3 Billboards - Les panneaux de la vengeance : critique uppercut

Créé : 21 décembre 2017 - Geoffrey Crété

En 2008, Bons baisers de Bruges n'a pas seulement racheté une notoriété à Colin Farrell après quelques revers de fortune : il a révélé le réalisateur Martin McDonagh, homme de théâtre venu au cinéma avec un court-métrage couronné aux Oscars. Et après un 7 psychopathes moins célébré, il est de retour au sommet avec 3 Billboards - Les panneaux de la vengeance, une petite merveille portée par une éblouissante Frances McDormand.

Photo Frances McDormand
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BONS BAISERS DU MISSOURI

La petite ville d'Ebbing dans le Missouri abrite une bombe à retardement : Mildred Hayes. Depuis que sa fille a été violée et sauvagement tuée à quelques centaines de mètres de sa maison, le long d'une route isolée, plusieurs mois se sont écoulés et l'enquête est au point mort. Un soir presque comme les autres, elle a une idée, pour crier sa soif de justice et sa colère : elle installe un message à l'adresse du chef de la police sur trois énormes panneaux publicitaires abandonnés.

Une déclaration de guerre et de douleur pour cette femme meurtrie, et un point de départ improbable pour ce qui est presque "tiré d'une histoire vraie". Lorsqu'il aperçoit par hasard depuis la fenêtre d'un bus des panneaux où une personne a affiché sa colère contre la police, Martin McDonagh n'a pas encore réalisé Bons baisers de Bruges et 7 psychopathes, mais est profondément marqué par l'image. Dix-sept ans après, il en tirera 3 Billboards (accompagné d'un sous-titre encombrant en français, Les Panneaux de la veangeance), une comédie grinçante et profonde, d'une drôlerie et d'une humanité irrésistibles, et son meilleur film à ce jour.

 

Photo Frances McDormand

Frances McDormand vs the world

 

LES RAISONS DE LA COLÈRE

Première évidence : Frances McDormand est absolument éblouissante. Chaque réplique, chaque silence, chaque regard, chaque geste, est la démonstration de ses immenses talents d'actrice. Talents qui n'ont pas faibli depuis ses premiers pas chez Sam Raimi, Robert Altman, Alan Parker et les incontournables frères Coen, jusqu'à la superbe mini-série Olive Kitteridge en 2014, mais qui retrouvent dans 3 Billboards - Les panneaux de la vengeance une dimension folle. Son interprétation est d'une puissance d'autant plus fabuleuse et féroce que l'actrice ne souligne rien, n'appuie aucune des émotions, et ne déballe pas l'artillerie hollywoodienne ordinaire.

 

Photo Frances McDormand

Frances McDormand casse tout à l'écran et dans le cœur du spectateur

 

Frances McDormand impose une maîtrise tranquille mais d'une précision affolante, avec un sens du timing comique et dramatique rarement égalé. Elle est extrêmement drôle, profondément touchante, parfaitement cruelle, totalement unique. C'est largement suffisant pour permettre d'excuser son casting presque trop facile, tant ce rôle de femme renfrognée, sarcastique et indomptable est un motif qui parcourt toute sa filmographie. Car peu importe la sensation : l'actrice donne l'impression d'être redécouverte, de n'avoir jamais été filmée ou vue au cinéma avant tant elle imprime sa présence magnétique à l'écran.

Dans la même idée, Martin McDonagh caste Woody HarrelsonSam Rockwell (nommé aux Golden Globes et lancé vers une nomination aux Oscars), Caleb Landry JonesPeter DinklageJohn HawkesClarke Peters ou encore Lucas Hedges dans des rôles qui leur vont presque trop parfaitement. Ce qui aurait pu être une distribution sans folie se révèle pourtant d'une évidence folle, chaque acteur étant excellent - hormis peut-être Abbie Cornish, moins solide.

 

Photo Sam Rockwell, Woody Harrelson

Woody Harrelson et Sam Rockwell, les autres piliers du film 

 

HUMAN AFTER ALL 

Ce qu'il y a de presque magique dans 3 Billboards, c'est sa manière de reprendre des motifs, des scènes et des thématiques bien connus, voire attendus, mais en les assemblant pour donner la sensation que le film devait exister. L'histoire de Mildred n'est au fond rien de plus que celle d'un deuil explosif et de rédemptions, avec un cheminement prévisible des protagonistes.

Mais hormis quelques petites choses un peu trop soulignées, la mécanique dramatico-comique est d'une efficacité redoutable, à la fois dans le fond et dans la forme. Réalisateur et scénariste, Martin McDonagh donne à chaque scène une force simple et naturelle, avec un équilibre brillant entre la légèreté et la brutalité. Les dialogues parfaitement savoureux sont également servis par des situations superbes, où le réalisateur n'hésite pas à sortir des sentiers battus. Sa façon de jongler entre un humour cruel tordant et une tendresse désarmante relève du petit miracle, tant elle aurait pu sombrer dans une banalité embarrassante de film indé carré. Que la mise en scène, sobre, se garde de tout effet de style trop tape-à-l'oeil sert parfaitement le propos.

 

Photo Frances McDormand, Sam Rockwell

Sam Rockwell vs Frances McDormand

 

C'est aussi parce qu'il n'épargne par ses personnages, et met la lumière sur leurs failles, leurs peurs et leur lâcheté, que le film est une réussite. Ce côté moralisateur, qui permet au récit de se refermer en offrant une lumière aux personnages (mais évite heureusement de tartiner ce petit monde de bonheur et de solution), est profondément au service de cette superbe galerie de paumés, d'autant plus magnifiques qu'ils sont autant capables de provoquer un rire qu'une larme.

 

Affiche officielle française

Résumé

3 Billboards est comme l'éblouissante Frances McDormand : terriblement drôle, profondément touchant, parfaitement humain. La preuve définitive, après notamment Bons baisers de Bruges, que Martin McDonagh est un génie dans l'art de manier le rire et les larmes.

commentaires

Andarioch 14/11/2018 à 10:21

"Virez les flics racistes et il ne restera que trois homophobes"
Arf, je ne m'en lasse pas^^

Andarioch 12/11/2018 à 13:49

La scène de l'interrogatoire est un sommet d'émotion et d'humanité qui m'a fait frissonner. Ce qui m'arrive de moins en moins au cinoche.

Sylvain PASSEMAR 20/04/2018 à 08:00

Excellent film avec des acteurs magnifiques. On retrouve l'esprit des frères Coen, avec des personnages ambivalents, mus par la veulerie humaine ordinaire, qui les amènent à commettre des actes absurdes et fort mauvais, et qui sont toutefois capables de rédemption. La force du scénario joue pour saisir le spectateur d'émotions, de réprobation devant la violence (toutefois jamais gratuite) des personnages, de compassion pour leur bêtise crasse, mais aussi quand ils s'amendent ou réussissent à exprimer leur bonté refoulée. Un bémol toutefois, l'irruption d'un chef de la police noir, intelligent et vertueux dans un commissariat de policiers blancs, racistes et simplets qui est trop provocante et peu crédible ; heureusement, sa présence sera limitée dans la suite du film. Mais la fin est magnifiquement réussie.

Duffman 04/03/2018 à 21:42

@Sym: ATTENTION SPOILER





Je ne pense pas que ce soit le tueur. Mais au final, peu importe. Le film parle avant tout de rédemption et de savoir accepter qu'on ne sache pas tout contrôler dans la vie. Nos 2 personnages décident d'aller de l'avant et et de ne plus regarder le passé. Peut-être qu'ils s'occuperont du gars, peut-être pas, Dieu seule le sait

Grift 26/01/2018 à 19:17

Vu hier. Très très bon film, sensible et mordant. Chaque personnage existe et participe à la réussite du film.

Contrairement à ce qu'on peut lire en dessous, le film n'est ni lent, ni chiant.

Sym 21/01/2018 à 10:06

CEUX QUI N'ONT PAS REGARDÉ LE FILM NE LISEZ PAS !
J'ai adoré le film, mais je n'ai pas pigé la fin. Est-ce que le tueur est quand même celui que dixon a trouvé, et le flic black serait complice (Il a dit qu'ils étaient plusieurs durant l'acte, des gens regardaient) ? Ou alors il n'y a aucune piste pour savoir qui est le tueur ? Parce que dans sa lettre, Bill disait qu'il entendrait parler de ça dans un bar, ce qui est arrivé. Et ça arrive pas tous les jours que qqn se fasse violer et brûler.

Raoul 17/01/2018 à 17:50

Les panneaux de la vengeance, c'aurait pu être pire! On a échappé à American Panneaux ou Very Bad Pubs, qui j'imagine ont perdu en finale.

Rorov94 16/01/2018 à 17:05

Slogan du film de Baffie LES CLÉS DE BAGNOLE:
«N'y allez pas c'est une merde!»
A mettre en application sir ce film aussi...

Choco 16/01/2018 à 06:50

Encore un film a oscar lent et chiant...

Ded 16/01/2018 à 01:03

"Bon baisers de Bruges" et "Sept psychopathes" étaient déjà jouissifs. Ce que j'ai vu dans le trailer de "Three billboards" est une tuerie... McDonagh rive le clou ! J'ai hâte...

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