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Lovecraft Country : gros bide ou carton surprise pour la série d’horreur HBO ?

Par Geoffrey Crété
21 octobre 2020
MAJ : 12 décembre 2020
10 commentaires
Affiche US

Lovecraft Country, la série d’horreur HBO, a-t-elle été le succès escompté par la chaîne de Game of Thrones et Westworld ?

C’était la grande nouveauté de HBO cet été : Lovecraft Country, une adaptation du livre de Matt Ruff avec J.J. Abrams et Jordan Peele à la production. Un cocktail détonant entre le cinéma de genre et le sous-texte politique, qui suit les aventures d’Afro-Américains dans l’Amérique cauchemardesque des années 50, dans une ambiance qui emprunte autant à X-Files qu’à True Blood. Autant dire un sacré petit plaisir, que l’équipe d’Ecran Large a savouré dès les premiers épisodes. Et notre critique de la saison est par ici.

Créée par Misha Green, avec Jurnee Smollett-Bell et Jonathan Majors en têtes d’affiche, la série était un nouveau gros pari pour la chaîne derrière Westworld, Succession et Euphoria, qui doit sans nul doute chercher son prochain phénomène à la Game of Thrones. Alors que la saison 1 de Lovecraft Country s’est terminée le 18 octobre aux États-Unis, place au bilan, pour savoir si HBO a remporté son pari côté audiences et business.

 

photo, Jurnee Smollett-Bell, Courtney B. Vance, Jonathan MajorsLe grand méchant loup de l’Amérique

 

Lors de son lancement fin août, Lovecraft Country n’avait pas forcément fait d’éclat côté audience : environ 760 000 spectateurs, soit moins que les premiers épisodes de Watchmen et Perry Mason. HBO avait par la suite communiqué un chiffre deux fois plus élevé, avec 1,4 million de visionnages à travers leurs différentes plateformes, y compris HBO Max. Mais même là, c’était moins que Watchmen et Perry Mason, quoique supérieur à The Outsider, récente adaptation de Stephen King sur HBO.

Depuis, la série était restée sur la même cadence, avec environ 750 000 spectateurs à chaque épisode, et certainement le double en moyenne sur la totalité des plateformes. La bonne nouvelle : c’est une belle stabilité, qui prouve qu’il n’y a pas eu l’effet pervers d’un lancement en grande pompe, suivi d’un désintérêt dès le deuxième épisode. Ceux qui regardaient Lovecraft Country étaient donc satisfaits. La mauvaise nouvelle : ils n’étaient peut-être pas assez nombreux.

 

photoLe conseil de HBO réuni pour parler de la saison 2

 

Mais Lovecraft Country s’est bien défendue jusqu’au bout. Deadline rapporte que la série a trouvé un public très fidèle, avec 1,5 million de spectateurs (dont plus de 880 000 en direct) pour le dernier épisode de la saison 1, soit l’un de ses meilleurs scores. C’est un peu moins que le final de Watchmen.

Sur HBO Max, ça a aussi été un carton : l’épisode final a directement été en première place, et a marqué un record de visionnage en 24 heures sur la plateforme SVoD de Warner Bros. Le premier épisode de la série a par ailleurs été vu par près de 10 millions d’abonnés.

La comparaison avec True Blood est intéressante. La série d’Alan Ball, elle aussi pleine de belles gueules et de monstres, avait démarré avec 1,4 million en septembre 2008, soit un score moyen ; mais elle avait gagné à chaque épisode. Au final, avec une moyenne proche des 7 millions par épisode, c’était devenu un phénomène en quelques mois, qui a débouché sur 7 saisons (dont environ 4 ou 5 de trop).

 

photo, Jonathan Majors, Courtney B. VanceSang chaud pour carton de sang-froid

 

Parler des audiences nécessite forcément de parler du budget de Lovecraft Country. Et s’il n’y a pas de chiffres officiels, la créatrice Misha Green n’a pas caché que HBO n’avait pas lésiné sur les moyens, comme rapporté par IndieWire : « Le terrain de jeu qu’on a est incroyable. Notre chef déco dit qu’il y a 162 décors. Les boîtes qui ont fait les effets visuels, les maquillages spéciaux, sont parmi les plus grandes. Ils font les Star Wars. Il n’y a aucune autre limite que mon imagination, ce qui est fantastique. »

Pour avoir une idée du budget de la série, il faut peut-être avoir en tête les mots de Ryan Millsap, patron du studio Blackhall à Atlanta, où de nombreuses productions sont tournées en partie (Doctor Sleep, Venom, Jumanji, Godzilla II : Roi des Monstres…). Interrogé sur Lovecraft Country, il avait parlé d’un « budget à la Game of Thrones » ; ce qui peut signifier entre 5 ou 15 millions par épisode, selon la saison. À vue de nez, possible donc que les dix épisodes de la saison 1 de Lovecraft Country aient coûté entre 60-80 millions, voire plus.

 

photoLe montage halluciné tombé du ciel

 

Néanmoins, Lovecraft Country ne semble pas encore être un réel phénomène, au-delà peut-être du public américain visé. L’explication facile est la promo, qui a peut-être trop joué la carte sérieuse et politique, alors que la série est un petit condensé de monstres à consommer par épisode. HBO n’a pas mis en avant cet aspect de cauchemar à la carte, qui rappelle les bonnes heures de X-Files, et permet un suivi léger du public au fil de la saison. Lovecraft Country avait de quoi attirer le public d’American Horror Story par exemple, mais HBO a préféré la jouer haut de gamme.

Le titre a peut-être aussi joué contre la série : d’un côté, les fans de Lovecraft ont dû constater que ce n’était pas une adaptation de ses oeuvres, mais d’un livre en hommage à lui ; de l’autre, ceux qui ne connaissent pas vraiment l’écrivain n’ont pas forcément su que c’était destiné à eux aussi.

L’autre raison invoquée par certains : le positionnement très politique de la série, qui aborde les démons racistes de l’Amérique. Watchmen avait hérissé les poils de certains pour les mêmes raisons, et le climat Black Lives Matter a encore plus électrisé les réactions. Et il suffit de lire les réactions dès que la série est traitée sur Ecran Large pour s’en rendre compte.

Reste maintenant à savoir s’il y aura une saison 2, vu que la saison 1 se suffit à elle-même, mais peut avoir une suite. Il n’y a pas eu d’annonce de mini-série, mais vu comme ça n’a plus trop de valeur (jurisprudence Big Little Lies ou plus récemment Perry Mason), autant attendre. Le dernier épisode de la première saison avait en tout cas un titre équivoque : Full Circle.

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Armand

Mais pourquoi vos titres sont-ils toujours formulés de façon aussi binaire ? C’est lassant à la longue. Vraiment dommage. Ça donne de moins en moins envie de cliquer.

Simon Riaux

@Armand

Parce qu’ils sont géniaux ou complètement bidons.

Après, vous êtes libre de vous ruer dessus comme la vérole sur el bas clergé ou de les ignorer totalement.

Geoffrey Crété

@Armand

Plus sérieusement : ils ne le sont pas toujours. Ici, ça me semblait adapté, car la série a eu un accueil assez mitigé en France, et dès qu’on en parle on voit des commentaires très énervés, bien plus que la normale chez nous. La série provoque de très vives réactions, et on aborde précisément ça.
Et comme c’était un projet fort intrigant et assez ambitieux, on questionne l’idée que ça a été un sale échec. Un titre étant de toute façon une simple porte d’entrée, l’article parle de lui-même, avec toutes les nuances et détails nécessaires.

Armand

Merci Mr Riaux. Je suivrai vos conseils à l’avenir. Ou pas.

Simon Riaux

@Armand

C’est l’idée, ou presque.