Macbeth : Critique

Simon Riaux | 18 novembre 2015

Se confronter à Macbeth, c’est bien sûr se frotter à Shakespeare, mais indirectement se mesurer à Orson Welles ou Polanski. Pour son deuxième long-métrage, Justin Kurzel n’a donc pas choisi la facilité. Reste à savoir s’il parvient à se hisser sur les épaules de ces géants ou se contente de leur chatouiller les chevilles.

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7 réactions

Son adaptation s’ouvre sur la bataille de Norvège, fait d’arme initial de Macbeth et source de sa chute. Dès cette introduction, le film nous plonge dans une suite de tableaux, séquences de combat au ralenti qui imposent immédiatement la puissance picturale de l’œuvre. On aura invoqué ici et là une mise à jour esthétique du chef d’œuvre shakespearien, qui ferait du pied aussi bien au Guerrier Silencieux de Winding Refn qu’à Game of Thrones. Si ces remarques ne sont pas à proprement parler inexactes, elles ne suffisent pas à rendre compte du geste de cinéma accompli par Kurzel.

Plus qu’une incarnation moderne ou « à la mode » de Macbeth, le metteur en scène s’échine à reproduire à l’image la fuite en avant, la fièvre et la démesure qui habite le couple mortel qui occupe dans la pièce le devant de la scène. Plus qu’une illustration plastiquement fastueuse (ce qu’il est également), le métrage s’impose comme un pur condensé de folie.

 

 

De la photo grandiloquente, en passant par le surjeu volontaire et admirablement maîtrisé de tous les comédiens, sans oublier le baroque poisseux qui se déploie dans les décors, tout concoure à démultiplier l’impact déjà phénoménal du texte original. Au-delà du résultat parfois écrasant, souvent angoissant et toujours virtuose qui fond sur le spectateur, c’est l’humilité de la démarche de Kurzel que dévoile le film.

Car sa mise en scène ne tente jamais de dépasser l’œuvre, ne cherche à aucun moment à magnifier. Macbeth tente d’incarner visuellement chaque inflexion, nuance et soubresaut du chef d’œuvre de Shakespeare, ne s’autorisant jamais le discours méta, la mise en abyme facile ou l’interprétation oiseuse. Le métrage se contente de propager une passion grave et brûlante pour une création dont la puissance demeure inégalée.

 

 

La formidable sophistication de Macbeth n’a ainsi d’autre but que de servir au mieux un récit intemporel, proche de la perfection, dont elle fait ressortir les infinies nuances, du pur tragique de la condition de son anti-héros au romantisme noir de sa quête sanglante. Et si cette orientation interdit au film d’exister pour lui-même et le condamne peut-être à ne passionner que les spectateurs déjà familiers de la pièce qu’il prolonge, on demeure hanté durablement par ses images, enivrés par les vertiges qu’il provoque.

 

Résumé

Justin Kurzel ne se risque jamais à réinventer la pièce mythique de Shakespeare, mais préfère lui offrir un écrin funèbre et baroque.

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diez
19/11/2015 à 15:23

On parle là d'un sujet etroitemdnt lié à l'actualité. Un "petit article" est une forumle bien entendu. ;)

R90
19/11/2015 à 14:15

Oui mais la sortie repoussée, ça date du week-end dernier il me semble. Donc faudrait pas un "petit article" dans ce cas, faudrait une interview du réal ou une analyse, ou lister comme tout le monde l'a fait les AVP annulées, les films décalées ou justement maintenus, etc

diez
19/11/2015 à 12:17

Pas vraiment. Le film aurait du sortir hier, c'est encore frais.

R90
19/11/2015 à 10:32

Etant donné que l'info est sortie depuis genre 72H je pense que c'est un peu trop tard maintenant...

diez
19/11/2015 à 01:22

Yo EL. Suite aux attentats la sortie du film Made in France a été reporté à une date indefinie. Le film parle d'un journaliste infiltré dans le milieu integriste de la banlieue parisienne. Il devait sortir je cfois ce mercredi. Si le foeur vous dit de nous pomdre un petit article, ca serait cool. ^^

diez
18/11/2015 à 17:41

Le seul défaut du film et non des moindre c'est que son ton ne change jamais et nous entraîne dans un faux rythme plutôt gênant. Mais à retenir une excellente réalisation qui laisse présager du meilleur pour le film d'Ubi Soft et une distribution formidable à commencer par Michael Fassbender et Marion Cotillard. Il lui manque probablement la folie du Hamlet de Kenneth Branagh. Certaines sont remarquables de maîtrise artistique.

Récite-moi un mouton
18/11/2015 à 13:36

Vu à Cannes en dernière projection. Un supplice. Et Marion Cococo.................

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