Masi Oka (Heroes)

Stéphane Argentin | 28 juin 2007
Stéphane Argentin | 28 juin 2007

Masi Oka. Un nom inconnu du grand public il y a encore moins d’un an. Pourtant, ce petit génie (un QI de 180) natif du Japon patauge dans le Septième Art depuis l’obtention de son diplôme de Maths & Informatique en 1997 à la Brown University. Masi a en effet travaillé pendant des années au sein d’ILM (Industrial Light & Magic, la société d’effets spéciaux de George Lucas, NDR) tout en apparaissant en parallèle dans plusieurs longs-métrages et autres guest stars télévisés. Aujourd’hui, il est devenu le chouchou de millions de fans à travers le monde grâce à son rôle de Hiro – « Yatta » – Nakamura dans la nouvelle série évènement Heroes. Un personnage qui lui va comme un gant comme en témoigne l’interview enjouée qui suit…

 

Attention aux spoilers : Cet entretien aborde différents éléments d’intrigue de la saison 1.

 

Propos et autoportrait (en fin d'article) recueillis au cours du 47ème Festival de Télévision de Monte-Carlo (juin 2007).

 

 

Dans quelles circonstances êtes-vous arrivé sur cette série ?

Par la voie usuelle de création des pilotes de séries TV aux États-Unis. Lorsque j’ai reçu le script, l’histoire m’a plus aussitôt et j’ai eu la chance de décrocher le rôle au terme de quatre auditions (auditions qui ont traditionnellement lieu, dans l’ordre : devant les directeurs de casting, le(s) créateur(s) de la série, les responsables du studio de production et enfin les responsables du network, NDR).

 

C’était votre premier pilote ?

Non mais c’était la première fois que je tournais dans un pilote retenu par un network.

 

Quels traits communs partagez-vous avec votre personnage, Hiro Nakamura ?

Pour commencer, nous sommes tous deux des geek de technologie d’origine japonaise qui adorons les mangas et embrassons la vie à bras le corps. Toutefois, Hiro est encore plus passionné que je ne le suis. Je suis fou de joie de jouer dans une série aussi incroyable tout comme il est fou de joie d’être un héros. Je vis un rêve par procuration au travers de lui. En cela, Hiro est donc un prolongement de moi, en plus exubérant.

   

 

 
Il parait d’ailleurs que vous êtes à l’origine du fameux cri de joie « Yatta ! » que pousse Hiro ?

Dans la première version du pilote, Tim Kring (le créateur de la série, NDR) avait écrit le mot « Bonsaï », qui signifie « Petit arbre ». La scène était donc rédigée de la sorte : « Hiro suspend le temps, revient une seconde en arrière et s’écrit "Bonsaï" ». Lorsque j’ai lu ça, je me suis dit : « Hein ! Quoi ? "Petit arbre" ? Ça ne veut rien dire. Ah, peut-être voulait-il écrire "Banzaï" ? ». Le problème, c’est qu’il s’agit d’un cri à forte connotation guerrière, de surcroît démodé aujourd’hui. Et le pire qu’un acteur puisse faire, c’est changer ses lignes de dialogue, surtout à la télévision. C’était le premier jour de tournage, je suis donc allé voir Tim un peu penaud pour lui dire : « Tim, je sais que c’est le premier jour et je ne voudrais pas passer pour un casse-pied mais "Bonsaï" signifie "Petit arbre" et je ne suis pas sûr que le terme soit vraiment approprié dans une telle situation. Je me demandais si je ne pourrais pas improviser un peu sur ce coup-là. » Et Tim de me répondre : « Vas-y, fais comme bon te semblera ». J’ai donc modernisé la réplique et cette phrase est désormais associée au personnage de Hiro. Tim a été très compréhensif sur ce coup-là et cette anecdote est parfaitement symptomatique du travail collaboratif en vigueur sur cette série. Une telle ambiance est vraiment ce qui peut vous arriver de mieux en tant qu’acteur.

 

Le Hiro du présent et celui du futur sont diamétralement opposés, tant au niveau physique que psychologique. Le passage de l’un à l’autre était-il difficile ?

La difficulté se situait à deux niveaux : d’une part la préparation en termes de maquillage et de coiffure et d’autre part en termes de concentration. Une fois encore, je suis quelqu’un de naturellement enjoué et par conséquent j’aime plaisanter avec les autres sur le plateau. Mais lorsque je tournais des scènes dans la peau du Hiro du futur qui vit en permanence dans un monde beaucoup plus sombre et déprimant, je devais en quelque sorte construire un mur autour de moi et dire aux autres : « Ne m’adressez plus la parole ».

 

(À ce moment-là, Adrian Pasdar, qui interprète le rôle de Nathan Petrelli dans la série, s’approche pour venir s’adresser à Masi Oka)

Masi Oka : Et voici mon frère, mon mentor et mon ami : Mr. Adrian Pasdar.

Adrian Pasdar : Désolé de vous interrompre. J’ai trouvé le restaurant. Il parait que c’est le meilleur. Gregory Peck l’avait recommandé il y a plusieurs années de cela. Ils s’occupaient de Frank et des autres. Sa fille m’a dit que nous devrions y aller.

Masi Oka : OK, on y va quand alors ?

Adrian Pasdar : Demain. Ce soir je ne pourrais pas.

Masi Oka : Demain midi alors.

Adrian Pasdar : Va pour demain midi.

(Adrian Pasdar s’en va)

 

À vous entendre, l’ambiance semble excellente sur le tournage ?

Oui et ce dès le départ. Nous formons en quelque sorte une grande famille. Cette série est très amusante à faire et nous y prenons tous beaucoup de plaisir.

 

Avez-vous eu l’occasion de rencontrer les autres comédiens avant le début du tournage ?

Non car la plupart du temps, nos histoires sont disjointes. Mais nous sommes ensemble lors des manifestations publiques et nous essayons d’organiser un diner une fois par mois pour maintenir les liens et la bonne entente entre nous.

 


 

Le phénomène Heroes a débuté pour de bon au Comi-Con 2006 (salon dédié aux comics qui se tient chaque été à San Diego, NDR). Assisterez-vous à la manifestation cette année encore ?

Je serais en plein tournage d’un film le week-end car en semaine je tourne Heroes. J’espère néanmoins pouvoir m’y rendre. Actuellement, il y a 80% de chance que j’y participe. Quoiqu’il en soit une douzaine d’entre nous y seront. Compte tenu de la folie de l’an passé, cette année, ça risque d’être complètement dingue.

 

Le film, s’agit-il de Get smart ?

Non, il s’agit de Get smarter, le spin-off de Get smart dont le tournage vient de s’achever. Get smart est le film avec Steve Carell et Anne Hathaway tandis que Get smarter, qui sortira directement en vidéo, sera une vision depuis les coulisses.

 

Compte-tenu de l’immense succès de la série, avez-vous commencé à ressentir une certaine pression au fil des épisodes ?

Non, ironiquement, car une fois encore nous prenons tous tellement de plaisir à faire cette série. Nous sommes les premiers fans du show et par conséquent nous donnons systématiquement le meilleur de nous même sans nous soucier d’une quelconque pression extérieure comme les ratings par exemple. C’est le boulot de NBC (la chaîne qui diffuse la série aux États-Unis, NDR) de se soucier de ça. D’ailleurs, leur protégé n’était pas Heroes mais Studio 60. Et lorsque les premières audiences sont tombées et se sont maintenues au fil des semaines, nous nous sommes simplement contentés de continuer à faire ce qui nous plaisait tout en espérant conserver l’intérêt du public. Ce qui par chance fut le cas.

 

Comment expliquez-vous que Hiro soit le personnage préféré des fans de la série ?

J’en ai été le premier étonné car sur le papier, ce n’est qu’un geek qui de surcroît ne parle pas anglais. La meilleure explication à laquelle je sois parvenue est précisément cette joie de vivre, cette exubérance qui le caractérise. C’est un grand gosse dont le rêve est devenu réalité. À y regarder de plus près, il n’y a pas beaucoup de personnages aussi optimistes que lui, surtout dans les dramas où l’on croise surtout des individus tourmentés.

 

L’épisode au cours duquel Hiro vient en aide à une blonde à Las Vegas (1.15 – Run !) semble quelque peu cousu de fil blanc au sein de l’histoire du personnage ?

Je suis assez d’accord avec vous. S’en était fini pour Hiro dès lors qu’il avait mis la main sur le fameux sabre. Je crois savoir que l’initiative venait du network qui avait pris conscience de la popularité de Hiro et a alors souhaité étendre son temps de présence à l’écran. Mais une surexposition du personnage risque au contraire de provoquer l’effet inverse, à savoir diluer la qualité et l’intensité de l’intrigue à son égard. Il aurait sans doute été plus judicieux à ce moment-là de prendre congé de Hiro et de se focaliser sur d’autres histoires. Ce ne sont pas les personnages qui manquent dans la série.

 

Justement, ne craigniez-vous pas que les téléspectateurs finissent par se lasser du personnage de Hiro ?

Non car je me lasse moi-même très facilement et tant que les intrigues maintiendront un haut niveau d’intérêt, sans se diluer, je continuerais à y prendre beaucoup de plaisir et les téléspectateurs également. Le destin de la série est donc avant tout entre les mains des scénaristes. Libre ensuite au public de poursuivre l’aventure ou non. Ça fait partie du business.

 


 

Qu’en est-il du retour de George Takei (le père de Hiro dans la série, NDR) en fin de saison. Était-ce planifié depuis le début ?

Je ne saurais dire si ce come-back était prévu de longue date car le processus créatif est assez organique. Les scénaristes l’avaient tellement adoré après sa première apparition (dans l’épisode 1.13 – The Fix, NDR) qu’ils ont cherché un moyen de le faire revenir. Ce retour s’est fait naturellement compte-tenu des liens qui unissent son personnage à ceux interprétés par Christopher Eccleston ou encore Eric Roberts.

 

Au sein de cette première saison, quel est votre épisode préféré ?

Oh mon Dieu, il y a tellement de bons épisodes. J’ai personnellement adoré l’épisode intitulé Six months ago (épisode 1.10, NDR) avec l’histoire entre Hiro et Charlie. Je trouve cette histoire magnifique.

 

La mort de Charlie a dû vous attrister ?

Oui mais elle était prévue dès le départ et fait d’ailleurs partie de la beauté de l’épisode. Tout le monde adorait Charlie, Jayma Mays (la comédienne qui interprète le rôle, NDR) et moi avons partagé de très bons moments et il a même été question de la faire revenir d’une façon ou d’une autre, genre « Le retour de la sœur jumelle maléfique ». Mais d’un autre côté, l’histoire devait aller de l’avant et instaurer certaines règles, à commencer par celle qui ne consiste pas simplement pour Hiro à remonter le temps pour résoudre tous les problèmes. Ce serait alors la solution de facilité. Un problème survient et hop, Hiro remonte dans le temps pour s’en occuper. Le départ de Charlie était donc à la fois triste et nécessaire. Mais j’ai entendu dire qu’une autre romance était prévue pour Hiro dans la saison 2, au Japon cette fois.

 


 

Justement, quelle a été votre réaction en apprenant que Hiro allait se retrouver dans le Japon féodal ?

J’ai trouvé l’idée d’autant plus brillante que je suis un fan de tout ce qui touche aux samouraïs et que j’aime aussi énormément les duels à l’épée. En ce moment, je prends des cours d’équitation. Je suppose que ça me sera utile au cours de la deuxième saison. J’ai grandi en regardant des films de samouraïs et j’ai hâte de pouvoir y prendre part au travers de la série et non dans un long-métrage stéréotypé hollywoodien. J’adore cette dernière scène où tous les combattants se figent devant ce type débarqué de nulle part.

 

Dans cette dernière scène, Hiro s’exclame quelque chose et les sous-titres prennent la tournure d’un juron. Qu’est-ce que vous dites exactement à ce moment ?

L’idée était effectivement de détourner l’utilisation des sous-titres dans un but comique pour faire croire à un juron. En réalité, Hiro s’écrit à ce moment-là « Dai Pinchu » que l’on pourrait traduire par « Je suis coincé » (expression fréquemment rencontrée dans les mangas, NDR).

 

Hiro restera-t-il dans ce Japon féodal pour l’intégralité de la deuxième saison ?

Je ne pense pas. Ce serait trop ennuyeux. L’idée est sans doute d’en découvrir davantage sur ses ancêtres ou encore l’origine des symboles avant de revenir dans le présent. Ou bien Hiro pourrait sans doute ramener quelqu’un avec lui du passé. Tout est possible et pour tout vous dire, j’ignore ce qui attend Hiro car les scénaristes ont passé les trois dernières semaines à rédiger les grandes trames de la saison 2 et je n’étais pas à Los Angeles pendant ce laps de temps.

 

Vous n’avez donc aucune idée du contenu de cette deuxième saison ?

J’en sais à peu près autant que vous. Cette deuxième saison s’intitule « Generations ». À partir de là, toutes les hypothèses sont alors permises et je suppose qu’il y sera question de l’origine des pouvoirs au travers des ancêtres des héros d’aujourd’hui.

 


 

Si vous deviez posséder un super pouvoir, lequel choisiriez-vous ?

Je choisirais celui de Hiro, sans hésiter. Il peut faire tellement de chose avec un tel pouvoir : arrêter le temps, le remonter, se téléporter… S’il veut voler, il lui suffit de cligner des yeux à répétition, s’il se fait tuer, il peut renaître en revenant en arrière…

 

Et si vous pouviez incarner un super héros, lequel choisiriez-vous ?

(Long silence) Je choisirais probablement Iceman ou bien quelqu’un dans son genre. De cette façon, il pourrait créer une doublure 100% numérique de moi et je n’aurais pas à porter de collants moulants (rires).

 

Intervenez-vous dans la création des effets numériques de la série ?

Non. Les effets spéciaux pour le cinéma et la télévision sont deux choses très différentes. Au cinéma, ils font des recherches, puis essaient pour voir ce que ça donne. À la télé, le rythme est plus intense et les effets doivent donc être vite faits et pour pas cher. Dans le cas de Heroes, je trouve qu’ils ont fait un travail phénoménal. Qu’en pensez-vous ? Les effets ont-ils l’air convaincant ?

 

Oui.

OK et bien c’est bon alors, le but recherché est atteint.

 


 

Vous avez déjà manifesté votre désir de réaliser un épisode. Pensez-vous franchir le pas dès la saison prochaine ?

Probablement pas. J’ai encore beaucoup à apprendre à ce sujet. J’ai besoin de gagner en confiance. Je n’envisage pas cette possibilité avant la saison 3 ou 4, une fois qu’ils auront décidé de tuer Hiro ou alors au cours d’un épisode dans lequel Hiro n’apparaîtra pas. Ainsi, je n’aurais pas à me préoccuper de jouer et diriger en même temps car la réalisation d’un épisode demande tellement de temps depuis la pré-prod jusqu’à la post-prod.

 

Avec un planning aussi chargé que celui du tournage d’une série télé, comment trouvez-vous encore le temps de travailler pour ILM ?

Mon rôle à leur égard est davantage celui d’un bibliothécaire car je n’ai plus le temps de développer quoique ce soit pour eux. Je me contente donc une fois par semaine de répondre aux e-mails qu’ils m’envoient, en qualité de consultant en quelque sorte. J’ai tellement appris à leur contact que je ne me voyais pas couper définitivement les ponts. Ça me permet également de garder les pieds sur terre en me rappelant d’où je venais avant d’être acteur. Et puis, j’adore ça, les effets spéciaux. Je fais donc office de commercial, je parle d’ILM dès que j’en ai l’occasion.

 

Vous touchez des royalties pour ça ?

Je travaille toujours pour eux donc je touche un petit quelque chose.

 

J’ai entendu dire que vous aviez eu une PS3 (Playstation 3) pour noël ?

Ce n’était pas pour noël mais j’ai effectivement une PS3.

 

À quels jeux jouez-vous ?

Essentiellement à Madden (Madden NFL 07, un jeu de football américain inédit en France, NDR). J’aime aussi beaucoup MotorStorm. Et j’ai fini Genji : Days of the Blade. J’adore la PS3 bien que je n’ai pas autant de temps que je le voudrais pour y jouer. Mais je n’ai pas encore de Wii. Il me faut une Wii.

 

 

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