See : on a vu les trois premiers épisodes de la série post-apocalyptique aveugle d'Apple TV+

Simon Riaux | 1 novembre 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 1 novembre 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Apple veut se tailler une place de choix dans la guerre du streaming qui s’annonce et débarque donc à l’international avec une poignée de séries variées, conçues pour attirer le grand public. Parmi elles, See, trip entre fantasy et récit post-apocalyptique, qui a pour mission d’assurer à la plateforme Apple+ son quota de grand spectacle bourrin.

On a découvert les trois premiers épisodes et on vous dit ce que vaut ce premier pas dans l'ère du streaming pour Apple TV+.

 


 

IL FAUT LE VOIR...

Des siècles après que l’humanité ait été décimée par un virus qui a laissé les rares survivants hébétés et aveugles, l’humanité a reconstruit un semblant de civilisation, qui tient autant de la brutalité en mode Mad Max que d’un retour à la Terre inspiré par l’héritage des natifs américains. Dans ce monde où tous vivent dans les ténèbres, persuadés que la vision était une malédiction qui poussa l’humanité à dévoyer les projets de Dieu et à se voir aveuglée en châtiment, deux jumeaux naissent. Premiers humains non-aveugles à voir le jour dans leur modeste clan, ils vont provoquer… bah plein de choses.

À la découverte des trois premiers épisodes de See, un premier constat s’impose : Apple a dépensé sans compter. On s’en doutait un peu, l’entreprise n’ayant pas hésité à dépenser plus sur la première saison de The Morning Show que HBO sur Game of Thrones (ce qui revient à chasser le bébé faisan avec des grenades à phosphore blanc), mais la société de Tim Cook cherche clairement à en mettre plein les yeux.

 

photo Jason Momoa avec de la boue

 

De ce côté-là, la réussite est à peu près totale. Les décors sont variés, souvent impressionnants, le sentiment (l’illusion ?) de suivre un récit tourné majoritairement en décors naturels ne nous quitte jamais, et on a souvent la mâchoire décrochée par le gigantisme d’une ruine, la perspective dévoilée par un plan inattendu, ou les perspectives sauvages de ce monde sur lequel l’humanité a tout à fait perdu son emprise.

Chacun jugera de la direction artistique qui tente de marier un minimalisme fonctionnel, nos héros étant une troupe de gros bourrins aveugles ils ne s’inquiètent probablement pas de la finesse de leurs dessous en dentelles, et une esthétique qui fait de l’œil à tout ce que le cinéma a pu proposer de création pur-cuir-de-fin-du-monde. La touche native américaine n’est pas révolutionnaire en soi, mais brouille un peu les pistes visuelles avec une certaine réussite, autorisant See à s’offrir une atmosphère plaisante, quoique jamais tout à fait inédite.

Dans ce contexte, Jason Momoa joue un proto-Khal Drogo, plus gentil et biberonné au best of de Françoise Dolto. Capable de se battre pépouze avec un grizzly, d’éventrer à mains nues le premier golgoth venu, tout en desquamant un quarteron de forgerons sous kétamine, le guerrier au petit cœur sensible pense aussi au bien-être de sa progéniture, et à la survie de la communauté dont il a la charge. On en rigole, mais l’acteur rappelle ici avec un charisme indéniable que bien dirigé, il est un des gros balèzes les plus attachants à l’heure actuelle.

 

photoJason Momoa avec de la pluie

 

... POUR PAS LE CROIRE

Malheureusement, une problématique soulevée dès la promotion de See ne trouve pas, au cours de ces 3 premiers épisodes, de réponse satisfaisante. Parce que c’est bien beau cette histoire d’humanité dispersée et ayant recréé un ersatz de civilisation alors que personne n’y voit goutte… Sauf qu’on n’y croit pas du tout. Le premier épisode s’avère régulièrement à côté de la plaque, ses tentatives de faire dans le grand spectacle, tout en imaginant à quoi ressemblent les objets du quotidien et les différents rituels respectés par les personnages, sans oublier de balancer du gros boum-boum… Ces ambitions s’entrechoquent et s’annulent.

Impossible de ne pas réfréner un fou rire quand on tente de nous expliquer que ce sont vraiment les aveugles les plus sensibles et à l’aise qui montent à cheval (bah voyons) ou que tel spécialiste du tympan est capable d’annoncer l’arrivée prochaine de 200 cavaliers couverts de puce. La série joue de ce handicap avec inconstance, faisant ici de ses protagonistes des super sensitifs qui mettraient bien la fièvre à Daredevil, et là de gros nigauds pas foutus de dessiner une teub dans le sable. Après la férocité de la grosse baston introductive, voire nos héros passés de massacreurs voltigeant à gros demeurés aux doigts gourds laisse songeur...

 

photo, Jason Momoa, See Season 1Jason Momoa avec un couteau

 

Il arrive aussi d'être saisi par les fausses bonnes idées que se trimballe le script. Ainsi, les "Ombres", pour intéressantes qu'elles soient, visuellement et en termes de potentialités narratives, présentent un écueil évident : ces espions aux motivations mystérieuses ne peuvent décemment pas être aveugles pour pouvoir mener leur mission à bien. Peu importe, le scénario ne s'embarrassant jamais de la notion de cohérence. Ces soucis pourraient passer dans une série se prenant moins au sérieux, ou ne bénéficiant pas d'une telle ambition visuelle, mais en l'état, ils soulignent ou laissent imaginer une conception extrêmement précipitée, qui ne joue pas en faveur de l'immersion du spectateur.

De même, l’écriture souffre parfois de tics vieillots, voire ouvertement débiles, qui donnent le sentiment que la série a été écrite il y a 20 ans et ressortis des tiroirs pour nourrir l’ogre Apple en mal de contenu. Ainsi, le traitement de la sexualité s’avère tour à tour risible et regrettable. Décrite comme une déviance bien glauque quand il est question de plaisir, le frottage de muqueuse se mue en regards chastes et mou du bulbe dès qu’il est question de nos gentils héros.

 

Photo Jason MomoaJason Momoa avec un ami, et son couteau

 

Et franchement, on a connu des caractérisations de méchants plus efficaces et intelligentes que celle que doit se fader la malheureuse Sylvia Hoeks, interprète de la vilaine reine Kane, qui passe son temps à se masturber furieusement en jurant la perte de ses ennemis. Relecture baba-cool-nazi-trashouille de son personnage de bad bitch sous vide de Blade Runner 2049, elle a beau faire de son mieux et cabotiner à fond, son personnage évoque plus une animatrice de colo traumatisée par des toilettes sèches, qu’une souveraine mégalomane. De même, le vilain traître lymphatique est évidemment un gros débiloïde incestueux, assez motivé par la perspective de faire la bête à deux dos avec sa tante.

Enfin, le show devra rapidement trouver un rythme de croisière, tant ses 3 premiers chapitres sont chaotiques. En 3 heures, l’intrigue évolue sur 17 années, et après cette interminable introduction, on laisse des personnages aux évolutions énormes, mais bien trop brusques, tandis que la narration manque cruellement d’un centre de gravité. Le récit se focalisera-t-il sur Jason Momoa ou ses descendants ? Après 3 épisodes, on ne sait toujours pas qui on suit, et pourquoi.

Ces soucis ne sont pas insurmontables, et si See assume finalement son ADN gentiment kitsch et sa vocation à balancer du gros spectacle épique, le show saura divertir efficacement. En témoigne la longue scène de baston de l’épisode 3, la première à véritablement proposer une chorégraphie et une mise en scène prenant en compte la cécité de ses participants. Concise, brutale, chorégraphiée avec intelligence, elle témoigne du potentiel de l’ensemble.

See arrive sur Apple TV+ ce 1er novembre 2019 à compter de trois épisodes pour son lancement puis d'un épisode par semaine chaque vendredi.

 

photoSee See la famille

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commentaires
Moi
21/10/2020 à 08:52

Dans les films ou séries de type post apocalyptique ou de science-fiction tout impossible donc au niveau des incohérences tout est possible lol sauf qu'une bouteille jetée dans un fleuve suit son petite bonhomme de chemin au fil du courant (toujours vers le bas jusqu'à nouvel ordre), les méchants arrivent vers le haut de la cascade lol

Markitcho56
10/03/2020 à 20:27

Tres belle série et mis en sienne fabuleuse avec de très beau paysage. Cest vrai on sais pas trop qui suivre comme personnage mais cest peu être le but faire appelé au 4 censé et exclure le 5 (la vision) intrigué mais peu nous montre l'intelligence de mettre en-avant la capacité humaine à s'adapter un peu exagéré par fois mais finement choisi. Pour moi cest un série qui mérite sa place dans la cours de plus grand

Fx
08/12/2019 à 23:55

Ayez un peu de respect pour le travail des équipes de la série, et pour le public qui apprécie de la regarder.
Ces critiques assassines n’apportent pas grand chose....à part une satisfaction malsaine à celui qui l’écrit.

See ne plaira pas à tout le monde, mais enchantera les personnes sensibles à son univers.

Donc soyez curieux, et si le charme opère, laissez vous emporter par la magie de cette magnifique histoire.

Meeka
29/11/2019 à 15:18

Premier point : J'ai trouvé la série très agréable à regarder, visuellement c'est une claque et de surcroît j'aime beaucoup les personnages (peut-être pas la fille de Baba....).
Beaucoup d'idées originales, les combats bien pensées
J'ai vu les 7 premiers épisodes et je vous conseille d'en faire autant.
Certes les critiques "presse" semblent sévères mais les spectateurs paraissent aussi enthousiastes que moi. Du coup... Regardez et faites-vous votre avis.

Alex
27/11/2019 à 21:50

J'adore cette j'ai hâte de voir la suite !

Fergui
26/11/2019 à 02:15

Juste une question si ils sont aveugles comment ils savent ce que c'est une échelle ou un pont

Bien di
09/11/2019 à 01:10

oué seut ki croive sa çont dé kongs

jet
08/11/2019 à 07:42

bravo pour la serie ya rien na dire . yen naura toujour un qui dira une chose sur la serie ce son des perconne qui croive ettre superieur mentalment tres belle idee qui cest ce que lavenire peut nous reserver avec le tempts bon courage

Cernere
06/11/2019 à 11:39

Chacun ses goûts. Perso la série me plaît beaucoup. La qualité d'image...c'est dingue, dur dur pour les non-voyants :-)

Old
06/11/2019 à 11:00

Moi j’aime beaucoup cette série

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