Suicide Squad : critique radioactive

Mise à jour : 18/12/2018 17:28 - Créé : 16 décembre 2017 - Simon Riaux

Après un très bon Batman v Superman : L'Aube de la justice définitivement réhabilité par sa version longue, on attendait beaucoup de Warner. Depuis sa présentation lors du Comic-Con, Suicide Squad a fait gonfler les attentes d’un public parfois lassé des blockbusters super-héroïques, en quête de divertissement moins sage et de personnages azimutés. Au gré d’une promotion panzer mais d’une redoutable efficacité, on en était même venu à croire que le film de David Ayer pouvait être une bouffée d'air frais. Qu’en est-il ?

Affiche
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KAMIKAZE TEAM

Il faut approximativement quarante secondes pour réaliser que quelque chose cloche dans Suicide Squad. Dès son ouverture, le film de David Ayer étale copieusement la schizophrénie qui a présidé à sa conception. Après un montage quasiment dénué de sens introduisant Will Smith et Margot Robbie (seuls protagonistes « développés » du film, le reste de la team étant relégué à de la pure figuration), une nouvelle séquence débute afin de nous présenter Viola Davis… avant d’être interrompue par le pré-générique. Une structure absurde, dissonante, que strictement rien ne vient justifier.

 

Photo Will Smith, Margot RobbieGénial, c'est nous qu'on est développés !

 

En moins d’une minute, le spectateur se prend en pleine figure les principales tares de ce qui devrait rester comme un des pires films de super-héros jamais réalisé. Se combinent une réalisation totalement dénuée de saveur, une photo travaillée mais terriblement terne, sur laquelle on sent greffés en post-prod des effets fluo dont la mission est d’atténuer artificiellement la noirceur de l’œuvre et un montage aussi illisible que ridicule, qui tente de dupliquer à l’infini les effets présents dans les bandes-annonces du film.

Le résultat est visuellement hideux, et narrativement catastrophique. La première demi-heure du film est un interminable clip, où nous sont présentés chaque personnage, dans une suite de scénettes invariablement composées d’une punchline lourdingue, d’une situation banale et d’un tube pop manquant souvent de caractère.

 

Photo Jared LetoOn peut rencontrer le Joker dans la Trump Tower apparemment

 

BAD MOTHERFUCKER

On pardonnerait aisément à Suicide Squad, dont la mission est de divertir, sa mise en scène qui sent les dessous de vieux strip-teaseur et sa dégaine de clip de Booba remaké par des aveugles, si le métrage était véritablement fun. Mais la rumeur disait vrai, le film ne contient quasiment aucune trace d’humour, excepté celles découvertes dans la bande-annonce.

 

Photo Cara DelevingneCara Delevigne, en méchante artificielle

 

Et encore, difficile de ne pas enrager en constatant qu’un grand nombre de vannes utilisées durant la promo sont absentes du film, comme si les reshoots commandés par Warner n’avaient eu pour seul but que d’enrober un navet radioactif d’un bel emballage. Pire, les rares traits d’humour réussis sont invariablement sabrés par le montage, qui souffre d’un tempo comique désastreux, singeant Les Gardiens de la Galaxie avec un sidérant mélange d’opportunisme et d’incompétence. 

 

Photo Jay HernandezÀ la recherche du cinéma perdu

 

TOXIC AVENGERS

Le scénario étant parfaitement incompréhensible (si vous saisissez à quoi sert la Suicide Squad dans le film, ou pourquoi ce club de trépanés se transforme soudain en fonky family, on est preneurs), on prie pour que les comédiens sauvent la chose du naufrage terminal. Mais là aussi, l’ampleur du désastre est ahurissante.

 

Photo Will Smith, Margot RobbieFOUS TA CAGOULE BON SANG

  

Margot Robbie fait ce qu’elle peut et se démène comme la belle diablesse qu’elle est, mais son personnage est écrit en dépit du bon sens. Elle doit composer avec une Harley Quinn qui alterne sans raison entre folie pure, blague méta et lutte des classes, sans le moindre souci de cohérence. De l'ingénue ultraviolente, amoureuse, sexy et meurtrière, on ne retient qu'une abominable tête à claque, aux punchlines terriblement artificielles. Will Smith se repose sur ses acquis et propose un Deadshot aux airs de Prince de Bel Air en pleine gueule de bois. Diablo est un chicanos échappé d’un sketch de Michel Leeb et comme à son habitude, Jai Courtney joue avec l’aisance d’un steak de tofu vinaigré.

Mais ce qui risque fort de ne pas passer, même auprès des fans hardcore du projet, comme de Warner et surtout de DC, c’est la partition du Joker. Non seulement Jared Leto est passablement mauvais, trop conscient de lui-même et limité par une partition trop mécanique, mais l’écriture de son personnage vire également à la catastrophe. Renvoyé au rang de piteux caméo (même pas cinq minutes de présence à l’écran), le Nemesis de Batman n’est finalement qu’un énième gangsta fragile – comme Killer Croc – et un indécrottable romantique.

 jared leto margot robbie kissingAaaaaah, Skyblog...

 

PÉTARD MOUILLÉ

Du côté de l’action, c’est également un cataclysme aux proportions bibliques. Non seulement toutes les scènes de baston se ressemblent et sont assemblées sans aucune notion de chorégraphie, d’espace, ni le plus élémentaire sens du spectacle, mais elles viennent cruellement souligner l’échec de la direction artistique.

Pas besoin d’être un génie cinéphile pour comprendre que David Ayer rêvait de rendre hommage à John Carpenter et aux Les Douze Salopards. Sauf que quand on délocalise New York 1997 dans un open space, et qu’on transforme des hordes de soldats belliqueux en méchants de Bioman (mention spéciale aux glaviots humains maquillés au goudron, qui fileraient une crise d’épilepsie à un aveugle), le résultat tient plus de la comédie involontaire que du grand spectacle.

De même, ne vous attendez pas à un blockbuster subversif ou incorrect. Deadshot est un papounet qui veut envoyer sa fille à la Fac, Harley Quinn est une amoureuse transie, comme Rick Flag... Bref, les motivations des personnages feraient passer Captain America : Civil War et Avengers : l'Ère d'Ultron pour des sommets de noirceur intersidérale.

 

PhotoBravo l'équipe déco, quelle inventivité

 

WARNER A LA DÉRIVE

On ne saura peut-être jamais ce qui aura transformé cet excitant projet en nanar radioactif. Comment Suicide Squad s’est-il transformé en Z indigne d’une production ritale des années 80 ? Peut-être s’agit-il d’un mélange corrosif entre les exigences du studio, les souhaits de son réalisateur, la tentative désespérée de transformer un film de commando vénère en comédie familiale et une orientation globale mue par des lignes comptables et une vision technicienne du box-office, jamais centrée sur le plaisir du spectateur.

Mais plus que tout, l’échec historique de Suicide Squad (qui réhabilite instantanément Les 4 Fantastiques) prouve le grand trouble dans lequel est plongé la maison Warner, incapable avec Batman v Superman : L'Aube de la justice de promouvoir un excellent film de super-héros, et manifestement tout aussi incapable d’accoucher d’un divertissement léger et régressif.

Pas sûr que les bouleversements internes à l’œuvre dans le studio et la décision d’aligner son outil industriel sur la méthode Marvel lui permettent de redresser la barre.

 

Affiche

 

Résumé

Suicide Squad est un échec total, un navet radioactif qui témoigne avec cruauté de l'incapacité actuelle de Warner à transcender le formidable catalogue de DC Comics.

commentaires lecteurs votre commentaire !

Servalath 19/01/2019 à 01:20

Autant j'ai détesté Suicide Squad pour le côté trop gentil des méchants (c'est un comble !) et en plus, ils ont osé caster Will Smith, l'acteur le plus "je m'as-tu vu" de notre époque, mais alors les Gardiens de la Galaxie, je n'en parle même pas. Ce film est d'une nullité effarante, et est cliché au possible. Si Marvel a osé sortir une suite (que je n'ai pas vu du coup, trop peur de devoir me taper un remake du premier), je me demande si DC va oser sortir une suite à Suicide Squad...

Moody 17/12/2018 à 16:00

@Andarioch, ça dépend de ce que tu entends quand tu dis que les MARVEL tiennent la route.
Perso, je ne suis pas d'accord avec toi. Aucune cohérence. Pour moi c'est la même daube. Je n'appelle même pas ça du cinéma.

StarLord 17/12/2018 à 12:33

@jonathan: “Suicide Squad" n'est évidement pas parfait mais au moins il respecte les personnages des comics“

Merci pource fou rire! Cette simple phrase est la preuve que tu ne connais absolument pas le comic!

Andarioch 17/12/2018 à 12:19

@moody
On peut dire ce qu'on veut des films Marvel, bon ou mauvais ils tiennent la route.
Là, rien n'est cohérent. Même si j'ai une sympathie pour les personnages, je ne peux m'empêcher de constater que scénario et montage sont l'oeuvre de gamins de 4 ans qui ne comptent pas faire carrière dans le cinéma.
On est face à une succession d'images plus ou moins belles qu'on a mis bout à bout sans intention d'en faire un vrai film.
Déplorable.

... 17/12/2018 à 07:40

@Jonathan
Hahahahahaha merci tu viens de faire ma journée !!

Jonathan 17/12/2018 à 00:17

Pour moi des films de super héros pourris ce sont des films comme "Thor Ragnarok" qui est une insulte aux comics de Thor et à la mythologie nordique ou "Ant-man & la Guêpe" qui ne sert à rien. "Suicide Squad" n'est évidement pas parfait mais au moins il respecte les personnages des comics c'est juste que l'équipe manque un peu de développement et je pense aussi que la version de Ayer n'était pas si bien que ça et que le studio des bandes annonces qui c'est chargé après du montage à probablement rendu le film bien mieux.

Pour savoir comment était la version d'origine de Ayer, il faut s'imaginer ce même film sans les scènes "fun", sans montage "énergique" et sans la BO "fun" qu'ils ont mit. Je suis sûr que la première version du montage que Ayer a livré au studio devait vraiment être ok très sombre mais aussi très molle et hormis pour le final, il ne devait pas se passer grand chose. Au final, je me suis revu plusieurs fois ce film en version extended justement parce qu’il est fun à voir, les interactions avec les personnages sont toujours intéressantes et il y a un détail que j'ai beaucoup aimé à ce sujet, c'est la façon de Ayer qu'a à filmer les réactions des personnages lambda (gardes et soldats en l'occurrences) en train d'observer le comportement des membres de la Suicide Squad avec des airs genre "mais qui sont ces fous ?!". Ce sont des réactions très naturelles de tous ces personnages qui gravitent autours de cette Suicide Squad. Et ça se voit que Ayer a été un Marines car tout le côté militaire est aussi vraiment très réaliste et c'est rare dans les blockbusters quand de ce côté là il n'y a aucune surenchère !

Le grand plus c'est la scène du bar vers la fin qui casse d'un coup tout le côté "fun" mit en place depuis le début pour installer le film dans un autre registre où les personnages se posent et se livrent au spectateur avec émotions. Cette scènes casse les codes et ne nous montre plus ces membres comme des fous mais comme des victimes de la sociétés qui malgré l'image qu'ils ont donné d'eux sont prêt à ce sacrifier pour sauver le monde.

Ce film est grandement sous estimé car aussi étonnant soit-il, il y a beaucoup a analyser avec des symboles intéressants comme au combat final où Deadshot tire sa dernière balle avec le flingue de Harley où le barillet passe de "Hate" à "Love" qui montre Deadshot tirer sur quelqu'un pour la première fois pour l'amour, l'amour de sa fille.

STEVE 16/12/2018 à 22:32

"Après le très bon Superman vs Batman" mdr

StarLord 16/12/2018 à 22:09

Ce qui est encore plus désolant c'est la quantité de pognon que cet etron à rapporté au studio...

Moody 16/12/2018 à 20:33

C’est pas bon. C’est certain. Mais ça n’est pas plus mauvais que Avengers, Captain America, Spiderman et compagnie.

Ben Linus 16/12/2018 à 20:31

L'un des pires montages pour un film de ce calibre là de mémoire récente... Un tel degré d'incompétence à ce niveau est profondément sidérant... Une belle purge en somme.

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