Origin : entre Alien, Lost et The Thing, une série bête mais pas méchante

Créé : 3 décembre 2018 - Geoffrey Crété
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Origin est une série Youtube Premium parfaite pour tout amateur de film de genre.

Un vaisseau spatial perdu dans l'espace, des coursives désertes, une poignée de survivants qui ne se connaissent pas, une menace tapie dans l'ombre : Origin a tout du fantasme facile pour quiconque rêve et cauchemarde d'Alien et The Thing.

Nouvelle série de YouTube Premium, concurrent parmi tant d'autres qui souhaite se poser face à Netflix, la série créée par Mika Watkins, avec notamment Natalia Tena et Tom Felton, est a priori un gros plaisir coupable. Mais à quel degré, ce plaisir ?

ATTENTION SPOILERS !

 

 

PERDUS DANS L'ESPACE CINÉPHILE

Des hommes et femmes se réveillent pour de mystérieuses raisons à bord d'un immense vaisseau spatial en plein voyage vers une autre planète lointaine. Ils ne se connaissent pas, et ne comprennent pas pourquoi ils ouvrent les yeux pour découvrir un engin désert et froid, au lieu de la colonie paradisiaque qui est leur destination, comme pour des centaines d'autres personnes.

Alors que de multiples flashbacks permettent à chaque épisode de découvrir le passé des protagonistes, ce vaisseau se révèle être moins désert que prévu. Quelque chose venu d'ailleurs a trouvé un chemin dans les coursives métalliques. Quelque chose d'innommable et indéfinissable, capable de prendre possession d'un corps pour changer son hôte. Quelque chose de gluant, qui se glisse insidieusement chez son hôte, pour mieux se cacher.

 

photo, Tom FeltonLa chair à canon

 

Si ces quelques lignes ne vous rappelent pas (en vrac) AlienLost et The Thing, c'est que vous n'avez pas ouvert les yeux. Il y a aussi des airs de Blade Runner, Pandorum et Event Horizon, et pour ce dernier c'est une bonne chose : son réalisateur Paul W.S. Anderson a dirigé les deux premiers épisodes de la série (et a même calé un poster de son Resident Evil : Chapitre final dans un décor). Le film avec Sam Neill étant probablement son plus beau fait d'armes, le voir revenir dans l'espace à bord d'un vaisseau fantôme a de quoi susciter la curiosité.

A partir de là, difficile toutefois d'attendre la moindre inventivité de ce Origin, qui se contente de recycler tous les poncifs du genre. Personnages secrets et torturés dont le passé est dévoilé peu à peu, suspicion et jeu de piste pour dénicher la menace dans le groupe, conflits moraux sur l'individu vs le groupe, amourettes et mises à mort : le cauchemar de ces Terriens égarés a tout d'une promenade de santé pour l'amateur de genre.

Peu importe : une fois en paix avec cette évidence et grande limite, Origin a de quoi amuser.

 

photo, Natalia TenaNatalia Tena, qui retrouve donc Tom Felton après Harry Potter

 

SCOOBY GANG 

Si les personnages stéréotypés ne méritent a priori pas d'être détaillés, ils occupent une très grande partie de l'aventure. En reprenant la formule Lost sans aucune honte, avec un personnage traité dans chaque épisode selon les péripéties (il y a même un petit gimmick sonore pour les accompagner), Origin ne s'embarrasse d'aucune finesse. Tel personnage va devoir affronter le difficile choix d'en tuer un autre ? Il y aura un flashback bien pratique pour expliciter ses tourments. Tel autre semble bien renfermé et agressif ? Une petite plongée dans son passé permettra de lui donner toute une dimension sinon invisible dans l'action.

Entre le brigand voleur (comme Sawyer), la téméraire hantée par un trauma (comme Kate), la hackeuse qui a vécu une aventure digne de Black Mirror, ou encore le Yakuza qui traîne dans un Japon à la Blade Runner, la série ne brille clairement pas de ce côté. Le trait qui dessine ces personnalités est grossier, et la bande prend vite l'allure d'un amas de clichés pas bien excitant. Et ces flashbacks donnent vite l'impression d'un remplissage artificiel, tant ils demeurent simplets et nettement moins amusants que les épreuves qui s'enchaînent à bord du vaisseau.

 

photo, Adelayo AdedayoLa super hackeuse qui te pirate l'ordi central en un demi-épisode

 

LE VAISSEAU HANTÉ

C'est un vrai frein pour l'intrigue puisqu'après un démarrage prenant où la mise en place se révèle efficace, Origin accuse un sérieux coup de mou vers l'épisode 5. Alors que la menace est plus réelle et tangible que jamais, la bande se retrouve à boire, parler, danser, faire du sport et se déchirer pour des choses qui semblent moins mineures quand un alien vicieux se cache parmi eux.

Les dialogues insistent sur le fait que l'horreur est loin d'être terminée, et pourtant les actes à l'écran semblent totalement absurdes. Difficile de comprendre ce choix scénaristique parfaitement incongru, qui permet surtout de ralentir les péripéties, et repousser les vrais enjeux. Et tandis que les flashbacks alourdissent bien chaque épisode, plus par obligation que nécessité dramatique, Origin perd son cap et apparaît de moins en moins distrayante. D'autant que la ficelle de la suspicion à l'intérieur du groupe a ses limites.

 

photo, Jóhannes Haukur JóhannessonAprès ça, ça se gâte

 

Par ailleurs, la série a quelques soucis (probablement liés au budget) du côté des effets. Qu'une brèche s'ouvre dans la coque pour aspirer les personnages (qui parviennent à s'enfuir sans trop de mal), ou qu'une porte s'ouvre sur l'espace (avec comme principale conséquence d'avoir une moustache gelée), et la partie hard SF de la chose en prend un coup. 

Si la direction artistique est globalement solide, avec une belle palette de couleurs et une photo clinquante qui assurent le spectacle, le manque clair d'imagination du côté des actions et décors apparaît évident au fil des épisodes. Un gros ordinateur à pirater, une jolie serre à explorer, un nouveau couloir à arpenter, un code à trouver, et la série prend des airs de banal jeu vidéo. L'horreur restant bien sage, inutile d'espérer du Dead Space dans cette aventure.

 

photo, Fraser James, Madalyn Horcher On s'en fout un peu de ton passé, vis le présent plutôt

 

SPACE DOPE

Pourquoi regarder Origin alors ? Parce que pour tout amateur de SF, il y a là une potentielle petite attraction aussi innocente que sympathique. Il n'y a à peu près rien d'original ou étonnant dans le fond comme dans la forme, mais à la manière du récent retour fort distrayant de Perdus dans l'espace sur Netflix, ou d'un Life - Origine inconnue au cinéma, le plaisir peut être au rendez-vous. A condition d'accepter qu'il s'agit là d'un objet de pur recyclage, sans audace aucune.

D'autant qu'après un gros coup de mou à mi-parcours, l'intrigue redémarre dans sa dernière ligne droite, avec un climax facile mais efficace, qui rejoue plutôt habilement les motifs du genre (la nature d'une vie extraterrestre, le mensonge institutionnalisé, le cliffhanger apocalyptique). De quoi quitter l'Origin sur une note solide.

  

photo, Nora ArnezederOui, il y a aussi Nora Arnezeder

 

Impossible d'ignorer que la série débarque sur YouTube Premium, service de vidéo à la demande lancé pour bien évidemment contrer Netflix. YouTube s'adresse donc ici aux amateurs de films de genre, et leur adresse un gentil clin d'œil complice, après Impulse (série dérivée de Jumper, le film de Doug Liman) et Lifeline (une histoire d'agence spécialisée dans le voyage temporel).

Reste à voir si YouTube Premium continuera dans cette voie, donnera une saison 2 à Origin, et se permettra de vraies libertés et audaces dans son futur proche. Car aussi curieux et bienveillant puisse t-il être, l'amateur de genre a aussi ses besoins - et ses limites.

Origin, disponible sur YouTube Premium depuis le 14 novembre.

 

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commentaires

Malou 03/12/2018 à 21:04

Terrible cet serie

thierry A 03/12/2018 à 18:13

Oui, c'est du recyclage, mais ça se laisse voir avec curiosité (si on zappe quelques flashbacks sans intérêts ou utilité).
Hélas, je comprend qu'il doivent rentabiliser les décors, du coup; 10 épisodes c'est trop trop trop long.

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