré

Apprend déjà à lire tous les mots d’une phrase pour commencer.

« au de dessus de la MOYENNE des films Marvel »

C’est un vrai plaisir d’échanger avec toi.

Andarioch1
21/09/2020 à 07:46

J'aimerais revenir sur Chadewick Boseman. Quand j'ai vu le film, je lui ai trouvé le charisme d'une huitre. Pourtant il dépotait dans civil war. Et je sais, pour l'avoir vu interpréter James Brown, qu'il est capable de dévorer l'écran.
Alors quoi? La coolitude Disney affadit forcement tout ce qu'elle touche? Le réal ne sait pas diriger ses acteurs? Le scénar, en faisant d'un monarque guerrier un sous James Bond période Roger Moore en fin de règne enkyste le talent des acteurs?

Plus

votre commentaire