Un Doigt dans le Culte : Batman, la série animée

Christophe Foltzer | 28 octobre 2018 - MAJ : 28/10/2018 11:28
Christophe Foltzer | 28 octobre 2018 - MAJ : 28/10/2018 11:28

Avec Un Doigt dans le Culte, la rédaction profite de son temps libre, de son salaire mirobolant et de sa mégalomanie galopante pour partager avec vous des œuvres importantes, cultes, adorées, en dehors de toute actualité. Et aujourd'hui, pour fêter l'imminence de sa sortie en Blu-Ray, on va vous parler de Batman, la série animée.

Si aujourd'hui les super-héros ont pignon sur rue et sont plus ou moins les nouveaux maitres du monde du divertissement, il n'en a pas toujours été ainsi. Il fut effectivement une époque où ils avaient encore tout à prouver, et particulièrement au cinéma et à la télévision. Un temps où sortir un film de super-héros sur grand écran constituait un pari risqué pour un risqué. C'était la fin des années 80, le moment où un film a traumatisé à lui seul toute une génération, permettant à un héros tombé un peu en disgrâce de revenir sur le devant de la scène de la plus sombre des manières. Et ce héros, c'est évidemment Batman.

 

 

YEAR ONE

On ne va pas vous faire l'affront de vous rappeler ce qu'est Batman, la série animée, on part du principe que vous en avez forcément vu au minimum un épisode ces 25 dernières années. Précisions tout de même qu'il s'agit d'une série d'animation de 85 épisodes de 22 minutes, répartie sur plusieurs saisons et qu'elle a été produite par Warner Television en 1992 et a arrêté sa diffusion américaine d'origine en 1995. Sa direction artistique a été établie par le grand Bruce Timm tandis que les scénarios ont été supervisés par Paul Dini, bref un duo légendaire qui a été capable de redorer l'image du Dark Knight, salement esquintée par la série télé des années 60 et son esprit "campy" (on en reparle du spray anti-requins ou pas ?)

 

photo batman et robinLe Batman gênant des années 60

 

Bien entendu, sa création n'est pas arrivée par hasard et c'est évidemment grâce au gigantesque succès du Batman de Tim Burton que Warner a décidé de se lancer dans un dessin animé. En effet, il faut savoir qu'à la fin des années 80, Warner, détenteur de plusieurs licences DC Comics, n'était pas très chaud à l'idée de continuer dans cette voie, surtout après les fours successifs de Supergirl et Superman IV, produits et distribués en dépit du bon sens. Mais avec un artiste aussi particulier que Tim Burton à la barre, c'était une toute autre histoire. Si la Warner a permis au réalisateur d'y plaquer son univers, elle ne lui a cependant pas laissé les coudées franches puisque ce dernier se plaint encore aujourd'hui du manque de liberté dont il disposait sur le plateau, consécutif à l'énorme impératif économique du studio. Un calcul qui a cependant porté ses fruits puisque, pour un budget de 35 millions de dollars, le film a rapporté plus de 411 millions à l'international, déclenchant du même coup une véritable Batmania à travers le monde, telle que personne n'en avait jamais vu. Fort de ce succès, la Warner n'allait évidemment pas s'arrêter là.

 

Photo Michael KeatonCelui par qui tout a commencé

 

Le film sorti, une suite est mise en chantier. Tim Burton rempile à la condition absolue de pouvoir faire ce qu'il veut, fort de son statut de nouveau prodige du cinéma et... il l'obtient. En parallèle, Warner se dit qu'il serait bon de capitaliser sur la marque en la déclinant en série télé. C'est alors qu'elle commence à plancher sur Batman, la série animéeBatman, le défi sort le 19 juin 1992 et ne rencontre pas le succès espéré. En cause, un ton beaucoup plus sombre et dépressif que le précédent, l'accent mis sur les méchants Catwoman, le Pingouin et Max Shreck, et un Batman qui ne fait pas grand chose. Le film est d'ailleurs tellement sombre qu'il pousse certains partenaires à supprimer leurs campagnes de merchandising pour ne pas effrayer les enfants (ou leurs parents, choisissez votre camp). Résultat, Warner se tournera vers Joel Schumacher pour la suite, Batman forever plus docile, retrouvant l'esprit de la série des années 60, parfaite pour vendre des jouets. Mais, à la télévision, c'est une toute autre histoire puisque, le 5 septembre 1992, le premier épisode de Batman, la série animée est diffusé et une nouvelle page de l'Histoire s'écrit sous nos yeux.

 

photo bruce timmBruce Timm

 

LES MAITRES DE L'UNIVERS

A la barre de la série, deux figures de proue relativement inconnues à l'époque : Bruce Timm et Paul Dini. Timm, l'illustrateur, a débuté sa carrière en 1983 dans la société Filmation en travaillant notamment sur la série Les Maîtres de l'univers. Rappelons que cette série était à l'origine une collection de figurines possédant la licence de Conan le Barbare, mais qu'en cours de production des jouets, le fabricant Mattel a perdu les droits du personnage et a dû créer, dans l'urgence, un univers original pour ne pas tout perdre. C'est ainsi que nous nous sommes retrouvés avec les aventures de Musclor, sur la planète Eternia, combattant sans relâche les hordes de Skeletor. Un succès gigantesque, qui continue encore aujourd'hui (mais dans une proportion moindre cependant), qui a permis à Bruce Timm de faire ses premières armes. En effet, le dessinateur était en charge des décors de la série animée mais, plus intéressant encore, il dessinait les mini-comics qui se trouvaient dans chacune des boites de figurines.

 

photo paul diniPaul Dini

 

Si Paul Dini a rencontré Bruce Timm dans les bureaux de Filmation, il possède cependant un parcours un peu plus chaotique puisqu'avant de devenir scénariste, il a suivi un cursus de création littéraire puis un autre de zoologie à Harvard, avant d'écrire quelques scripts en freelance sur Les Maitres de l'Univers. Pourtant, l'union sacrée n'aura pas lieu à ce moment puisque, peu de temps après son arrivée, George Lucas débauche Paul Dini afin de lui confier le développement de plusieurs projets d'animation pour Lucasfilm qui ne verront malheureusement jamais le jour.

Ce n'est qu'à la fin des années 80 que les deux créateurs se retrouvent, chez Warner Television. Là, Bruce Timm a pris du galon puisqu'il est à présent en charge des story-boards de la série Tiny Toons, gigantesque succès coproduit par Steven Spielberg et qui a, à lui seul, ressuscité le légendaire département Animation du studio. C'est à ce moment que le Batman de Tim Burton sort sur les écrans, avoine toute forme de concurrence et que l'idée d'une série animée germe dans l'esprit des dirigeants du studio. Bruce Timm et Paul Dini sont chargés de lui donner vie.

 

MusclorLes Maîtres de l'univers

 

RETOUR VERS LE FUTUR

A la manière du film, le duo Timm-Dini ne compte pas servir la soupe au studio ou aux spectateurs et sa première décision est de renier intégralement l'esprit de la série live Batman des années 60 en redonnant au héros une aura mystérieuse et inquiétante. Comme la série a été produite avant la sortie de Batman, le défi, Warner ordonne aux créateurs de se caler au plus près de l'univers du premier film. Un choix judicieux que le duo trahira cependant de façon subtile puisque, en partant de l'environnement créé par Anton Furst (directeur artistique de Tim Burton sur Batman), Bruce Timm ira encore plus loin en s'inspirant clairement de l'expressionnisme allemand des années 20 tandis que, de concert avec Paul Dini, il rendra Batman beaucoup plus inquiétant qu'auparavant, dans la droite lignée de la phase sérieuse du personnage initiée par Frank Miller avec son incontournable Dark Knight Returns en 1986.

 

photo SupermanLe Superman des Frères Fleischer

 

L'autre grande influence de la série, c'est le Superman des Frères Fleischer. Cartoon produit dans les années 40, il servira de véritable note d'intention aux deux créateurs dans l'établissement de la charte de leur Gotham City. Un hommage que Timm reconnaitra d'ailleurs ouvertement. Comme le cartoon, son Batman puise dans le film noir, l'art déco, utilise le même découpage iconique, le même traitement grahique, les mêmes jeux d'ombres, ainsi qu'une mise en scène dans le même esprit. La grosse différence cependant se situe au niveau des scénarios de Paul Dini, bien plus actuels évidemment.

Et c'est peut-être là que se trouve le plus risque pris par Batman, la série animée. Dans ses histoires. Si la série est destinée avant tout à un public adolescent et pré-adolescent, Paul Dini va aussi loin que la censure de l'époque le permet et verse clairement dans le sombre et le dépressif dès qu'il en a l'occasion. En opposition au manichéisme naïf de la série des années 60, son Batman n'évoluera qu'en zones de gris, remettant toujours en avant de vrais questionnements moraux. Ainsi, les ennemis ne sont pas toujours "méchants" (voir Mr. Freeze et sa backstory tragique le poussant à la nécessité d'une action criminelle), les actions du héros sont remises régulièrement en question (par Jim Gordon, Alfred ou même parfois ses adversaires) et il faut bien avouer que la série n'en demeure pas moins violente avec ses armes, ses explosions et ses nombreux combats. Rien de trop graphique ou de réellement perturbant évidemment, pour une série des années 90 destinée aux enfants, le contraste avec la concurrence est plus que saisissant.

 

photo batmanUne série pour toute la famille !

 

Une noirceur d'autant plus affichée que la partie musicale de la série n'est pas en reste. Confiée à la compositrice Shirley Walker, elle fait le lien avec le lien en reprenant, et réarrangeant au passage, le mythique thème de Danny Elfman, tout en proposant une partition assez osée mêlant musique classique, jazz, avec une nette préférence pour le symphonique. Rien d'étonnant lorsque l'on sait que la femme a été chef d'orchestre pour des compositeurs aussi marginaux qu'Angelo Badalamenti (les films de David Lynch), Danny Elfman donc ou encore Eliott Goldenthal (Entretien avec un vampire, entre autres). Que ce soit en VO ou en VF, la série présente un casting vocal au diapason du reste et très en phase avec l'ambiguïté recherchée. Kevin Conroy compose un Batman profond et mélancolique (en France, c'est le grand Richard Darbois qui s'y colle, la voix d'Harrison Ford) et Mark Hamill nous propose un Joker légendaire tantôt débile, tantôt flippant (en France, c'est le génial Pierre Hatet, la voix de Doc).

 

photo batman

 

I'M BATMAN !

La série a aussi permis d'introduire bon nombre de personnages inconnus du grand public à l'époque. Mr Freeze donc, mais aussi Ra's Al Ghul, Poison Ivy ou encore plus tard Nightwing. Cependant, elle se permet d'en créer des originaux qui auront un impact gigantesque sur l'univers DC qui suivra. En effet, c'est à Batman, la série animée que nous devons l'apparition d'Harley Quinn, acolyte du Joker qui reviendra par la suite dans énormément de comics, séries, films, jeux vidéo. Indissociable du Joker, personnage le plus populaire de l'univers Batman encore 25 ans plus tard, elle représente pourtant la note d'intention de Bruce Timm et Paul Dini. Parce qu'il faut quand même comprendre que sa création et le fait de la mettre en couple avec le psychopathe crée une relation à la limite du sado-masochisme, empreinte de perversion narcissique et renforçant encore plus l'aspect tragique du projet entier, flirtant avec des considération psychologiques et philosophiques jugées immorales dans une société puritaine comme les Etats-Unis au début des années 90 était sacrément couillu et le tout, dans un dessin animé pour les enfants ! Osé...

 

photo Harley QuinnHarley Quinn

 

La série connaitra un gigantesque succès et permettra, à elle seule, au studio Warner Animation de continuer à travailler jusqu'à aujourd'hui. Elle créera aussi ce que l'on appellera par la suite le DC Animated Universe et pavera la route pour un bon paquet d'autres séries. Bruce Timm restera aux commandes de plusieurs "suites" produites dans la foulée : Batman, la relève, La Ligue des Justiciers ou encore Superman, l'ange de Metropolis. La charte graphique de la série servira de base, de près ou de loin, à toutes les créations suivantes du studio Animation et on en trouve encore des traces aujourd'hui dans les nombreux films à destination du marché vidéo qui sortent tous les 6 mois aux USA.

 

photo batman la relèveL'excellente série Batman, la relève

 

En parlant de film, Batman, la série animée aura droit à son propre long-métrage en 1993, le légendaire Batman contre le fantôme masqué. Considéré par beaucoup comme le chef d'oeuvre ultime du Batman des années 90, le film a été réalisé par la même équipe que la série et, dégagé des contingences télévisuelles, se permet d'aller encore plus loin dans le sombre, le dramatique et le mélancolique, puisqu'il nous présente un aspect inédit du passé de Bruce Wayne dans une intrigue romantico-tragique très puissante qui introduit un méchant inédit, le Fantôme Masqué. Au final, ce film est un incontournable pour qui aime Batman.

 

photo Fantôme masquéLe Fantôme masqué

 

LE RAYON NOIR

Forcément, un tel succès fait des envieux et les standards de qualité de la série sont tels qu'ils obligent la concurrence à, au minimum, l'égaler. Dans son giron, Batman, la série animée entraine Disney et la Fox, qui créeront deux séries télé emblématiques des années 90-2000. D'un côté, Gargoyles, produite et diffusée par Disney en 1994 et qui cherchait clairement à faire de l'ombre au Dark Knight avec son histoire de Gargouilles médiévales qui se réveillent dans le New-York des années 90. La direction artistique semble être un copié-collé de la série de Batman, et l'accent mis sur un univers crépusculaire et sombre qui mettrait en scène des histoires plus adultes et profondes qu'à l'habitude est évidente, bien qu'au final cette création ne déborde jamais vraiment du cadre Disney.

 

photo GargoylesGargoyles

 

Du côté de la Fox, c'est la série X-Men : Evolution qui fera office de concurrente. Si la première série X-Men du début des années 90 avait déjà connu un grand succès, avant l'arrivée de la série animée Batman, Evolution, diffusée en 2000, affiche clairement son inspiration en présentant des histoires plus complexes et plus psychologiques, à l'image des aventures de Batman, même si le ton est évidemment moins sombre, encore que... Son design s'inspirera aussi de celui de Bruce Timm, de façon plus discrète cependant que Gargoyles.

 

photo x-men évolutionX-Men : Evolution

 

On le voit, la série Batman est une pierre angulaire du dessin animé occidental à la télévision, tout comme des adaptations de l'univers DC sur d'autres supports. Il y a clairement eu un avant et un après. Batman, la série animée a changé énormément de choses, et pas uniquement pour Warner et DC, puisqu'elle a obligé le monde de l'animation télévisuel dans son entier à rehausser ses standards de qualité pour faire au minimum aussi bien qu'elle.

Paul Dini et Bruce Timm n'ont pas quitté le monde de Batman après l'arrêt de la série télé. Ils ont pousuivi leurs carrières sur un nombre incalculables de projets à la télévision et dans les comics, voire dans le jeu vidéo puisque Paul Dini est l'auteur des scénario des deux premiers jeux de la saga Arkham de Rocksteady. Blindés de prix prestigieux ces 25 dernières années, ils ont redéfini Batman à eux-seuls et ont aujourd'hui accédé au statut de véritable légende vivante de l'univers DC.

 

Pas mal pour des gars qui ont commencé en dessinant et en écrivant les aventures magico-nulles de grands types musclés en slip.

 

photo batman

commentaires

BelXander
01/11/2018 à 20:32

Très bon dossier, pour une excellente série d'animation.
(j'aimais beaucoup aussi X-Men Evolution)

miami81
30/10/2018 à 12:00

Excellent dossier.
Très bonne série. Une animation et des scénario de haut niveau.

Goreman
30/10/2018 à 09:27

Toute mon enfance!

Une série qui m'a marqué, je me rappeller encore de "je peux plus arranger ma gueule".

Comme dis dans l'article assez sombre comme série.

Delicatesstef
29/10/2018 à 16:27

Il y a bien les épisodes Batman et Robin sur la version simple Blu-ray.

La version deluxe apporte les films et des goodies.

corleone
29/10/2018 à 12:19

Ce dessin animé est tout juste l'un des meilleurs de tous les temps. Un bijou de gens vraiment fous d'amour pour ce magnifique catalogue qu'est l'univers DC. Merci à Bruce Timm et Paul Dini pour cette merveille qui a fait naître les autres perles après : Superman, La ligue des justiciers, batman la relève…

Joke
29/10/2018 à 08:07

Chef d œuvre ultime !!!!

Gaidon
28/10/2018 à 19:01

Visuellement c'est un vrai bijou, un vrai comics animé

Number6
28/10/2018 à 17:00

Ah et sinon, les Gargoyles c'était top. Triste de pas avoir eu de DVD ou même blu ray. Comme pour les tortues ninja d'ailleurs, tristesse. Autre série animée qui m'avait marqué mais jamais sorti, c'était Chris Colorado, absolument a découvrir.

Number6
28/10/2018 à 15:18

Cooper:

Coup de gueule entièrement justifié. Je me suis précipité sur le fantôme masqué. Et quel horreur. Je l'ai mis en VO, mais tellement habitué à Darbois que ça m'a gâché le film. Du coup, j'ai gardé ma VHS.

Le pire étant que Warner France nous fourgue deux coffrets. Un avec 80 et quelques épisodes à presque 80balles et un autre avec les aventures de batman et robin à 120 ou 130 balles... Alors qu'aux royaume uni, avec la VF et en zone 2, tu as la série entière, les deux films pour 80 balles. Alors fuck Warner France, j'ai rendu mon blu ray, je prendrais au UK l'intégrale...

CooperPeaks
28/10/2018 à 11:35

J'en profite pour pousser un coup de gueule sur la ressortie en version remasterisée de Batman et le Fantôme masqué et Batman contre Mr Freeze. Ainsi si Warner, a enfin daigné écouter ses fans qui réclamaient la ressortie de ce film en Blue-Ray depuis bien trop longtemps, en France, on s'est bien fait niquer, puisque les galettes ne contiennent que la version québécoise en guise de vf. En soi, c'est déjà une preuve de fainéantise considérable (chose à laquelle Warner nous a habitué depuis longtemps, et je renvoie tout ceux qui ne seraient pas au courant vers la vidéo de Mr Fox sur les pires DVD), mais en plus, on est d'avantage choqué par le fait de devoir louper un doublage d'origine qui était juste magistrale, d'anthologie... Je sais, je m'emporte mais on avait quand même Richard Fucking Darbois comme voix du chevalier noir, c'est impossible de faire plus classe...

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