Dennis Haysbert (24 & The Unit)

Stéphane Argentin | 20 janvier 2007
Stéphane Argentin | 20 janvier 2007

Assez (très peu ?) connu dans ses premiers rôles à l'écran au cours des années 1980, la carrière de Dennis Haysbert a véritablement pris son envol grâce à son interprétation du Président David Palmer dans l'une des séries évènements de ce nouveau millénaire : 24 heures chrono. Limogé de ses fonctions au terme de la quatrième saison du show, Dennis est immédiatement parti en campagne dans un autre registre, plus militaire cette fois, avec The Unit, nouvelle série américaine de l'année 2006 où il interprète Jonas Blane. Lors de notre rencontre au cours du dernier festival TV de Monte-Carlo, nous avons pu nous entretenir de ces deux séries avec le comédien qui, derrière son physique d'armoire à glace (1,94m) à la voix roque (il aurait très bien pu doubler Dark Vador en lieu et place de James Earl Jones), se révèle d'une incroyable gentillesse et d'une non moins grande perspicacité.

Quand avez-vous eu vent de The Unit pour la première fois ?
J'en ai entendu parler avant de débuter le tournage de la quatrième saison de 24 où j'ai pris part aux six derniers épisodes. Sachant que mon contrat sur la série ne serait pas reconduit, j'ai donc commencé à chercher un rôle qui me conviendrait dans un autre show.

Connaissiez-vous The Shield, la précédente série créée par Shawn Ryan ?
Oui et ce que j'appréciais surtout, c'est la façon dont Shawn Ryan gérait The Shield en tant que showrunner, aussi bien à l'écran qu'en coulisses.

L'influence de David Mamet, l'autre créateur de la série, se ressent-elle également ?
Oui, les scripts de tous les épisodes sont recouverts de ses empreintes digitales (rires). C'est le rêve de tout comédien de travailler avec un scénariste de sa trempe. C'est un honneur d'être le porte-parole à l'écran de ses écrits.

 


Dans 24, Dennis Haysbert interprétait le Président des États-Unis David Palmer
The Unit est-il un nouveau show sur le terrorisme ?
En partie. Une petite partie même devrais-je dire. Il serait préférable de voir The Unit comme un commando de plusieurs James Bond envoyé secrètement aux quatre coins du globe et des États-Unis, là où sa présence est requise, aussi bien pour des missions d'extraction de données, de protection d'individus, de désamorçage de bombes… Mais une partie du show s'intéresse également aux épouses de ces soldats de l'ombre, qui vivent dans l'angoisse permanente du retour de leurs maris.

 

Êtes-vous en passe de devenir l'archétype du comédien de séries TV américaines qui lutte en permanence contre le terrorisme ?
Je ne crois pas. Lorsque j'incarnais le Président des États-Unis dans 24, je ne combattais pas les terroristes, j'envoyais Jack Bauer pour s'en charger (rires). Désormais, je suis le Jack Bauer de The Unit.

Qu'est-ce qui vous a particulièrement séduit dans ce nouveau personnage ?
J'aime son intégrité, son patriotisme et le fait que, malgré tout, il ne soit pas systématiquement d'accord avec les instances dirigeantes.

Depuis le 11 septembre, les séries aussi bien que les longs-métrages cherchent systématiquement à inclure cette thématique semble-t-il. Le ressentez-vous également avec The Unit ?
Je le formulerais ainsi : l'actualité et la plupart des documentaires sont là pour entretenir la peur tandis que The Unit a été créé afin que les gens se sentent davantage en sécurité et c'est, selon moi, la raison pour laquelle la série a été un succès. J'ajouterais que le show saura sans doute trouver son public à travers le monde car chaque pays dispose de forces armées, de soldats dont les familles sont dans le même état de stress et d'angoisse en attendant leur retour.

 


Dans 24, Dennis Haysbert donnait des ordres à Jack Bauer (Kiefer Sutherland)
Dans l'avant-dernier épisode de la première saison, vous êtes confrontés à un commandant français borné dénommé Leclerc qui fait presque capoter l'opération. Faut-il y voir là une résurgence des griefs franco-américains depuis le conflit iraquien ?
(Rires) Je ne crois pas que la nationalité française de l'officier en question soit un choix délibéré en ce sens.

 

Car le nom « Leclerc » est très symbolique en France, c'est l'un des premiers généraux à avoir pris part à la libération du pays à la fin de la Seconde Guerre Mondiale.
Ah, je vois. Je l'ignorais. Ce serait plutôt une question à poser à David Mamet (rires).

Quelles différences feriez-vous entre 24 et The Unit ?
La première distinction vient du fait que The Unit ne se déroule pas sur une seule journée. D'autre part, il s'agit avant tout d'une équipe et des répercussions physiques et psychologiques qu'entrainent chacune des missions auxquelles les membres de cette unité d'élite prennent part, aussi bien sur eux-mêmes que sur leurs familles.

Étiez-vous déçu que David Palmer soit assassiné dans le premier épisode de la cinquième saison de 24 ? En aviez-vous marre d'interpréter ce personnage ?
La décision n'était pas de mon ressort et non, je n'en avais pas marre. Même si l'évolution du personnage avait quelque peu tendance à stagner, il y avait sans doute encore matière à l'approfondir. Mais ils ont opté pour une autre direction que je n'ai pas appréciée. Trop souvent au cours de l'Histoire de l'Humanité, des leaders charismatiques sont assassinés et nous avions là l'opportunité de rompre avec cet « héritage ». Mais ils ont préféré la solution la plus rapide et directe pour lancer la cinquième saison.

Quelle est votre saison préférée de 24 ?
La deuxième.

Pensez-vous que les États-Unis soient prêts pour avoir un Président afro-américain ou bien du sexe féminin ?
Non. Idéalement, j'aimerais y croire mais au fond de moi-même je dois hélas reconnaitre qu'à mon avis, les américains ne sont pas encore prêts.

 


Dans The Unit, Dennis Haysbert est Jonas Blane, le Jack Bauer de la série
La sécurité de la population est un sujet commun à 24 et The Unit avec toutefois des méthodes différentes. Quelles distinctions idéologiques feriez-vous entre les deux séries de ce point de vue ?
Jonas n'aura pas systématiquement recourt à la force si la situation le lui permet tandis que dans 24, la force est utilisée de façon plus gratuite.

 

Laquelle des deux méthodes préférez-vous ?
Celle de Jonas car elle est davantage en adéquation avec mes propres convictions politiques. Prenez par exemple cet épisode où nous devons récupérer coûte que coûte des missiles des mains d'un trafiquant qui fait surveiller sa résidence par des enfants armés. Dans 24, ils auraient sans doute massacré les enfants pour y parvenir tandis que Jonas va chercher à accomplir sa mission sans mettre leur vie en péril.

Où se situerait alors la frontière de votre personnage ? À quel moment refuserait-il d'accomplir sa mission ?
Il ne refuserait pas. Quoiqu'il arrive, il cherchera toujours le moyen le plus efficace afin de minimiser les pertes en vies humaines. Toutefois, s'il se retrouvait vraiment le dos au mur, il emploierait la force. Mais dans ce cas, vous observeriez ensuite les répercussions psychologiques d'une telle décision sur le personnage.

Dans certaines séries, il arrive que les comédiens participent aux évolutions de leur personnage. Est-ce quelque chose que vous souhaiteriez faire par la suite ?
Si j'estimais cela nécessaire, je le ferais et à mon avis, mes remarques seraient prises en considération. Mais nous avons la chance d'avoir une excellente équipe de scénaristes chapeautée par David Mamet et Eric L. Haney, l'auteur du livre dont s'inspire la série. Compte tenu de la relation quasi-symbiotique qui règne entre nous sur ce show, je leur fais toute confiance, et à ce jour, je n'ai jamais rien eu à redire.

Quelles autres séries TV américaines appréciez-vous ?
Battlestar Galactica, Weeds, Lost. Je ne peux pas toutes les voir alors je les télécharge.

(Éclats de rires complices)
Mais je paie pour cela. J'utilise iTunes.

 


Propos recueillis au cours du 46ème festival de télévision de Monte-Carlo en juin 2006.
Autoportrait de Dennis Haysbert.

 

Copyright : La photo en bas d'article (ci-dessus) a été obtenue avec l'accord du festival de télévision de Monte-Carlo en vue d'être exploitée exclusivement dans le cadre du site Ecran Large. Toute autre utilisation en dehors de ce cadre est par conséquent formellement interdite.

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