Le Jeu de la dame : Netflix trainé en justice pour diffamation sur fond de sexisme

Maeva Antoni | 17 septembre 2021 - MAJ : 17/09/2021 17:52
Maeva Antoni | 17 septembre 2021 - MAJ : 17/09/2021 17:52

Netflix est poursuivi en justice pour diffamation par une légende des échecs à cause d'une réplique dans Le Jeu de la dame.

Énorme carton populaire et critique sur NetflixLe Jeu de la dame a participé à la propulsion d’Anya Taylor-Joy dans les étoiles d’Hollywood. Racontant l’histoire fictionnelle de Beth Harmon, première femme à éclater les cadors un peu machos du petit monde des échecs de compétitions, le grand N rouge voulait faire de sa série une production féministe inspirante.

Première femme ? Féministe ? Il y a au moins une personne qui n’est pas d’accord et c’est Nona Gaprindashvili, superstar des échecs russe. La championne n’est pas une grande fan de la série et a même trainé Netflix en justice pour diffamation à hauteur de 5 millions de dollars. Une fâcheuse publicité pour le célèbre N rouge alors que la série a reçu plusieurs nominations pour les Emmy awards (les Oscars de la télévision). 

 

photo, Anya Taylor-JoyQui est le pion de l'histoire ?

 

Avec 18 nominations aux Emmys, Le Jeu de la dame continue son ascension glorieuse. Mais la championne Nona Gaprindashvili a pris la reine de Beth Harmon en affirmant que la série n'était pas si féministe et réaliste qu’elle le prétend. Dans le tout dernier épisode de la série, le nom de Gaprindashvili est évoqué par le présentateur de la grande finale du tournoi d’échecs. Ce brave homme dit : "La seule chose inhabituelle chez elle [Beth, l'héroïne, ndlr], vraiment, c’est son sexe, et en réalité cela n’est pas tant original en Russie. Il y a aussi Nona Gaprindashvili, mais elle est la championne du monde féminine, et n’a jamais affronté les hommes". 

Sauf que Netflix a mal fait ses petites recherches puisque, comme le rappel sa plainte à la cour fédérale, Gaprindashvili (qui possède tout de même le titre de grand maître, étant la véritable première femme à l'avoir obtenu) a en réalité battu sa part d’adversaires masculins. La réplique glissée par le géant du streaming n'a guère ravi la championne, avide de rétablir la vérité : 

 

photo, Anya Taylor-JoyCavalier en E5 (millions)

 

« En 1968, année où se déroule cet épisode, elle avait affronté au moins 59 joueurs d'échecs masculins (dont 28 simultanément au cours d'une même partie), dont au moins dix grands maîtres de l'époque, parmi lesquels Dragolyub Velimirovich, Svetozar Gligoric, Paul Keres, Bojan Kurajica, Boris Spassky, Viswanathan Anand et Mikhail Tal. Les trois derniers ont également été champions du monde au cours de leur carrière. [...]

Netflix a effrontément et délibérément menti sur les exploits de Gaprindashvili dans le but mesquin et cynique de "rehausser le drame" en faisant croire que son héros fictif avait réussi à faire ce qu'aucune autre femme, y compris Gaprindashvili, n'avait fait. »  

Voilà qui a le mérite d’être clair et précis. D’un autre côté, le récit de la seconde meilleure femme aux échecs, tout le monde s’en serait tamponné le coquillard. C’est malheureux, mais l'Histoire ne se souvient pas des presque gagnants. À l’évidence, ce n’est pas tant la le côté fictionnel qui a irrité Nona Gaprindashvili, mais plus une certaine mauvaise foi qui étoufferait Netflix :  

 

photo, Anya Taylor-JoyRegarde pas de haut, tu n'es que la deuxième meilleure

 

« Ainsi, dans une histoire qui était censée inspirer les femmes en montrant une jeune femme rivalisant avec des hommes aux plus hauts niveaux du jeu d'échecs mondial, Netflix a humilié la seule vraie femme pionnière qui avait réellement affronté et vaincu des hommes sur la scène mondiale à la même époque. Ce refus arrogant d'assumer la responsabilité de ses actes était choquant de par son manque de sensibilité, compte tenu du sexisme et du caractère offensant de son mensonge. »  

Échec et mat ? Pas sûr, car loin de chercher à faire un mea-culpa après avoir dénigré les exploits de Gaprindashvili, Netflix reste sur ses positions et a balayé la plainte d’une phrase laconique dans un communiqué :  

 

photo, Anya Taylor-JoyNetflix, à la cool en toute circonstance

 

« Netflix n'a que le plus grand respect pour Mme Gaprindashvili et son illustre carrière, mais nous pensons que cette plainte n'est pas fondée et nous défendrons vigoureusement cette affaire. » 

Pas sûr que la plainte de la véritable première femme grand maître aille bien loin de toute manière. Les procès pour diffamation sont difficiles à remporter, notamment car il s’agit de prouver que la diffamation a été intentionnelle. Il n’empêche que cela entache un peu la réputation de Netflix, incapable de correctement utiliser Wikipédia. 

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commentaires
Jo le clodo.
18/09/2021 à 12:20

Couenne de camembert
En fait, vu son âge je pense plutôt à sa famille et leurs avocats.
Je joue un peu aux échecs et cette dame est connue pour son intelligence et sa gentillesse.
Donc je serais étonné.

zetagundam
17/09/2021 à 22:36

Ce qui est très amusant dans cette histoire, c'est que pour une fois que netflix pouvait mettre en avant une femme ou un personnage de fiction féminin sans forcer et sans flinguer et ridiculiser au passage un personnage masculin (voir par exemple les maitres de l'univers), les producteurs trouvent le moyen de minimiser l'apport qu'une femme a apporter dans son domaine.
La preuve qu'une fois de plus la "politique" de netflix n'est que posture et hypocrisie opportuniste

fuck
17/09/2021 à 21:29

Je rigole. Bien fait pour Netflix qui se vautre depuis quelque temps dans le wokisme comme d'ailleurs Amazon Prime, Apple +, Disney + et HBO Max.. La morale de cette histoire: ça ne sert à rien d'être woke, car pour les wokes vous ne serez jamais assez woke.

Kyle Reese
17/09/2021 à 20:10

Cette série est l’adaptation du roman de Walter Tevis, sorti en 1983. L’auteur américain a affirmé au « New York Times », en avril 1983 – s’être inspiré de sa propre expérience de joueur d’échecs pour construire son récit.
Cette grande dame des échecs semble se fourvoyer dans sa réflexion et sa plainte. Je pense qu'il y a une part de jalousie avec un manque de reconnaissance chez elle (ca peut se comprendre). Son histoire pourrait être adapté à l'écran. Pas sur que ce soit la meilleur des façons de le faire remarquer ... ou bien ...

Couenne de camembert
17/09/2021 à 19:47

Franchement sa réaction est d'un naze, pour une fois qu'une série intelligente met en valeur les échecs, il y a toujours une abrutie pour réclamer du pognon sur une fiction, cette personne est lamentable !!

Anya
17/09/2021 à 18:29

LOL, c'est juste une série fiction... basé sur la vraie vie.

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