Triangle : critique en haute mer

Thomas Messias | 10 octobre 2009 - MAJ : 29/10/2019 11:58

Révélé avec le film de monstre-métro Creep et la comédie sanglante SeveranceChristopher Smith a réalisé avec Triangle l'un de ses meilleurs films, malheureusement inédit dans nos salles (il est arrivé en vidéo en juin 2011). Melissa George y explore un paquebot abandonné, où elle affronte avec ses amis un tueur masqué. Ce n'est que la partie émergée de l'iceberg horrifique et émotionnel de cet enfer.

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GEOMETRIE DE L'HORREUR

Fait troublant : Triangle est un film circulaire, une oeuvre géométrique et vertigineuse où explose Christopher Smith, jusque là relégué au rang de sympathique faiseur. La suprême réussite de son troisième long tient tout d'abord de sa surprenante mutation. Qui venait voir un simple thriller maritime sera frustré de prime abord, puis totalement ravi d'avoir été ainsi blousé. Voilà un grand film de genre, impeccable de part en part, qui crée une telle sensation d'addiction que le spectateur n'a qu'une envie : prendre le projectionniste en otage afin de le revoir une deuxième, puis une troisième fois.

Car la puissance scénaristique est grande, très grande : Triangle est un twist permanent, où chaque scène alimente la suivante. Un puzzle dont chaque pièce s'emboite idéalement avec les autres, sans jamais que cette perfection apparente devienne ennuyeuse ou routinière. On est pris à la gorge dès les premières minutes, et cela ne s'arrête jamais.

 

Melissa George dans un de ses meilleurs rôles

 

LE MYSTERE TRIANGULAIRE

Le mieux pour voir et apprécier ce Triangle est de ne rien en connaître et de se laisser guider par un scénario exigeant et chiadé, qui pousse à la réflexion sans jamais égarer personne. Un monument de précision qui change régulièrement de direction sans jamais se perdre. Tout juste peut-on en raconter le début : une mère à problèmes part en virée avec ses amis sur un bateau de plaisance, mais un naufrage soudain contraint le groupe à se réfugier sur un navire étrangement désert. Ou presque.

S'ensuit un déferlement de violence digne de certains grands slashers, où les apparences sont trompeuses et la confiance un vain mot. La révélation qui suit sera propice à un enchaînement de scènes assez traumatisantes et d'images magnifiques et souvent inédites.

 

Miroir, miroir, dis-moi qui est la prochaine victime


Le réalisateur de Creep a en effet mis toutes les chances de son côté : son scénario est non seulement intelligent et efficace, mais il est de plus idéal dans le cadre d'un exercice de mise en scène. Là où ses précédents films étaient correctement exécutés, celui-ci est d'une rare exigence visuelle, ménageant à la fois la cohérence et le suspense. Les couloirs et pièces du bateau sont autant d'éléments labyrinthiques favorisant l'utilisation du hors-champ et de l'arrière-plan. Les séquences à l'extérieur ne sont pas en reste. La dernière demi-heure, absolument virtuose, fait encore monter le film en intensité, annihilant étonnamment tout possible effet de redondance. 

 

Résumé

Grisant, perturbant, impressionnant, Triangle est un petit bijou, propulsant en un instant dans la cour des grands celui qu'on peut désormais appeler cinéaste et celle qu'on n'avait jamais vraiment remarquée en tant qu'actrice. Dans un rôle franchement ardu, Melissa George rappelle les grandes héroïnes hitchcockiennes, donnant à son personnage une dimension tragique rarement atteinte dans ce genre de film.

Autre avis Geoffrey Crété
Christopher Smith utilise la formule du slasher et le décor classique du vieux bateau abandonné pour dérouler un pur cauchemar existentiel, et une réflexion troublante sur la pulsion de mort et le cycle de la violence. Melissa George, fantastique, y trouve l'un de ses plus beaux rôles.

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