Black Panther : critique blackout

Créé : 6 février 2018 - Geoffrey Crété

Avant Avengers : Infinity War, il y a Black Panther de Ryan Coogler, première aventure solo du super-héros incarné par Chadwick Boseman. Après son apparition dans Captain America : Civil War, T'Challa de Wakanda débarque donc dans un film très attendu, notamment pour le symbole qu'il sera dans le contexte social et politique de 2018 aux Etats-Unis. Et le rendez-vous semble plus que manqué.

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MÉTAL NOIR

DC a marqué un point avec Wonder Woman, leur premier film de super-héroïne, réalisé par une femme, dont le succès phénoménal en salles résonne encore aujourd'hui. En face, Marvel a enfin décidé de dégaîner Captain Marvel (prévu pour 2019), mais a orchestré un autre coup : Black Panther, premier super-héros noir du MCU, avec un réalisateur noir (Ryan Coogler) et un casting dans le même sens. Comme Wonder Woman, la panthère noire vit d'ailleurs derrière un champ d'invisibilité, qui sert autant à protéger son monde qu'à disparaître aux yeux des autres.

Apparu pour la première fois dans Captain America : Civil War, le prince T'Challa incarné par Chadwick Boseman a donc droit à son tour à une origin story, qui lève le voile sur le mystérieux royaume du Wakanda, gardé secret depuis des siècles en Afrique grâce au fameux vibranium (le métal utilisé pour créer le bouclier de Captain America), qui a permis à son peuple de créer toutes sortes de technologiques incroyables.

Black Panther serait donc un événement sur le papier, une date dans l'histoire moderne du super-héros, et la dernière étape avant la sortie d'Avengers : Infinity War en avril prochain. Mais c'est surtout l'un des films les plus ratés de l'univers Marvel.

 

Photo Chadwick Boseman

 

LA PANTHÈRE RONFLE

Black Panther donne la désagréable impression d'un produit vieillot et vide, particulièrement laid et mou, et d'une ringardise navrante. Après les trips spatiaux des Gardiens de la Galaxie Vol. 2 et Thor : Ragnarok, la renaissance teen movie de Spider-Man : Homecoming et les dimensions magiques de Doctor Strange, le film de Ryan Coogler renvoie aux heures les plus sombres du MCU. A une époque où, par excès de confiance ou pur cynisme même pas camouflé derrière un bel emballage, des Iron Man 2 ou Thor : Le monde des ténèbres arrivaient.

La première aventure de la panthère noire est l'un des Marvel les plus soporifiques, et la pire origin story d'un univers de plus en plus grand. Ici, il n'y a même pas le second degré d'un Thor ou d'un Ant-Man, ou l'ambition visuelle d'un Doctor Strange, pour masquer les limites d'un scénario calibré à l'extrême, qui ressemble à un interminable (2h30) couloir de dialogues et péripéties téléphonés. Il n'y a qu'une vilaine entreprise très fragile, qui ne trouve à aucun moment son identité entre le pseudo-discours politique, l'univers coloré et magique, l'aspect guerrier, et la naissance d'un super-héros voué à devenir une pièce importante des Avengers.

 

Photo Chadwick BosemanChadwick Boseman, maillon faible du MCU ?

 

Il y a en revanche une poignée de scènes d'action aussi laides que peu inventives, avec des images de synthèse très mal gérées, des chorégraphies trop classiques et un manque d'imagination désolant vu que le Wakanda est doté d'une technologie de pure science-fiction. Il y a des personnages désincarnés, du T'Challa monolithique aux figures parentales grotesques, en passant par des seconds rôles sous-écrits au point d'être régulièrement rangés au niveau des figurants. Il y a des acteurs embarrassants (Chadwick Boseman, Forest Whitaker) ou embarrassés, peu servis par une écriture d'une platitude affolante.

Même l'humour, pièce maîtresse de la formule Marvel et éternelle bouée de sauvetage des films, est un échec spectaculaire. En abaissant ce curseur pour laisser la place au super-héros politisé, puisque noir, le film se retrouve à ouvrir les vannes lors de courtes parenthèses parfaitement artificielles, notamment avec la pauvre Letitia Wright qui incarne la version Wakanda du M de James Bond. Au détour d'un gros plan sur des orteils, d'un gag en pleine bataille ou d'une réplique censée humaniser le héros, la gêne est réelle.

 

Photo Lupita Nyong'o, Danai GuriraDanai Gurira (à gauche) tire son épingle du jeu

 

LES GRIFFES DE L'ENNUI 

Autre problème : le discours qui se veut sérieux de Black Panther. S'il est évident que l'intrigue tente de mettre en scène de manière simplette une double vision du monde tendance Martin Luther King et Malcolm X, le point de vue est à la fois grossier et étrangement confus. Killmonger est présenté comme un homme blessé, rejété par sa communauté après que son père ait été tué par son oncle, et qui souhaite partager la richesse du Wakanda avec le reste du monde. Parce qu'il a grandi aux Etats-Unis après avoir été délaissé dans un quartier défavorisé, il a développé une soif de justice et un désir d'aider les plus démunis avec la puissance de son pays - lequel est parfaitement replié sur lui-même.

La gentille (et finalement insignifiante) Nakia (Lupita Nyong'o), celle que T'Challa aime, tient le même discours noble au début du film. Il faudra donc que Killmonger, incarné par Michael B. Jordan, vire au méchant destructeur en deux scènes excessives, avec l'habituel plan de domination du monde, pour rentrer dans les clous. Ou comment transformer un discours intéressant sur la lutte des classes et l'interventionnisme, en programme de blockbuster ordinaire. 

 

Photo Chadwick Boseman, Michael B. JordanChadwick Boseman vs Michael B. Jordan 

 

D'autant que le spectacle est si peu assuré que le spectateur aura tout le loisir de somnoler ou s'interroger sur ce machin sans saveur. Black Panther a beau avoir un arsenal technologiquement fou, il n'y aura qu'une version high-tech du pilotage à distance ou quelques secousses supersoniques pour agrémenter les poursuites. Présenté comme un lieu extraordinaire, le Wakanda se résumera à quelques plans très larges sur les immeubles de la ville, un rail de métro moderne, des fleurs fluorescentes ou quelques rhinocéros sortis de l'esprit de Guy Ritchie.

Le climax du film, sur une grande pelouse décorée d'un morceau de béton et trois rochers, est à ce titre parmi les plus mous du MCU. Malgré la magie et la technologie omniprésentes, l'univers de Black Panther n'est pas palpable et manque cruellement d'imagination.

Sur cette triste et monotone scène de théâtre, seuls Andy Serkis et Danai Gurira parviennent à exister. Le maître de la performance capture incarne avec un plaisir régressif et communicatif ce grand méchant de comics, qui apporte sans mal quelques couleurs aux scènes. Et en générale de la garde royale, l'actrice de The Walking Dead tire son épingle du jeu grâce à un beau charisme, qui apporte notamment à ses scènes d'action une dimension plus bestiale et guerrière bienvenue. En quelques scènes, côté action ou humour (lors de l'amusante scène du casino), elle brille. De très maigres éléments qui ne peuvent sauver Black Panther de son statut à peu près instantané de joli ratage industriel.

 

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Résumé

Ennuyeux, plombé par un manque d'imagination, une intrigue molle et de vilaines images de synthèse, Black Panther est probablement l'un des pires Marvel depuis belle lurette.

commentaires

gnagna 19/05/2018 à 14:35

Pour moi le film est mauvais, à commencer par son rôle-titre. Les exécutifs ont dû sentir le symbole politique qu'il y avait à proposer un super-héros noir, du coup il en ont fait un héros trop lisse, trop gentil, trop propret... bref chiant.
Le méchant est intéressant, mais son plan aurait dû être plus avancé. Voir les populations "laissées de côté" des pays développés se révolter et soutenus par un pays puissant, ça a de la gueule (mais ça génère un positionnement qui ne s'accorde pas vraiment aux canons de Marvel et à sa politique de neutralité), et ça aurait nécessité un second film.
Le Wakanda enfin me pose problème; on en parle comme d'un pays sur-développé, mais au final tout ce qu'on en voit (à part une barrière magique et des plans larges) c'est un amoncellement de prototypes entreposés dans un laboratoire secret, digne de James Bond. Le Wakanda est en avance depuis l'aube des temps mais il a fallu attendre notre époque qu'une scientifique crée le métro... Enfin que dire de la bataille finale, où une tribu restée à l'écart et à l'âge de pierre fait la différence dans une guerre civile d'un pays aussi développé... tout cela est incohérent avec le postulat de base ("le Wakanda est un pays resté caché et sur-technologique"). J'aurais préféré voir en quoi ce développement était profitable à la population locale, mais ça aurait nécessité beaucoup plus d'imagination.
Et comme les moments d'actions sont mauvais (la bataille finale sur un gazon lisse et une pierre, wouah), ça ne rachète pas.
Au final BP souffre de son manque total d'imagination, alors que le terrain était justement propice (sur le papier le Wakanda c'est intéressant et ça permet d'imaginer beaucoup de choses). Vraiment, pour moi l'un des pires Marvel.

Moi 12/05/2018 à 20:48

Critique bien trop sévère. Ce film est loin d'être une calamité. Iron man 2 et les 2 premiers Thor le sont. Celui ci n'est absolument pas à ce niveau.

Baneath88 02/04/2018 à 10:43

C'est curieux. J'ai l'impression qu'une partie du monde traverse une phase d'hallucination concernant Black Panther, néanmoins je vous trouve encore trop indulgent avec le film. Personnellement, j'y ai vu peut être la pire proposition de Marvel depuis 2008. Pourtant - et curieusement - l'intrigue n'est pas réellement en cause. D'accord, elle n'a rien d'original mais rien de particulièrement honteux non plus. Non, ce qui cloche, c'est un cumul de mauvaises décisions particulièrement problématiques. D'une part, le film est esthétiquement laid (les SFX sont particulièrement bâclés au point d'en devenir risibles). Les acteurs sont complètement à la ramasse (Chadwick Boseman insipide, Forest Whitaker ou Andy Serkis aux fraises). Le personnage de Michael B.Jordan a le mérite de proposer un bad guy plus intéressant qu'à l'accoutumée, mais il est sabordé avec une futilité crasseuse. Malgré le symbole, établir une analogie entre Martin Luther King/Malcolm X et Black Panther/Killmonger me semble même carrément insultant pour les icônes historiques. Pas sûr qu'ils se seraient sentis honorés par un Wakanda présenté en système féodal dont les principales traditions tribales participent à donner une vision particulièrement dégradante de ses personnages.
Il est particulièrement désespérant de voir qu'un film de ce type soit présenté comme le "renouveau" de Marvel quand on reproduit encore la même formule et propose un produit encore plus désincarné que d'habitude en se parant d'un opportunisme aussi outrancier.

Ghosta 16/03/2018 à 19:09

Correction importante, il ne s'agit pas du 1er heros "BLACK" mais du 1er hero Africain... pas afro-américain ou noir.
c'est fou comme ce film divise on passe du très bon a la daube sans nom. ça prouve que les gouts et les couleurs ne se discute pas mais au bout d'un moment il faut arrêter de dire que ce film va provoquer des appel au meute de blancs qui ont critiqués le film.
ça reste un film un divertissement et moi le film m'a bien diverti... un peu aussi grâce a la diversité inversé.

MonsieurToutLeMonde 15/03/2018 à 09:09

Vu le film samedi ... pas terrible, lent, effets spéciaux moyens, lent, lent, lent et surtout lent.
Thor ragnarok est bien meilleur que Black Panther

Chester 07/03/2018 à 01:09

Enfin une critique qui me confirme ne pas avoir basculé dans la 4e dimension.. (1/5 de la salle est parti avant la fin ; mon amie et moi nous lancions des coups d'oeil pour deviner si l'un ou l'autre allait craquer à son tour..)
Bref j'ai eu du mal à trouver un avis qui nous conforte dans notre position sur le net (je ne crierai pas au complot cosmique, mais j'ai rarement vu autant d'éloge pour si peu).
Un joli gâchis de pellicule qui aura fait couler beaucoup d'encre...

tom's 01/03/2018 à 23:14

je sors d'une séance et voila oui d'accord avec vous hélas entre une afrique fanstasmé (typique de l'afroamericanisme, et tellement mal pensé,trop trop long, et tellement marvelien dans son deroulement,les effets spéciaux limite et mal filmé,ennuyant n'arrive mme pas a nous divertir et vraiment les mme défauts d'un marvel a l'autre .MARRE que ce studio se fourvoi pour faire du fric,imaginer par ex un iron man sans etre avenger qui parlerais de l'alcoolisme du perso ca ce serait valable et bien je lisais a 8ans et deja comprenais le sens du truc,l'erreur de ces films est de faire une serie tv (mme equipe visuel ect,seconde equipe) se ressemble tous a nous prendre pur des abrutis jespere qu'a la fin d'avengers il se rendont compte de leur boulette mais vu le carton au box office de celui ci c'est pas gagné je prefere l'exploit par la fox de ces persos

Pitch 28/02/2018 à 21:23

Extrêmement décevant et ennuyeux. Une vraie desolation.
À Éviter !!!!!

Frk 26/02/2018 à 13:04

On s'attendait à mieux...
Film vu qui se résume à la scène de fin, un peu aprés le générique : prévisible, et ennuyeux

lemon 26/02/2018 à 11:02

Mais en fait, vous aviez raison ! c'est nul ! il s'est passé quoi sur Terre ? où alors c'est un complot...

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