Black Panther : critique blackout

Geoffrey Crété | 22 avril 2021 - MAJ : 22/04/2021 18:52
Geoffrey Crété | 22 avril 2021 - MAJ : 22/04/2021 18:52

Black Panther, ce soir à 21h15 sur TMC.

Avant Avengers : Infinity War, il y a Black Panther de Ryan Coogler, première aventure solo du super-héros incarné par Chadwick Boseman. Après son apparition dans Captain America : Civil War, T'Challa de Wakanda débarque donc dans un film très attendu, notamment pour le symbole qu'il sera dans le contexte social et politique de 2018 aux Etats-Unis. Et le rendez-vous semble plus que manqué.

MÉTAL NOIR

DC a marqué un point avec Wonder Woman, leur premier film de super-héroïne, réalisé par une femme, dont le succès phénoménal en salles résonne encore aujourd'hui. En face, Marvel a enfin décidé de dégaîner Captain Marvel (prévu pour 2019), mais a orchestré un autre coup : Black Panther, premier super-héros noir du MCU, avec un réalisateur noir (Ryan Coogler) et un casting dans le même sens. Comme Wonder Woman, la panthère noire vit d'ailleurs derrière un champ d'invisibilité, qui sert autant à protéger son monde qu'à disparaître aux yeux des autres.

Apparu pour la première fois dans Captain America : Civil War, le prince T'Challa incarné par Chadwick Boseman a donc droit à son tour à une origin story, qui lève le voile sur le mystérieux royaume du Wakanda, gardé secret depuis des siècles en Afrique grâce au fameux vibranium (le métal utilisé pour créer le bouclier de Captain America), qui a permis à son peuple de créer toutes sortes de technologiques incroyables.

Black Panther serait donc un événement sur le papier, une date dans l'histoire moderne du super-héros, et la dernière étape avant la sortie d'Avengers : Infinity War en avril prochain. Mais c'est surtout l'un des films les plus ratés de l'univers Marvel.

 

Photo Chadwick BosemanNoir c'est noir

 

LA PANTHÈRE RONFLE

Black Panther donne la désagréable impression d'un produit vieillot et vide, particulièrement laid et mou, et d'une ringardise navrante. Après les trips spatiaux des Gardiens de la Galaxie Vol. 2 et Thor : Ragnarok, la renaissance teen movie de Spider-Man : Homecoming et les dimensions magiques de Doctor Strange, le film de Ryan Coogler renvoie aux heures les plus sombres du MCU. A une époque où, par excès de confiance ou pur cynisme même pas camouflé derrière un bel emballage, des Iron Man 2 ou Thor : Le monde des ténèbres arrivaient.

La première aventure de la panthère noire est l'un des Marvel les plus soporifiques, et la pire origin story d'un univers de plus en plus grand. Ici, il n'y a même pas le second degré d'un Thor ou d'un Ant-Man, ou l'ambition visuelle d'un Doctor Strange, pour masquer les limites d'un scénario calibré à l'extrême, qui ressemble à un interminable (2h30) couloir de dialogues et péripéties téléphonés. Il n'y a qu'une vilaine entreprise très fragile, qui ne trouve à aucun moment son identité entre le pseudo-discours politique, l'univers coloré et magique, l'aspect guerrier, et la naissance d'un super-héros voué à devenir une pièce importante des Avengers.

 

Photo Chadwick BosemanChadwick Boseman, maillon faible du MCU ?

 

Il y a en revanche une poignée de scènes d'action aussi laides que peu inventives, avec des images de synthèse très mal gérées, des chorégraphies trop classiques et un manque d'imagination désolant vu que le Wakanda est doté d'une technologie de pure science-fiction. Il y a des personnages désincarnés, du T'Challa monolithique aux figures parentales grotesques, en passant par des seconds rôles sous-écrits au point d'être régulièrement rangés au niveau des figurants. Il y a des acteurs embarrassants (Chadwick Boseman, Forest Whitaker) ou embarrassés, peu servis par une écriture d'une platitude affolante.

Même l'humour, pièce maîtresse de la formule Marvel et éternelle bouée de sauvetage des films, est un échec spectaculaire. En abaissant ce curseur pour laisser la place au super-héros politisé, puisque noir, le film se retrouve à ouvrir les vannes lors de courtes parenthèses parfaitement artificielles, notamment avec la pauvre Letitia Wright qui incarne la version Wakanda du M de James Bond. Au détour d'un gros plan sur des orteils, d'un gag en pleine bataille ou d'une réplique censée humaniser le héros, la gêne est réelle.

 

Photo Lupita Nyong'o, Danai GuriraDanai Gurira (à gauche) tire son épingle du jeu

 

LES GRIFFES DE L'ENNUI 

Autre problème : le discours qui se veut sérieux de Black Panther. S'il est évident que l'intrigue tente de mettre en scène de manière simplette une double vision du monde tendance Martin Luther King et Malcolm X, le point de vue est à la fois grossier et étrangement confus. Killmonger est présenté comme un homme blessé, rejété par sa communauté après que son père ait été tué par son oncle, et qui souhaite partager la richesse du Wakanda avec le reste du monde. Parce qu'il a grandi aux Etats-Unis après avoir été délaissé dans un quartier défavorisé, il a développé une soif de justice et un désir d'aider les plus démunis avec la puissance de son pays - lequel est parfaitement replié sur lui-même.

La gentille (et finalement insignifiante) Nakia (Lupita Nyong'o), celle que T'Challa aime, tient le même discours noble au début du film. Il faudra donc que Killmonger, incarné par Michael B. Jordan, vire au méchant destructeur en deux scènes excessives, avec l'habituel plan de domination du monde, pour rentrer dans les clous. Ou comment transformer un discours intéressant sur la lutte des classes et l'interventionnisme, en programme de blockbuster ordinaire. 

 

Photo Michael B. JordanUn antagoniste moins vide que d'habitude, au début du moins

 

D'autant que le spectacle est si peu assuré que le spectateur aura tout le loisir de somnoler ou s'interroger sur ce machin sans saveur. Black Panther a beau avoir un arsenal technologiquement fou, il n'y aura qu'une version high-tech du pilotage à distance ou quelques secousses supersoniques pour agrémenter les poursuites. Présenté comme un lieu extraordinaire, le Wakanda se résumera à quelques plans très larges sur les immeubles de la ville, un rail de métro moderne, des fleurs fluorescentes ou quelques rhinocéros sortis de l'esprit de Guy Ritchie.

Le climax du film, sur une grande pelouse décorée d'un morceau de béton et trois rochers, est à ce titre parmi les plus mous du MCU. Malgré la magie et la technologie omniprésentes, l'univers de Black Panther n'est pas palpable et manque cruellement d'imagination.

Sur cette triste et monotone scène de théâtre, seuls Andy Serkis et Danai Gurira parviennent à exister. Le maître de la performance capture incarne avec un plaisir régressif et communicatif ce grand méchant de comics, qui apporte sans mal quelques couleurs aux scènes. Et en générale de la garde royale, l'actrice de The Walking Dead tire son épingle du jeu grâce à un beau charisme, qui apporte notamment à ses scènes d'action une dimension plus bestiale et guerrière bienvenue. En quelques scènes, côté action ou humour (lors de l'amusante scène du casino), elle brille. De très maigres éléments qui ne peuvent sauver Black Panther de son statut à peu près instantané de joli ratage industriel.

 

Affiche

Résumé

Ennuyeux, plombé par un manque d'imagination, une intrigue molle et de vilaines images de synthèse, Black Panther est probablement l'un des pires Marvel depuis belle lurette.

Autre avis Antoine Desrues
On espérait voir Ryan Coogler transcender l'exercice marvellien. Malheureusement, même si Black Panther part avec quelques pistes de réflexion intéressantes sur les cultures africaines et leur appropriation par l'Occident, l'ensemble souffre d'enjeux simplistes et d'un manque de folie impardonnable au vu de son potentiel.
Autre avis Alexandre Janowiak
Malgré un côté shakespearien intrigant et un propos politique pas anodin, Black Panther reste une origin story assez banale. Entre la mise en scène fade de Coogler et la narration sans panache, le long-métrage Marvel manque de rythme et de puissance, se rêvant plus inspirant qu'il ne l'est vraiment. Dommage.
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Lecteurs

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commentaires
Cube back in black
22/07/2021 à 22:39

Pour le coup pas du tout d’accord
C’est un des meilleurs films du MCU
Visuellement magnifique un acteur incroyablement charismatique et une excellente histoire
Bravo et on en redemande

Que la force soit
20/05/2021 à 16:27

Les commentaires résument bien la qualité scénaristique et cinématographique de l'oeuvre.Une histoire incompréhensible d'un royaume de nulle part qui a des valeurs de l'age primitif.Des clichés sur des tribus africaines qui ne sont plus d'actualité.Et enfin une ringardise dont les acteurs font tout pour se défaire en vain.Beaucoup de moyens pour un film qui ne marquera pas l'histoire du cinéma;sauf si on adhère aux récits des années 50/60 avec leurs paillettes,les pagnes des acteurs et les dialogues débiles.

qUE LA fORCE SOIT AVEC TOI
20/05/2021 à 16:21

SZZ

Matrix R
25/04/2021 à 16:58

Gâchis ultime. Un film écoeurant. Tous les acteurs sont mauvais. Chef Bosrman est plat. Michael B est dans l'outrance, Serais dans la surenchère comique

Miglou achète le MCU
24/04/2021 à 10:41

Étant en cours d’acquisition des films du MCU je regarde à droite à gauche le classement des films du pire au meilleur et ce film constitue un cas particulier non pas pour ses qualités propres mais pour le contexte politique particulier qui l’entour.
En gros tous les sites anglo-saxons dans une frénésie de repentance et de sauve qui peut devant le grand Woke classent ce film contre toute objectivité numéro 1 et au pire Numéro 3. On voit bien ici l’emprise de la mauvaise conscience de ces sociétés qui 150 ans après la guerre de sécession
, 5 ans après Obama en sont toujours à n’avoir pas réformé en profondeur la société. On voit aussi la veulerie du critique prêt à vendre son avis contre un sauf conduit !
Heureusement ces sujets se posent différemment ici ce qui permet de restituer la valeur d’un film du seul point de vue artistique indépendamment d’une lecture de circonstance
Bravo

Kay1
23/04/2021 à 15:59

Un bon Marvel , mais pas spécialement un très bon film . Je me suis pas ennuyé, mais c’est surtout dû au casting ( et encore Bosman est moins charismatique, moins impressionnant que dans Civil War. Un bon scénario, de bons antagonistes , certains plans sont super beaux ( accession du trône par Killmonger), d’autres très laids .
Mais c’est loin d’etre Le plus mauvais film du MCU ( je trouve les gardiens de la galaxie 10 fois plus mauvais ) mais loin du niveau d’un Iron Man ou du premier Avengers.

Pseudo1
23/04/2021 à 10:59

Rien d'autre hier à la tv, donc je me suis décidé à lui redonner une chance...
Ben rien à faire, et pas grand chose à sauver de ce naufrage, à part : Danai Gurira, Winston Duke (M'Baku, ce mec réussit à péter la classe malgré les faiblesses de ses scènes), Andy Serkis (son méchant est l'un des meilleurs du MCU, quel gâchis de l'avoir baclé à ce point) et la scène du casino.
Le fait d'avoir respecté certains éléments de la culture africaine est également un atout, mais ça semble tellement carton-pâte que ça ne fonctionne pas...
Bref, l'un des pires du MCU avec Thor 2 pour ma part (Iron Man 2 ne volait pas haut, mais ça passait avec quelques bonnes scènes et il avait le bon goût d'être sauvé par les performances de RDJ et Rourke).

Black Awakening
23/04/2021 à 08:00

ah les critiques ne veulent toujours pas nous parler de la figure dite "Osiris Posen", FrancMaçonne que les heros du wakanda font à longueur de film,...
ils ont qu'a regarder sur le moteur de recherche, ce que çà veut dire visuellement,.. quant au fond... parfaitment Satanique le truc....

Gégéleroutier
22/04/2021 à 20:14

C'est une blague du premier avril votre critique, non ? Andy Serkis qui tire son épingle du jeu alors qu'il est insupportable tellement il cabotine ?

Arnaud (le vrai)
22/04/2021 à 16:40

En tout cas vous allez vous prendre les foudres de Debilos, ça va pas faire un pli :D

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