Epouse-moi mon pote : critique pour tous

Simon Riaux | 9 septembre 2017 - MAJ : 10/09/2018 22:58
Simon Riaux | 9 septembre 2017 - MAJ : 10/09/2018 22:58

Depuis qu’elle a accouché de Babysitting et réussi à rassembler un très large public à la seule force de son exceptionnelle motivation, La Bande à Fifi multiplie les comédies et se décline avec un stakhanovisme étonnant. Quelques mois après Alibi.com de Philippe Lacheau, c’est donc son comparse Tarek Boudali qui prend les commandes de Epouse-moi mon pote, sans dépareiller le moins du monde du style précédemment établi. Pour le meilleur. Ou pour le pire.

 

LA BLAGUE AU DOIGT

Nous suivons ici un étudiant marocain, qui après avoir raté son concours d’architecte en France, décide pour faire renouveler son titre de séjour, d’épouser son meilleur ami, ce qui ne va pas aller sans provoquer moult désagréments, quiproquos, et autres joyeusetés. On passera sur le rendu du film, qui suit encore une fois à la lettre la non-charte esthétique établie depuis la première aventure sur grand écran de la Bande à Fifi.

On ne s’étonnera donc pas du rendu numérique souvent abominable de l’image, du tempo comique pas franchement fin, qui joue plus (et parfois avec réussite) sur des gags bourrins enchaînés au forceps que sur une véritable maîtrise du rythme interne de ses séquences. Même constat du côté de l’interprétation, systématiquement outrée, chaque intention étant surlignée au stabilo radioactif, ce qui étouffe le plus souvent l’humanité des personnages à la faveur d’une direction artificiellement survoltée.

 

PhotoComme chacun sait, deux hommes ensemble, c'est avant tout une parodie de couple hétéro

 

Mais le véritable problème de Epouse-moi mon pote ne vient pas de la grossièreté de ses coutures, qui séduira probablement ceux qui ont trouvé leur bonheur dans les précédents efforts de la troupe. Ce qui mine définitivement le projet, c’est sa spectaculaire ringardise. On le sait depuis Babysitting, c’est ici un humour surgras, l’équivalent diététique d’un rot à l’huile de palme, qui se déploie à l’écran. Après les beuveries apocalyptiques tendance Very Bad Trip, la relecture du boulevard à papa, c’est désormais à la blague homo-débilo bien potache que s’attaquent donc Boudali et Lacheau.

 

Photo Tarek Boudali, Philippe Lacheau

 

LES FOLLES EN CAGE

Sauf que leur approche évoque plus les blagues de deux élèves d’école primaire attardés qu’une relecture des préjugés ou tensions qui ont secoué le corps social français ces dernières années à l’occasion du mariage pour tous. Et le réalisateur du film a beau clamer ici et là qu’il veut rassembler autour de l’humour, il semble ne pas toujours (jamais ?) savoir s’il rit avec ou s’il rit de ses personnages. On est souvent sidéré de voir combien le film paraît antérieur dans sa représentation des stéréotypes et de l’homosexualité sur un classique tel que La Cage aux folles.

 

PhotoAmis du bon goût, bonsoir

 

L’idée fondamentalement problématique et un peu dégueulasse au cœur de Epouse-moi mon pote, c’est ce concept qui voudrait qu’en plus d’être libidineux, incapables d’envisager l’altérité (les membres d’un couple gay s’habillent forcément à l’identique, l'un d'entre eux fait forcément "la femme", hein, ça va de soi…), les homosexuels soient en tant que tels, quelque chose de drôle. Oh bien sûr, on pourra ici évoquer l’excuse Hanounesque de la rigolade réparatrice, mais on ne peut s’empêcher de se demander au nom de quoi, deux hommes qui s’embrassent seraient-ils intrinsèquement rigolos, sauf à les considérer comme ridicules par essence.

Bref, Epouse-moi mon pote se vend comme la comédie générationnelle d’une France qui se réunirait dans une grande communion humoristique et panserait à coups de claques dans le dos ses intolérances d’hier. Malheureusement, l’ensemble relève plutôt de la diversion et d’une stratégie du paravent, qui permet aux mêmes clichés dégradants de perdurer, désormais peinturlurés aux couleurs d’un vivre ensemble goguenard.

 

Affiche officielle

Résumé

Un film qui se rêve poil à gratter réunificateur, mais ne va jamais plus loin que les clichés mortifères qu'il prétend dépasser, répandant avec le sourire son homophobie soft.

Lecteurs

(3.4)

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commentaires

Pat Rick
16/10/2020 à 12:57

Ca se laisse voir grâce à quelques scènes amusantes mais ce film n'a pas l'énergie des comédies de Lacheau.

fuck-the-bisounours
10/09/2018 à 10:41

Alors je l'ai pas vu (et j'irai évidemment pas au ciné, faut pas déconner) mais les précédentes comédies de l'équipe, Babysitting et Alibi.com, étaient franchement amusantes. Et croyez-moi sur parole quand je vous dis que je ne suis pas du tout client de la comédie française débile et ringarde généralement. Mais ces films là, ça passe bien. Donc celui-ci pourquoi pas. N'étant pas fragile le sujet ne me choque pas (et je rappelle au rédacteur de la critique que des folles façons cage aux folles ça existe encore, tous les homos ne sont pas des grands bruns baraqués et virils lol).

mikegyver
03/11/2017 à 14:16

deja , c'est un film a 3 euros financé sur le nom de lacheau, refilé a son pote, pour entretenir la hype "bande a fifi",

destiné a remplir les poches de producteurs, donc absolument inutile. Si tarek est content de faire un film, grand bien lui fasse, mais j'espere qu'il est au courant de l'arnaque derriere, le public sur le coup est un pigeon puissance 10.

on ose encore financer un scenar pareil en 2017 ? c'est abominable et bravo aux mecs qui vont se palucher les billets verts derriere.

Ludo
03/11/2017 à 08:07

Quelle connard ce ted. Si t aime pas ce film unitile d en faire toute un plat.c triste de voir ca.

@Ded
28/10/2017 à 17:20

Je savais pas que les pensionnaire des centre psychiatrique avais accès au réseau internet. ;)

Ded
28/10/2017 à 09:44

Ce qui me fait rire ? Ce sont les "Big Brother" à la petite semaine qui ne peuvent pas supporter qu'on ait pas les mêmes (dé)goûts qu'eux et qui insultent ceux qui l'expriment. Tous ces dictateurs refoulés qui pensent avec leur cul et écrivent avec les pieds. /:=(
Pour vous un petit acrostiche fruit de ma masturbation cérébrale depuis mon habitation HLM de province...
Bêtise
Ô
Bêtise
Obscurantiste !
Prenez donc exemple sur le commentaire précédent sincère et tout à fait respectable qui s'élève sans s'appuyer sur la tête de quelqu'un, vous prendrez ainsi un peu de hauteur...

jeanne
28/10/2017 à 04:21

une jolie comédie par 2 acteurs formidables : allez le voir ce film

Ded
27/10/2017 à 23:31

"Stultuarum infinitus est numerus" (infini est le nombre des sots !)...

Titou33
27/10/2017 à 12:16

@David Linch
Je serais curieux de savoir quel genre de film vous fait rire ? (En comédies françaises je parle) Histoire de comparer un peut

David Lynche
27/10/2017 à 10:38

@Titou33

C'est vrai que l'humour beauf et décérébré c'est tellement mieux...

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